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Bonjour, c'est Thibault Lambert et vous écoutez Codesources, le podcast d'actualité du Parisien. Pendant ses presque dix années passées au pouvoir, Emmanuel Macron a souvent répété qu'il serait président, je le cite, jusqu'au dernier quart d'heure de son mandat. À six mois de quitter l'Elysée, le chef de l'État se heurte à une multiplication de crises dans le pays. Une jeunesse dans la rue, des Français en colère contre la vie chère, une dette qui s'aggrave, la candidate du RN Marine Le Pen au plus haut dans les sondages, les conséquences des guerres en Ukraine et au Moyen-Orient, et j'en passe. Une morne fin de mandat, titré Le Parisien le 24 octobre, pour un président devenu très impopulaire, privé de majorité à l'Assemblée depuis deux ans et affaibli jusque dans son propre camp. Dans cet épisode de Code Source, on raconte comment Emmanuel Macron a traversé ses dernières semaines de marasme avec Alisson Tassin et Marc Préel. Ils sont tous les deux journalistes au service politique du Parisien, chargés de suivre l'exécutif. Emmanuel Macron n'est pas candidat à sa succession en 2027. L'article 6 de la Constitution lui interdit d'exercer plus de deux mandats consécutifs. Marc, avant la rentrée de septembre, comment les conseillers de l'Elysée et l'entourage du président imaginaient les derniers mois de cette décennie au pouvoir ?
Je pense qu'ils l'imaginaient beaucoup plus calme. Dans la fin de mandat, quand le président ne se représente pas, on expédie les affaires courantes, on fait un peu le bilan. Il y a une campagne présidentielle qui arrive et généralement, elle prend vite le dessus sur les derniers dossiers que le gouvernement, qui est généralement épuisé, en bout de course, essaie de faire passer. C'est comme ça que ça se passe pour Mitterrand, pour Chirac, pour Hollande. Et là, ce n'est pas le cas. Déjà parce que le pays va mal. On vient de vivre plusieurs semaines de mouvements intenses, d'abord des lycéens, puis le mouvement plus large avec des manifs, des violences. des tensions dans tous les sens. Et que ce soit à l'Elysée ou à Matignon, à part peut-être pour faire passer le budget où ils savaient que ce ne serait pas simple, ils n'avaient pas vu venir tout ça.
Dans cet épisode de Code Source, on va retracer ces dernières semaines particulièrement difficiles, tu l'as dit, pour la fin du mandat d'Emmanuel Macron. Mais d'abord, pour remettre un peu de contexte, Alison, il faut rappeler ce moment de bascule en juin 2024, quand il décide de dissoudre l'Assemblée nationale. Le président se retrouve sans majorité absolue dans l'hémicycle et donc l'exécutif n'a plus du tout les mains libres pour appliquer sa politique. Qu'est-ce qui change alors dans la manière ? d'Emmanuel Macron d'exercer le pouvoir.
En fait, il faut se rappeler qu'après la dissolution, on assiste à un paradoxe. Les urnes ont placé le nouveau Front populaire en tête, suivi du Rassemblement national, mais ce qui n'empêche pas Emmanuel Macron de nommer à Matignon Michel Barnier, un LR, donc parti qui n'a obtenu que 66 sièges. Dans l'esprit d'Emmanuel Macron, ça reste tout de même le moyen de se mettre à distance de la vie politique nationale et de revenir entre guillemets à ce qu'on appelle souvent l'esprit de la 5e, c'est-à-dire de la 5e République, où le gouvernement gouverne et le président préside. Ça veut dire pour Emmanuel Macron de se tourner un petit peu plus vers l'international, ce qu'il apprécie beaucoup, et puis il faut dire que les dossiers ne manquent pas. Et cette répartition des rôles, elle va vraiment atteindre sa vitesse de croisière après la nomination de Sébastien Lecornu, qui est un très proche, mais il peut donc totalement se reposer sur lui.
commence ce récit à la date du vendredi 18 septembre. Ce jour-là, le président réunit à l'Elysée les chefs des partis politiques pour un point sur la situation internationale. Donc la guerre en Ukraine et au Moyen-Orient, le détroit d'Hormuz qui est bloqué en raison du conflit entre l'Iran et les Etats-Unis. Alison, que dit Emmanuel Macron à cette réunion ?
