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Bonsoir Alain Bauer, merci de votre présence ce soir. Professeur émérite de criminologie, auteur de « Il faut sauver nos enfants » aux éditions First. Pour ce samedi 31 octobre, Alain Bauer, qui va se prolonger avec la soirée d'Halloween, Laurent Nunez, on vient de l'entendre, a détaillé le dispositif sécuritaire. Comment vous le qualifiez ? Est-ce qu'il faut dire inédit, massif, impressionnant ou alors calibré en des temps si troublés ?
Tout ça en même temps probablement, parce que chacun va trouver l'argument qui lui convient. Alors inédit, je pense qu'on a dû atteindre des chiffres plus importants à des moments comme par exemple les jeux en Afrique qui se sont étendus beaucoup plus longtemps. Là on a plutôt une répétition du 24 octobre étendue à la nuit, on va dire. Ce n'est pas le 17 je pense, comme toujours les prévisionnistes ont ceci de... merveilleux qu'en général, ils essayent de faire oublier ce qu'ils ont dit le lendemain. Donc je vais essayer de tenir ma position. Le 17 a été un moment paroxystique. Là, on est dans l'entre-deux du 5 novembre. Mais il y a effectivement Halloween qui fait durer dans la nuit, ce qui traditionnellement se termine par quelques escarmouches. Là, on va avoir une longue nuit où vont se mélanger à la fois des gens déguisés, des gens masqués, des gens qui... Pratique des violences urbaines traditionnelles, comme il y en a le 31 décembre, hélas aussi. Et donc c'est la durée qui va être, je pense, plus importante que l'intensité. Deuxièmement, la dispersion. En général, une manifestation, c'est un lieu central qui, par la masse de manœuvres des gens qui viennent manifester, permet à des casseurs de surfer sur la manifestation. Et en cas de débordement, c'est-à-dire au moment où la police est débordée, à des pilleurs de venir piller. Mais il faut qu'il y ait une conjonction de ça. Là, la diversité des lieux, la mobilité des casseurs et donc des pilleurs, qu'on a revu un peu moins le 24, mais encore un petit peu, là, va amener à un retour... J'allais dire un retour de flammes, mais en tout cas un retour d'éparpillement, qui vont marquer par le nombre de lieux où ça peut se produire, la difficulté à la police de retrouver sa mobilité. Ce qui a été le changement, non pas de doctrine, mais de tactique du 24, qui a réduit considérablement les dégâts, mais qui commence à épuiser les forces de manière considérable. Il y a un excellent papier de Jean-Marc Leclerc dans Le Figaro, qui est un des très très grands connaisseurs de... de la difficulté de la vie policière, et comme l'a rappelé le ministre, 1200 blessés, on ne les remet pas sur pied dans la seconde. – Ce que vous
disiez d'ailleurs depuis un certain temps, là pour le 31, ils ne vont pas être tout de suite… –
D'autant que pour moi, l'élément paroxystique, vraiment le sommet du risque, c'est le 5 novembre. Donc je suis… Voilà, je pense que ça sera moins pire que le 17, égal au 24, mais plus long. en termes de temporalité, avec beaucoup plus de lieux à risque qu'avant. Qu'est-ce qui vous
fait dire que le 5 novembre, ça pourrait être justement paroxystique ?
Oui.
Pourquoi ? Parce que je
pense que c'est le moment où quelqu'un va dire qu'il faut savoir arrêter une grève, version revisitée de 68 ou de Maurice Thorez. Il y a un enjeu là d'en sortir. Je crois qu'il est commun à tout le monde. Et je lis avec beaucoup d'attention. Les longues interviews très précis et très méticuleux écrits, des entretiens de Jean-Luc Mélenchon, par exemple, qui expliquent ce qu'est la nature du mouvement social, comment on débouche d'une crise. Déboucher, c'est à la fois une solution et un effet des stops, pardon pour la publicité gratuite. Et donc les deux éléments sont réunis aujourd'hui pour en sortir, je pense, par une fin de lâchage par le gouvernement. D'une version gilet jaune, alors 10 milliards, 13 milliards, 9 milliards, tout ça n'a plus aucune importance. De toute façon, ce sont des engagements pris gratuitement pour le gouvernement suivant dans le cadre d'un budget dont vous avez pu constater qu'un seul parlementaire avait voté pour le budget de la Sécurité sociale. Et l'année dernière, un seul parlementaire avait voté pour le budget recette. Donc
lâchage total ou alors
non, ou la châche totale ou la châche totale. — Ah d'accord. Donc à la fin, ça se
terminera. Mais alors pardonnez-moi, pourquoi autant de blessés ? Pourquoi autant de conjonctions de haine ? Pourquoi laisser tout ça sans quister, sans raciner ? — Parce que l'idée que
l'État puisse céder, entre guillemets, aussi facilement... Voilà. Parcoursup, c'est bon. Alors vous avez pu noter qu'il y a eu un débat sur comment on remplace Parcoursup. C'est le moment de révélation. Là, il n'y a plus personne, parce que personne ne sait, puisque la question centrale de Parcoursup, ce n'est pas le process, c'est la dévalorisation du baccalauréat qui est un choix politique assumé par le gouvernement. Les numerus clausus qui font qu'une fois qu'on a lâché sur le bac, on a commencé à fermer des filières, notamment les filières médicales. Alors si quelqu'un vient m'expliquer qu'on a trop de médecins et trop d'infirmières en France, je l'attends, mais deux pieds fermes. Mais l'État a fait ça, de la même manière qu'il avait réduit le nombre d'informaticiens. C'est-à-dire que l'État est le pire RH de la planète, le nôtre. Donc on est en train de
payer des années.
Des dizaines d'années.
Parce
que quand on vous dit amener une classe d'âge au niveau du bac, on ne dit pas donner le bac à tout le monde. Exactement. Ça n'a jamais été écrit comme ça. Quand on dit collège unique, on réduit la possibilité d'accès à des formations courtes, accessibles et qui amènent à l'emploi de gens qui ont envie de faire ça, manuellement ou pas. Et nous, on ferme les filières courtes et on les rend sélectives à l'université et on ouvre les filières longues. Du coup, on dit on ne fait pas de sélection. Mais ce n'est pas vrai. On l'a fait par l'échec et l'abandon. C'est terrible. À Tolbiac, quand j'étais vice-président de Paris 1, il y avait 60% d'élimination au deuxième semestre de la première année. Là, même pas 30% des étudiants arrivent à finir leur licence. Où vont les autres ? On les écœure, on les lâche dans la nature. D'abord, on leur interdit de faire ce qu'ils ont envie de faire. Et ce n'est pas à nous de le décider. Nous n'avons aucune idée de ce que seront les emplois de demain. Aucune. Tous ceux qui vous racontent qu'il faut sélectionner ne comprennent même pas ce dont ils parlent. L'IA vient de tout révolutionner. La Chine vient de changer un tiers de ses formations en disant on les met à la poubelle, ça n'a plus aucun sens, tout doit passer par l'IA.
