Chargement...
Chargement...
matinale écho de Radio Classique, avec Stéphane Pedrati.
Comment j'ai réussi, reçoit ce matin Frédéric Jousset. Bonjour Frédéric. Bonjour. Président de Art Explora, c'est une fondation que vous avez créée en 2019, dont l'objectif est de rendre l'art accessible au plus grand nombre. C'est une très belle fondation. 70 salariés, 18 millions d'euros de budget annuel. Vous racontez votre engagement dans un livre qui vient de paraître, L'eau, l'air et l'art, aux éditions Gallimard. Vous expliquez avoir eu le déclic en 2019 lors d'une ascension de l
'Everest. C'est juste. Mon engagement philanthropique dans la culture date d'il y a plus longtemps que ça, puisque ça fait à peu près 20 ans que je suis mécène de musées ou d'institutions culturelles. Mais il y
a eu un gros
déclic en 2019. Mais cet appel, effectivement, c'est en redescendant du sommet de l'Everest, je me rappelle très bien, le 23 mai 2019 à 7h30 du matin. Dans le chemin qui remène au camp de base, il y a à peu près 26 km à marcher. Et c'est là que s'est mis en place cette évidence de changer de vie. Et changer de vie, pour moi, ça voulait dire quitter le monde professionnel et me lancer dans cette aventure philanthropique. Mais pourquoi changer de vie ?
Vous êtes un entrepreneur à succès ?
On peut être un entrepreneur à succès et avoir envie d'autre chose, avoir envie d'ailleurs, avoir envie de plus de sens, quitter le monde de la valeur pour celui de l'impact. J'ai trouvé énormément de joie dans mon parcours d'entrepreneur et j'en trouve encore plus dans cette aventure d'art explorer.
Est-ce qu'il y a dans votre démarche une notion presque spirituelle ? Qu'est-ce que j'ai fait de ma réussite ? Ou même plus largement, qu'est-ce que la réussite
c'est la question classique de réussir dans la vie et réussir sa vie, qui sont deux choses très différentes. Moi, j'ai eu ce sentiment qu'à un moment donné, c'était aussi peut-être l'époque du Covid, c'était aussi l'époque de la paternité, parce que je suis un papa tardif, c'est aussi le tournant de la cinquantaise, mais ce n'est pas une midlife crisis. J'ai eu une envie d'autre chose, tout simplement, que d'ailleurs des millions de gens ressentent à des âges différents, mais ce n'est pas quelque chose qui m'est particulier.
Votre réussite, justement, vous en parlez aussi dans ce livre, à partir de quel moment est-ce que développer une entreprise ne suffit plus pour être
comblé ? Je ne pense pas qu'il y ait un chiffre d'affaires, de nombre de salariés ou de nombre d'années ou de fortune personnelle. Il y a des gens qui restent à la tête de l'entreprise et qui meurent à la tête de l'entreprise et qui la transmettent à leurs enfants. Donc, il y a une très belle continuité. pense que c'est vraiment quelque chose qui est très personnel. Moi, en l'occurrence, ça fait, comme je vous l'ai dit, assez longtemps que j'avais pris un chemin parallèle dans le monde de l'art et de la culture. Je m'étais occupé du pass culture pour le gouvernement. J'avais racheté Beaux-Arts Magazine en 2016. J'avais été président de l'école des Beaux-Arts. de Paris. Donc je n'ai pas débarqué dans la culture à 50 ans, mais effectivement, ce passage du temps partiel au temps complet, c'est en 2019.
Est-ce que votre démarche, elle peut être comparée à ce mouvement qu'on connaît aux Etats-Unis ? Vous savez, les grands patrons américains, à un moment, éprouvent le besoin de redistribuer, to give back. C'est vraiment une démarche qui est très courante aux Etats-Unis, beaucoup moins en Europe.
C'est vrai qu'aux Etats-Unis, c'est une tradition depuis les grands entrepreneurs du début du XXe siècle, John-Pierre Morgan, Rockefeller, et la philosophie est vraiment inscrite en lettres d'or, je dirais, dans l'économie américaine. À un moment donné, réussir, ça veut dire redonner. Et je veux dire, en Europe, on a un contrat social qui est un peu différent. En fait, l'État, c'est l'État qui est le philanthrope, qui est très présent dans l'éducation, dans la santé, dans le logement, dans beaucoup de choses. Et donc, on a plus l'impression que quand on a... ses impôts qui sont élevés, on s'est acquitté de son dû à la société. Et je pense qu'effectivement cette tendance à la philanthropie elle a vocation à se développer aussi parce qu'on voit que l'État souffre et ne peut pas tout faire.
