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Bonjour et bienvenue sur lesfrançais.press. La France traverse une période de fortes tensions politiques, tandis que le débat budgétaire occupe aussi une place centrale. Les Français de l'étranger s'interrogent sur ces enjeux. Nous les aborderons avec notre invité, qui est également intervenu récemment sur le projet de loi relatif à la lutte contre les ingérences étrangères. Hélène Conway-Mouret, bonjour. Bonjour à vous. Merci de nous accorder cette interview. Vous êtes sénatrice PS des Français établis hors de France. Notre pays traverse actuellement une période particulièrement... Quelle est votre position sur la situation et quel rôle le Sénat peut-il jouer pour sortir de cette crise ?
Le rôle du Sénat a toujours été celui du compromis, de l'apaisement. de la stabilité de la République, et je crois que nous avons besoin de tout cela, aujourd'hui peut-être encore plus qu'hier, dans une période en effet très compliquée, où nous avons des grosses difficultés financières au niveau national, où nous avons également une grogne sociale assez importante, où nous avons une conjoncture internationale malheureusement qui amplifie cette grogne, puisque aujourd'hui tout le monde est impacté par la hausse du prix de l'essence. et du diesel, et cela n'est pas du tout le fait de la France, puisque la France ne participe pas à la guerre que les États-Unis ont lancée contre l'Iran, et qui a résulté dans la fermeture du détroit d'Hormuz, avec les conséquences que l'on sait. Et puis bien évidemment la guerre en Ukraine avec aujourd'hui le fait que des bateaux de marchandises, notamment de céréales, sont attaqués et le mois dernier 2 sur 5 ont été coulés. Et donc avec une augmentation également du prix de l'alimentation. Donc tout ça c'est une conjoncture à la fois internationale, nationale, financière, qui est vraiment très très difficile à gérer. de convergence de crise, j'allais dire, qui fait que nous avons en effet une période difficile devant nous, avec une élection présidentielle également, qui instille un peu d'inquiétude, ou même beaucoup d'inquiétude, notamment chez nos partenaires européens en matière de... de stabilité et d'avenir du projet européen, avec l'angoisse de voir des partis anti-européens arriver au pouvoir. Mais ce n'est pas simplement le fait de la France, cela est malheureusement un mouvement un peu généralisé en Europe aujourd'hui.
Avant le résultat de l'élection et le risque que vous abordez, il y a déjà l'élection et vous m'offrez la transition. Le Sénat vient d'examiner le projet de loi relatif à la lutte contre les ingérences étrangères dans la vie démocratique. On est donc en plein dedans. En quelques mots, quel est l'objectif de ce texte ? Répond-il selon vous à l'ampleur de la menace, particulièrement dans cette campagne pour la présidentielle ?
Alors ce texte était bienvenu dans le sens qui va... d'adresser ce problème d'ingérence étrangère aujourd'hui qui est absolument réel, qui est identifié, qui est qualifié, mais que l'on ne sait contrôler parce que ces ingérences se font via les réseaux sociaux. Nous avons vu le bombardement d'un centre de données en Russie qui a eu... Pour conséquence immédiate, la baisse d'activité sur le numérique de soutien à des partis tels l'AFD, et cela a été confirmé par le gouvernement allemand, et également Réforme UK au Royaume-Uni. Certains aussi politiques français qui avaient des millions de vues et qui d'un seul coup se sont retrouvés avec quelques milliers. Donc nous avons là un phénomène d'entraînement avec les réseaux sociaux. a de followers, plus elle est à même d'en attirer d'autres qui sont intéressés par ce qu'elle a à dire et par sa popularité. Donc là, nous avons un phénomène de propagande qui s'inscrit dans le temps et qui fait qu'en effet, il peut y avoir une influence sur l'opinion publique. Il peut y avoir également une influence sur ce que ces pays étrangers ont comme ambition d'affaiblissement de la France sur le plan économique, d'une tendance autocratique et en tout cas vers l'extrême droite pour certains, et qui fait qu'aujourd'hui nous avons à faire vraiment très très attention pour que les Françaises et les Français puissent conserver cette... liberté de choix, et c'est là-dessus que je suis intervenue, liberté de choix sans être influencée au quotidien. par des trolls, par des machines, par des puissances étrangères qui défendent leurs intérêts et certainement pas les nôtres.
Vous avez alerté sur l'exposition des Français de l'étranger aux campagnes de désinformation et fait adopter un amendement visant à mieux protéger les élections consulaires. Que prévoit concrètement votre proposition ?