On est
encore en train de se poser la question de savoir à quel moment il va falloir sélectionner pour faire des formations dont nous savons par ailleurs, par les Américains ou les Chinois. qu'elles n'existent plus telles qu'elles étaient.
— Là, ça supposerait un changement total de paradigme et de système. — Non, ça nécessiterait que
tous ceux qui sont les acteurs du terrain, tous, qui savent tout ça très très bien. Au lieu de nous balancer des machins, des trucs, des sous-négociations, j'invite ci, mais j'invite pas ça, je parle aux youtubeurs avant de parler aux syndicats. Toutes les erreurs de grossièreté qui sont faites vis-à-vis du mouvement social. Un mouvement social, c'est un mouvement social. On lui parle social. Il a été méprisé
selon vous ?
L'arrogance, la suffisance et le mépris de l'État en général et du chef de l'État en particulier est un sujet récurrent. Donc
il faut s'attendre à ce que le mouvement lycéen étudiant soit encore très présent.
D'abord je pense qu'il le sera le 31 de toute façon, on le savait. Et pour la rentrée dès lundi. Mais je rappelle que le 17 comme le 24, les manifestations étudiantes ont été massives et plutôt joyeuses et que la problématique était plutôt une sorte de... amateurisent dans la gestion du maintien de l'ordre, parce qu'ils n'en avaient jamais fait. Et que les étudiants sont arrivés un peu plus tard. La CGT, fort heureusement, est arrivée un peu plus tard. Et donc la reprise par des professionnels du maintien de l'ordre d'un côté et des professionnels du maintien de l'ordre du côté policier. CRS et gendarmes mobiles, les braves à Paris, parce que c'est ça qui a commencé à reprendre le terrain quand il avait été totalement perdu. J'avais d'ailleurs salué l'action, je suis un des rares, mais je continue, du préfet Lallemand et du patron des CRS de l'époque. Il sera avec nous lundi,
d'ailleurs.
Oui, l'un a repensé, l'autre a revisité et a permis une chute considérable du nombre de blessés dans les manifestants. Moi, c'est un indicateur qui vaut ce qui vaut. Ce n'est pas la qualité du préfet de l'Allemand, c'est l'efficacité qui a compté en termes de réduction du nombre de blessés et de maintien de l'ordre public, alors même qu'il y avait des manifestations tous les samedis et tous les dimanches, parce que les Gilets jaunes, c'était des gens qui travaillaient la journée des travailleurs. pauvres, comme on dit, qui travaillaient la journée et qui venaient exprimer leurs revendications le week-end et qui n'avaient jamais eu aucun engagement politique, aucun engagement syndical et une très faible approche de ce que c'était que le droit de manifester, qui est quand même relativement réglementé. Mais justement,
vous nous rappelez souvent la longue histoire de jacquerie en France. Oui, Milan. Mais là, je trouve que le tableau est quand même très particulier. C'est un mélange qui est très hétéroclite.
Totalement.
Je ne sais pas, on a des gilets jaunes, des ex-gilets jaunes, mais qui... Les gilets
jaunes qui n'ont pas digéré la fin de leur mouvement. Ils se sont
sentis méprisés, abandonnés à raison. Non, et c'est
surtout qu'ils ont compris que les cahiers de doléances n'avaient servi à rien. Parce que l'idée que les cahiers de doléances allaient pouvoir servir a été une porte de sortie intelligente du gouvernement. L'idée de les oublier le lendemain a été la pire baffe, la pire insulte, le crachat à la figure de ce peuple.
Ah, donc queue de comète de certains gilets jaunes. Des jeunes qui vont repartir de plus belle après les vacances, ceux qui crient et hurlent contre la bichère. Ils vont essayer de
repartir de plus belle. C'est pour ça que je dis que le moment parochistique, c'est le 5. C'est le moment entre deux. On rentre, mais on ne rentre pas. On a obtenu, mais on n'a pas tout obtenu. Il y a des discussions, mais pas tout ce qu'on veut. C'est le moment où vous n'êtes pas dans « on n'a rien obtenu ». C'est le moment compliqué de « on va s'y remettre parce que les parents, les études, les débouchés ». Mais s'il n'y a pas une mise à plat de « mais pourquoi on fait tout ça ? », « à quoi servent les diplômes ? », « quelle est l'option des emplois de demain ?
» C'est pas fini. Les anciens gilets jaunes, ces jeunes-là, ceux qui crient leur colère sur la vie chère, la génération qui affiche sa haine de flic, du
flic. Les transporteurs, les pompiers, les infirmières, les instituteurs, mes collègues, professeurs, les chercheurs. Si vous trouvez une catégorie sociale satisfaite de sa situation, il faut l'inviter et faire 8 jours de suite. Tout le monde
a quelque chose à revendiquer, et certainement légitimement, face à un État qui est en risque. Parfois, il a dit lui-même d'effondrement. Comment on fait
? On se parle. Le problème, c'est que l'État, dans ce pays, nous dit « je sais tout, je fais tout et surtout ne vous occupez de rien ». C'était sa promesse fondatrice. Il le fait plutôt bien, d'ailleurs. Vous avez dit
hier Jean-Louis Borloo à votre place.
Oui, nous parlons beaucoup avec Jean-Louis Borloo. Pour moi, c'est une immense erreur de ne pas lui avoir confié au moment du plan banlieue le fait de faire le plan banlieue. Notre président de la République sait tout, fait tout, croit tout et pense que tous les autres sont des cons, ce qu'on a le droit de penser, mais surtout il leur dit, ce qui est beaucoup plus difficile à digérer. Ça se voit, ça s'entend et ça se comprend. Il y a un moment où il faut considérer que les autres servent à quelque chose, qu'il y a des gens sur le terrain qui pensent quelque chose. Jean-Louis Brelo en fait partie, vous aviez Michel-Edouard Lecœur, j'ai regardé avec beaucoup d'attention les émissions des derniers jours. Vous avez beaucoup d'opérateurs de terrain qui peuvent vous raconter comment on peut en sortir et on ne les... Je voudrais savoir,
là où vous voulez en venir, dites-moi si c'est le cas, en fait, les opérateurs de terrain en opposition à une promesse de l'État qui n'est plus tenue, parce que la promesse de l'État, la première promesse, c'est la protection.
Bien sûr, c'est le contrat. C'est l
'hôpital, c'est l'éducation. Tous les services
publics, il n'y en a plus aucun qui fonctionne, sauf la perception de l'impôt. De ce point de vue-là,
'efficacité est réelle. Mais c'est un peu le problème.
l
rassurez-nous, l'État peut reprendre la main, Alain Bauer.
