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grand entretien du soir. Alors
que la semaine prochaine, l'Assemblée nationale examinera le projet de loi de protection de l'enfance, je reçois l'IS Loufoque, militant pour les droits des enfants et membre du comité de vigilance des enfants placés. Bonsoir monsieur. Bonsoir. Il faut savoir qu'il y a en France 370 000 mesures de protection de l'enfance et 220 000 enfants sont accueillis en foyer ou en famille d'accueil. Vous avez 31 ans, vous avez été placé en famille d'accueil, en foyer, vous aussi. Là, vous avez subi les maltraitances et même la violence. Aujourd'hui, vous êtes l'une des voix les plus écoutées sur la protection de l'enfance en France. Je signale également que vous aviez été investi candidat LFI pour le nouveau Front populaire pour les législatives en 2024 en Val-de-Marne. Vous avez pris vos distances avec le parti de Jean-Luc Mélenchon depuis que vous avez été malmené pour avoir soutenu Emmanuel Grégoire à la mairie de Paris plutôt que Sophia Chiricou de la France insoumise à l'hôtel de ville. Yes Loufoque, votre mère biologique était atteinte d'une maladie psychiatrique, elle était schizophrène, c'est la raison pour laquelle vous avez été placé, peu après votre naissance, placé. Que veut dire ce mot qui donne le sentiment qu'on vous a rangé dans un placard ou sur une étagère plutôt que confié à
? C'est un mot justement qui traduit cette réalité-là, le fait d'être un espèce de colis, un paquet qu'on prend, qu'on dépose, qu'on reprend et puis qu'on va mettre ailleurs ou parfois qu'on va abandonner dans un coin. C'est un peu l'histoire de mon enfance. Vous l'avez dit, j'ai été placé à la naissance puisque ma mère est malade et j'ai ensuite été amené à vivre dans le système de protection de l'enfance pendant 18 ans. Et durant ces 18 années, j'ai connu autant de familles d'accueil que de foyers et croyez-moi, elles étaient nombreuses. La première famille d'accueil, ça s'est bien passé, c'était un refuge pour vous ? Oui, c'était une famille d'accueil qui m'a recueilli juste après mon placement à la pouponnière. Les pouponnières, ce sont des foyers pour les bébés, puisque j'ai tout de suite été, après l'accouchement, pris en charge par les services de protection de l'enfance. C'est une famille d'accueil qui m'a beaucoup aimé, qui a beaucoup pris soin de moi, qui m'a beaucoup câliné, qui m'a toujours offert de joyeux moments, mais chez qui je n'ai pas pu rester. Parce qu'elle avait décidé pour des raisons personnelles, professionnelles, de déménager dans le sud de la France. Et à cette époque, les services de protection de l'enfance avaient estimé que dans mon intérêt, il fallait que je reste proche du domicile de ma mère, donc en région parisienne.
Vous aviez 4 ans et donc le lien noué avec cette famille a été sacrifié sur l'hôtel de la filiation. Complètement, parce qu'en fait,
bien que ma mère est malade et était sous tutelle... Donc au regard de la justice, au regard de la société, incapable d'être responsable pour elle-même, elle a toujours conservé l'autorité parentale, sans jamais pouvoir réellement l'exercer, puisque je n'ai jamais vécu avec elle. Et simplement parce que c'est ma mère, simplement parce qu'elle a le même sang que moi, toutes les décisions qui ont été prises dans mon enfance n'ont pas été prises en fonction de ce qui semblait être dans mon intérêt, mais ont été prises en fonction du respect de ses droits à elle et de ses intérêts à elle. Et donc j'ai dû quitter cette famille d'accueil pour rester en Ile-de-France parce que potentiellement plus tard, elle allait avoir ce qu'on appelle des droits de visite, des droits d'hébergement et qu'il ne fallait pas entraver ses droits parentaux. Et
là vous êtes confié à une deuxième famille. dont la femme que vous surnommez l'horrible dame blonde, vous bat au martinet, vous fait dormir dans une pièce vide sur un morceau de polystyrène, vous mangez souvent seul, vous n'êtes pas scolarisé. Il passe cinq années, vous passez cinq années les suivantes, d'ailleurs sous-médicalement, pour vous
