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Emmanuel Macron traverse une période de fragilisation politique marquée. Depuis les événements du 17 octobre, les critiques se multiplient jusque dans son propre camp. Ministres, conseillers et députés prennent leur distance, tandis que les soutiens à sa présidence semblent se raréfier. Plusieurs déclarations illustrent ce décrochage. Certains évoquent un président parmi les grands brûlés de l'Élysée, d'autres estiment qu'Edouard Philippe avait vu juste en réclamant sa démission. Un autre reproche à Emmanuel Macron de ne plus rien dire d'utile ou de se tromper lorsqu'il s'exprime. Cette situation rappelle les tensions de l'entre-deux-tours de la présidentielle il y a dix ans, lorsque Macron avait été chahuté sur le parking de l'usine Whirlpool à Amiens. À l'époque, il avait continué à défendre son projet malgré les critiques. Aujourd'hui encore, il tente de maintenir le contact avec le terrain, mais les conditions de ses déplacements deviennent plus difficiles. Certaines rédactions choisissent de ne plus le suivre, tandis que d'autres ne peuvent pas accéder à ses visites. À Marseille, l'Élysée a ainsi limité l'accès à un déplacement et gardé sa destination secrète jusqu'au dernier moment afin d'éviter une manifestation hostile. Les images accumulées au fil des années témoignent de cette dégradation du climat politique. De l'arc de triomphe saccagé en 2018 à l'hôtel de ville de Limoges incendié dix jours auparavant, les épisodes de violence nourrissent le sentiment d'une situation qui se répète sans véritable issue. Dans les rangs de la majorité, le constat est lui aussi sévère. Un député de son camp résume son désenchantement. La boucle est bouclée, il n'y a vraiment pas grand-chose à sauver. Pour comprendre comment Emmanuel Macron en est arrivé là, Maxence Lambrec remonte à juillet 2007, lorsque Nicolas Sarkozy prononce à Epinal un discours sur la révision de la Constitution. Le président de l'époque pose alors la question de la limitation du nombre de mandats présidentiels à deux mandats consécutifs. Il défend cette possibilité en affirmant « Parce que moi je pense que l'énergie que l'on met à durer, on ne la met pas à agir. Et moi j'ai été élu pour agir. » pas pour durer. La réforme constitutionnelle adoptée l'année suivante inscrit finalement cette limite dans l'article 6 de la Constitution. Un président ne peut donc pas exercer plus de demandats consécutifs. Nicolas Sarkozy avait choisi cette restriction plutôt que de laisser les électeurs trancher eux-mêmes. À l'époque, le constitutionnaliste Guy Carcassonne s'opposait à cette mesure au sein du comité Balladur. Il estimait que les électeurs pouvaient écarter d'eux-mêmes un président désireux de rester au pouvoir et mettait en garde contre le risque de dévalorisation de la fonction présidentielle après une réélection. Cette règle prend aujourd'hui une dimension particulière dans le cas d'Emmanuel Macron. Selon l'analyse de Maxence Lambrecq, le chef de l'État serait probablement candidat à sa propre succession s'il en avait le droit. Cette possibilité aurait pu modifier profondément ses choix politiques, notamment la dissolution de l'Assemblée nationale. Sans perspective de réélection, il dispose d'une liberté d'action différente et peut prendre des décisions sans avoir à préserver les mêmes ambitions électorales. Cette lecture permet aussi d'éclairer ses choix à Matignon. Emmanuel Macron a pu sacrifier Gabriel Attal, accepter le risque de perdre une partie de ses troupes et finalement choisir Sébastien Lecornu, présenté comme un ami discret pour diriger le gouvernement. Avec la possibilité d'un nouveau mandat, son équipe gouvernementale, son organisation politique et sa préparation de campagne auraient, selon cette analyse, pu être tout autre. Aujourd'hui, une partie de la Macronie semble déjà tourner vers l'après-2027 et prépare sa reconversion, avec une confiance qui paraît s'éroder quant à ses chances de victoire. La limitation à deux mandats consécutifs révèle ainsi une tension entre deux objectifs. Empêcher la concentration durable du pouvoir et préserver la capacité d'action politique d'un président en fin de mandat. Dans le cas d'Emmanuel Macron, cette contrainte constitutionnelle constitue désormais un élément central pour comprendre son isolement et les difficultés de son dernier chapitre à l'Élysée.
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