Non, mais les citoyens... qui sont la composante essentielle de l'État, donc la nation. C'est vrai qu'en France, c'est un peu particulier. L'État a créé la nation, il l'a inventée. Il lui a donné un joli... Il lui a fait un roman national magnifique. Le récit national est un peu plus complexe et les historiens sont là pour dire oui, non, c'est... Nos ancêtres, les Gaulois, pas vraiment. Les Francs, on a le nom de nos envahisseurs. Mais notre histoire est magnifique et vous avez un magnifique ouvrage, La France, pays merveilleux, je crois, qui nous redonne confiance dans notre propre histoire et qui est remarquable. Il y a plein de moments qui sont remarquables dans le pays et il y a plein de gens qui sont remarquables. Si la France voulait aller jusqu'au bout, après les cahiers d'oléance, on a droit aux états généraux. C'est ça qui nous manque en fait. Mais des vrais états généraux. Pas une convention citoyenne qu'on oublie le lendemain, pas un référendum dont on met le résultat à la poubelle le lendemain. C'est pour ça que l'émeute est
devenue une manière de s'exprimer dans le pays. L
'émeute a toujours été une manière de s'exprimer dans le pays, parce que l'État n'a jamais su négocier si ça n'était pas sérieux et donc s'il n'y avait pas une émeute. Ça n'a rien à voir avec ce moment précis. Là, ce qui change, c'est qu'on nous expliquait que cette jeunesse, elle était dépolitisée, qu'elle était tiktokisée, qu'elle s'occupait de rien. Quand on les voit
sur le plateau, je peux vous dire qu'ils sont extrêmement politisés dans le sens.
Oui, mais ils parlent un excellent. Ils savent ce qu'ils veulent, ils sont extrêmement intelligents, déterminés. C'est une jeunesse qui s'est réinvestie sur tous les secteurs qui la concernent. C'est une super bonne nouvelle. Il faut donc en profiter. Au lieu de réprimer, il faut dialoguer.
Ce qui
ne veut pas dire qu'il ne faut pas taper sur les casseurs, arrêter les pilleurs. Si il y a cette jeunesse politisée, il y a
une... Une avant-garde qui est extrêmement radicale.
Un mouvement social, c'est une génération politique, une avant-garde radicale, une réponse autoritaire
et...
débouché politique. Soit un effondrement étatique, soit un débouché politique.
le gouvernement est au courant de tout cela, rassurément.
J'espère. Je pense qu'ils ont une de saines lecture. Contrairement à ce que beaucoup de gens disent, M. Lecornu est un très bon Premier ministre dans une situation ingérable. Donc il est très intelligent, très souple. C'est lui qui avait trouvé les cahiers d'oléances, etc. Encore faut-il arriver à gérer le président qui fait tout. Premier ministre, ministre de l'Intérieur, directeur des services de renseignement, préfet de police. C'est un vrai sujet.
Si chacun doit être dans son rôle, pourquoi le ministre de l'Intérieur reçoit les lycéens sur le maintien de l'ordre ? Parce que le président
de la République, comme les lycéens ont expliqué, a dit aux lycéens quand il les a reçus que pour le maintien d'ordre, ce n'est pas le ministre de l'Éducation et de l'Enseignement supérieur, mais le ministre de l'Intérieur. C'est plutôt une bonne nouvelle d'ailleurs. En général, quand il y a des manifestations étudiantes, vous aviez depuis 1986, au moment où moi j'organisais des manifestations étudiantes, un correspondant de la préfecture de police qui gère avec vous les parcours, les débordements et la gestion la plus apaisée possible. d'un mouvement. Au lieu d'avoir pari à feu et à sang après la mort de Malik Ousekine, qui est un drame qui a totalement marqué et les policiers et les générations précédentes et encore aujourd'hui, on avait trouvé des solutions pour permettre des manifestations, les casques blancs, etc. Toutes choses que nous avions inventées à l'époque pour permettre la liberté de manifester et éloigner les casseurs le plus possible. Et d'ailleurs, nous avons eu un débouché politique qui était facile. Retrait de la loi, ça c'est simple. Je reconnais, mais c'est un mouvement immense. Et donc avec beaucoup de jeunes lycéens et collégiens qui avaient des idées un peu bizarres de la manière dont ils voulaient exprimer leur mouvement avec des organisations étudiantes et syndicales ouvrières qui les voyaient arriver. Et notre seule préoccupation, c'était de les protéger d'eux-mêmes. Parce qu'ils étaient quand même très joyeux et très difficiles à maîtriser dans leurs emportements de l'époque. Donc on essayait de faire en sorte qu'ils puissent manifester. C'était la première fois qu'on y arrivait autant de lycéens et de collégiens déjà à l'époque. Et de s'intégrer dans le process. Alors qu'ils voulaient être devant le service d'ordre central. Il y avait ce qu'on appelait la nébuleuse. Déjà, ils nous dépassaient. pour aller directement pousser le premier rang de policiers, ce qui ne pouvait pas se passer. Donc on avait les plus grandes difficultés à maîtriser, je dirais, une sorte de détermination juvénile qui nous faisait peur pour eux. Nous, on était plutôt habitués au mouvement social. Et quand
vous voyez comment les tracés, Alain Bauer, se négocie parfois à la dernière minute ?
Et les policiers qui regardent
sur leur téléphone ? À la dernière
minute, c'est assez rare. Parce qu'il y a un problème. D'abord, vous venez discuter le tracé avec la préfecture au moment où vous déclarez. En fait, la préfecture ne décide pas le tracé. Elle vous dit « non, non, là, ce n'est pas possible ». Donc là, vous entrez dans la négociation et vous avez toujours deux ou trois tracés de dérivations. Maintenant, il y a deux problèmes. D'abord, il y a trop de monde. vous ne pouvez pas l'anticiper. Et on l'a vu le 17. On voit d'ailleurs la
manifestation de samedi 31. Deux
à trois fois plus de personnes qu'attendues. Deux, il y a eu le moment gilet jaune. L'arc de triomphe, l'Elysée, les Champs-Elysées. Une sorte de... d'éléments genre Coupe du monde. Là, c'était compliqué parce que c'est normalement toujours interdit et c'est toujours très compliqué à gérer à cause d'abord du risque de la casse et de la proximité des institutions. Après, vous avez la protection de l'Assemblée nationale, du Sénat, des chaînes de télévision parce que c'est quand même un sujet très important. de laisser la liberté de l'information et de ne pas laisser des agresseurs prendre le contrôle des chaînes ou de les couper, même si c'est arrivé en 68, des chaînes périphériques ont été coupées sur instruction du gouvernement. C'est comme TikTok en Nouvelle-Calédonie, malgré une décision du Conseil d'État disant que ce n'était pas bien. Il y a toujours des moments où on prend des... Le tracé, il permet de maîtriser le cœur de la médecine, donc la masse de manœuvre. Vous l'avez vu par exemple à Marseille, quand on vient très tôt le matin, avant même le début de la manifestation, et qu'on s'attaque non pas aux policiers, mais aux véhicules des policiers qui sont gardés par un seul chauffeur, qui n'ont de choix que la fuite, dans ce cas-là en protégeant leur matériel. Ce qui, du point de vue du denier public, n'est pas si bête. Mais vous avez des images terribles pour la police. Et
vous avez des forces de l'ordre... Ailleurs,
qui courent pour arriver à sauver leurs collègues. Parce qu'ils n'ont pas anticipé un tout petit noyau très mobile. Et ça, c'est l'hypermobilité. C'est la problématique du nouveau maintien de l'ordre. C'est-à-dire qu'on a des forces mobiles statiques qui protègent les institutions au lieu d'être mobiles, mobiles. Mais là, ça va être la BRI, le GIGN est sorti. On a réduit le nombre de policiers et de gendarmes. par section, le nombre de sections par compagnie et le nombre de compagnies. Nous avons un maintien de l'ordre à l'os. Ça, c'est une décision bureaucratique et comptable. C'est pas une décision politique. On a un
maintien de l'ordre à l'os. On a des renseignements territoriaux à l'os.