Écoutez, ce qu'elle prévoit, c'est que nous étions les grands oubliés finalement de ce texte. Alors vous aviez en fait une double question, je n'ai répondu qu'à la première partie. Donc je vais répondre à la deuxième. Non, le texte ne va certainement pas assez loin, mais en même temps, nous nous confrontons au problème de la liberté d'expression et à quel moment est-ce que l'on censure et à quel moment est-ce que l'on coupe l'accès à ces réseaux sociaux. Et donc voilà le dilemme dans lequel nous sommes, mais nous en sommes conscients. Et donc si le texte ne va certainement pas assez loin, on va dire que c'est un pas dans la bonne direction. Ensuite, en effet, cet amendement était pour mettre dans la liste de tous ceux qui étaient nommés, puisqu'il s'agissait des élections politiques en France. qui touche bien évidemment l'hexagone, mais également les territoires d'outre-mer et les Français et l'étranger n'étaient pas listés. Donc l'amendement est tout simple, à savoir qu'en effet, toute tentative mensongère pour influencer l'opinion de ceux qui sont amenés à voter sera sanctionnée une fois que les mensonges sont prouvés. Donc voilà, c'était simplement... faire entrer les Français de l'étranger dans la catégorie de ceux qui pourront être protégés par la loi, même si ce n'est pas en amont, et ça je le regrettais, mais plutôt une fois que les délits sont constatés.
Hélène Conway-Mouret, autre sujet d'actualité, le projet de budget pour 2027. Parmi les mesures envisagées pour les Français de l'étranger, notamment dans les domaines de l'enseignement français, de l'action consulaire et de l'aide sociale, quelle est votre proposition ? Selon vous, le gouvernement néglige-t-il nos compatriotes établis hors de France ?
Je ne dirais pas qu'il les néglige, je dirais simplement que comme chaque année... Ce ministère est amené à faire des économies parce que c'est là que ça se voit le moins. Nous n'avons pas de manifestation devant les ambassades et les consulats à l'étranger. Et disons que quand les services sont réduits, quand les personnels surtout sont en nombre plus limité, c'est la qualité du service public qui s'en ressent. Et donc, si vous voulez, nous sommes... la variable d'ajustement. Chaque année, c'est le même scénario qui nous est présenté. Chaque année, nous présentons des amendements qui, bien évidemment, ne sont pas acceptés. Chaque année, nous avons raison sur le fait que nous voyons par exemple pour l'enseignement, puisque c'est le sujet que vous avez abordé, une baisse de la fréquentation des Français, une baisse très conséquente des boursiers, moins 25% en quelques années, ce qui montre que les Français désertent l'enseignement français à l'étranger. Donc il y a un vrai sujet, et cela parce que les bourses sont de moins en moins accessibles. Pour en faire la demande, ça devient de plus en plus compliqué. Et donc, nous avons là un vrai sujet parce que si notre réseau d'enseignement français n'a plus de français, je crois qu'il y aura un vrai, vrai sujet parce que cela ne peut pas reposer simplement sur les populations locales ou tiers qui fréquentent également nos établissements.
Vous êtes également spécialiste des questions de défense et rapporteur des crédits consacrés aux équipements des forces. au Sénat. Que révèle l'examen de ce budget sur l'état de nos capacités militaires ? Plus largement, les moyens prévus sont-ils à la hauteur des besoins de défense actuelle ? On voit que les jeunes lyciens qui revendiquent pour plus de moyens critiquent justement ces budgets et ces moyens accordés à la défense.
Alors je crois qu'il ne faut absolument pas opposer un budget à un autre. Bien évidemment, je souhaiterais que le budget des affaires étrangères soit en forte augmentation tout autant que celui de la défense. En même temps, et c'était le début de notre conversation, Nous avons très justement rappelé que le contexte international est incroyablement tendu et compliqué. Aujourd'hui, il y a un désengagement des États-Unis de l'Europe qui est en marche. Et ce désengagement veut dire que nous devons nous-mêmes assumer notre sécurité. Ce qui n'est absolument pas acquis, parce que pendant 20 ans, nous avons sous-traité aux Américains le fait de protéger notre continent. Ceux-ci n'ont plus envie de le faire aujourd'hui. C'est leur décision et donc nous nous trouvons désarmés, d'où cette course au réarmement avec des livres blancs, des revues stratégiques qui ont montré à la fois au niveau national et européen combien nous avions de trous capacitaires et désarmés qui quand même nous ont dit dans un premier temps qu'ils pourraient tenir trois semaines face à une attaque. Donc on peut se dire que si demain... Sur un front de 60
kilomètres. pour aller jusqu'au bout de la déclaration.
