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Au printemps 2016, au palais de justice de Paris, une femme de 34 ans fait face à l'homme qui l'a violée quand elle avait 9 ans. Un dimanche 2 mai, dans une cage d'escalier. Elle s'appelle Adélaïde Bon. Il a fallu 20 ans pour que l'ADN relise ce viol à un cambrioleur connu des services de police. 18 autres femmes sont à ses côtés ce jour-là et 72 victimes mineures ont été identifiées. Le président de la Cour lui demande quelles conséquences les faits ont eu sur sa vie. Elle raconte ce moment dans un livre, « La petite fille sur la banquise ». Elle énumère quelques méduses, mais elle n'a pas de mots pour raconter ce que c'est, ce que ça vous fait, année après année, vivre à l'envers. Ne rien confier à ses parents, à ses frères et sœurs, à ses amis, se couper des autres, sourire, dissimuler, s'épuiser. Passer chaque journée en dehors de soi. Des méduses, c'est le mot qu'elle a trouvé pour ce qui remonte du fond sans prévenir. Une peur qui n'a pas d'objet et qui vous coupe en deux au milieu d'un repas. Les conséquences, le droit c'est les évaluer et les indemniser. Mais devant le juge, 25 ans après les faits, elle n'a pas de mot. Les mots viendront plus tard et ils ne décrivent pas seulement un préjudice. Elle écrit la chose suivante. Le temps d'un viol, le monsieur de l'escalier s'est immiscé dans les replis de mon cerveau, il a laissé sa haine et sa perversité macérées dans l'antichambre de ma mémoire, et jour après jour, elles m'ont dégoulinée au-dedans, elles ont colonisé chacune de mes pensées, elles ont contaminé ma vie. Le temps d'un viol, quelques minutes dans une cage d'escalier, et une vie entière passée à l'envers, voilà ce que nous ne regardons pas quand nous parlons des violences sexuelles dans cet hémicycle. Nous parlons le plus souvent de l'agresseur et de sa peine. Nous parlons de la plainte et des délais de prescription. Nous parlons rarement de ce qui se passe après pour la personne qui a survécu quand plus personne ne regarde. Et surtout, nous oublions toujours qu'il existe des soins pour cela, des soins spécialisés qui demandent du temps et des professionnels formés. Adèle Haïtbon a mis des années à les trouver. Quand elle les a trouvés, les méduses ont reflué. Son livre finit par ces mots. Page après page, je suis revenu à la vie. Collègues, il est possible de se rétablir après des violences sexuelles. Il est possible d'aller mieux. Personne ne le dit aux victimes. On leur dit qu'elles sont courageuses. On leur dit qu'on les croit. On ne leur dit pas que ça se soigne et qu'on va les soigner. Parce que si on admet que le rétablissement est possible, alors une autre question se pose à nous, et elle n'est plus seulement celle de la peine de l'agresseur, c'est celle de savoir qui va payer les soins. Aujourd'hui, c'est la victime. Elle paie plus de 90 euros la séance, chaque semaine, pendant des mois, des années, chez un psychologue que l'assurance maladie ne rembourse pas. Cela représente un coût supérieur à 21 000 euros sur 8 ans, 210 euros par mois, soit l'épargne moyenne des Françaises. Ou bien cette victime renonce, elle interrompt un suivi au moment où il commençait à agir et elle rentre chez elle avec ses méduses. Le 8 octobre, cette Assemblée a voté, sans une voix contre, un parcours de soins intégrant le psychotrauma intégralement pris en charge par l'assurance maladie, mais elle l'a réservé aux mineurs, soit aux personnes qui révèlent ces violences avant 18 ans, ce qui correspond à deux enfants victimes sur 100. Les adultes, celles et ceux qui révèlent ces violences à 44 ans en moyenne, en sont exclus. Et cette exclusion, nous ne l'avons jamais votée. Les amendements qu'il a levés, dont les miens, ont été déclarés irrecevables avant toute discussion. Et le gouvernement n'a pas déposé celui que la civise et les associations demandaient. Le texte que je vous présente aujourd'hui avec ma collègue Élise Leboucher permet ce vote. Il permet la création d'un nouveau droit pour des millions de personnes. Pour la première fois, l'Assemblée nationale peut se prononcer sur la prise en charge à 100% par la Sécurité sociale de l'ensemble des soins spécialisés en psychotraumatisme pour toutes les victimes de violences sexuelles, victimes pendant l'enfance ou à l'âge adulte. La civiste l'a noté. La proposition de loi que je présente soumise à votre vote aujourd'hui met fin à l'abandon sanitaire de l'Etat des victimes de violences sexuelles. Je remercie la civise. Et l'ensemble des associations qui apportent leur soutien à ce texte, le planning familial, la Fédération nationale des centres d'information sur les droits des femmes et des familles, le collectif des victimes de Joël Le Squarnec, nous toutes, médecins du monde, 160 000 enfants, Stop VOG, associations Caméléon, boussole féministe, féministes contre le cyberharcèlement, les dévalideuses, toutes des femmes, ou encore le mouvement des mères isolées, pour ne citer qu'elles. Collègues, je vous invite donc à voter cette proposition de loi. Ne laissons plus les victimes de violences sexuelles rentrer chez elles avec leurs méduses. Merci beaucoup.
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