1200 blessés. Rappelez le ministre. Ceux-là, on ne les remet pas sur pied tout de suite. Il y a un sujet général. On prend tout ce qu'on a et ensuite on les répartit comme on peut. Le RET, par exemple, n'était pas ravi de revenir sur le terrain parce que la dernière fois à Marseille, ça s'était assez mal passé. Le GIGN, pour protéger des institutions extrêmement sensibles, oui. Mais s'il a une foule devant lui, le GIGN, il ne fait pas du maintien de l'ordre. C'est bien. d'avoir le maximum d'opérateurs de maintien de l'ordre mobile. Et donc, c'est une bonne solution. Mais en même temps, ça montre la difficulté qu'on a à regarnir le maintien de l'ordre. Quand on parle de la CRS8 ou des CRS8, elles n'ont pas été créées en plus des autres. Elles ont été créées en piquant des effectifs aux autres. Tout ça n'a guère de sens.
Mais alors, quand le président de la République ne dit plus jamais le 17 octobre ?
Heureusement.
ne vaut
mieux plus jamais le 17 octobre. Il le
lance comme une promesse à laquelle certains... Il dit que
l'État a tenu le 24, ce qui veut dire que le 17, ça ne devait pas être le cas.
est-ce que l'ordre public est rétabli ou il est simplement maintenu ? Là, on
est dans la gestion du désordre plutôt que dans le maintien de l'ordre. On est dans un processus qui n'est pas stabilisé. Même si vous le constatez, entre deux manifestations, une forte faux calme... Mais c'est le faux calme qui prépare la tempête suivante, qui est annoncée. L'autre jour, vous aviez des collègues à vous qui m'avaient fait un calendrier de toutes les annonces de manifestations semaine après semaine. Il y en a 6 000 à Paris, des manifestations par an. Les forces de l'ordre sont mobilisées de manière récurrente. Mais là, vous avez des rendez-vous. Ceux des gilets jaunes revisités et du mouvement collégien et lycéen qui sont les samedis. Là, vous avez un problème samedi-dimanche à cause d'Halloween. Et vous avez le grand rendez-vous du 5 novembre qui est un vendredi. Ça voudrait dire que paroxystiquement, c'est pour ça que je dis que pour moi c'est l'enjeu, c'est vendredi-samedi-dimanche. Et là, on a à la fois l'intensité, la durée et la dispersion.
Force de l'ordre exténuée, commerçants à bout de nerfs. – Exaspérés. – Exaspérés. Et il faut bien reconnaître, parce que sous les cendres fumantes encore du 17 octobre et les vitres brisées des commerçants, il n'y avait pas que des revendications, il y avait aussi un concentré de haine. –
Oui, bien sûr, de rage. J'appelle ça la rageosphère, vous savez bien. –
C'est ça la vraie conjonction pour vous.
– Oui, toutes les rages, toutes les colères. Parce qu'il y a une défiance complète vis-à-vis de l'État. Quand l'État ment un peu, ça va. Quand il ment effrontément et tout le temps, et qu'il n'explique jamais le passage d'un mensonge à un autre, contradictoire avec le précédent, pourquoi croire l'État ?
Mais alors, pardonnez-moi, la défiance généralisée, elle empêche l'État d'apporter une quelconque solution.
Non, il pourrait. Il pourrait. Il pourrait recréer de la confiance. Ce n'est pas impossible.
Donc, via les acteurs de terrain, les corps intermédiaires, cesser le mépris. Oui, enfin, déjà, il faudra qu'il y ait des corps
intermédiaires. Je précise que l'actuel pouvoir a décidé, dans un ouvre magnifique qui s'appelait Révolution, de dissoudre tout ce qui était intermédiaire parce que c'était vieux. Mais l'ancien monde, c'est les gens. Il n'y a pas d'ancien monde. Il n'y a que des gens qui sont là. Et alors quand vous perdez à la fois les anciens et la nouvelle génération, c'est donc que vous avez un problème qui ne s'appelle pas le « en même temps », mais l'entre-deux. C'est important ce que vous dites. Et donc la révision politique de ça, le fait de parler… C'est la crise de la confiance. Je vous dis souvent tous les samedis, il y a 15 jours j'étais à Fijac, samedi dernier j'étais à Valence. Fijac c'était le 17 octobre, Valence c'était le 24. des manifestants, j'en ai vu. Ils sont venus me parler, il y a l'effet télévisé, ils ne sont pas du tout agressifs, ils posent des questions. Quand vous avez 650 personnes à Fijac et 650 personnes à Valence dans une salle, vous avez un concentré de la population qui ne vient pas uniquement parce que je suis une star du rock'n'roll ou un youtuber qui fait toc-toc sur un pied. Je ne m'appelle pas Noah. La réalité, c'est qu'ils ont besoin de dialoguer. d'être respectés, et moi je les respecte quelles que soient leurs opinions, et j'ai des fachos, des gauchos, des rien du toutot, des perdus, des gens qui veulent comprendre ce qui leur arrive. Et ils sont prêts à comprendre pourvu qu'on leur accorde le fait qu'il y a une intelligence individuelle et collective dans ce pays, et pas un seul chef qui pense tout, qui sait tout, et qui, hélas, de temps en temps,
se trompe. – La sous-anticipation lors du 17 octobre, rassurez-moi Alain Bauer, on a tiré déjà… –
Oui, le 24.
– Oui, ça y est, donc c'était assez rapide déjà. –
C'est-à-dire que quand vous vous êtes planté une fois, en général on ne se plante pas deux fois, la question c'est qu'est-ce qui va nous arriver le 31 ? Parce que l'idée que ça soit la même chose au même moment et que cette fois-ci il nous laisse gagner est une idée qui n'a jamais marché… – On a changé le système, on l'a
rendu proactif, rassurez-moi.
