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élu de la République peut-il être victime de violences policières ? Apparemment oui. Dimanche 18 octobre, alors qu'un magasin a été vandalisé rue de la République à Saint-Denis, Landry Engang, adjoint au maire de Saint-Denis, se rend sur place pour tenter d'apaiser la situation. Il se fera alors gazer à bout portant par un policier. Une plainte a été déposée pour violences volontaires sur une personne dépositaire de l'autorité publique. Landry Engang est avec nous pour revenir sur cet événement. Bonjour Landry et merci d'être avec nous aujourd'hui. Bonjour. Alors peut-être d'abord on va regarder la vidéo parce qu'elle est assez parlante et puis tu nous décriras ensuite ce qui s'est passé seconde après seconde, minute après minute pour qu'on comprenne ce qui s'est passé dans cette soirée du dimanche. Même la personne qui filme est interloquée de la situation. Donc là, pour qu'on comprenne bien, la personne en survêtement blanc, de ce qu'on voit, en tout cas habillée plutôt en gris, c'est toi. Et donc en bas de la scène, on voit les policiers. Est-ce que tu peux nous expliquer ce qui s'est passé dimanche 18 octobre en fin de journée, début de soirée
Oui, en fait, dimanche. En fin d'après-midi, vers 18h, on voit qu'il y a pas mal de groupes de jeunes qui traînent un peu au centre-ville et on a eu des alertes comme quoi certains pourraient s'organiser pour essayer de vandaliser un commerce. La police tourne beaucoup au niveau de la place des Tuelles et sur la rue de la République. Moi, j'habite à côté, je suis chez moi à 19h et j'entends un grand bruit. Tout de suite, je comprends que c'est un magasin qui a dû se faire vandaliser. Donc je sors de chez moi en mettant juste un pull pour éviter d'avoir froid. Je prends ma carte d'accès à la mairie et d'accès à pleine commune, au cas où, justement, pour pouvoir me présenter à un policier et lui expliquer ma qualité et le pourquoi j'étais présent sur place. Je descends au niveau de la place des tilleuls et dès que je vois des jeunes, je leur demande de s'écarter, voire de partir. Parce que l'intervention de police a commencé. Là, au niveau de la vidéo, c'est ce qu'on ne voit pas à gauche. Voilà. se font à ce niveau là moi j'arrive par la droite et je demande à des jeunes de s'écarter au bout d'un moment dans l'intervention de police je vois deux véhicules de police qui vont au contact de jeunes qui essayent de s'échapper ou de quitter les lieux à ce moment là moi je décide de rester pour observer la suite de l'intervention de police et je me mets juste en dessous du magic afro Donc vraiment collé contre le bâtiment. Donc c'est le
magasin qu'on voit qui fait l'angle là ?
Exactement. Moi je me mets collé au bâtiment pour pouvoir justement laisser au policier le fait de faire des allers-retours s'il le souhaitait sur la place des Tilleuls. Donc je reste, j'observe plusieurs instants, notamment avec mes collègues. Et là on voit le début de la vidéo se lancer avec un policier de là-bas qui me pousse à plusieurs reprises. Donc je lui dis que je suis adjoint au maire et que du coup de ce fait, il doit comprendre que je souhaite observer la suite de l'opération. Il me pousse à plusieurs reprises et j'ai ma carte dans les mains. On voit que j'ai deux choses dans les mains. J'ai mon téléphone et je crois que dans ma main gauche, j'ai ma carte pour pouvoir lui montrer que je suis adjoint au maire et que je ne suis pas en train d'usurper une fonction. Donc il me pousse à trois reprises et ensuite il me tourne le dos pour aller sur les lieux de l'opération. Je précise qu'il me tourne le dos parce que ça montre que je ne suis pas à danger. Si j'étais en danger, il ne m'aurait pas tourné le dos de cette manière-là. Et là, un des policiers, un fonctionnaire de police en uniforme qui n'a pas assisté au début de la scène, s'avance vers moi et là me gaze sans aucune raison. Il n'y a pas de sommation, il n'y a aucune raison qu'il utilise son arme avant lui aussi de me tourner le dos. Preuve une nouvelle fois que je n'étais pas en danger et que je ne gênais pas l'opération. Et il repart sur ses pas comme si de rien n'était.
