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Bonjour à toutes et tous. Édition spéciale ce soir avec notre invité, le ministre de l'Économie et des Finances. Bonjour Roland Lescure. Merci d'être là. Avec nous également Pascal Rabillet du Service économique de Sud-Ouest. Roland Lescure, première question. Ce dimanche, les prix à la pompe devraient commencer à baisser. C'était la promesse de Sébastien Lecornu après la libération des stocks stratégiques. Est-ce que vous confirmez que dimanche 1er novembre, les prix à la pompe vont commencer à baisser et de combien ?
Oui, ça va commencer à baisser. Moi, j'ai signé deux décrets la semaine dernière qui permettent de libérer les stocks stratégiques. Ces stocks, ils ont été accumulés au fil du temps à des coûts, évidemment, bien moindres que ceux qu'on paye aujourd'hui du fait du détroit d'Armousse. Et donc, la libération de ces stocks, ça va permettre de faire baisser les prix à la pompe. Donc, on espère qu'on sera entre 12 et 18 centimes. Ça dépend évidemment de la quantité que vous aurez, j'allais dire, dans votre pompe à service. de stocks qui auront été libérés. Total a déjà annoncé que le plafonnement baisserait de 10 centimes dans certaines stations dès ce week-end. Ce sont évidemment les stations qui vont bénéficier de ces stocks stratégiques. On a, vous le savez, fait des... des aides pour les gros rouleurs qui permettent aussi de baisser le coût du plein. Donc au total, ça fait quand même 100 euros pour des gros rouleurs sur les trois mois de la fin de l'année. La baisse des prix à la pompe entre 12 et 18 centimes, ça fait des baisses significatives. Au fond, pour quelqu'un qui fait deux pleins par mois, on n'est pas loin de compenser l'essentiel du surcoût. dû à la crise. Donc c'est un effort important. C'est un effort qui ne coûte pas trop aux finances publiques, vous savez que c'est important pour nous aussi, et qui, on l'espère, va se voir très vite auprès de la pompe, dimanche, peut-être à partir de lundi, dimanche et férié, et évidemment partout dans le territoire, y compris dans le sud-ouest.
Est-ce que vous pouvez rappeler deux choses ? Quel est le volume, grosso modo, pris sur les stocks stratégiques, ce que ça représente en semaine de roulage, pour faire simple, pour les Français ? Et puis est-ce que ce volume, ces aides aux gros rouleurs vont être... Voix de maintenue, alors ça vous le disiez, oui, mais jusqu'à quand
? Alors jusqu'à quand, j'allais dire, le moins longtemps possible. Mais si on les arrête, c'est que ça ira mieux. Pour l'instant, dans le détroit d'Ormousse, ce qu'on observe, d'abord, il y a du pétrole qui circule. On ne s'est pas donné de
deadline.
Non, parce que malheureusement, je ne suis ni Donald Trump, ni le chef des gardiens de la révolution irradienne. Donc c'est vrai que c'est difficile aujourd'hui de savoir jusqu'où ça va durer. Aujourd'hui, le pétrole, il circule dans le détroit d'Ormousse, mais ça coûte très cher. Il y a des coûts d'assurance très élevés. Et le président de la République, il a fait une tournée dans le GOV la semaine dernière, 5 pays en 3 jours, pour présenter. un dispositif qu'on essaye de vendre aux pays de la région pour financer ces coûts d'assurance. Il faudrait aussi dans ce cas-là protéger les navires qui circulent. Et ça, il propose une coalition internationale dans laquelle la France et l'Angleterre notamment seraient impliquées. Mais tant que malheureusement ce conflit dure, on sait qu'on a des élections importantes aux États-Unis mardi, on verra ce qui se passera après, malheureusement le prix de l'essence reste élevé. Qu'est-ce que ça veut dire en pratique les fameux stocks stratégiques ? C'est 10 millions de barils. de diesel, vous savez qu'on mesure la production de pétrole en baril, ça veut dire que c'est à peu près la moitié de ce qu'on importe. Donc on va pouvoir remplacer du diesel qu'on importe à des prix très élevés, l'équivalent de 40 litres, à la pompe, par des stocks qu'on a accumulés. La différence des coûts entre les stocks qu'on a accumulés et le prix hors taxes qu'on paye aujourd'hui, c'est près d'un euro. Donc c'est important. Évidemment, ça ne concerne pas toute la consommation, c'est juste une partie de ce qu'on va livrer. Mais ça va se voir.