calmer. Oui, j'appelle ça plutôt une espèce de camisole chimique, parce que beaucoup d'enfants placés sont confrontés à la même situation. Comme ce sont des enfants qui souvent ont des traumas complexes, ce qui a pu être mon cas après avoir subi la maltraitance chez cette famille d'accueil, il y a une espèce de facilité à nous coller sous Valium, sous Tertian, sous Risperdal, on prend de la Ritaline à Tire Larigo. Ce sont des médicaments qui pour certains sont extrêmement lourds et qui ne visent qu'à nous contenir en réalité. Mais il y a malheureusement tout un angle mort. Et je pense qu'à cette époque j'avais aussi ces besoins-là. Ce sont des enfants qui ont besoin surtout d'affection, de stabilité, de sécurité affective, de présence éducative. d'avoir des personnes en phase 2, des adultes en phase 2 qui prennent réellement soin. Est-ce qu'il n'est pas le cas ? Pourquoi ces familles vous
accueillent ? D'ailleurs, vous y avez un autre enfant placé. Est-ce que vous diriez que pour certaines familles, le fait de « recueillir » des enfants qui n'ont pas de chance avec la vie, c'est un business ? Pour certaines,
sûrement. Après, le niveau de salaire n'est pas élevé. Vous savez, aujourd'hui, on est confronté à une pénurie extrêmement grave de familles d'accueil. Il y a plus de 10 ans, en 2016, la majorité des enfants placés l'étaient dans des familles d'accueil. Aujourd'hui, c'est une minorité. La majorité des enfants placés en 2026 sont accueillis dans des foyers surchargés, dorment parfois sur des lits de camp, dans des couloirs ou par terre sur des matelas, parce que nous n'en avons plus assez, justement. Donc, je pense qu'il y a des familles d'accueil qui font ce métier pour de très mauvaises raisons. Et je pense aussi que ces familles d'accueil, quand elles exercent cette fonction, sont très mal accompagnées. Il faut leur fournir tout un étayage. les professionnels de la ZEU, les éducatrices, les éducateurs qui travaillent dans les bureaux, soient en mesure, à un moment donné, aussi de leur apporter du soutien, ce qui n'est malheureusement pas le cas aujourd'hui. Ce sont des familles d'accord qui souvent peuvent être amenées à maltraiter des enfants parce que soit elles n'ont pas été formées suffisamment, soit parce qu'elles n'ont pas été assez soutenues ou encadrées. Et ça aussi, c'est un des gros problèmes de notre système. C'est qu'on ne peut pas leur dire à ces personnes, et c'est majoritairement des femmes, et des femmes issues des couches les plus populaires du pays, parce que la majorité d'entre elles n'ont aucune formation, n'ont aucun diplôme, n'ont parfois que le brevet d'accord. leur dire débrouillez-vous avec ces enfants que personne ne veut dans la société et vous recevrez un petit salaire à la fin du mois. Non, ça ne suffit pas.
Ça a été le cas de cette famille qui vous a infligé des sévices, des douches glacées, des douches brûlantes, je vous le disais, des violences. L'aide sociale à l'enfance, l'ASE, en raccourci, a mis deux ans pour intervenir. Comment les services sociaux ne se sont-ils pas rendus compte avant que vous étiez en détresse dans cette famille ?
Eh bien, à ce moment-là, quand la décision a été prise de m'emmener dans cette famille d'accueil, c'était au moment où l'éducatrice, mon éducatrice référente, celle qui avait en charge de la coordination de mon parcours, de mon placement, qui devait avoir une vigilance particulière à mon égard, tombe malade. Donc elle a un cancer, elle en aurait maladie. Elle donne mon dossier à une de ses collègues sans être elle-même remplacée. Et sa propre collègue avait évidemment d'autres enfants dont elle avait elle-même la responsabilité. Et je pense que cette surcharge de travail a fait qu'à un moment donné, je suis tombé dans l'oubli. Et il a fallu que j'attende le retour d'arrêt maladie de cette éducatrice pour qu'elle se soucie de moi et qu'enfin, les violences que je subissais soient révélées.