Tu dis que tu étais sur place pour observer en tant qu'élu de la République.
Demander vraiment aux jeunes de s'écarter le plus possible et ensuite pour observer l'interpellation.
Observer parce que te dis si jamais il se passe quelque chose de grave, tu veux être là pour pouvoir potentiellement témoigner.
Exactement, oui. C'est un peu ce qu'on fait dans les manifestations lycéennes ou sur les blocus. On vient en tant qu'élu à Saint-Denis. pour essayer de calmer les choses, dire évidemment que les lycéens, et notamment ceux du lycée Paul-Ébouard, ont toutes les raisons de manifester parce que leurs conditions d'apprentissage sont absolument indécentes. Mais par contre, quand il y a un feu de poubelle, on demande aux jeunes de s'éloigner pour que les pompiers puissent intervenir et que tout se passe bien. C'est ça notre rôle d'élu. On est là pour faire en sorte qu'une situation ne parte pas dans tous les sens. dans ce contexte-là, que je me suis rendu au niveau de la place d'Étiel. Et ensuite, je le redis, c'est parce que j'ai vu deux véhicules de police aller au contact de jeunes que je me dis, ok, je ne vais pas m'écarter, je vais observer la suite de l'intervention pour voir si tout se passe bien dans les règles, qu'il y ait des interpellations, il n'y a pas de problème par rapport à ça. Mais s'il y a d'autres choses, je pourrais dire qu'effectivement, j'ai témoigné. Si
un policier interpelle un jeune qui sort avec un pull de snipe, ben...
Voilà, tu as joué, tu as perdu. Ça, c'est tout à fait normal. Je ne vais pas lui dire non, non, libérez-le. C'est tout à fait normal qu'il y ait une intervention dans ce cadre-là.
On va réécouter surtout la vidéo parce qu'il y a un élément qui vous a peut-être échappé. Moi, il m'avait échappé la première fois que je l'ai vu. Écoutez bien. Il n'y a pas de sous-titres, mais essayez de bien écouter. Je suis adjoint au maire. Là, on entend « je suis adjoint au maire ». Vous le répétez plusieurs fois, vous criez même. C'est impossible que la police ne l'ait pas entendu. Oui. l'avez peut-être entendu, on entend « nique-le », « nique-le ». C'est un policier à côté qui le dit ? Est-ce que vous avez des éléments là-dessus ?
Au vu de la vidéo, oui, j'ai l'impression que c'est un policier qui le dit, et c'est juste avant que le policier de la BAC essaye de revenir vers moi. Et quand il voit que je ne bouge pas parce que je n'ai aucune raison d'avoir peur de lui et que je n'ai aucune raison de courir parce que je n'étais pas en train de commettre un délit, il fait tout simplement demi-tour et il retourne sur le lieu de l'interpellation qui était au moins 10 mètres plus loin.
Vous avez porté plainte hier contre X auprès de l'IGPN et du parquet de Bobigny pour violences volontaires commises par une personne dépositaire de l'autorité publique sur une personne dépositaire de l'autorité publique. Qu'est-ce que vous espérez de cette plainte ? Qu'est-ce que vous attendez de cette plainte ? De ces deux plaintes même ?
J'ai posé justement une plainte, c'est un peu loin. C'est violence avec arme
par
personne dépositaire de l'autorité publique sur personne dépositaire de l'autorité publique. Puisqu'à partir du moment où je décline ma fonction d'adjoint, je lui... signifie que je suis une autorité publique au même titre qu'un policier. Et malgré tout, il fait usage de son arme, parce qu'une bombe lacrymogène, c'est une arme, ce n'est pas rien, ce n'est pas sans conséquence, ça peut avoir des conséquences très importantes sur la santé. Et ce que j'attends de cette plainte, c'est que le policier aille devant le tribunal et qu'il s'explique. Pourquoi est-ce qu'il a fait usage de son arme sur quelqu'un ? un élu de la République qui venait de décliner ses fonctions, qui ne présentait aucun danger, puisqu'il me tourne le dos juste après avoir fait usage de son arme et que même ses deux autres collègues m'avaient déjà tourné le dos la preuve qu'il n'attendait pas une réaction violente de mal part, même s'il venait de me pousser, etc. Et surtout que je ne dérangeais en rien leur intervention et que par la suite... On peut, parce que certains disent, oui, mais il ne fallait pas rester là, ils sont en intervention. Non, si c'était le cas, ils auraient sécurisé le périmètre. Une fois qu'ils m'auraient repoussé, ils seraient restés devant pour dire, non, non, là, c'est le lieu d'intervention, vous ne restez pas. Non, ils repartent. La preuve que je ne gênais vraiment par ma présence, en rien leur intervention. Peut-être qu'ils ne souhaitaient pas que je souhaite observer la suite des événements.