L'aide aux gros rouleurs, ça représente quelle somme sur l'État ? Alors évidemment, ça
dépend ce que vous... Alors pour l'État, c'est quelques centaines de millions d'euros. Ce qui compte surtout, c'est ce que ça représente pour ceux qui conduisent. Et ça, ça dépend évidemment. combien vous conduisez. Mais ce qu'on a calibré, c'est à peu près la moitié du surcoût. liés à la crise pour quelqu'un qui fait aller entre 1 et 2 plein par mois c'est l'essentiel des gros rouleurs il y a évidemment des gens qui roulent plus que ça donc pour eux c'est pas tout à fait à la maille mais globalement on est quand même la moyenne des gros rouleurs de manière importante
question qui fâche pour l'enléscure c'est la question sur la baisse des taxes vos adversaires politiques le demande notamment le rn on n'en sort jamais de ce débat là c'est une option qui est définitivement fermé
elle est fermée pour deux raisons d'abord ce que ça coûte très cher ça coûte des milliards d'euros Selon le niveau de taxes que vous baissez, c'est quelques milliards, jusqu'à 10-12 milliards. Deux, du coup, ça concerne tout le monde, y compris ceux qu'on n'en a pas besoin. C'est vrai que depuis le début, on a souhaité cibler directement ceux qui sont en première ligne. Qui avaient été pratiqués
avant, qui avaient été largement critiqués, c'est-à-dire des aides indiscriminées.
Indiscriminées, qui aident tout le monde, y compris ceux qui, objectivement d'ailleurs, nous le disent. Moi, je n'en ai pas besoin. Voilà, je prends ma voiture pour partir le week-end avec ma famille, je gagne bien ma vie, je n'en ai pas besoin. Ceux qui ne font pas forcément la queue aux stations totales. Oui, et puis surtout... Ça a été fait dans notre secteur, la baisse de la TVA. On n'est pas sûr que ça se retrouve au bout, parce qu'il y a tous les intermédiaires qui peuvent éventuellement décider ou pas de répercuter. Donc ça coûte beaucoup d'argent, ça aide tout le monde, y compris ceux qu'on n'en a pas besoin. Et en plus, c'est assez inefficace. Nous, on va directement à la pompe avec nos stocks stratégiques.
Pascal, on reste sur l'énergie ? Oui, le cours européen du gaz s'est envolé ces derniers jours. Le mégawatt-heure a été dépassé même à un moment donné les 100 euros. Faut-il s'attendre à une facture plus lourde pour les Français
Alors ça monte, effectivement. On a déjà... Parce que ça monte avec retard en fonction du prix du gaz sur le marché. Donc on s'attend déjà à 6,6% d'augmentation le mois prochain. Bon, d'abord, la bonne nouvelle quand même, il faut... rassurer vos lecteurs, vos auditeurs, c'est qu'on a du gaz pour l'hiver. Parce qu'on a des lois en France, ce n'était pas le cas partout en Europe notamment, qui obligent les distributeurs à reconstituer les stocks. Donc on est à près de 90% de stocks constitués. Évidemment, la rigueur de l'hiver va faire qu'on en consomme plus ou moins, mais malheureusement, les prix augmentent. Là aussi, pour que ça arrête d'augmenter, il faut que le conflit s'arrête. Dans son voyage dans le Golfe, le président de la République était au Qatar, où il a sécurisé des volumes, là aussi, et c'est très important. Pour s'assurer qu'on ait du gaz pour l'hiver, c'est quand même l'essentiel. Mais une fois de plus, c'est une crise qui s'impose à nous. On parlait de taxes tout à l'heure. C'est comme une taxe qui nous vient de l'extérieur, qui va nous coûter collectivement. Donc la question, c'est comment on la paye. Soit on la paye par de l'endettement, en payant la facture et en la refinant aux générations futures. Ça ne vous a pas échappé aujourd'hui que les jeunes s'inquiètent pour leur avenir. Moi, je ne souhaite pas que ce soit le cas. Donc c'est vrai que du coup, on partage tous un peu la douleur. Donc on essaye d'aider les plus démunis. On accélère l'électrification parce qu'au fond, c'est la seule vraie manière. d'arrêter ces crises. C'est d'arrêter de dépendre du pétrole et du gaz. Vous savez qu'on a accéléré... On ne se rend pas bien compte, mais en septembre, il y avait 42% des voitures... vendus en France qui étaient électriques. C'était 20% il y a un an, c'était 10% il y a deux ans.