Et vous êtes placé dans une troisième famille. Troisième placement, troisième famille. Cela ne va pas le faire non plus. Alors que pourtant, cette famille est aimante, trop aimante, mais pas avec vous, mais en l'enfant que
vous remplacez. Oui, quand je pars en urgence de chez cette famille d'accueil maltraitante et que j'arrive chez cette nouvelle famille d'accueil, et si j'y arrive, c'est justement parce qu'il y a une place qui s'est libérée à ce moment-là. Elle a vécu exactement ce que ma première famille d'accueil a vécu. On lui a retiré la petite Inès chez qui elle vivait, parce qu'Inès était très proche de cette famille d'accueil et que les parents biologiques d'Inès pensaient que ça a créé un conflit de loyauté et donc avaient demandé à ce qu'elle change de famille d'accueil. Donc ça a laissé un grand vide, elle s'en est d'ailleurs. jamais réellement remise. Et moi, j'arrive, je prends cette place, je prends cette chambre qui était occupée deux semaines auparavant par Inès. Et la relation n'a pas pu se créer de la bonne manière parce que le deuil n'avait pas été fait et parce que moi-même, j'arrivais en étant complètement cabossé. Une fois de plus, finalement, ce n'est pas le sort de l'enfant qui a été pris en compte. Non, c'est des logiques gestionnaires, c'est des logiques de place. S'il y a de la place à ce moment-là, même si ce n'est pas le bon endroit, eh bien, on y va parce qu'en fait, c'est ça ou rien. Du
coup, vous ne supportez pas, vous fuguez à plusieurs reprises. Après trois placements à l'âge de 10 ans, vous rejoignez un foyer. Vous y avez fait allusion, il laisse là quelques minutes. C'est quoi un foyer ? D'abord, c'est un endroit très bruyant.
Ça dépend des foyers, mais là, le foyer où j'ai été accueilli quand j'avais 10 ans, c'est un foyer qui accueillait 40 enfants. 40 enfants sur des tranches d'âge très différentes, ça allait de 3 à 18 ans, sur deux étages. Un étage pour les filles, un étage pour les garçons, dans des chambres de 4 ou dans des chambres de 6. Donc oui, c'était très bruyant. C'est tous des enfants qui, s'ils sont là, c'est parce qu'ils ont vécu des traumatismes à un moment donné dans leur enfance, des abandons, des violences, de l'inceste, des maltraitances. Donc forcément, c'est des enfants qui peuvent avoir des traumas, des traumas complexes. des grosses difficultés, du handicap aussi parfois. On a des enfants handicapés dans ces établissements. C'est 30% des enfants placés actuellement à l'aide sociale à l'enfance. Et forcément, tout ça, c'est un peu... Voilà, c'est agité, c'est bruyant. Il y a de la violence. Il y a un rapport au cadre qui est conflictuel. Il y a un rapport aux adultes aussi qui est conflictuel. Il y a de la domination entre enfants. Les plus âgés vont exercer une forme de violence et de domination sur les plus jeunes. Il y a des rites de passage. Il y a du bisutage quand on est... Quand on est nouvel arrivant, c'est un peu, moi, je le compare souvent d'ailleurs au milieu carcéral. Moi, quand je suis arrivé dans ce foyer, la première nuit, mais c'était le cas pour tous les nouveaux, ceux de la chambre viennent se mettre à côté, c'est des lits superposés, se mettent à côté, moi, je dormais en bas, je n'avais pas de chance, se mettent à côté de toi et puis te pissent dessus. Voilà, c'est des choses qui se passaient, des choses se passaient de cette manière-là. Et puis, vous avez d'autres foyers qui, eux, vont être beaucoup plus petits, qui vont accueillir cinq, six, sept enfants avec des professionnels en nombre suffisant. et où ce type de dysfonctionnement et de violence se produit
moins. Ça veut dire que ces foyers, pour certains d'entre eux, deviennent une sorte de cocotte minute, alors qu'il vaudrait mieux privilégier les familles d'accueil. Oui, complètement, bien sûr, mais
c'est reconnu par le NU. Même compte
tenu
de
ce que vous avez vécu.