Alors déjà, il faut rappeler que c'est une réunion quand même surprise, qui a été calée plus ou moins en dernière minute. Ce qui était prévu à la base ce vendredi-là, c'est qu'Emmanuel Macron se rende au fort boyard pour les journées du patrimoine. Donc vraiment rien à voir. Mais l'idée dans la tête du président, c'est de dire que ces crises vont durer et que rien ne va s'arranger à court terme et donc en prévision de cette élection présidentielle. Pourquoi ce durcissement aussi ? C'est parce qu'on est quelques jours après l'attaque d'un oléoduc saoudien qu'on appelle Est-Ouest et qui permet d'exporter le pétrole vers la mer Rouge pour contourner les difficultés du détroit d'Ormos. Donc c'est une voie de plus qui ne circule plus. Il y a eu aussi cette attaque de drones à Leipzig, en Allemagne, dont la Russie est soupçonnée d'être à l'origine. Le climat international est vraiment très tendu.
Est-ce que ce n'est pas aussi un moyen de dire qu'il n'a pas le contrôle sur les conséquences qu'auront ces conflits sur l'économie française ?
parce qu'en fait, il y a la situation nationale aussi qui se tend. Il y a une recrudescence des colères. On voit qu'il y a des pêcheurs qui bloquent des dépôts pétroliers. Il commence aussi à y avoir par certains endroits des problèmes de rupture de stock. La veille de cette réunion, le gazole atteint un premier pic qu'il n'avait pas atteint depuis le mois d'avril. Donc la situation en France, elle est percutée, comme on dit. dans le jargon politique, par ces différentes crises. Emmanuel Macron choisit aussi de tenir une conférence de presse. Et en fait, l'idée du chef de l'État, c'est de marteler un message.
Cette flambée des prix n'est pas la conséquence de décisions gouvernementales ou de mesures nationales, mais de la situation géopolitique. Je pense qu'on a aujourd'hui besoin de rester très unis et d'avoir conscience que la situation que nous vivons, elle est la conséquence des crises internationales.
Deux jours plus tard, le dimanche 20 septembre, le prix des carburants flambe. Le gazole atteint un niveau record avec en moyenne 2,40 euros le litre dans les stations-service. Quatre jours plus tard, Emmanuel Macron se livre à un exercice de questions-réponses au JT de TF1 et de France 2 sur la crise des carburants. Il se dit prêt à aller plus loin que ce que préconise son gouvernement pour aider les Français. Est-ce que tu peux nous rappeler ça ?
En Allemagne, il y a eu un abaissement des taxes. sur les carburants, ce que la France refuse de faire, notamment pour des raisons de coûts. Mais le soir de cette interview à TF1 et à France 2, le président ouvre la porte de cette baisse sur les carburants.
Moi, ma priorité, c'est vraiment de baisser les prix. Il n'y a pas de tabou. On ne laissera pas les prix s'envoler pour les Français.
Ce qui surprend évidemment tout le monde, y compris les ministres concernés, par exemple à Bercy, qui depuis des semaines martèle à la radio, à la télévision, que ce n'est pas une option. Eh bien Emmanuel Macron entr'ouvre cette porte, dit qu'il faut tout faire pour ne pas laisser les prix s'envoler. Il cherche à faire redescendre la pression.
Donc c'est ça, il essaye vraiment d'aller... Plus loin pour éviter une nouvelle colère sociale ?
