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à la séance à l'Assemblée nationale le 21 octobre. Voici un extrait de plusieurs minutes, sans coupures ni commentaires, pour suivre le débat de bout en bout. Écoutez !
Madame la Présidente, chers collègues, déjà avant de commencer, je précise qu'on a travaillé chacune sur un des volets de ce rapport, sur le cancer du sein pour ce qui me concerne et sur l'infertilité, ce qui explique qu'on le présente en deux parties avec chacune une voix. Alors, le temps de cette intervention, le temps que je vais parler là, une femme en France aura appris qu'elle a un cancer du sein et dans cette journée, aujourd'hui, 35 femmes vont mourir cancer du sein et demain encore 35 femmes chaque jour en fait. Nous sommes en octobre et les monuments s'illuminent en rose, les rubans fleurissent sur les vestes, les rayons se remplissent de produits roses. Pendant ce temps, les malades attendent un rendez-vous, un remboursement et surtout un décret. Elles attendent surtout qu'on leur dise enfin pourquoi. Alors je vais commencer par elles. Pour ces femmes, la maladie devient vite un parcours du combattant. Prenez une femme de 32 ans. Elle débute sa carrière et elle a peut-être un enfant en bas âge. Un matin, elle sent une boule. Elle n'a pas l'âge du dépistage qui ne commence qu'à 50 ans. Son cancer sera plus agressif. Avant 40 ans, on pratique deux fois plus de mastectomie. Elles sont plus de 3000 chaque année dans ce cas. Et ce chiffre augmente sans relâche depuis 30 ans. Ensuite, elle attend 12 semaines entre le diagnostic et sa première séance de radiothérapie, soit le double du maximum fixé par la Haute Autorité de Santé. Elle découvre aussi que le prix en charge à 100% ne veut pas dire véritablement 100%. 1549 euros de reste à charge en moyenne et 1390 euros pour une reconstruction mammaire à laquelle 15% des femmes renoncent faute d'argent. Et parfois, elle se retrouve seule. Quand une femme tombe malade, le couple se sépare dans 20,8% des cas. Quand c'est un homme, ça n'est que dans 2,9% des cas. Deux ans après le diagnostic, une femme sur cinq n'a toujours pas repris le travail. Le cancer du sein n'est pas seulement une maladie, c'est une épreuve physique, sociale, économique et trop souvent une épreuve de solitude. Mais ces femmes ont décidé de ne plus se taire. Fleur Bretot, deux fois atteinte du cancer du sein et en pleine chimiothérapie, s'est levée dans les tribunes de l'Assemblée lors du vote de la loi Duplon. Vous êtes les alliés du cancer, nous le ferons savoir. a-t-elle dit. Derrière elle, il y a eu le collectif Cancer-Colère, une pétition de plus de 2 millions de signatures, puis la censure du Conseil constitutionnel. Il y a aussi les associations, Étincelle, Europe Dona, les centres de ressources qui offrent des soins-supports, des ateliers de l'écoute, souvent avec des bouts de ficelle, là où l'État est trop souvent absent. Les écologistes sont à leur côté, et pas seulement en octobre, toute l'année. En juin dernier, notre proposition de loi pour réduire le camion dans les engrais a été adoptée. Par 144 voix contre 22, elles attendront maintenant le Sénat. Je demande au gouvernement de l'y inscrire d'ailleurs sans délai. Les malades ne demandent pas de la compassion non plus, elles demandent des comptes. Et leur colère est d'autant plus légitime que notre pays détient un bien triste record. Je vous demande vraiment de retenir ces chiffres parce que moi ils m'ont alarmée. La France est le deuxième au monde pour l'incidence du cancer du sein. à 103,4 cas pour 100 000 habitants, juste derrière l'Australie, à un dixième près, et nous sommes restés premiers très longtemps puisque l'étude vient juste d'être réactualisée. Nous sommes à 103,4 cas, l'Allemagne à 80,9. L'Espagne à 69,3. Nos voisins vivent comme nous, mangent comme nous, boivent comme nous, fument comme nous, et pourtant ils ont beaucoup moins de cancer du sein que nous. Alors, avec le taux de l'Allemagne, ce serait de l'ordre de 13 000 cancers de moins chaque année qui seraient évités en France. Chez les moins de 50 ans, nous détenons le record du monde. C'est-à-dire que pour les cancers du sein des femmes de moins de 50 ans, nous sommes les premiers au monde. Avant 49 ans, la mortalité est supérieure de 82% à celle de la Norvège et de la Suisse. 82% supérieure à la Norvège et à la Suisse. Une des premières puissances économiques mondiales, médaille d'argent du cancer du sein, ce n'est pas un podium, c'est un signal d'alarme et même un signal d'urgence. On nous répond que c'est le dépistage, l'alcool, le mode de vie, mais ces explications ne tiennent pas. Le dépistage, seuls 46% des femmes y participent, contre 54% en moyenne en Europe et plus de 80% dans les pays nordiques, mais en Guyane par exemple, c'est juste 14%. 