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David Abiker
Rémi Godot, Nicolas Baverez, pour parler de ces mouvements d'étudiants, de jeunes, qui viennent créer la surprise politique et sociale un peu partout en Europe. Nicolas Baverez, vous évoquiez peut-être un nouveau pacte. En tout cas, il y a un débouché politique. C'est l'exemple inattendu de la Serbie avec ce mouvement de la liste étudiante, composé d'ailleurs pas uniquement d'étudiants. Il y a aussi des redoublants ou des gens très âgés qui ont été étudiants. Enfin, quand je dis très âgés, des gens qui ont mon âge. donc mais enfin qu'ils sont plus du tout ce qu'on appelle des jeunes donc il ya deux possibilités soit la bordélisation la revendication soit le débouché politique vous parliez d'un nouveau pacte politique même
cet impact politique et social un peu Si on regarde ce qui s'est passé en 1945, la France était un pays non seulement matériellement ruiné, mais aussi intellectuellement, moralement. Et finalement, il y a un nouveau pacte qui s'est mis en place autour de la production, de la modernisation, et puis de la mise en place de toutes ces réformes qui ont été les réformes de la libération, dont la protection sociale. Mais cette protection sociale est devenue dysfonctionnelle. Mais je rappelle quelque chose qui est peu connu et qui est intéressant, c'est que quand on a créé la sécurité sociale, en fait, les retraites, c'était la même chose que la politique familiale. C'était le même temps. Aujourd'hui, les retraites, c'est 14,5% du PIB. La politique familiale, c'est 2,1% du PIB. Donc, ça donne une idée du déséquilibre qui s'est fait. Alors, regardons le tableau. C'est vrai qu'aujourd'hui... La France est un pays où finalement le prince est le retraité, qui a un revenu moyen. Alors il y a des problèmes de petite retraite si on prend la moyenne, ce qui est toujours un peu sommaire. Le revenu moyen de retraité est 10% supérieur à celui d'un actif. C'est le seul pays où ça existe et ce n'est pas tenable. Les actifs ont évidemment deux problèmes. Ils ont une durée de vie au travail relativement courte, mais en échange ils ont des salaires qui sont aujourd'hui des salaires bloqués à cause des prélèvements qui sont faits dessus. Et puis il y a un chômage qui repart de manière spectaculaire. Et les jeunes, le problème c'est qu'on vit dans un grand mensonge, c'est-à-dire qu'on... On fait semblant de leur transmettre des connaissances et on leur délivre des diplômes qui sont dévalorisés et qui ne leur permettent pas de rentrer dans la vie active. Donc c'est là où je pense qu'il faut faire bouger les trucs. Oui, les retraités doivent accepter de faire un effort. Oui, les actifs doivent accepter de travailler plus et plus longtemps. Mais on doit leur rendre de l'argent en le retirant de la monstrueuse mécanique de la protection sociale. Et les jeunes doivent se remettre aussi. à travailler pour de bon, avec des vrais diplômes, et avec la perspective, non pas de passer des années dans des facs de psychosociologie, mais de se mettre dans des filières qui sont des filières avec des vrais débouchés.
Rémi Godot. Écoutez, moi je pense qu'il y a, et en particulier dans des grands pays européens, l'Allemagne, la France, l'Italie, l'Espagne, il y a la prise de conscience que l'Europe est en train de rentrer dans un grand déclassement par rapport aux autres puissances mondiales. Et donc il y a cette prise de conscience, finalement les jeunes prennent conscience que leurs parents ont et la classe dirigeante, parce que franchement tous ces mouvements se dirigent contre la classe dirigeante. ont entretenu un grand mensonge qui consistait à dire que tout pouvait rester tel quel, tel que ça avait été imaginé à l'issue de la Seconde Guerre mondiale, avec un État-providence qui pouvait ajouter des droits, ponctionner toujours plus. Et en fait, ils sont en train de se rendre compte que ce grand mensonge est fini. Très virulent en France, parce qu'en France, ce n'est pas le déclassement, c'est le décrochage. On est en train de vivre un grand décrochage et en même temps, avec une incapacité de nos dirigeants de nous dire comment s'en sortir, avec une incapacité de nos dirigeants de nous donner une vision. Donc, qu'est-ce qui se passe ? Vous regardez la campagne aujourd'hui, il est très peu question d'avenir. Il est question des retraites, il est question des dépenses santé qui concernent d'abord les plus âgés. A juste titre, les jeunes se disent, l'avenir est sacrifié, ça fait 40 ans que l'avenir est sacrifié, et là, il n'y a franchement pas d'issue. Je pense qu'il y a une grande différence avec ce qu'on a pu vivre en mai 68, pour en avoir discuté avec une ancienne directrice de l'école normale supérieure, qui me disait, mais en mai 68, il y avait beaucoup de violence, il y avait beaucoup de nihilisme, mais les gens qui étaient sur les barricades le soir ou l'après-midi, le matin, ils allaient en cours, ils avaient un appétit d'apprentissage. d'apprendre, ils avaient un appétit de compétition, ils avaient un appétit de réussite. Aujourd'hui, on n'est pas du tout dans ce schéma-là. Le matin, le midi et le soir, il y a une envie de casser et il n'y a pas du tout d'espoir de progresser. Ce n'est pas du tout le même état d'esprit, c'est à mon avis beaucoup plus grave. C'est vrai qu'en 68, il
y avait l'utopie politique et puis il y avait l'opposition, j'allais dire, à la société de consommation. Aujourd'hui, ce qui est frappant, c'est que la seule chose qui unifie les citoyens, c'est la consommation pour les uns avec le produit de leur travail, pour les autres avec le pillage ou le vol. Et là, il y a quand même une
attente vis-à-vis des formations, vis-à-vis de ce qu'on peut faire pour la planète, etc. Il y a ce slogan aussi.
Ce que j'allais dire, c'est qu'il y a quand même des raisons d'espérer. Les raisons d'espérer, c'est que ce nouveau pacte, c'est aussi la manière de rassembler les Français pour essayer de sortir ce pays de la difficulté existentielle dans laquelle il a été mis, par une classe dirigeante irresponsable et par Emmanuel Macron en particulier.
Nicolas Baverez et Rémi Godot, merci. C'était nos esprits libres de ce mercredi. Merci d'avoir assuré un intérim de luxe de Routel-Krieff et de Nicolas Béthoud. A très bientôt, messieurs. On va se séparer avec une danse hongroise de Brahms. Vous l'entendrez plus en longueur dans l'émission de Pauline Lambert à partir de 9h30 sur Radio-Clive.
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