Cette mesure, elle n'est toujours pas mise en œuvre. Mais l'idée, c'est plutôt de pouvoir lâcher par-ci, par-là, quelques centaines de millions pour éviter une facture à plusieurs milliards plus tard. C'est un ministre qui nous l'explique parce qu'il a en tête notamment la période des Gilets jaunes. Et puis le contexte aussi, c'est le désamour pour le président de la République. Par exemple, dans un sondage IFOP, il perd 4 points. Il n'est plus qu'à 17% de satisfaction chez les Français. Ça rappelle quasiment les plus bas historiques de son prédécesseur François Hollande. Et le pire dans tout ça, c'est qu'il perd aussi des points de satisfaction. Parmi ceux qui ont voté pour lui en 2022, il devient même minoritaire au sein de ses propres électeurs, ce qui est assez notable.
même moment, un mouvement de protestation de lycéens, parti d'un lycée de Créteil le 17 septembre, essaiment à travers la France. Des établissements sont bloqués, des rassemblements spontanés ont lieu pour dénoncer des emplois du temps trop lourds, des bâtiments vétustes, les profs non remplacés ou encore parcours sup. Marc, comment l'exécutif réagit à cette crise lycéenne dans les premiers jours ?
C'est vraiment intéressant de regarder les prémices de cette crise lycéenne parce qu'il y a beaucoup de choses d'abord qui se jouent complètement sous les radars. Ça part d'un lycée de Créteil le 17 septembre sur une mobilisation assez classique. C'est des professeurs qui se mettent en grève parce qu'il y a des postes non remplacés.
Et puis pour certains, il se paie des effectifs plus réduits parce qu'il y a un certain nombre qui sont à 35 encore à l'heure actuelle où il est pratiquement impossible de faire quoi.
Le lendemain, il y a des élèves qui décident a priori de façon spontanée un blocage pour soutenir les revendications. Ensuite tout s'enchaîne. Le lundi, le député LFI Louis Boyard se rend sur place. Ça se répand ensuite ailleurs, dans le 94, puis en Seine-Saint-Denis, dans le 93, dans le 92. Et tout ça, ça se fait un peu à bas bruit. C'est seulement à partir du vendredi 25. Ça prend un visage plus violent. Le ministre de l'Éducation, Edouard Geffray, fait un premier tweet qui passe complètement inaperçu. Et pourquoi ça passe inaperçu ? C'est que le week-end du 25-27 septembre, le pape est à Paris. La tension médiatique et politique, en fait, elle n'est pas du tout sur les lycées à ce moment-là. Et c'est que le lundi, donc là on est le 28-29 septembre, mais surtout le mardi, que ça explose et que ça prend dans tout le pays. Ça explique pourquoi le gouvernement s'est retrouvé à contre-temps. Et le deuxième problème pour eux, c'est qu'ils se retrouvent dans une sorte de piège. À ce moment-là du mouvement, des violences, de la casse, des choses inacceptables.
Le feu de poubelle a gagné la façade. Quelques minutes plus tard, c'est tout le hall d'entrée du lycée Mandela de Nantes qui s'embrase.
Ça évidemment, quand on est au gouvernement, il faut le condamner, montrer que la maison est tenue. Et en même temps, c'est un mouvement de jeunes. La logique politique dans ces moments-là, c'est qu'il faut tendre l'oreille. Donc au final, ce qui a dominé, c'est la partie maintien de l'ordre. Ils ont eu un petit problème de réglage de leur capteur et de leur capacité d'écoute.
ce moment-là, l'exécutif et le Bloc central accusent la France insoumise d'agiter cette colère lycéenne, de lui donner de l'élan. Qu'est-ce qu'il en est réellement ? Et est-ce qu'il y a une stratégie politique de la part de l'exécutif derrière ces accusations ?
Oui, bien sûr. Encore une fois, ce n'est pas un secret que LFI allait soutenir le mouvement dès le début. La jeunesse, c'est son bastion électoral. Et de la même façon, avoir des grandes manifs avant une présidentielle, ça vous donne une assise. puisque c'est un peu un des derniers monopoles de la gauche de savoir organiser des grandes manifestations. Les adversaires ne sont pas capables de mobiliser, ou très rarement, autant de gens. Et du côté du gouvernement, bien sûr, c'est aussi une autre stratégie, et notamment je pense à Sébastien Lecornu là-dessus. Lui, sa volonté, c'est de montrer que LFI serait ambigu. vis-à-vis de la violence. Et Sébastien Lecornu et d'autres au gouvernement n'ont pas envie que le vote barrage à LFI soit le seul vote RN. Donc ils ont envie d'être présents sur cette thématique-là.
