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Jean-Pierre Raffarin, vous êtes inquiet ? Je suis très inquiet d'abord parce que... Ces manifestations sont très dangereuses quand on voit le niveau de violence des précédentes. Il y a une volonté vraiment de casser, une radicalisation un peu partout. Je suis heureux d'entendre cette extrême fermeté. Je suis comme Alain Duhamel, extraordinairement prudent sur les scénarios qui peuvent se passer. Parce que quand la violence monte en spirale comme ça, vous savez que ça peut aller n'importe où et ça peut aller vraiment dans des situations extrêmement dangereuses. Je pense qu'une grande majorité de Français sont heureux d'entendre des propos de fermeté. Ils attendent des résultats. Je trouve que nous sommes dans une situation un peu absurde. d'enclencher des manifestations comme ça pour obtenir d'un gouvernement qui n'a pas de pouvoir quelque chose. On est dans une impasse. Il faut trancher avec les élections présidentielles. Mais aujourd'hui, on a un gouvernement qui, d'une part, n'a pas la capacité de faire passer des lois et qui, d'autre part, n'a pas d'argent à distribuer. Donc la manifestation, c'est aujourd'hui vraiment, au fond, une manœuvre pour crisper la société, pour empêcher probablement un débat serein de l'élection présidentielle. un débat qui serait un débat. posé, raisonnable. Pourquoi il y a tant d'adversaires ? Parce que notre vie politique est dominée par deux partis extrémistes, deux partis radicalisés, qui à eux deux représentent plus de la moitié des Français, si j'en crois, les sondages, et que ceux-là ont intérêt à la radicalisation. Tout ceci est au fond une stratégie qui est engagée pour empêcher les Français d'avoir un débat serein pour choisir un avenir dans une période dangereuse et très nerveuse.
Jérôme Fourquet a cette formule. Aujourd'hui, on assiste au match entre le parti de la rue que représente la France insoumise et qui est dans les manifestations et le parti de l'ordre que veut représenter le Rassemblement national. Et donc finalement, peut-être que les deux ont intérêt que ça continue pour se retrouver au second tour dans six mois.
Alors, la formule est assez réductrice quand même et simplificatrice, mais qui est effectivement au même moment deux forces imposantes et qui donne l'impression l'une comme l'autre d'être plutôt en train de se renforcer encore. – D'ailleurs dans les sondages, les deux qui profitent en ce moment de cette situation, c'est Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen. – Il n'y a pas de doute. C'est comme ça que c'est en train de se produire. Ce qui veut dire, c'est pour ça que j'insiste là-dessus, on entre dans une campagne présidentielle comme on n'en a jamais connu auparavant. C'est-à-dire avec, moment où elle commence à se mettre en œuvre, à la fois aux deux extrêmes, une mobilisation très forte et du poids, du poids réel. Et puis au milieu de ça, un grand flou, comme souvent d'ailleurs dans les fins de règne, mais qui là est quand même particulièrement visible. Et de ce point de vue, on est dans une situation, je veux dire... Je n'aime pas beaucoup dramatiser pour faire des effets oratoires, mais j'ai suivi toutes les campagnes présidentielles depuis qu'il y en a eu. Je n'ai jamais connu une situation de ce genre.
Même en 1980, avec l'arrivée de la gauche, c'était possible et qui créait beaucoup de tensions aussi.
Oui, il y avait beaucoup de tensions, mais c'était une alternative politique et organisée. Là, c'est... Voilà. Enfin, on craignait l'arrivée des chars russes, place de la Concorde. Ça, c'était des polos. C'est Jean-Pierre qui craignait ça. Non, c'était Michel Penatovski qui disait ça, qui était à l'époque le ministre de l'Intérieur. Bon, mais cette fois-ci, il faut avoir conscience. Il ne s'agit pas de chercher à effrayer pour effrayer, ce serait ridicule. Mais il faut avoir conscience du fait qu'on entre dans une campagne présidentielle pas comme les autres.