Évidemment, il faut privilégier les familles d'accueil. L'ONU, dans les lignes directrices sur les mesures de protection de l'enfance, considère que l'accueil familial, chez les familles d'accueil, est l'accueil le plus protecteur des droits fondamentaux des enfants, mais c'est également celui qui permet la meilleure satisfaction de leurs besoins fondamentaux. Parce que c'est ce qui va garantir la sécurité affective, c'est ce qui va garantir la stabilité des liens. Quand dans un foyer, vous avez un turnover considérable, avec des adultes qui vont changer tous les jours, ceux du jour ne sont pas ceux de la nuit, ceux du lendemain... de main ne sont pas ceux de la veille. Et parfois même, des éducateurs restent en poste deux semaines, trois mois, un an grand maximum, et puis ils partent. Parce qu'en fait, c'est tellement difficile qu'on n'y reste pas. Eh bien, ça crée quelque chose de très insécurisant. Et cette insécurité, elle a des conséquences absolument dramatiques à l'instant T, mais aussi sur le long terme dans la vie de ces êtres humains. Donc l'accueil familial, même si ce n'est pas toujours parfait, parce que je vous le dis, il y a aussi de gros défis sur les familles d'accueil. On manque de contrôle, on manque d'étayage, elles sont peu soutenues. Eh bien, aujourd'hui, oui, ça reste l'accueil le plus... le plus adapté à ces enfants-là.
Quatrième famille par la suite. Là, enfin, ça se passe bien pour votre adolescence. Oui, et puis entre-temps, j'ai fait foyer de rupture. Mais voilà,
oui, j'arrive dans... Vous êtes encore en contact avec cette famille ? Évidemment. Et je vais même vous donner une petite anecdote. D'ailleurs, je parle peu. C'est que quand je suis rentré en France, je suis parti au Canada pendant un an. Quand je suis rentré en France, c'était pour reprendre mes études. Parce que comme... Beaucoup d'enfants placés, moi, je n'ai pas eu la chance de faire des études ou de longues études. On est souvent déscolarisés très tôt. Seuls 4% des enfants placés accèdent à des études supérieures. Et donc, quand je rentre du Québec, je reprends un master de droit à SAS et elle me réhéberge. Vous voyez, quand j'avais 27 ans, 28 ans, elle me reprend avec elle chez elle, bénévolement, mais pour me permettre de pouvoir faire mon master. Donc, je suis toujours en lien et c'est aujourd'hui une mère de substitution pour moi, avec un lien très fort, évidemment. Vous écoutez Radio France Internationale.
grand entretien du soir, Philippe Lecaplin. Avec Liesse Loufoque, militant pour les droits des enfants, alors que la semaine prochaine est discutée une nouvelle loi pour protéger les enfants, justement. Cela dit, il y en a déjà des lois. À quoi bon un nouveau texte ? Alors qu'il existe déjà une loi votée en 2016 sous l'égide de Laurence Rossignol, alors ministre de l'Enfance. Une autre en 2022 avec Adrien Taquet, qui était secrétaire d'État chargé de l'Enfance. Pourquoi avoir recours à une nouvelle loi encore ? Je ne sais pas. Sachant
que celles-là ne sont pas appliquées, toujours pas. Non seulement les lois ne sont pas appliquées depuis 2007, parce qu'en fait vous me parlez de 2016, mais avant 2016, il y a une grande loi qui avait été votée également, c'est la loi de 2007, qui prévoit la création dans tous les départements d'un observatoire départemental de la protection de l'enfance. Aujourd'hui, en 2026, 20 ans après, cette loi n'est toujours pas pleinement appliquée puisque ces observatoires n'existent pas partout. On a des enjeux d'application des lois. lois qui sont considérables. Pourquoi ? On a un problème de pilotage. On a un vrai problème de pilotage. Tant qu'on ne remet pas en cause le pilotage de cette politique publique qui est aujourd'hui assurée par les départements depuis 40 ans, depuis les grandes lois de décentralisation, nous ne