— La justification, on gagne du terrain ? —
Les Français y comprennent. Par ailleurs, on a des aides. On fait un bonus réservé à des véhicules fabriqués en Europe et en plus. Donc on a des Renault 5, des Tesla faits en Allemagne, des 208 faits en Espagne, Renault 5 faits en France. J'en ai une, moi. Et c'est une très belle voiture. Et on a jusqu'à 7000 euros de bonus à l'achat. Mais surtout, évidemment, les gens comprennent. qu'à l'usage, ça coûte beaucoup moins cher. On a fait aussi des aides pour les pompes à chaleur, parce que là aussi, entre une chaudière à gaz et une pompe à chaleur, On y gagne dans la durée, mais il faut faire un chèque au départ. On a mis en place un leasing social qui permet d'électrifier aussi le chauffage. Alors je comprends que vous avez changé au haute chaudière à gaz il y a trois ans, vous n'avez pas envie de le faire tout de suite. Mais il faut quand même garder ça à l'esprit. Et je pense que les gens se réflexent aujourd'hui de se poser la question, y compris d'ailleurs des véhicules professionnels. Les
flottes d'entreprises notamment. Alors
les flottes d'entreprises, mais aussi les chauffeurs de taxi. Moi, je connais un chauffeur de taxi dans la région qui m'a dit une fois, écoutez, je suis passé à l'électrique il y a trois ans. C'est une autonomie de plus de 300 kilomètres. Ça me permet de faire ma journée. Je m'arrête déjeuner, je la mets en charge. Je ne reviendrai plus en arrière. Ça ne pollue pas, c'est sympa, ça fait moins de bruit. C'est une très belle voiture maintenant et ça coûte moins cher.
Sans transition, Roland Lescure, un autre sujet d'actualité, c'est bien sûr les commerces impactés par les journées de manifestation entre la casse et les fermetures préventives de certaines anciennes qui ont préféré fermer leur rideau plutôt que de risquer encore une fois d'être pillées. Quel est le dispositif maintenant ? Parce qu'on a un peu plus de recul. Vous avez les chiffres des boutiques qui ont été pillées, celles qui ont été empêchées aussi. On en est où et on leur dit quoi ? Vous leur dites quoi ? Alors
d'abord, c'est pour eux et pour elles que je suis là. Je suis venu à leur rencontre. Parce que Bordeaux, j'allais dire malheureusement, ce n'est pas la première fois pendant les Gilets jaunes, ça avait été dur ici aussi, a été un peu en première ligne. Donc on a environ 90 commerces. qui ont été touchés, une petite moitié, 40, qui ont été littéralement soit dévastées, soit pillées, donc qui font des pertes importantes, à la fois parce qu'il faut reconstruire, il faut reconstituer les stocks. Donc d'abord, ce que je veux leur dire, je veux leur dire qu'on est avec eux. Vraiment, il y a un mouvement de solidarité, il y a une grande majorité silencieuse de Français aujourd'hui qui pensent à eux, et en tant que membres du gouvernement, je viens leur dire ça. Deux, leur dire qu'on est là pour les aider. Alors, la première aide qu'on peut apporter quand on leur demande, c'est « Assurez-nous la sécurité ». Vous le savez, le 17 octobre, ça s'est mal passé. C'est clair aussi, mais
comme à Paris, à Marseille,
à Lyon. Mais évidemment, Bordeaux a été malheureusement extrêmement touché. Donc le 24, ça s'est mieux passé. Ça ne veut pas dire qu'il y a eu d'incidents. Il y a quand même quelques commerces qui ont été touchés. Et on fait tout pour que ce week-end, ça se passe bien aussi. Donc ce soit plutôt comme samedi dernier, comme samedi précédent. Et on sait qu'Halloween, on est des choses un peu compliquées. Ensuite, on met en place des aides économiques. Donc on a annoncé un prêt à taux zéro. C'est la banque publique d'investissement. C'est très simple à obtenir. J'ai déjà 400 demandes. Vous savez qu'on a à peu près 1 300, 1 400 commerces qui ont été fortement touchés en France. Au total, c'est 3 