Pour moi, il y a un scénario noir. et j'y mettrai toutes mes forces pour lutter contre ça, c'est les institutions à l'extrême droite et la rue à l'extrême gauche. C'est-à-dire un deuxième tour qui les oppose tous les deux et qui s'installe dans la République, l'un dans la rue, l'autre au pouvoir. Tout ceci va générer de la violence, des étincelles qui sont inévitables. Cette double radicalisation extrême rendra le pays dans une situation... Pratiquement de guerre civile. Et donc de tension, parce qu'on n'est pas loin quand même de comportements. Quand vous entendez ce qu'on entendait tout à l'heure, les gens qui lancent la cheminée sur les manifestants ou sur les polices, c'est quelque chose d'assez scandaleux. Donc ce qui est très inquiétant... C'est la violence. Il y en a qui ont dit « Mon adversaire, c'est la finance ». Moi, je dirais « Notre adversaire, l'adversaire de la République, c'est la violence ». La République, la politique, est inventée pour éviter la violence, pour que les gens ne se battent pas. Oui, mais certains vont vous
répondre. Oui, mais malheureusement, aujourd'hui, pour obtenir des choses, il faut être violent. Il faut aussi de la casse. Et d'ailleurs, le gouvernement a commencé vraiment à bouger vis-à-vis des lycéens après le 17 octobre, pas avant.
Oui, ça, c'est vrai. Mais si j'ose dire, dans les... période de tension, on l'a toujours dit. La seule chose, c'est qu'aujourd'hui, ça se fait. C'est-à-dire qu'on n'est pas simplement dans les Athéniens qui sont en face de leurs adversaires et qui commencent par déclamer. Là, c'est pas ça du tout. La réalité, c'est qu'il y a eu déjà des difficultés pour arriver à... juguler ce qui se préparait et que les risques ne feront que s'accroître dans ce climat-là. Plus on approchera de l'élection présidentielle et plus ce genre de risque sera grand. On est dans une campagne qui est une campagne plus vindicative et, le cas échéant, plus physique. les précédentes.
C'est une campagne aussi qui efface ce qu'on appelle le bloc central en ce moment. C'est-à-dire qu'on voit bien que les candidats comme Gabriel Attal, Edouard Philippe, je dirais même jusqu'à Bruno Rotaillot et peut-être même Raphaël Glucksmann, on va dire du centre-gauche à la droite, ont du mal à exister parce qu'on entend Jean-Luc Mélenchon, Marine Le Pen, on voit bien que ça profite aux deux et le bloc central semble effacer totalement.
Je crois que le bloc central n'est pas une promesse politique. Personne n'a envie que le bloc central gagne vraiment en tant que tel. Ce qu'il faut montrer, c'est que l'énergie du bloc central, elle va servir à réduire les extrêmes. On va attendre, mais naturellement, la campagne électorale est encore longue. Mais il y a un moment où il faut qu'Édouard Philippe s'en prenne à Mélenchon et démonte le scénario de Mélenchon. Vous demandez à Édouard Philippe d'être beaucoup plus offensif. Non, il faut gérer les calendriers. Et à Marine Le Pen. Et d'un côté, je disais, d'un côté Mélenchon et de l'autre côté Marine Le Pen. Donc c'est ce travail-là. Ce n'est pas un travail aujourd'hui de construction d'un bloc central qui n'en est pas un. Il faut faire... C'est à peine central et ce n'est pas du tout un bloc. Donc il faut essayer, au contraire, d'avoir la force, l'énergie, la créativité de réduire les deux pôles extrêmes. C'est ça, je crois, la ligne. Alors quand est-ce que ça démarrera ? Ça démarrera quand les Français... Je pense qu'on est parti beaucoup trop vite. Un sondage par jour, des manifestations tous les jours. Mais à quoi servent ces manifestations ? Puisqu'on voit bien que le pouvoir n'a pas les moyens aujourd'hui de répondre.