Ah oui, beaucoup plus en matière de réseaux sociaux, mais le réseau social c'est aussi un enfumage. Si vous regardez la carte des mouvements annoncés pour le 31 octobre, il y en a 2000, je crois. Donc vous n'avez pas les moyens de couvrir 2000 lieux. avec les effectifs suffisants. Soit vous dégarnissez les effectifs et vous vous faites faire avoir, soit vous ne voyez pas quelque chose qui est en train de se passer. Pour ça, il faut faire beaucoup d'infiltrations, de capacités, de ténèbres. Vous savez, Bismillah, c'est les ténèbres, le gag chez les lycéens. Il y a beaucoup d'éléments, mais il faut le reconnaître. Le renseignement intérieur a mis beaucoup de temps à comprendre la nouvelle nature du terrorisme. Avant 2016, l'attentat de Nice, qui fut terrible, il avait réussi 6 opérations préventives ou proactives. Depuis, il en a réussi 60. Pourquoi ? Parce qu'il a intégré la nouvelle forme d'analyse du renseignement, d'analyse dynamique du renseignement, d'infiltration des réseaux, de prise en compte des nouveaux modes de communication. Le renseignement territoriel, qui est beaucoup plus jeune et qui n'avait pas été confronté à une crise sociale de cette ampleur, va le faire à la française. On ferme l'écurie après que le cheval se soit échappé. On crée les sapeurs-pompiers après l'incendie de l'ambassade de Vienne. On refait les tunnels après le Mont-Blanc. C'est notre histoire. Je crains que nous n'arrivions pas beaucoup à la modifier. Mais
on saura ce qui s'est passé avec une commission d'enquête parlementaire ? Ils ont
quelques soucis de mise en place de la commission d'enquête. En plus, ils font une commission d'enquête dont le but essentiel est d'éliminer des gens de la commission d'enquête pour faire en sorte qu'elles ne puissent pas réussir. Ce qui est dommage. Une commission d'enquête, elle enquête. Moi, s'il faut 18 rapporteurs pour couvrir l'intégralité des... Vous avez vous-même
répondu à des... Je ne sais pas si c'est des commissions. Oui,
bien sûr. Régulièrement, je réponds à des commissions d'enquête. 10 ans après un truc qu'il y a... En 1986, j'ai répondu à une commission d'enquête. Je suis devenu le colonel Boer. Donc j'ai été promu parce que la commission d'enquête du Sénat a fait... une analyse extrêmement précise et fine de tout ce qui s'était passé, de tout ce qui avait mal passé, de comment on avait résolu le problème et trouvé un débouché à la crise, et qu'on en était sorti par beaucoup de dialogues, de négociations, de discussions. Mais une difficulté, c'est qu'on le fait après. Or, nous savons en général avant qu'un truc qui ne va pas marcher, ne va pas marcher. Mais personne ne nous demande rien.
Les réseaux sociaux, l'incrimination des réseaux sociaux, là encore... C'est un manque d'anticipation. La technologie, qui est quand même un peu maîtrisée dans d'autres pays, elle nous dépasse encore ? C'est toujours une bataille ? Pas du tout.
On a eu des émeutes, des insurrections et des révolutions sans réseaux sociaux. Ça n'est qu'un élément d'accélération et de mobilité sur lequel on lit beaucoup de choses, vraies et fausses. Si on écoute
le gouvernement, c'est quasiment un pilleur et un casseur qui est dans la rue, les réseaux sociaux.
Oui, oui. Il faut toujours trouver une victime. C'est l'arbre qui cache la forêt. On peut couper. des réseaux sociaux, par exemple des pays dictatoriaux comme l'Iran, la Russie, etc. ont une manipulation des réseaux pour des raisons d'information et de stabilité. Heureusement. Mais ça vous choque
s'il y avait une suspension de certaines plateformes
Si c'est une plateforme, par exemple, où vous tombez parce que vous avez quelqu'un infiltré du renseignement sur... Alors les pillages auront lieu dans tel endroit, le camion pour le pillage. Parce que le pillage, il y a plusieurs... Il y a je ramasse la chaussure par terre ou la paire de chaussures. Et il y a je vais dans le magasin et je mets tout dans un camion qui me permet d'en faire une sorte de semi-grossiste. Ah
oui, mais là, ce n'est pas un vol d'opportunité. Là, tout est prévu. Et
donc ceux-là... Si vous tombez sur leur capacité de réseau et si vous avez la possibilité de le couper, je rappelle qu'aucun de ces réseaux n'est en France ou français, vous pouvez évidemment prendre cette opportunité, soit pour les interpeller plus tard, soit pour couper le réseau et empêcher la possibilité de... Il arrive par exemple qu'on coupe des réseaux GSM pour des raisons politiques ou antiterroristes. On a des moyens, mais ça doit être très ciblé, très pointu, ça ne peut pas être généralisé. Et si c'était généralisé, on trouvera toujours d'autres moyens, puisque le peer-to-peer fonctionne toujours. applications qui permettent de contourner la problématique des réseaux TikTok et autres, Insta, etc., il faudrait couper tout le réseau téléphonique. Parce que le SMS remplacera les boucles des autres, le WhatsApp remplacera autre chose. Il y en a tellement. que la capacité des ports, notamment de la population directement concernée, c'est-à-dire les casseurs politisés et les pilleurs semi-grossistes, fait que tout ça ne changera pas grand-chose. Mais le gouverneur Pessier, je rappelle qu'il a été censuré par le Conseil d'État sur la Nouvelle-Calédonie et qu'il ne peut pas dire qu'il ne le sait pas.
Justement, sur la censure, à chaque fois, comment ils adaptent les lois ? Par exemple, la loi casseur-payeur, Alain Bauer.
Oui, il y a un progrès.
Oui. Oui, ils sont
passés du pénal au civil. Et c'est probablement... C'est comme ça qu'ils peuvent éviter. Quelqu'un a lu la décision du conseil constitutionnel. Quand le conseil constitutionnel vous censure, il vous explique pourquoi il vous censure. En général, dans les notes du conseil constitutionnel, le truc de 36 pages qui suit, que personne ne lit, vous avez mode d'emploi pour ne pas faire censurer la prochaine fois. Donc, visiblement, quelqu'un a eu un moment de lecture attentive. Et en passant du civil au pénal, il ouvre une voie. Je ne sais pas si le Conseil constitutionnel la censurera ou pas, mais qui est inédite en termes de capacité. Après, il y a eu plein d'amendements liberticides. Le principe,
c'est que les casseurs payent là, qu'on touche aux allocations, et pas seulement familiales. Le Sénat veut aller jusqu'au RSA, etc.
Il y a eu beaucoup d'amendements qui ont alourdi, je parle à l'Assemblée, le texte. On va voir ce que le Sénat en fera in fine. Mais il y a eu une sorte d'intelligence dans le... dans la démarche. Pour une fois, on va réessayer une nouvelle fois. C'est purement symbolique. On sait qu'on va se prendre la porte dans la figure, mais on l'a fait juste pour le principe. Là, c'est autre chose. Il faut voir où ira le Conseil constitutionnel dans son appréciation de la version civile du casseur-payeur.