Qu'est-ce que j'ai fait de ma réussite ? Pourquoi est-ce que l'art précisément répond à cette
question ? L'art est une réponse possible. Il y a des gens qui s'engagent dans des domaines très différents. Moi, il m'a semblé que la cause que l'on défend, cette notion d'accès à la culture, qui est un principe de la Constitution du 27 octobre 1946, la nation garantit l'égal accès de tous, de l'enfant et de l'adulte, à l'enseignement et à la culture. Nous, nous battons pour que ce droit soit un droit réel, comme des femmes se sont battues pour que l'égalité, en théorie, homme-femme, soit réelle dans l'économie et dans les différentes organisations. sociale, nous nous battons pour que concrètement des enfants qui ne sont pas nés dans le centre-ville de Paris, comme j'ai eu la chance de naître à côté du Louvre et d'avoir une maman conservateur, pour que les enfants qui sont éloignés de la culture puissent avoir accès à la culture et c'est ça tous les jours qui nous anime. Quel type de projet est-ce que vous accompagnez ? Comment est-ce que vous les sélectionnez ? Quand vous créez une fondation, il y a deux possibilités. Soit vous êtes distributeur, donc vous donnez de l'argent et vous soutenez des associations, soit vous êtes opérateur. Et c'est le choix que nous avons fait. Nous avons nos propres programmes. Vous vous rappelez qu'on a 70 salariés. Et on a le bateau musée qui est en ce moment dans le port de Saint-Malo, donc un catamaran géant qui fait le tour du monde avec une collection d'art à bord et un festival qui le suit et qui reste dix jours dans chaque port. Donc en ce moment, on a plus de 8000 personnes par jour qui montent à bord du bateau dans le bassin Vauban. Et on a quatre camions culturels. avec les grands musées, la Tête, le Centre Pompidou, le musée d'Orsay, qui font le tour des petits villages, des campagnes, des quartiers prioritaires de la ville, avec une exposition qui reste quelques jours dans le village. Et on le précise, vous parlez d'art au sens large. Oui, Art Explorer, c'est la maison de tous les arts et de tous les artistes. Sans restriction, sans jugement de valeur. Voilà, ceux qui sont morts comme ceux qui sont vivants. On n'est pas une fondation juste d'art plastique, on s'intéresse bien sûr à la musique, et donc on pousse le geste créatif. Partout. Au rap notamment ? Au rap,
mais pas seulement. Est-ce que la philanthropie en Europe est différente de ce qui se passe aux Etats-Unis quand on parle de la relation entre les entreprises et la culture ? Je précise le sens de ma question. En France, le système fiscal est très généreux avec la philanthropie, vous l'avez dit. Ça change forcément la donne
C'est ça qui est paradoxal, c'est que... Les entreprises ne se saisissent pas du plein potentiel d'optimisation fiscale, parce qu'on a, grâce à la loi Ayagon de 2003, le dispositif... probablement le plus généreux au monde en matière de réduction fiscale, tant pour les particuliers que pour les entreprises. Une entreprise qui donne pour l'acquisition d'un trésor national, elle peut déduire de 90% son résultat fiscalisable d'impôts. Et donc, effectivement, c'est à la fois une chance d'optimisation, mais aussi une chance d'action, parce que c'est quelque chose qui est extrêmement valorisé, tant en interne, par les collaborateurs qui sont aussi en attente de sens et qui regardent ce que font leurs entreprises. que sur les publics tiers.
En tant que chef d'entreprise, vous savez compter, quand on voit la situation des comptes de la France, est-ce qu'on a encore les moyens d'un tel dispositif
on regarde le volume, comme je dis, concrètement, combien de... L'argent, ça représente, c'est très mineur. Et quand on regarde les besoins des musées aujourd'hui, les besoins du patrimoine qui sont immenses, je pense qu'aujourd'hui, si on supprime ce dispositif, ça aggraverait encore la situation des musées de France. Vous dites que les artistes embellissent la vie, ils embellissent la ville. Sans imaginer, raisonner par l'absurde, comme on fait en mathématiques, imaginer une ville ou une vie sans art. Ce serait quoi Paris avec que des tours Montparnasse et pas la tour Eiffel ? Et sans musique ? Et sans musique bien sûr.
Merci beaucoup Frédéric Jousset, on va rester sur cette phrase. L'eau, l'air et l'art aux éditions Gallimard. Formidable ouvrage qui raconte justement votre passion pour l'art et ce déclic que vous avez eu en 2019 lorsque vous avez fondé Art Explora, fondation dont vous êtes le président. Merci beaucoup, j'ai été ravi de vous accueillir ce matin. 6h53 sur Radio Classique, dans un instant un monde de progrès.
Transcription automatique (Whisper + diarisation) — des erreurs d'attribution ou de transcription sont possibles. Vérifiez toujours avec la vidéo source horodatée.