000 commerces qui ont été affectés. Mais ceux qui ont vraiment été soit dévastés, soit pillés, enfin attaqués de manière importante, c'est à peu près 1 300 commerces. J'ai déjà 400 demandes de prêt à taux zéro. Donc ça veut dire qu'on paye des taux d'intérêt. C'est gratuit. C'est sur 3 ans. Vous avez 3 ans pour rembourser et ça peut aller jusqu'à 50 000 euros et ça, ça permet de reconstituer les stocks. Après, il y a le fonds de soutien. Donc le fonds de soutien, c'est pour les... Plus petit commerce, c'est quand même jusqu'à 50 salariés. Donc ça reste important. Évidemment, les commerces individuels sont concernés. On est en train d'en finaliser les paramètres. Mais on a dit que pour ceux qui avaient été vraiment fortement attaqués, ça pouvait aller jusqu'à 10 000 euros. Et là, c'est un fonds de soutien. C'est culpable avec
le prêt. Oui,
oui, bien sûr, bien sûr. Il y en a un qui est un prêt qu'il faudra rembourser, mais sans intérêt. Il y en a d'autres qui est une subvention, en fait. Là encore, on focalise l'aide sur ceux qui ont été en première ligne parce que l'argent public est rare et que mon devoir, moi, c'est de s'assurer que le budget reste dans les clous. Mais évidemment, ceux qui ont été en première ligne, on est à leur côté.
Justement, on va parler du budget dans un instant, mais d
'abord...
Juste une petite précision, le quid du chômage partiel ? Oui, bien sûr.
Qui
est
dans
l'arsenal ? Non, mais bien
sûr, je n'ai pas tout dit. Et on n'a pas parlé des incendies, évidemment, qui ont affecté le département, la région, la géante des Landes, avec des milliers d'entreprises touchées. On avait déjà mis en place, chômage partiel, aussi des décalages de trésorerie. Vous pouvez payer vos cotisations sociales plus tard, vos impôts plus tard, et on remet en place ce dispositif. J'allais dire, c'est un dispositif... auditif qui ne fait que décaler la trésorerie. Mais quand même, quand vous avez un problème de trésorerie et qu'il faut reconstituer les stocks à l'approche des fêtes de Noël, c'est quand même utile. Voilà. Donc on lâche, j'allais dire, tout l'arsenal de mesures pour aider les commerces. Moi, j'en ai rencontré quelques-uns à Paris. J'en ai vu ici, évidemment, aussi. C'est extrêmement douloureux ce qui s'est passé, à la fois pour des raisons économiques, mais même pour des raisons... Il y a des commerçants qui ont eu peur pour leur intégrité physique. Donc on est là pour leur dire qu'on est avec eux. On est là pour les rassurer sur la sécurité et pour les accompagner pour que cet épisode ne reste qu'un mauvais souvenir. Mauvais souvenir malheureusement, mais un souvenir.
Pascal, on reste sur la question de la vie chère notamment et des propositions qui sont sur la table. Il
y a quand même une colère sociale qui prend la rue, je veux dire. Et contre la vie chère, il y a un sujet qui revient régulièrement, mais de manière plus prégnante ces derniers jours, la hausse du SMIC. Notamment avant janvier, elle ferait partie des options possibles. Est-ce que vous y êtes favorable ?
d'abord, le SMIC, il a déjà augmenté. C'est vrai. Non, mais je le dis pour le rappeler, parce qu'on l'oublie souvent. Donc plus de 3% d'augmentation entre celle de janvier dernier et celle de juin. En France, on a ces coussins sociaux qui fonctionnent, qui font que quand il y a de l'inflation, le SMIC augmente. L'inflation se poursuit. Donc il est très probable que, suivant les règles d'indexation, le SMIC augmente en janvier. Donc la question, un, c'est est-ce qu'on avance ça ? Et deux, est-ce qu'on peut aller au-delà ? Il faut reconnaître. quand même que pour des entreprises, une hausse du suite, c'est une hausse du coût du travail. Il faut l'avoir en tête. Donc c'est une négociation paritaire. Le MEDEF, vous avez
déjà mis en garde là-dessus.