pourrons pas malheureusement réformer le système dans sa globalité et nous ne pourrons pas avoir les résultats attendus. Aujourd'hui, les départements qui sont chefs de file en matière de protection de l'enfance sont les premiers responsables de la crise que l'on traverse avec une espèce d'irresponsabilité où pendant des années, ils ne se sont pas... souciés de l'aide sociale à l'enfance. Ils ont complètement abandonné cette politique publique. Et c'est aussi une des raisons pour lesquelles je pense qu'il faut recentraliser cette politique publique. Il faut redonner cette compétence à l'État pour que l'État soit amené ensuite à la gérer directement. C'est
un problème d'argent ou c'est un problème de philosophie ? Parce que tout ça, c'est quand même le placement des enfants. C'est d'abord une décision prise par la justice et par l'aide sociale à l'enfance pour... On parle de la non
-application des lois, mais il faudrait surtout parler de la non-exécution des décisions judiciaires. Aujourd'hui, c'est un chiffre du syndicat de la magistrature qui a été rendu public il y a deux ans, au moment de la commission d'enquête sur les dysfonctionnements de l'aide sociale à l'enfance qui s'était produite à l'Assemblée nationale, plus de 3000 enfants. attendent une place à l'aide sociale à l'enfance malgré que la justice ait ordonné leur placement. C'est-à-dire que faute de place, on laisse des enfants en danger dans leur famille. L'Inspection générale des affaires sociales, en 2019, publie un rapport qui nous indique que la moitié des enfants tués par leurs parents vivent dans des familles elles-mêmes suivies par les services sociaux et 30% d'entre eux spécifiquement par l'aide sociale à l'enfance. Donc le fait de ne pas exécuter les décisions judiciaires, je le dis de manière très claire, tue des enfants aujourd'hui dans ce pays. C'est une vraie atteinte à l'état de droit. C'est quelque chose qui est profondément attentatoire à l'état de droit, à la démocratie et au principe même de justice. Donc ce qu'il nous faut... Aujourd'hui, ce n'est pas forcément une nouvelle loi, c'est d'abord analyser la racine même de ce qui justifie ou en tout cas ce qui explique la continuité dans ces dysfonctionnements-là. Et je reste convaincu que tant qu'on laisse cette compétence à un échelon départemental, nous ne nous en sortirons pas.
Mais est-ce que l'actualité ne peut pas faire bouger les choses ? Il y a eu l'affaire Eliana, il y a les viols dans l'enseignement catholique à Betaram, il y a des exactions commises dans l'enseignement périscolaire, notamment à Paris. qu'est-ce que ça doit être dans certains foyers ou familles de placement. Est-ce que le fait que l'enfance qui souffre soit mise au devant de l'actualité, finalement ne fait pas avancer la cause ? Ça
fait avancer la cause. Il faut parler de protection de l'enfance et je suis ravi parce qu'en plus on en parle de plus en plus dans le pays. Je trouve ça très bien parce qu'en fait ça contribue à faire monter aussi le niveau de conscientisation de la population. C'est une bonne chose parce que c'est ce qui nous facilite le travail en tant que professionnel derrière pour repérer les enfants en danger puisque maintenant les personnes de moins en moins assimilent l'acte de signaler un enfant même quand il n'y a qu'un doute à un acte de délation. Donc moi je trouve ça très bien. Le problème, c'est qu'on manque de tout aujourd'hui. Le tout, ce n'est pas juste de signaler des enfants en danger, c'est ensuite d'organiser de manière très concrète leur protection. Ce projet de loi qui est actuellement en cours d'examen au Parlement ne répond pas à ces difficultés-là. Dans les foyers de la zone, on manque de professionnels. Il y a 30 000 postes qui sont vacants. Peut-être parce que c'est mal
payé que ça n'attire personne.