Pour ne pas se prendre, comme vous le dites, la porte dans la figure, il reste toujours un élément, un outil, l'état d'urgence. Il a été balayé d'un revers de main. Est-ce bien prudent ? Est-ce qu'il ne vaut mieux pas quand une situation... peut devenir hors de contrôle. Et d'ailleurs, l'État a failli, c'est le ministre de l'Intérieur qui l'a dit, garder quand même sous la main une telle disposition que tout à fait, dans notre État de droit. Elle n'a pas
disparu. Vous pouvez la mettre en application quand vous voulez. De même que toute une série de dispositions de la loi de 1955 qui permet toute une série de procédures dégradées par rapport à l'état d'urgence. Non, ce qui est très surprenant, c'est qu'en fait, le choix de ne pas l'appliquer a été fait. De toute façon, c'était après, donc c'était trop tard. Puis ça n'aurait pas servi à grand-chose le 18 octobre. Le 24, la démonstration a été faite qu'on pouvait faire à peu près 100. La question, c'est si on aurait pu le décider là, par exemple. À force de nous dire que ça va être terrible le 31 et le 1er... D'ailleurs,
comment vous l'expliquez ? La stratégie de communication... C
'est important. Nous, on voudrait comprendre comment un ministre de l'Intérieur arrive avec
le préfet et tout le monde et nous dit « Attention, ça va être quelque chose le 31 octobre. »
qui a commencé oui
donc
je ne sais pas c'est une pour moi c'est un mystère parce que vous avez en même temps le président qui dit je ne prends pas l'article 16 et deux jours après qui convoque un conseil de renseignement même pas de défense et qui dit j'interdirais les manifestations qui avec zéro pouvoir puisqu'il ne s'est pas donné mais l'air d'avoir de lui décider qui déclare ou pas une manifestation qui a le droit de manifester ou pas et on a vu d'ailleurs assez rapidement que les tribunaux d'un côté et les préfets qui sont en général professionnels et expérimentés, ont trouvé d'autres moyens. Regardez, le préfet Moutou a géré une situation à Orléans, une situation extraordinairement tendue et sensible. Que saviez
-vous d'ailleurs de la situation à Orléans ? Je vous rappelle, il y a un congrès du RN, c'était un samedi, il y avait les discours sur dimanche. Il y avait véritablement un risque réel dans cette ville ?
Le renseignement l'avait indiqué, les opérateurs l'avaient indiqué, mais devant... L'organisation, vous avez vu la conférence de presse, j'ai prévu beaucoup. C'était assez
carré.
J'avais l'impression d'être dans un cours de médecine légale. Donc on va couper ici, on va couper là. Là on peut, là on ne peut pas. Ici, là. Et n'essayez pas parce que je trouvais ça très propre, très carré. Il a commencé par la liberté de manifestation et la garantie absolue de cette liberté. Ce qui est le minimum et qui était très bien fait. Moi je trouvais que c'était un modèle. Donc l'État, quand il veut. Il peut.
Mais c'est pour ça qu'on vous interroge, Alain Bauer, sur l'agitation politique ou en tout cas l'affichage. Quand le président convoque un conseil de défense et de sécurité. Moi, quand j'ai vu ça, je dis conseil de défense. Mais où est l'ennemi
'ennemi, il est là. C'est tout le problème de l'État. Il est
intérieur. Il
a un problème. Non, même pas intérieur. L'ennemi intérieur, c'est la cinquième colonne. Non, c'est le peuple. L'État a peur du peuple. C'est son drame. Une peur panique. Ce qui explique le problème du référendum, alors pas si, pas ça, pas comme si, pas comme ça. Un pays qui
considère son peuple comme ennemi,
il en a peur. Il y a un État, un
État. Oui,
un État, non pas le pays, le pays c'est le nôtre.
Évidemment.
Non, on a un problème entre la confiance entre la nation et l'État. Quand la nation sous-traite à l'État sa protection et tout le reste, et que ça marche, tout le monde est content. Vous avez des fractions de la nation qui ne sont pas contentes parce que le phylloxéra, le prix de l'essence, etc. Sujet qui d'ailleurs, souvent, le Covid, ce n'est pas l'État qui l'a inventé, il fait comme il peut. plus ou moins bien, avec des erreurs, de la com qui entre dans le bêtisier historique, sur les masques, mais au moins, on peut dire, il fait comme il peut. Et d'ailleurs, le Premier ministre Philippe avait dit, moi, écoutez, je fais ce que je peux, comme je peux, avec les moyens que j'ai. Et il avait gagné 18 points d'opinion favorable, parce que, honnête. Mais l'État, il peut être honnête. Quand on ne sait pas, on ne sait pas. Quand on sait, on sait. Quand on se trompe, on se trompe. Il faut juste le reconnaître.
C'est de
dire
la
vérité. Et vous
estimez que les acteurs de terrain, les préfets comme Hugues Moutou et d'autres, de manière clinique, disent les choses ?
En tout cas, vous avez vu le procureur antiterroriste, sur l'affaire de Trappes, il vous dit ce qui est et ce qui n'est pas. Puis le lendemain, il vous dit voilà ce qu'on a découvert et voilà ce qui est. Et qu'est-ce que vous voulez dire à ça ? C'est un homme, le procureur antiterroriste, comme le procureur Molins avant lui, à qui vous faites confiance parce que vous avez le sentiment qu'il vous dit. les choses de manière carrée, claire, et qu'il fait appel à votre intelligence. Il ne vous donne pas des injonctions contradictoires, il ne vous dit pas que vous ne savez rien, que vous êtes débile et qu'il suffit de traverser la rue. Il vous dit voilà ce qui est, voilà ce que je fais, et voilà comment ça marche. Et ensuite il prend des questions.
Parlons-en, ça c'est l'attentat raciste de Trappes. Est-ce que tout ce dont nous parlons là se déroule à Limbauer dans un climat politique délétère ? Délétère vraiment, paroxystique mais vraiment délétère. Un hommage national est prévu, c'est généralement un hommage national pour les victimes, un moment de recueillement, un moment de... D'unité. Vous croyez encore à une unité possible dans un tel pays ?
Je n'ai pas vu ça à l'Assemblée nationale dans le moment de silence que Mme la présidente de l'Assemblée avait voulu faire à l'hommage de la victime décédée. Et donc j'ai beaucoup regretté. Mais l'Assemblée est devenue un spectacle plus qu'un parlement. Donc ça me désole parce que moi je suis pour la représentation, la démocratie parlementaire. C'est le cœur battant
de notre démocratie quand même. Oui,
mais elle s'est beaucoup dégradée. D'ailleurs la plupart des parlementaires ayant un peu d'ancienneté vous disent qu'ils ne reconnaissent eux-mêmes pas l'Assemblée nationale. Je salue le rôle. relativement paisible du Sénat, mais y compris son apport en termes de commission d'enquête. Madame Evren sur le pays scolaire, la commission d'enquête sur le narcotrafic l'année dernière ont été des grands moments d'activités parlementaires consensuelles, intelligentes, opérationnelles. Donc ça peut marcher. Ce qui est dommage, c'est qu'à l'Assemblée, on en soit loin.