Mais bien sûr, chacun son rôle. C'est une négociation à trois. Il y a le gouvernement, il y a le MEDEF et les organisations syndicales. Ils ne sont pas totalement fermés quand même, mais il y aura un dialogue. Non, mais parce que tout ça, ça doit se faire dans le dialogue. Au fond...
Vous avez le temps de mener ce dialogue ? Alors, ce n'est pas mon job.
Ça, c'est Jean-Pierre Farandoui qui le donne. Et il ne fait que ça aujourd'hui. chacun son travail. Parce que vous voyez qu
'il faut un point d'atterrissage dans les 15 jours, 3 semaines, enfin avant janvier. Et c'est la mission que
lui a donnée le Premier ministre. Donc il y a une marge là-dessus. On travaille fort et vite et on essaye de trouver un accord tripartite. Je pense que c'est important. C'est des moments difficiles. C'est des moments où on souhaite accompagner les Français face à une crise du pouvoir d'achat. Mais maintenant, tout le monde a compris. que les caisses étaient loin d'être pleines et qu'il faut faire attention à ce que des mesures qui coûteraient aujourd'hui soient reportées dans leur remboursement à demain et que ça affecte tout le monde. On a eu un chiffre de croissance qui n'était pas terrible, il faut le reconnaître pour le troisième trimestre, à moins 0,1%. Je dirais que l'économie française est à l'arrêt depuis trois trimestres. — Vous dites pas
récession, vous dites à l'arrêt ?
— Non. Alors techniquement, d'abord, c'est pas une récession. — C'est pas encore
récession.
Pas encore. J'espère qu'on n'ira pas. Donc on a fait moins 0,2 au premier trimestre. — Vous voudrez accumuler les mois. — Zéro au deuxième, moins zéro au troisième. C'est pas terrible. C'est une économie à l'arrêt. il faut s'assurer que ça reparte. Pour ça, il faut voter le budget. Et il faut s'assurer que les moteurs de croissance restent allumés, notamment que les entreprises reprennent le chemin de l'investissement. Pour ça, il ne faut pas trop leur charger la barque d'une part, et puis leur redonner confiance.
Vous parlez des caisses de l'État, Roland Lescure. Vous avez dit que l'économie française pouvait aller dans le mur si jamais on ne revenait pas aux 5% de déficit, c'est-à-dire si le budget n'était pas voté tel que vous êtes en train de le présenter à l'Assemblée nationale. Et pourtant, les députés ont déjà voté 28 milliards d'euros de dépenses supplémentaires. Il n'y a pas de point d'atterrissage, là, sur le budget ? Écoutez, vous
savez comment ça marche, le budget, ce qu'on appelle une première lecture. Là, en général, tout le monde se lâche. Ensuite, on va au Sénat, première lecture. La
majorité de droite va faire ce qu'elle a fait ces dernières années pour le resserrer encore plus.
On verra, possible. Et puis ensuite, on vient à l'Assemblée en deuxième lecture. Et c'est là que, j'allais dire, le vrai match commence, si je puis dire. Mais c'est vrai qu'aujourd'hui... On n'a pas l'impression que dans leur ensemble, les députés soient très responsables parce que c'est à la fois des dépenses en plus, des impôts en moins, des impôts inconstitutionnels pour certains en plus. Ça part dans tous les sens. Donc moi, j'ai l'habitude de dire qu'on a deux glissières de sécurité sur l'autoroute budgétaire. L'article 49.3, il a permis d'adopter tous les budgets depuis 2022, en fait. Donc on y est habitué. Les ordonnances, ça, on ne l'a jamais fait, qui permettent de revenir au budget initial et de dire c'est comme ça. On le passe par décret. Il faut d'abord que le débat budgétaire ait lieu. Et ces deux glissières, elles existent. Et si jamais ça dérive d'un côté ou de l'autre, on les utilisera.