'alcool. Les Allemandes et les Espagnols boivent plus que nous. Sur le dépistage, je dois quand même dire que ça, c'est le dépistage public, mais que si on ajoute le dépistage privé, on est dans la moyenne européenne. L'alcool. Les Allemandes et les Espagnols boivent plus que nous. La France compte le moins de femmes en surpoids de toute l'Union européenne. Et ce sont les trois facteurs majeurs de l'explication aujourd'hui du cancer du sein. Alcool, tabac, surpoids. Et sur ces trois facteurs-là, nous ne sommes pas en tête des données mondiales. Le mode de vie et l'hérédité n'expliquent que la moitié des cancers du sein. Et l'autre moitié, du coup, d'où vient-elle ? Et étonnamment, à l'heure où je vous parle, on ne cherche pas vraiment d'où vient cette autre moitié. Pourtant, les pistes sont sous nos yeux et elles sont structurelles. Le cadmium, un métal cancérogène présent dans nos engrais, puis dans notre pain, nos céréales, 47% des Français dépassent le seuil sanitaire et nos enfants sont six fois plus exposés que les petits Allemands. La raison, une dérogation française qui autorise 90 mg par kilo quand l'Europe fixe la moyenne à 60. Les pesticides. 291 molécules autorisées, ce qui place la France dans le top 3 européen. Les perturbateurs endocriniens présents dans les cosmétiques, les emballages et les produits ménagers sont un facteur de risque avéré du cancer. Le travail de nuit qui augmente le risque de 26%. On demande aux femmes de manger mieux, de boire moins, de bouger plus. On insiste sur la responsabilité individuelle et c'est très bien. Mais on ne demande pas aux industriels d'arrêter de polluer nos assiettes, nos produits cosmétiques, nos produits ménagers. La prévention ne peut pas reposer sur les seules épaules des femmes parce que c'est une charge supplémentaire finalement qui leur est envoyée. Je rajoute à cela qu'une des grandes surprises des auditions a été que la toxicité des produits chimiques, des perturbateurs endocriniens, etc., est testée sur le sang, mais ils ne sont pas testés sur la glande mammaire, qui a priori accumule des stocks de produits qui ne s'éliminent pas. Et que c'est sans doute une des pistes à poursuivre. Alors face à ce constat, nous n'arrivons pas les mains vides, ce rapport c'est une feuille de route qui tient en quatre séries de propositions. La première c'est de financer la recherche et c'est une urgence, c'est vraiment une urgence sanitaire. Il faut un grand programme de recherche sur cette exception française et financer la recherche sur ce qu'on appelle l'exposome, c'est-à-dire l'ensemble des facteurs auxquels nous sommes exposés et qui peuvent avoir des interactions et aggraver la toxicité des produits. Et notamment leurs effets sur le génome et le séquençage du génome. Deuxièmement, protéger. Il faut mettre fin à la dérogation sur le cadmium, par exemple, rendre obligatoire l'étiquetage sur les perturbateurs anthocriniens, puis interdire dans les produits du quotidien et créer une taxe pollueur-payeur sur les pesticides, étendue à la chimie, aux cosmétiques et à l'agroalimentaire. Il faut aussi reconnaître le cancer du sein comme une maladie professionnelle. Je le dis parce que les femmes françaises sont au cœur de... d'une activité agricole importante puisqu'on est un des principaux pays agricoles mais aussi sont parmi les plus grandes consommatrices de cosmétiques par exemple et donc ça pourrait être l'interaction des deux qui soit au rang des accusés pour ces chiffres dramatiques. Troisièmement, dépister partout, tout le temps. Tous les centres d'imagerie doivent participer au dépistage organisé. Il faut des mains mobiles, c'est-à-dire des camions, partout, y compris sur les outre-mer, pour enseigner l'autopalpation dès le lycée sur les réseaux sociaux et permettre l'accès au dépistage de toutes, partout. où qu'elle vive et quel que soit son âge et son niveau de vie. Enfin, il faut accompagner, il faut un soutien psychologique proposé dès l'annonce, davantage de reconstruction dans le public, un panier de soins de support qui ne plafonne plus à 180 euros par an, comme c'est le cas aujourd'hui, et des financements pluriannuels pour les associations. Et avant même de proposer du nouveau, il faut appliquer ce que nous avons déjà voté. La loi du 5 février 2025 sur le reste à charge a été votée à l'unanimité, vous le rappeliez, pardon, Madame la Présidente, Plus de 20 mois plus tard, elle n'est toujours pas appliquée. L'arrêté sur les soutiens-gorges est attendu fin 2026, le forfait début 2027. Une loi sans application réelle, c'est une promesse, c'est un espoir pour les malades, mais c'est beaucoup de déceptions et de désillusions. Je veux terminer là où j'ai commencé par Octobre Rose. Octobre Rose est né pour sauver des vies, il est en train de devenir une vitrine. On illumine les monuments, mais on maintient les dérogations. On vend des rubans roses sur les produits qui contiennent parfois des perturbateurs endocriniens. On applaudit les malades un mois par an et on les laisse seuls les 11 autres. Le rose ne soigne pas. Ces femmes n'ont pas besoin qu'on les applaudisse en octobre. Elles ont besoin qu'on les protège toute l'année. Je vous remercie et j'en terminerai par une phrase qui m'a été dite par une association. des femmes jeunes atteintes du cancer du sein, qui a terminé son audition comme ça, et cette phrase reste dans ma tête, c'est « les lois qui nous empoisonnent sont votées par les hommes et elles rendent malades les femmes ». Elle parlait notamment de la loi du poule. Merci Madame la
Présidente, chers collègues, merci. Voilà pour cet échange à l'Assemblée nationale, le 21 octobre. Les images proviennent du site officiel de l'Assemblée nationale, sans coupure ni commentaire. Chacun peut juger les arguments sur pièce. Et vous, de quel côté penchez-vous dans ce débat ? Abonnez-vous à Politique Décodée pour ne rien rater des débats.
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