Alison, pendant les premières semaines de la crise lycéenne, c'est le Premier ministre Sébastien Lecornu qui prend la parole sur ce dossier, en conférence de presse, à l'Assemblée nationale. Mais en coulisses, Emmanuel Macron a de plus en plus de mal à rester silencieux. Explique-nous ça.
Ils convoquent à l'Elysée le mardi 6 octobre Sébastien Lecornu, le ministre de l'Intérieur Laurent Nunez, celui de l'éducation, Edouard Geffray. Et ce qu'on nous dit, c'est que le président, je cite, « gueule beaucoup ». Parce qu'en fait, il trouve que la réponse apportée à ce mouvement lycéen manque d'empathie. Ce n'est pas la manière de fonctionner du président, ça ne lui convient pas.
Le mardi 6 octobre au soir, Emmanuel Macron réunit le Premier ministre et les principaux ministres concernés pour répondre à cette crise des lycéens. Est-ce qu'il ressort quelque chose de cette reprise en main présidentielle ?
On va dire qu'Emmanuel Macron a dû faire passer un message, puisque le lendemain, Sébastien Lecornu sort du bois. Il fait une allocution depuis Matignon. Et ce qui surprend en réalité, c'est que cette allocution, elle balaye très large. On s'attendait à une réponse sur la crise lycéenne. Et en réalité, la majeure partie de cette intervention, elle porte sur la crise des carburants. Il annonce notamment la libération de 10 millions de barils, ce qui est censé faire retomber un petit peu les prix sur les lycéens. Il y a assez peu de réponses, à part l'ouverture d'une plateforme qui a déjà été annoncée en réalité par le ministre de l'Éducation nationale.
Il y a le gouvernement qui ne nous calcule pas. C'est clairement, on n'est pas pris en compte. On
est
là en manifeste parce qu'il
nous manque beaucoup de
choses dans notre lycée.
On est dans des lycées défavorisés. On n'a pas de chance pour Parcoursup. Parcoursup, c'est un tri social.
Alison, cette contestation lycéenne, elle permet aux jeunes de dénoncer pendant des jours, sur les antennes et dans la rue, le bilan d'Emmanuel Macron pour la jeunesse, donc la réforme du lycée et du bac, Parcoursup. Il y a aussi d'autres colères qui s'agrègent à ce mouvement pour dénoncer la vie chère, le chômage, la réponse. policière au mouvement de colère. Les oppositions que sont le RN et la France Insoumise enfoncent le clou, si j'ose dire. Est-ce qu'il y a beaucoup de monde dans les médias à ce moment-là pour défendre le bilan du président ?
voit le ministre de l'Intérieur dans les médias qui se défend comme il peut. On voit le ministre de l'Éducation nationale qui n'est pas toujours d'accord avec la gestion du maintien de l'ordre face à des mineurs. On entend aussi beaucoup Gérald Darmanin, le garde des Sceaux. Mais c'est à peu près tout. Et évidemment, le gouvernement actuel et Emmanuel Macron ne peuvent absolument pas compter sur les équipes d'Edouard Philippe ou de Gabriel Attal, les anciens premiers ministres du président de la République. Et donc, c'est au président de la République lui-même de faire en quelque sorte le coach. Il demande, selon un participant, à ce que le gouvernement fasse preuve de solidarité gouvernementale, de faire bloc dans cette période de tremblement très forte.