Donc 49-3 ou ordonnance, c'est un souci, il n'y a pas de point d'atterrissage et qu'il n'y a pas de...
Exactement. Personne ne
croit réellement qu'il y aura un vote du but.
Le débat parlementaire suit son cours, mais c'est vrai qu'il part plutôt du côté des glissières de sécurité actuellement. —
Le risque, c'est quoi pour l'économie française ? Parce que vous avez dit 5%. Il faut revenir aux 5%, alors que l'objectif était quand même d'aller sous les 5%. Là, on va finir comment ? 5,4%. —
Alors d'abord, pourquoi on dit 5% aux Français qui comprennent un peu pourquoi on dit ça ? Bon, d'abord, 3%, c'est l'objectif qui permet de stabiliser la dette. Tant que vous êtes au-dessus de 3%, la dette continue à augmenter. On était à 5,1% il y a 2 ans. Enfin l'année dernière, pardon. Cette année, on sera sans doute à 5-4. On a eu quand même une année particulièrement difficile. Les sécheresses, les incendies, la canicule, le détroit d'Harmouz, l'instabilité politique. Donc on a eu une dégradation qu'on n'attendait pas. On avait voté 5. La raison pour laquelle nous on dit qu'on fait 5 en 27, c'est 1 pour être en dessous de 25, pour montrer qu'on consolide un peu, mais surtout parce que, ça ne vous a pas échappé, il y a une élection présidentielle au printemps prochain. Et moi, ce que je souhaite, c'est que les prochains élus, quels qu'ils soient, ils aient une copie à peu près propre, ils aient une piste de décollage à peu près propre, et qu'ils puissent ensuite, s'ils le souhaitent, et j'espère qu'ils le souhaiteront, aller vers les 3% le plus vite possible. Quand on arrive au pouvoir, en général, on a un plus de marge de manœuvre. J'espère que ce sera le cas. On a un président qui comprend que la consolidation budgétaire, il faut le faire. Il peut le faire en 2 ans, 1% par an. On a fait ça en 2017-2018, donc c'est possible. C'est des efforts importants. Quand vous arrivez au pouvoir, vous avez une majorité, une légitimité. On n'a pas la majorité aujourd'hui, donc on fait de notre mieux. Et donc c'est la raison pour laquelle on a dit 5. Il ne faut pas qu'échappe à vos lecteurs, vos auditeurs. que les taux d'intérêt aujourd'hui, les marchés financiers qui nous prêtent, nous mettent de la pression. Donc on est un peu en dessous de 5 ces jours-ci, mais on a touché les 5 il y a une dizaine de jours. était à peine au-dessus de 3,5 il y a un an, donc ça a beaucoup monté. Et quand ça monte, ça veut dire que moi je m'endette plus cher, mais ça veut dire que... Vous aussi, c'est-à-dire que vos auditeurs... Ce discours
-là, Roland Lescure, n'est pas audible si on suit les... Moi, je crois pas ça. Non, alors,
il y a une chose. C'est assez compliqué. Il y a le théâtre d'ombre de l'Assemblée nationale, et il y a la réalité de la rue et les campagnes. Quand vous demandez aux Françaises ou aux Français leur sujet de préoccupation, il y a 80% qui considèrent que la dette, c'est un problème. Les gens l'ont compris. J'allais dire, ça nous a peut-être coûté deux premiers ministres, Michel Barnier et François Bayrou, qui sont tombés l'un après l'autre en alertant sur ce sujet. Je pense que les gens ont compris aujourd'hui que, un, on ne fait pas ça pour se faire plaisir, deux, on ne fait pas ça pour les faire souffrir, mais on fait ça parce qu'on peut encore se permettre de choisir des priorités. Vous savez que dans ce budget, on investit dans la défense, on investit dans l'innovation, on investit dans la jeunesse, puisqu'on a annoncé un certain nombre de mesures pour les lycées. Si on va... J'ai dit dans le mur ce matin sur une radio nationale. Si on laisse filer la copie, on ira effectivement dans le mur, au sens où on n'aura plus le choix. On se fera imposer des choix. Et moi, je ne veux pas qu'on en arrive là.