Voilà, donc vous voyez, je veux bien que l'on oppose les budgets sociaux et ainsi de suite, mais enfin, si le pays est attaqué, je crois que tout le reste, malheureusement, n'aura plus beaucoup d'importance, puisque tout le monde sera mobilisé pour défendre son territoire, défendre sa liberté et défendre ce que nous avons, puisque ce n'est pas simplement des conquêtes territoriales, c'est peut-être le cas en Ukraine, mais c'était aussi avant tout le fait de faire en sorte... que ce pays retombe sous le giron de la Russie et donc oublie finalement les valeurs démocratiques qui aujourd'hui l'animent. C'est pour ça que le peuple ukrainien se bat aujourd'hui. pour ne pas céder son territoire, mais également pour ne pas devenir le vassal de la Russie, puisqu'ils ont aussi une histoire qui fait qu'ils ont peut-être envie de faire le choix du type de société dans laquelle ils souhaitent vivre. Et donc, si vous voulez, aujourd'hui, nous sommes dans un moment de rattrapage, ça fait à peu près cinq ans. Le tournant, en fait, a commencé en 2015, quand on s'est rendu compte avec les attentats terroristes. que finalement notre pays pouvait être attaqué, que nous avions des failles, que cela était possible et que nous pouvions avoir des morts sur le territoire français. Et donc il y a eu à ce moment-là un tournant décisif dans la prise de conscience de ce dont nous avons besoin en effet pour pouvoir nous défendre. Il faut quand même répéter et le dire très très fort que nous sommes dans une logique de dissuasion. Il n'est pas question que la France attaque qui que ce soit. Il n'y a aucune ambition belligérante ou coloniale ou hégémonique de la part de la France, d'ailleurs aucun pays européen. Mais par contre, nous avons un devoir de dissuader. Et pour être dissuadé, il faut être crédible. Et quand on vous dit qu'en effet, nous pourrions tenir trois semaines, ça peut donner des envies à celui qui... eh bien des envies en effet territoriales ou simplement impérialistes.
Hélène Conway-Mouret, tous ces débats s'inscrivent aussi dans la perspective de l'élection présidentielle de 2027. Raphaël Glucksmann a remporté la primaire de la gauche alors qu'il n'est pas membre du Parti socialiste. Est-ce que vous envisagez de le soutenir ou est-ce que c'est même déjà le cas ? Est-ce que cette désignation peut-elle selon vous créer une dynamique de rassemblement à gauche ?
Écoutez, c'est à celui qui a gagné la primaire aujourd'hui, en effet, de faire ces gestes-là. Je crois que le contexte actuel fait qu'il se concentre sur d'autres sujets et à peut-être d'autres préoccupations, comme celui de mettre en place sa campagne. Mais je crois que cela passe en effet, de toute façon, par un rassemblement. Je ne vois pas comment autrement il pourrait se qualifier au deuxième tour. Et en effet, le danger pour nous, moi qui suis... pro européenne qui suis internationaliste qui pense que nous avons un devoir de respecter l'état de droit le multilatéralisme et surtout le droit international qui aujourd'hui qui est bafoué par un grand nombre de pays notamment certains qui sont encore des pays démocratiques je crois que voilà nous ne pouvons pas sombrer dans l'opposé avec un parti qui lui prône tout le contraire de ce que nous avons eu jusqu'à présent, caché derrière deux slogans qui est l'ordre et la sécurité. Bon, si ça doit passer par une guerre civile, je ne sais pas si nous aurons tous envie de vivre cela. Et l'immigration, l'immigration dont nous avons besoin. Enfin, il suffit de voir le Brexit, ce qui s'est passé. Le slogan a été en effet contre l'immigration. En fait, il y en a autant Aujourd'hui, il y a moins d'immigration européenne, puisque ce sont les Européens qui ont quitté le Royaume-Uni, pour être remplacés par des pays tiers. Tout simplement parce qu'il y a besoin de main-d'œuvre dans des pays européens, dans la démographie, et ce qu'elle est, c'est-à-dire que ce sont des pays vieillissants qui ont besoin d'une jeune génération pour travailler. Il y a des études très sérieuses qui sont faites sur le sujet, donc moi je veux bien qu'on se cache derrière des slogans, mais derrière ces slogans, il y a une vraie idéologie, il y a un passé aussi, et puis il y a un avenir qui n'est absolument pas celui que je souhaite pour mes enfants.
Comment faire en sorte pour que les Français de l'étranger et leurs préoccupations ne soient pas les grands oubliés de cette campagne présidentielle ? Hélène Connois-Mouret.