On
appelle ça le chaudron.
Le chaudron, c'est également quand les responsables politiques donnent leur avis sur tout, y compris sur des affaires judiciaires. Moi, j'ai toujours compris, Alain Bauer, que c'est le système judiciaire. Et c'est le seul système judiciaire qui décide de l'incrimination et du caractère à retenir. C'est le cas d'ailleurs. Là, c'est le cas. C'est clairement raciste, clairement anti-musulman dans l'attentat. C'est
désormais prémédité.
Et prémédité, donc très organisé. Et c'est donc un
assassinat.
Planifié, effectivement. Il y a eu une mise en examen. Que les politiques aillent parfois, quel que soit le bord politique, mais plus vite que la musique sur des attentats et des affaires et des moments aussi sensibles.
C'est le drame du moment. D'abord, on s'exprime beaucoup sur les réseaux avant de s'exprimer sur les plateaux et beaucoup trop vite sur les plateaux avant d'écouter le procureur d'un côté ou le magistrat d'instructeur. Le procureur vous donne un état des lieux. C'est le magistrat qui a décidé de l'incrimination de la mise en examen. de la détention. Vous avez un débat psychiatrique qui a été posé au moment des interrogatoires et qui maintenant va se reposer au moment de la possibilité de savoir s'il y avait abolition ou altération du système. Peut
-être.
Il peut y avoir des contre-expertises. On ne sait rien de tout ça. On sait qu'il a été mis en examen et que pour assassinat avec ce qui a été la préméditation, d'ailleurs c'est votre chaîne qui l'a révélé, je crois, une première agression.
Mais explique-moi, quand il y a une préméditation, est-ce que ça n'annile pas le fait qu'il n'y a pas ? Pas du tout. On
peut être un fou, même si ce mot ne veut absolument rien dire. pardon à mes collègues psychiatres, un fou n'est pas obligatoirement agité, en train de hurler, il n'a pas le syndrome de Tourette. On peut être un fou très rationnel, un sociopathe totalement froid, on peut avoir une maladie mentale au sens large, ce qui peut amener une préméditation très carrée, très méthodique, et par exemple décider qu'on va tuer tous les enfants d'une maternelle. On est donc en capacité d'avoir une maladie psychiatrique qui vous empêcherait éventuellement d'être condamné après un débat entre des experts de la maladie mentale. C'est insupportable, je le conçois, mais c'est comme ça que ça marche partout. Donc la question, elle est, il a été reconnu apte à répondre aux questions. Avis psychiatrique. Il a été mis en examen et maintenant, sa défense. Et les magistrats instructeurs vont décider de savoir qui, pourquoi, comment, avec une enquête beaucoup plus approfondie, qui va montrer un acte préparatoire lors d'une agression dans une station-service, mais là à main nue, je crois, suivi de la découverte de ce qu'il y avait chez lui, mais pas dans sa voiture. Et puis, dans un troisième moment, une décision de savoir s'il est apte à aller devant lui. procès
ce qui a été découvert chez lui en termes d'armes et des outils en nombre je voudrais qu'on écoute le procureur à ce sujet que vous nous expliquiez comment comment ce semi en examen cet individu peut avoir ce type d'armes chez lui qui manifestement ne vient pas des narcotrafiques ou dans notre pays ce sont pas des kalachnikov écoutons le procureur
la sphème investigations ont été également en évidence la très grande préparation de l'action criminelle menée le 23 octobre 2026, dont l'acquisition dès le 3 septembre 2026, puis au cours de ce même mois de plusieurs éléments d'armes de nature à renforcer l'efficacité tactique du pistolet-mitrailleur Sten, d'un brassard police et de menottes. La mise en état de ces affaires personnelles par Kevin T, notamment le remboursement de ses dettes familiales. La suppression le 21 octobre, soit deux jours avant les faits, de l'ensemble de ses comptes de réseaux sociaux et la revente de son ordinateur portable. La dissimulation de son téléphone portable.
puis un chargeur, deux points américains, une baïonnette en acier et un silencieux.
il s'était préparé à une randonnée meurtrière, un périple meurtrier qu'il a exécuté. Heureusement, avec plus de difficultés, puisqu'il aurait pu faire beaucoup plus de victimes au cours de ces 6 ou 8 arrêts. Une arme qui est d'une mauvaise qualité, donc qui s'est enrayée. Ce sont des
armes anciennes qu'ils arrivaient à se procurer parce que les propriétaires ne sont pas très regardants. Non, on les vole en
général. Vous savez qu'il y a eu un hacking à la Fédération française de guerre. Il y a eu beaucoup de vols d'armes anciennes et modernes. Les
données personnelles qui ont fuité aussi.
permettant d'aller voler puisqu'on sait où sont les armes, ou en tout cas les possesseurs ou les propriétaires. Donc non, il y a beaucoup d'armes anciennes dont on sait qu'elles tirent plus ou moins bien en fonction. Alors j'ai été rappelé par un spécialiste des armes, disant non, non, ces armes peuvent tirer très bien, mais il faut qu'elles soient très bien entretenues et que l'opérateur en soit très expérimenté. Donc je précise ce que j'ai dit préalablement, c'est pas que ça tire mal. C'est qu'en général, c'est mal entretenu et que l'opérateur ne sait pas très bien s'en servir, donc que ça tire mal. Mais là, il aurait pu faire beaucoup, beaucoup plus de dégâts. Déjà, je pense à la petite fille qui a pris 8 balles, je crois. Mais il aurait pu tuer beaucoup plus de monde.
Il a été retrouvé non pas des tracts du RN, mais des autocollants qu'il a lui-même fabriqués. Chez lui. Effectivement, chez lui, vive la France, vive le RN. Vous avez vu la teneur du débat politique. Est-ce que vous pensez, Alain Bauer, qu'il sera encore possible d'avoir un débat serein la sécurité, d'ailleurs, sur les religions, par ailleurs sur l'immigration et d'autres thèmes, ou alors que nous vivons un moment paroxystique et que ça va... se passer d'une manière assez inédite pendant les cinq mois et demi qui nous séparent de la présidentielle jusqu'à la
présidence ? Déjà, ce n'est pas inédit. Je me rappelle des municipales de 1983 à Marseille où la question immigration et insécurité avait mis en balotage Gaston Defer. J'y suis allé, donc j'ai un souvenir. Et où la campagne était d'une brutalité dans les mots. qui en général amène une certaine forme de brutalité dans les actes. Vous pensez que la
violence des mots précède la violence des actes ? Toujours.