Monsieur le ministre, est-ce que dans le fond, il y a une semaine tout juste, à quelques heures près, où on dit « ne dégradez pas la note de la France ». Est-ce que finalement, alors, c'était une bonne nouvelle, mais est-ce que dans le fond, ce n'est pas une fausse bonne nouvelle ?
Non, parce que… — Ça donne l'impression
qu'on peut faire à peu près ce qu'on veut. —
Non. Moi, j'ai dit que c'est un bon point pour l'économie française, parce qu'ils indiquent qu'elle est diversifiée, puissante, solide. C'est un bon point pour le gouvernement, parce qu'il a déposé un budget ambitieux. Mais c'est avant tout un avertissement. Avertissement à la stabilité politique, au vote d'un budget. Maudis est très clair là-dessus. Donc il faut qu'on vote un budget, sinon... La dégradation, on l'aura. Mais aussi un avertissement aux candidats à l'élection présidentielle. Parce que Moody's l'indique aussi très clairement dans sa déclaration. Il faut que la consolidation se poursuive. Donc non, moi je pense que... Écoutez, je préfère un signe dans ce sens-là plutôt qu'un autre. 50 milliards
d'euros d'économie, c'est l'objectif du Premier ministre ?
Un peu plus, 54.
54 milliards. François Bayrou avait proposé 40, il est tombé. Dès la fin août, dès le début septembre. Comment on avance avec celle
-ci ? Écoutez, moi j'ai reçu tous les groupes parlementaires, les responsables financiers dans mon bureau. Donc ils regardent le bureau, peut-être que certains s'y projettent pour le printemps prochain en se disant que c'est pas mal. Moi je leur dis, quand vous allez arriver dans ce bureau, vous voulez hériter de quoi ? D'un budget que nous on aura fait voter, qui ne sera pas le vôtre, que vous pourrez améliorer, modifier ? Ou de pas de budget, c'est-à-dire probablement... de la volatilité, une crise financière, une pression très forte sur notre économie. Ils ne sont pas idiots. Ils veulent pouvoir avoir des marges de manœuvre en arrivant. Donc ils ont un intérêt objectif, c'est peut-être la différence par rapport aux années précédentes, à ce que ce budget soit adopté, j'en sois la responsable, pas eux, et qu'ils puissent se laver les mains en disant « c'est pas le mien, il est passé en force, je le corrigerai », ça c'est la démocratie. Mais je pense qu'on a tous intérêt à avoir un budget cette année et qu'il soit ambitieux à moins de 5%.
Allez, deux dernières questions avant de nous quitter Roland Lescure. Pascal, parlons de l'attractivité de la Nouvelle-Aquitaine.
la Nouvelle-Aquitaine, on parle beaucoup de réindustrialisation. Réindustrialisation. C'est très très dur à dire. Réindustrialisation. C'est dur à faire
aussi.
Et a priori c'est assez dur à faire. N'empêche, en Nouvelle-Aquitaine, on est plutôt bon élève. Comment vous expliquez ça
? Bon, d'abord, effectivement, en Nouvelle-Aquitaine, on ouvre des usines. Et on a lancé un baromètre qui suit à la fois les ouvertures, les fermetures d'usines, mais aussi les ouvertures de lignes et fermetures de lignes. On a des nouvelles usines tous les ans ces dernières années en Nouvelle-Aquitaine. D'abord, il y a les secteurs historiques qui fonctionnent très bien, l'aéronautique notamment, mais d'autres secteurs industriels de pointe. On a une main-d'oeuvre de qualité. On a de bonnes écoles, évidemment, des bonnes universités. Il faut reconnaître qu'il y fait bon vivre. C'est un climat agréable. C'est très bien connecté. notamment à Paris, mais pas seulement, on a une région qui, moi, vraiment, il faut le reconnaître, elle est plutôt bien présidée. Si je ne parlais pas du président de région, je pense qu
'il me le reprocherait.