Vous savez, comme à chaque fois, nous avons des référents dans toutes les équipes de campagne, et puis quand nous arrivons à décrocher une ligne dans le programme présidentiel, nous en sommes très heureux. Aujourd'hui, les Français continuent à être, même si de plus en plus se bougent, partent à l'étranger, reviennent, puisque le retour, j'avais beaucoup travaillé en 2015 avec un rapport sur le retour en France. et tous les obstacles que l'on peut rencontrer quand on revient. Malheureusement, beaucoup n'ont pas été levés jusqu'à présent et surtout la prise en compte dans l'administration notamment de ses séjours à l'étranger qui apporte quand même énormément sur le plan personnel mais également professionnel à la personne. Rien de cela n'est pris en compte. Les acquis ne sont absolument pas pris en compte par les employeurs. nous continuons à avoir un vrai sujet, d'être loin des yeux, loin du cœur, les grands oubliés. Et la preuve en est que même dans un projet de loi où pourtant nous sommes quand même très exposés, et je l'ai rappelé pendant le débat au ministre, s'il y a une population qui est connectée, c'est bien celle des Français de l'étranger, tout simplement parce que nous ne sommes pas sur le territoire, nous n'avons pas accès à la propagande sur papier, aux affiches et ainsi de suite. Donc pour s'informer, il faut passer par l'Internet. Eh bien, cette exposition faisait que nous aurions pu être les premiers concernés et donc les premiers protégés. En fait, nous étions les oubliés. Donc voilà, c'est simplement indicatif de cela. Donc oui, j'espère qu'en effet, les 3 millions de Français qui ont décidé de résider à l'étranger et qui demeurent des citoyens français puisqu'ils votent, ils s'intéressent, ils restent connectés d'une façon ou d'une autre à leur pays de... en tout cas à cette part de leur identité, qui est parfois binationale, trinationale, mais qui compte pour eux, sur le plan individuel, qu'ils veulent transmettre aussi souvent à leurs enfants par la langue, la culture. Et c'est pour ça que nous avons tous ces réseaux et qu'il ne faut absolument pas les négliger. Donc, nous, au Parlement, notre mission, c'est de rappeler que nous existons. que nous avons fait ce choix-là, mais que quel que soit l'endroit où nous vivons sur la planète, nous sommes des citoyens français qui exercent leurs devoirs, qui portent pour beaucoup ce que nous avons de plus beaux, nous français, à proposer au reste du monde, et que nous avons besoin d'être pris en compte.
Pour terminer, est-ce que vous avez déjà échangé avec Raphaël Glucksmann sur la place de la diaspora française ? Dans son projet, selon vous, est-il suffisamment sensibilisé aux réalités vécues par les Français établis hors de France ?
Alors, je ne l'ai pas fait récemment. Je l'avais fait quand je l'avais rencontré au Parlement européen. Il était très intéressé, puisque étant au Parlement européen, bien évidemment, il avait déjà cette ouverture, on va dire, vers l'extérieur, en tout cas au niveau européen, mais bien de l'au-delà, puisqu'il mène un certain nombre de combats. qui l'ont d'ailleurs rendu un petit peu, j'allais dire célèbre, c'est pas célèbre, mais enfin, qui lui ont donné une certaine notoriété, notamment pour les Ouïghours, et ainsi de suite. Il fait partie des personnalités qui se sont impliquées pour un certain nombre de causes. Je lui en avais parlé, il était assez intéressé, mais écoutez, on va voir comment son équipe de campagne se met en place, comment tout ça va s'organiser. Et puis je pense que ça risque d'être une campagne assez rude, au vu de l'atmosphère aujourd'hui. plutôt tendue au niveau politique. Donc on va voir, mais je pense aussi, malheureusement, que les préoccupations des Français sont plutôt... celle de leur quotidien, même si en effet on espère qu'ils aient envie de faire dans un élan de solidarité, de se dire qu'il est important de continuer à soutenir tout ce qui fait rayonner la France à l'étranger. Mais je pense qu'aujourd'hui les préoccupations sont vraiment très... très liées à leur quotidien. Le coût de la vie, le logement, l'éducation, la santé. Et je pense que c'est ce qui va peser. Mais enfin, on va essayer de démontrer aussi que la France a un rôle à jouer d'apaisement à l'étranger, puisque c'est quand même... Ça fait partie de ce que nous avons toujours fait sur le plan diplomatique. La parole de la France a toujours été attendue et entendue. Et donc qu'il ne faut surtout pas que celle-ci s'affaiblisse dans un moment où... Les rapports sont plutôt des rapports de force que des rapports qui passent par la parole. Et donc, pour garder cette crédibilité, pour garder cette place, il faut continuer à faire des efforts aussi au niveau international. Et nous le représentons, nous les Français de l'étranger.
Merci beaucoup Hélène Conway-Mouret d'avoir répondu à nos questions.
Je vous en prie avec grand plaisir.
Et une suggestion pour le candidat Raphaël Glucksmann pour suivre l'actualité de nos compatriotes à l'étranger, celle de s'abonner à la newsletter lesfrançais.press. Je vous dis à très bientôt sur nos antennes. en direct du Sénat.
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