Marc, à ce moment-là, tous les regards se tournent vers le samedi 17 octobre. Lycéens, gilets jaunes, agriculteurs, mais aussi des citoyens plus largement excédés par le coût de la vie, prévoient de descendre dans les rues. Comment on anticipe cette journée au sein de l'exécutif ? Ils ne s'attendent pas
au grand soir. Déjà, ils ont des remontées du renseignement territorial qui leur annonce qu'il y a une mobilisation assez forte, mais pas énorme. La veille, on sent quand même que le ton commence un peu à changer, que ça se muscle un peu. Ils ne s'attendent pas à voir le mouvement d'ampleur qu'on verra par la suite.
le samedi 17 octobre, en dépit d'un nombre très important de manifestants pacifiques, entre 500 000 et 800 000 partout en France, la journée se termine dans le chaos dans plusieurs villes. 3000 commerces saccagés ou pillés, une explosion de violence dans les rues, la mairie de Limoges détruite par un incendie criminel, et surtout, on va vite s'en rendre compte, des forces de l'ordre en sous-nombre, un dispositif qui a été mal évalué. Alison, comment le président traverse cette journée ? et les heures qui suivent
président de la République est lui aussi surpris. On rappelle que le vendredi soir, au retour de Bruxelles, il assiste au concert de Céline Dion. Et dans son entourage, on nous prend cet exemple pour nous dire, si on avait une seule seconde imaginé l'ampleur de ce samedi 17 octobre, bien sûr que le président ne se serait pas rendu à ce concert. En fait, pour le président de la République, il y a un premier moment d'alerte, nous raconte son entourage, c'est que très tôt, il voit ce qu'il se passe à la mairie de Marseille, ses intrusions, et donc très vite. Le président de la République est en contact avec Benoît Payan, le maire de Marseille, qui lui demande une intervention supplémentaire. Donc il prend déjà conscience de l'ampleur de cette journée et comment ça va un peu se dérouler. Il est beaucoup sur son téléphone portable, il échange beaucoup avec ses conseillers. Et ce qu'on nous raconte aussi, c'est que dès le samedi soir, alors qu'il y a encore beaucoup dans la rue, des affrontements, notamment à Paris, le président se dit qu'il doit parler, qu'il doit prendre la parole dans une allocution très solenne. le lendemain, le dimanche soir.
chers compatriotes, je m'adresse à vous ce soir dans un moment d'une extrême gravité.
Marc, le dimanche 18 octobre, à 20h, Emmanuel Macron prend la parole dans une allocution télévisée. Qu'est-ce qu'il dit en résumé ?
Sur le constat, Emmanuel Macron, il exprime la sidération, sa honte, sa colère. C'est surtout sur les actes qui va apparaître impuissant. C'est assez vague. Il dit que les préfets pourraient interdire certains rassemblements et prendre, je cite, toute action nécessaire.
Nous ressentons tous ce soir de la colère. De la honte. Voir les rues de nos villes ainsi saccagées est insupportable.
Donc énormément de politiques et très certainement de Français ont jugé que ce n'était pas à la hauteur.
Et Alison, cette intervention est vivement critiquée, y compris dans le propre camp présidentiel. Qu'est-ce qu'on te dit ?
nous dit par exemple que cette intervention, elle est vide de sens, qu'elle ne répond pas à la colère. Ce qui est assez frappant, c'est qu'on n'a pas besoin de beaucoup chercher. pour entendre ses critiques. Il y a un ministre qui nous dit, il a parlé huit minutes pour ne rien dire. On se rend compte qu'avec cette énième crise que traversait Emmanuel Macron, en fait, il est de plus en plus isolé et qu'en fait, il ne peut plus compter que sur un tout petit carré dont ses conseillers et le Premier ministre Sébastien Lecornu.
Et les mots les plus durs viennent de ces deux anciens premiers ministres, Edouard Philippe et Gabriel Attal, qui aspirent, on le rappelle tous les deux, à devenir le candidat du bloc central pour 2027. En tout cas, tous les deux, deux ont fait le choix de se positionner en rupture avec le président. Marc, pour quelle raison ?