Mais non, mais c'est vrai que le président Rousset, il aime l'économie. Moi, je travaille régulièrement avec lui. Quand j'étais ministre de l'Industrie, on a à la fois aidé les entreprises canemales et puis accompagné les entreprises qui s'ouvraient. Donc il y a une volonté d'avancer. qui est très forte. Il y a évidemment aussi l'industrie vinicole. Ça se
mesure, ça, Roland Lescure, ce que vous dites, cette attractivité sur votre baromètre ? Pour
moi, c'est très simple. Est-ce qu'on y ouvre des usines ou est-ce qu'on en ferme ? On y ouvre. Est-ce que les gens viennent vivre ici ou est-ce qu'ils s'en vont ? Est-ce que le chômage, même s'il reste élevé, est plutôt meilleur que la moyenne nationale ? Ben oui. Oui, les gens viennent vivre ici. Oui, on y ouvre des usines. Et oui... Évidemment, la région est attractive. Donc il faut continuer, il faut investir. Moi, je ne me satisfais pas d'un chômage qui doit être à peu près 8 dans la région, un peu moins où on est un peu au-dessus dans la moyenne nationale. Donc il faut continuer. Mais les infrastructures sont bonnes. Vraiment, je trouve que c'est une région qui a de l'avenir. Et du coup, il faut qu'elle le prenne. À pleine main.
Une dernière question sur l'avenir. Roland Lesquieu, on va parler de la présidentielle. Vous l'avez dit, ça n'a échappé à personne. C'est dans six mois. Dans le Blanc central, ça patine. Les candidatures d'Edouard Philippe et de Gabriel Attal peinent à s'imposer, au moins pour une qualification second tour. Est-ce que vous êtes partisan d'une grande primaire, comme l'a proposé Gabriel Attal ?
D'abord, je suis convaincu qu'on peut gagner. Quand on regarde les résultats des élections municipales à Bordeaux, Thomas Cazenave est un excellent maire et je le connais très bien, mais aussi à Toulouse, à Paris, à Marseille, à Strasbourg, il y a plein de grandes villes où les maires de gauche, de droite du centre ont été élus en refusant les extrêmes. d'un côté ou de l'autre. Et donc ça veut dire qu'il y a un espace pour ça. Mais il faut une incarnation. Franchement, je ne sais pas qui nous représentera, in fine. Et c'est vrai que la primaire, qui est la proposition de Gabriel Attal, permettrait de régler le problème. Donc vous êtes favorable
?
J'y suis favorable, à condition évidemment que tout le monde soit prêt à jouer les Jeux. Donc on va de
Ouaou, de Glucksmann à Rotaillou ? Écoutez, je ne
suis pas sûr, vu ce que j'ai entendu, qu'on puisse aller jusque-là.
Même si,
in fine, moi, je reste convaincu que pour éviter une alternative délétère, il faudra que quelqu'un émerge dans l'espace central. Moi, je viens du centre-gauche. J'espère que ce sera plutôt de cette philosophie-là. Mais aujourd'hui, les valeurs communes, profondes, on aime l'Europe. On aime une France unie plutôt qu'une France divisée. On aime une France qui investit. On est conscient que la consolidation budgétaire, ça a du sens parce que ça permet d'investir dans l'avenir. Tout ça, c'est des valeurs qui nous rapprochent. Il y a des vrais désaccords de fond. entre Bruno Retailleau et nous. Moi, je n'ai pas caché mes désaccords avec lui, y compris quand il était au gouvernement. Donc on arrive à un moment où il faut faire des choix qui sont des choix structurants. Si on arrive à le faire avec une primaire, on le ferait avec une primaire. Sinon, moi, je pense que les Français choisiront. Donc c'est le vote utile ? Ben oui. Oui, c'est possible. C'est possible. Et j'allais dire, c'est souhaitable, in fine. Et donc le vrai, ce contour, il aura peut-être lieu au premier tour cette année.
Merci beaucoup, Roland Lester, ministre de l'Économie et des Finances. Merci de nous avoir suivis. On se retrouve sur TV7.
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