C'est extrêmement mal payé. Un éducateur dans les années 80, c'était deux fois et demi le montant du SMIC. Aujourd'hui, en 2026, c'est le SMIC plus 100 euros. il y a une vraie précarisation dans ces métiers, qui ne suit pas ni l'inflation, ni les évolutions sociétales. Personne ne veut
y aller, n
'est pas forcément formé dans les foyers, il ne
faut pas forcément un
diplôme. Exactement, c'est ça aussi. Moi c'est pour ça que ce projet de loi, je suis assez... Je ne pourrais même pas dire que je suis frustré, en fait je suis en colère, parce qu'on ne prend pas la mesure de la gravité de la situation. Moi, je m'attendais à ce que dans ce projet de loi, à minima, le gouvernement fasse l'effort d'y inscrire l'obligation d'avoir des ratios d'encadrement pour les établissements de la protection de l'enfance. Vous, quand vous mettez vos enfants dans des colonies, dans des centres de loisirs, dans des crèches, la loi est très claire. Elle va dire qu'il faut un professionnel diplômé avec tel diplôme pour tant d'enfants. Eh bien, ces normes-là n'existent pas dans le système de protection de l'enfance. Ce qui fait que vous, demain, si vous postulez parce que vous quittez RFI dans un foyer de la protection de l'enfance, à coup sûr, parce qu'on est en galère, vous serez en... même si vous n'avez pas les compétences
requises. Revenons sur un autre aspect et qui rejoint d'ailleurs votre expérience. Est-ce que ouvrir la possibilité d'adoption pour les familles désireuses d'accueillir un enfant serait une des solutions ? Évidemment parce
qu'aujourd'hui il faut permettre à des enfants d'avoir un vrai projet de vie et un projet de vie ne peut pas être satisfaisant quand on estime que cet enfant passera 18 ans dans le système. Ce n'est pas vrai. Ce qui a été votre cas. À cause de l'autorité parentale persistante de votre mère biologique. Quand des parents sont délaissants, quand ils ne sont pas en mesure de remplir leurs prérogatives, leurs obligations parentales, de satisfaire aux besoins fondamentaux de leurs enfants, eh bien oui, il faut retirer cette autorité parentale et il faut permettre à ces enfants de bénéficier de l'adoption simple. Je dis bien l'adoption simple parce qu'il y a un peu une amalgame qui est faite dans le pays sur l'adoption. L'adoption simple n'efface pas la filiation, c'est-à-dire que le parent biologique restera le parent biologique, mais le parent adoptant sera le parent juridique, vous voyez, avec les responsabilités. vont avec. Et ça, c'est très important parce que du coup, cet enfant, il ne va pas connaître plein de lieux de placements successifs différents. Il ne va pas connaître des ruptures affectives qui vont lui traumatiser pendant très longtemps, y compris à sa majorité. Il aura vraiment des gens solides autour de lui qui vont l'aimer, qui vont l'aider. Donc ça, c'est hyper important. Mais c'était déjà prévu dans les textes. C'était prévu dans la loi du 14 mars 2016, la fameuse loi Rossignol, en facilitant les procédures de délaissement parental, en rendant irrévocable l'adoption simple. Est-ce que cette loi est appliquée en 2026 ? Non, elle ne l'est pas. Elle ne l'est pas partout en tout cas. Et c'est pour ça que ce projet de loi, soit il permettait réellement une vraie coercition à l'égard de ceux qui sont chargés d'appliquer les lois quand ils ne les appliquent pas avec des sanctions à la clé. Par exemple, pour tant de jours de placement non exécuté d'enfants qui restent en danger de la famille, il y a un montant d'amende qui est fixé. Ou en tout cas, le préfet pourrait éventuellement de lui-même, parce que la loi le permet, demander à ce qu'il y ait des fonds débloqués sur les
budgets départementaux. Encore une dernière chose. Près d'un jeune sans abri sur deux âgés de 18 à 25 ans était un ancien enfant placé. Ça veut dire que tout cela a des conséquences bien au-delà des 18 ans de l'enfant placé. Bien
sûr, bien sûr, parce que le système, il n'est pas uniquement terrible quand on est enfant. Il est aussi terrible quand on est dans un moment très sensible dans la vie d'un être humain, qui est celui de la transition à l'âge adulte. À 18 ans, tout s'arrête, tout s'arrête. Et alors, c'est pour ça qu'on parle de loi non appliquée, c'est pareil. Il y a aussi quand même cette frustration-là, c'est qu'en 2022, la loi Taquet, ce qu'elle avait de révolutionnaire, c'était précisément ce sujet-là. Elle a rendu obligatoire pour les départements la protection de tous les enfants placés de 18 à 21 ans. Elle n'est toujours pas respectée aujourd'hui et donc des enfants se retrouvent livrés à eux-mêmes.
Merci, Liesse Roufocq. Je signale que vous racontez votre vie et votre combat dans un livre qui a pour titre « Dans l'enfer des foyers, moi, Liesse, enfant de personne ». Merci à vous. C'est aux éditions Flammarion.
Transcription automatique (Whisper + diarisation) — des erreurs d'attribution ou de transcription sont possibles. Vérifiez toujours avec la vidéo source horodatée.