C'est surtout Edouard Philippe qui met un gros missile au président juste après l'allocution présidentielle. Il poste un message sur ses réseaux sociaux où il lui dit qu'il aurait préféré, je cite, des décisions et des initiatives. Et il reprend une de ses punchlines de campagne qui est « Notre pays a besoin d'être commandé ». Gabriel Attal, lui, il est dans une stratégie plus indirecte. Il ne choisit pas d'attaquer bille en tête le président. Il va plutôt proposer des mesures qui vont au-delà de ce que propose l'exécutif. Ce que m'a dit un de ses lieutenants le lendemain, c'est que pour eux, le meilleur moyen de se distinguer, d'Emmanuel Macron, c'est de plus en parler.
Alison, juste après son allocution, Emmanuel Macron s'envole pour les Émirats Arabes Unis. Et d'ailleurs, tu le suis dans ce voyage diplomatique pour le Parisien. L'objectif, c'est de décrocher un stock de carburant pour pouvoir tenir l'hiver. Alors, que donne ce séjour ?
On a intitulé l'article Macron, roi du pétrole dans le Golfe, parce que pour le coup... C'est vrai, il obtient des accords, près de 300 000 tonnes de diesel par mois, sur une durée autant que nécessaire, finit même par dire l'Arabie Saoudite. Ça ne va pas vraiment faire baisser les prix, mais à l'inverse, ça permet d'éviter une crise dans les mois à venir. C'est le patron de Total Energy qui nous le dit. Les sécurisations de livraison promises par les Émirats Arabes Unis, le Bahreïn et l'Arabie Saoudite font dire à Patrick Pouyanné que les Français peuvent être rassurés. manquera pas de diesel cet hiver.
cette initiative est éclipsée par une autre actualité inquiétante sur le plan des finances publiques On rappelle que la France est le troisième pays le plus endetté de la zone euro derrière la Grèce et l'Italie. Et le mercredi 21 octobre, les taux d'intérêt des nouveaux emprunts de la France sur les marchés passent la barre des 5%. En clair, ça coûte de plus en plus cher à la France de rembourser sa propre dette. Marc, pour que nos auditeurs se fassent une idée, cette situation économique, elle est préoccupante. Mais à quel point ?
En fait, il y a un débat depuis très longtemps dans le pays pour savoir point le niveau de la dette française est préoccupant. Le taux, 5%, c'est un niveau qu'on n'a pas vu depuis plus de 25 ans. Plus ce taux augmente, plus l'effet boule de neige de la dette s'accroît. L'autre indicateur important pour comprendre, c'est un mot anglais qui s'appelle le spread, c'est l'écart entre le taux auquel la France emprunte et l'Allemagne, qui est un bon élève financier. Aujourd'hui, l'écart entre la France et l'Allemagne atteint des sommets.
Et dans ce contexte économique hyper contraint, on se demande du coup comment l'exécutif peut réellement réussir à calmer toutes les colères, c'est ça ?
Oui, c'est très difficile, surtout que la croissance est faible. Donc pour calmer les colères sociales, et c'est particulièrement vrai en France, il faut savoir pouvoir sortir le carnet de chèques. Et puis il n'y a pas que l'aspect financier, le pouvoir est à bout de souffle aussi politiquement. On peut espérer que les élections de 2027... donne un peu d'élan politique à des successeurs, mais la société française est tellement fracturée que ce serait assez naïf d'être optimiste là-dessus.
Alison, le vendredi 23 octobre, à la veille de l'acte 2 de la mobilisation contre la Vichère, un attentat raciste fait un mort et cinq blessés dans les Yvelines, dans les communes de Trappes et de la Verrière. Un homme de 39 ans, Kevin T., tire sur des riverains d'origine africaine ou maghrébine. Emmanuel Macron se rend sur place en début de soirée, accompagné du maire de Trappes, Ali Rabet, et l'une de ses déclarations va déclencher une polémique.
'est la première fois qu'il y a un acte terroriste planifié pour tuer nos compatriotes, nos enfants, à raison de leur couleur de peau. ou de la religion qu'on leur donne.