Oui, mais ce qui est quand même frappant, c'est qu'on a deux personnages, Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen, qui sont déjà solidement installés dans leur campagne, et qui en plus sont des très bons professionnels des campagnes, l'un comme l'autre. Ils ont l'expérience, c'est leur quatrième candidature à chacun. Et expérimenter, et si c'est la quatrième fois pour chacun de deux, ça prouve qu'ils ont un certain talent dans ce genre d'exercice. Et qu'entre ça... Je trouve que les candidats plus modérés, à commencer par votre ami Édouard Philippe, je trouve qu'ils tergiversent, ils ne parlent pas assez et surtout ils ne parlent pas assez fort. Ils disent des choses intelligentes, mais c'est leur métier et c'est presque leur caractéristique. Est-ce qu'on a envie de les écouter ? À eux d'en donner envie. Un candidat c'est quelqu'un, c'est pas Jean-Pierre Raffarin qui va me dire le contraire, un candidat c'est quelqu'un qui arrive à créer de l'envie justement. Et pour créer de l'envie, il ne faut pas qu'il y ait aux deux extrémités quelqu'un de fort s'exprimant puissamment et au milieu quelqu'un d'attentiste et parlant mezzo voce. Ben non. Comme
le
disait le
grand poète français, qu'on me donne l'envie, l'envie d'avoir envie. Je pense que ça c'est tout à fait exact. Mais le fond de l'affaire aujourd'hui, c'est qu'on n'est pas... parti dans une campagne qui est très nerveuse, où il y a beaucoup de candidats, et que le bloc central se parle à lui-même actuellement, parce qu'il cherche des désistements les uns les autres. Au fond, il ne faut pas qu'ils se parlent eux-mêmes. Parce que le bloc central n'est pas une promesse. Et donc, il y a une promesse d'extrême-gauche, il y a une promesse d'extrême-droite, et c'est ça qu'il faut démolir pour construire. Oui, mais on ne peut pas non plus gagner
uniquement contre les autres. Il faut y donner envie, comme le disait à l'instant.
Mais parce qu'il n'y a pas de solution de réforme de retraite, il n'y a pas de solution de financement du social, ni à l'extrême gauche, ni à l'extrême droite. On a des impasses. Il y a une impasse de la décentralisation, il y a une impasse des retraites, il y a une impasse du financement de notre sécurité sociale et de l'ensemble. Mais ça, ça ne fait pas une
campagne
de dire ça. Non, mais c'est déjà démonté. Les fausses solutions, bien montrées. – Oui, mais il faut aussi apporter des solutions. – Il faut apporter des solutions, il faut apporter des solutions. – Et les incarner. – Dans un débat, il faut incarner. – Exact, il faut incarner. Et c'est là où il faut vraiment aller chercher
les autres. – Mais quand on a été au pouvoir pendant 10 ans, c'est difficile de dire, attendez, j'ai les bonnes solutions. Si vous aviez les bonnes, il fallait les appliquer avant. – Alors,
question de déclaration, vous pourrez prendre des déclarations pendant 10 ans de M. Mélenchon, les déclarations, ils ont dit tout et n'importe quoi. – Oui, mais c'était pour pouvoir. – Donc un petit travail, un petit travail élémentaire de dialectique. Il faut aller au combat. Le problème, c'est de savoir quand. La politique, ce n'est pas un marketing de parcours, c'est un marketing de rendez-vous. Il faut un certain dimanche, entre 8h et 20h, avoir 50% de part de marché. Donc il faut partir au bon moment, car il faut faire très attention, la situation de novembre n'est pas la situation de mars. Donc soyons, ce qu'il faut aujourd'hui, c'est de prévoir, d'anticiper la situation de mars et d'y répondre.
Une question, parce qu'il nous reste très peu de temps, sur la prime... Primaire des démocrates que propose Gabriel Attal pour départager tout ce beau monde. Est-ce que vous y croyez à cette primaire des démocrates ? Alors, on ne sait pas vraiment quel est le contour de cette primaire, mais bon, sur l'idée.
Je la crois très souhaitable, je ne l'en crois pas très possible. Et je pense que chacun défendra sa chance comme il en aura envie. Mais en revanche, je pense que c'est très important que les candidats modérés fassent preuve de plus et de préférence de davantage de personnalité pour s'affirmer que Marine Le Pen ou que Jean-Luc Mélenchon, qui ont quand même un kilomètre d'avance. Un mot sur cette primaire des
démocrates ? D'abord, une primaire du bloc central, pour avoir un candidat du bloc central, le bloc central n'est pas une promesse. Je pense que ce n'est pas utile. D'autre part, je suis très hostile aux primaires. La bataille fraternelle est toujours la plus violente. Je me souviens des propos de Sarkozy, de Juppé, de Jippon. Nous avons quand même tué deux anciens premiers ministres. Un, c'est vrai, on va tuer pour les élections à l'occasion, en un seul dimanche avec nos primaires de l'UMP autrefois. Donc la primaire. Et puis récemment, j'ai vu les compliments. que Mme Royal adressait à M. Gluckman. Sous ceci, il m'a pensé qu'il fallait quand même éviter ces choses-là et avoir une stratégie de se dire « Ma foi, s'il y en a qui veulent aller jusqu'au bout, le premier tour fera la primaire.
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