Il les justifie, il crée les... En plus avec les algorithmes des réseaux sociaux, qui ne sont pas les réseaux sociaux, c'est-à-dire l'enfermement dans une voie de circulation où il n'y a plus de doute, plus de discussion, et où le système ne vous met que des avis qui sont le même que le vôtre et qui le renforcent, et qui l'enracinent et qui vous interdisent la discussion et le dialogue avec les autres. Oui, je ne suis pas très optimiste sur la question des débats sur des sujets aussi difficiles que immigration et insécurité, alors qu'en 83, en 89, les mêmes questions s'étaient posées en 95, en 2002, en 2007. Ce sont des longs moments, mais chaque fois, la population avait réussi à trancher parce que la réponse de l'État était soit claire, soit cohérente. Là, elle ne l'est plus.
Mais que disent les renseignements, c'est important, sur ce qui pourrait advenir de ces mois avant une élection présidentielle et peut-être même du troisième tour électoral ? Est-ce qu'il y a vraiment des craintes qu'il y ait une forme de délégitimation du scrutin ?
Oui, parce que le scrutin est délégitimé partout désormais, avant même que le scrutin ait lieu. Il est délégitimé aux États-Unis avant que les élections de midterme aient lieu. Il était délégitimé quand le président Trump a perdu. contre le président Biden. Vous avez eu ce débat stop the steal. On pourrait
revivre la même chose en France. En cours de délégitimation
en Israël, on vous explique que les 20% de la population arabe qui ont voté pour des partis arabes, en fait, ils ont truqué le scrutin. C'est très proportionnel. Ils auraient 40% des voix. On pourrait dire qu'on a une surprise. Mais que pour la première fois, la plupart des citoyens arabes d'Israël qui boycottaient l'élection au Parlement israélien ont décidé d'aller voter pour se débarrasser de Benjamin Netanyahou. C'est juste un problème pour Benjamin Netanyahou. Ce n'est pas un problème pour empêcher les citoyens arabes d'Israël, qui sont donc des citoyens arabes d'Israël, de voter pour qui ils veulent. Donc la question centrale, elle est que... Mais on était avec Antoine Oberdorf il y a quelques semaines. On a échangé et on disait, oui, mais attention, il se passe un truc, c'est que le troisième tour est en train d'avoir lieu avant le premier. Tout le monde s'attendait à un troisième tour social, nous sommes en train de le vivre.
Attendez, le troisième tour, c'est un troisième tour électoral en réalité ? Un mouvement
social, il a toujours un débouché politique. Qui peut aller dans une manifestation aujourd'hui
? Vous voulez dire de la classe politique ? Oui, les élus de la France insoumise. les autres.
Ils ont du mal. Alors voici à Orléans, il y a une sorte
de
réunification de la gauche. Donc vous pensez que le débouché politique... Beaucoup des candidats se demandent. Ils vous expliquent tous un truc assez fascinant. Toutes les revendications sont légitimes. Vous noterez que pas un de vos invités, quelle que soit sa position... Difficile de la
remettre en cause, oui. De l
'ultra-ultra-droite à l'ultra-gauche, vous disent « Ah non, mais tout est légitime ». Bon. pourtant... ils ne sont pas en situation de discuter avec un mouvement dont ils sont les premiers à dire que c'est légitime. Moi, quand je dis qu'un mouvement est légitime et que je vais manifester, ça ne m'arrive pas, mais imaginons que ça m'arrive, ce qui pourrait, avec les étudiants et les lycéens, je pense que je ne vais pas me faire expulser du truc dans trois minutes ni me faire cracher à la figure. Pourtant, pour des raisons extrêmement curieuses, il y a une sorte de rejet. d'une partie de la classe politique, alors même qu'elle ne dit pas non, rien, zéro. Il y a un truc qui est en train de se passer. Quand Le Monde a fait son enquête 13 000, très intéressante enquête, qui montre la vision que chaque groupe politique a des autres groupes politiques. Alors ils se détestent tous. Mais ce qui était fascinant, c'est qu'ils détestent tous les abstentionnistes, dont le principe fondateur, c'est qu'ils ne sont pas... partisans, puisqu'ils sont abstentionnistes. Et bien même les abstentionnistes qui n'ont pas d'avis, qui ne s'expriment pas, et même si c'est une part importante de la population française, sont détestés par tous les groupes politiques, alors que d'habitude, on va plutôt les chercher que les rejeter. C'est-à-dire le niveau de... conflictualité, de radicalisation du débat politique. Chez les Français, pas seulement chez les responsables politiques. Et
pour conclure à votre livre, évidemment, Alain Bauer, pour sauver nos enfants, et là d'un péril ô combien important, dévastateur, la pédocriminalité, le Sénat a voté le fait de rendre imprescriptibles les crimes sexuels contre les enfants. Symboliquement, ça marque que c'est insupportable, que ça ne s'effacera pas. 'est important ? D'abord, ça ne s
'efface pas chez les victimes, donc c'est un problème de reconnaissance. Ensuite, l'imprescriptibilité, c'est un sujet intéressant, mais un peu tard, puisque c'est après, quand on comprend que 5,5 millions de victimes d'une agression sexuelle pour les adultes vivants en France, 160 000 nouveaux par an. Une étude du ministère de l'Education nationale qui vient de paraître, qui montre que dans le CO2... Cours élémentaire deuxième année. 40% des élèves sur un questionnaire indiquent avoir été victimes d'une agression sexuelle de diverses natures. C'est-à-dire trois fois plus que ce que nous estimions qui était d'être de 10%. L'ampleur du sujet n'est traitée par à peu près aucun candidat à la présidentielle, sauf une. Une curiosité. Et je ne comprends pas pourquoi... Une.
Qui est
-ce ? Une candidate.
Et qui est-ce
? Madame Le Pen. Elle a fait une heure sur le sujet. C'est pas que...
Non, non, c'est un constat, c'est un fait que vous... Où sont les autres ? Où sont
les autres ? Sur un tel
sujet, c'est majeur. Parce que quand vous parlez à
5,5 millions de victimes, aux parents qui ont peur du périscolaire, de l'aide sociale à l'enfance, des sports, enfin, qui ont peur d'à peu près tout désormais... et que des parlementaires, eux, courageux, essayent de reprendre les choses en main, et que premier amendement à l'Assemblée, c'est qu'on ne va pas faire l'entretien scolaire parce qu'on n'a pas les moyens.
Non, c'est terrible, c'est dévastateur. Oui,
peut-être en 2032, alors facile, 2032, 27, 28, 29, 30, 31, 32. Ça fait 6 fois 160 000, ça fait un million de victimes de plus en attendant que quelqu'un se décide à adopter des textes. L'imprescriptivité est un élément symbolique. Moi, j'attends les éléments pratiques et c'est ce que j'ai voulu faire dans ce livre, qui est mon livre. Aux éditions First. Oui, c'est-à-dire créer une mobilisation pour que ce sujet devienne un sujet de la présidentielle. Et pas un truc dont on parle quand quelque chose... Et on le fait notamment ce soir. Oui, je vous en remercie. C'est moi qui vous remercie. Votre attachement à ce sujet depuis bien plus longtemps que l'apparition de ce livre.
Je vous remercie. Merci pour votre mot. Un hommage national prévu. On vient d'en parler en mémoire des victimes.
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