Évidemment, lorsqu'il dit ça, il oublie les attentats commis en 2012, par exemple par Mohamed Merah, contre des personnes de confession juive ou encore l'assassinat du père Hamel en 2016. Alors l'Elysée s'entend, évidemment, la polémique montée précisera un petit peu plus tard que le chef de l'État parlait bien du premier attentat raciste sur le fondement de la couleur de peau commis dans notre pays. Mais cela, évidemment, vient entacher l'intensité qu'Emmanuel Macron avait mis dans cette déclaration.
Alison, pendant cette déclaration, Emmanuel Macron glisse aussi une phrase assez surprenante, une sorte d'examen de conscience. Qu'est-ce qu'il dit au juste ?
C'est la deuxième fois que ça intervient dans cette semaine. Il esquisse une forme de mea culpa, ce qui, quand vous connaissez Emmanuel Macron dans sa version depuis 2017, est assez étonnant. Il dit qu'il fait son maximum.
Il faut essayer de faire de notre mieux, j'ai essayé de faire de mon mieux ces dernières années, peut-être que j'ai essayé de faire des choses bien, peut-être qu'il y en a que je n'ai pas assez bien fait, et donc cette jeunesse, on lui doit beaucoup.
lendemain, les manifestations contre la vie chère sont beaucoup plus calmes que la semaine précédente. Malgré les restrictions et les interdictions, plus de 400 000 personnes d'après le ministère de l'Intérieur, toujours 800 000 d'après les syndicats. Marc, qu'est-ce que l'exécutif déduit du mouvement de la colère sociale après cette journée du 24 octobre ?
D'abord, ils se sont bien gardés de le dire publiquement, mais il y a évidemment une part de soulagement au soir du 24 octobre. Mais l'autre enseignement de la journée, c'est que la mobilisation, elle reste forte. Surtout que le mouvement pourrait s'installer dans la durée, peut-être chaque semaine. Donc cette toile de fond qu'on décrivait, elle pourrait nous accompagner longtemps, peut-être jusqu'à la présidentielle.
Alison, dans ce podcast, tu as parlé brièvement de la popularité d'Emmanuel Macron, ou plutôt de l'impopularité, puisqu'elle est au plus bas dans les récentes enquêtes d'opinion. Est-ce qu'on sait s'il se sent responsable des multiples crises qui traversent actuellement le pays et de la montée en puissance de ses principaux opposants que sont Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon ?
Emmanuel Macron, il amorce quelques timides mea culpa sur le fait qu'il n'a pas tout bien fait, mais son entourage met aussi beaucoup en avant que c'est propre à toute fin de règne. Il y a donc une sorte de fatalisme autour de lui. Donc c'est assez difficile de dire si Emmanuel Macron, il se sent responsable de cette situation politique du pays en tant que tel. Il y a des mots qui résonnent encore assez fort lors du discours de son élection le 7 mai 2017. Il dit « je ferai tout » durant les cinq années à venir pour qu'il n'aient plus aucune raison de voter pour les extrêmes. Neuf ans plus tard, on n'a jamais été aussi proche de leur accession au pouvoir.
Est-ce qu'il faut s'attendre à le voir intervenir pendant la campagne présidentielle qui va se dérouler dans les prochains mois jusqu'au mois d'avril-mai ?
Alors officiellement, non, parce qu'il a dit à plusieurs reprises qu'il avait un rôle de garant pour le bon déroulement de cette prochaine présidentielle dont il sera spectateur. Il ne faut pas s'attendre à le voir à court terme s'engager derrière un Gabriel Attal ou un Édouard Philippe, ces deux anciens premiers ministres. Puis de toute manière, ces deux candidats ne courent pas vraiment après, parce qu'il faut bien le dire, ça pourrait être plutôt un désavantage, un repoussoir, plutôt que quelque chose de bénéfique pour ces candidats.
à Alison Tassin et Marc Préel. Cet épisode de Code Source a été produit par Clara Garnier-Amourou et Antoine Guéguin-Georget. Réalisation Pierre Chafanjon. ... ... ... ... ...
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