Vous l'avez dit, le gras lacrymogène, c'est considéré comme une arde, ça peut avoir des séquelles. Est-ce que vous avez des séquelles physiques, psychologiques ? 11 jours, quelque chose comme ça. Est-ce qu'aujourd'hui vous avez encore des séquelles physiques peut-être plus, des séquelles psychologiques
peut-être ? Je n'ai plus de séquelles physiques. J'ai eu évidemment extrêmement mal aux yeux parce que c'était à bout portant. Et encore, heureusement que j'avais mes lunettes parce que je pense que ça aurait pu être pire parce qu'il a immédiatement visé mon visage. J'ai eu des sensations de brûlure quand même assez fortes au niveau du cou parce que quand je me tourne, c'est cette partie-là qui prend directement le gaz lacrymogène. Et j'ai eu, pareil, des sensations de brûlure au niveau de l'oreille et j'ai même un peu pelé pour dire vraiment que c'était une arme. Aujourd'hui, a priori, je n'ai plus de séquelles physiques. qu'elle psychologique je sais pas si j'utiliserai ce mot là mais c'est sûr que c'est marquant mon déjà subir ce genre de violence ce n'est pas rien et d'autant plus qu'encore une fois rien ne justifier ni dans mon comportement ni dans la situation qui fasse usage d'une telle violence contre un élu de la république certes contre moi également donc c'est vrai qu'à certains moments je me repasse la scène même pour tout vous dire moi je regarde plus la vidéo quand je la vois pas c'est désolé non non mais pas de problème je la regarde plus et quand elle passe je coupe le son parce que j'ai plus envie d'entendre tout ça.
Vous l'avez dit, on l'a bien compris, que rien ne justifiait cette attaque, ces violences. Du coup, on essaie de comprendre pourquoi ce policier a fait usage de son arme envers vous, alors que rien ne le justifie encore une fois. On sait que la police et la gendarmerie est gangrénée par l'extrême droite depuis un moment. Il y a beaucoup d'études sociologiques qui le montrent. Alors, toute la police n'est pas d'extrême droite, mais vous comprenez de quoi je parle. Est-ce que, selon vous, Pour essayer de comprendre, est-ce que cette attaque, cette violence a pu être motivée par du racisme
pense, oui. Je pense que si j'étais blanc, il n'aurait pas fait usage de son arme. Je le pense. Quelles sont les autres motivations ? Évidemment, oui, il y a du racisme dans la police. Quand on est un jeune homme noir ou arabe, on a 4 à 20 fois plus de chances d'être contrôlé par un policier. Ça, ça a été prouvé par le défenseur des droits et c'est une affirmation derrière, et ça c'est très dangereux, qui a été déni. par le ministre de l'Intérieur, Laurent Nunez, pour dire à quel point il est totalement hors sol et qu'il refuse de voir qu'il y a des comportements racistes dans la police qui peuvent avoir des conséquences assez graves. Ça va du contrôle d'identité à des violences policières ciblées et même à des violences contre les élus. Et moi, je pense que ce qui a motivé cet acte-là, précisément, c'est un sentiment d'impunité. Quelques jours auparavant, un élu d'Orléans a été invectivé. par un élu communiste, si je ne dis pas de bêtises, a été insulté par un policier qui lui a dit « t'es élu, mais t'es qu'une merde
».
Je n'ai pas entendu une seule réaction d'un ministre, et encore moins du ministre de l'Intérieur.
Tu as beau être élu, tu es une merde comme les autres. C'était tout début octobre lors des mouvements lycéens. Et c'était effectivement le conseiller communiste d'Orléans, Jonathan Bruno, qui a été... À qui j'apporte évidemment tout mon soutien. Merci. Merci pour lui. Donc c'est Jonathan Bruno qui a été insulté, on l'a vu, qui a été frappé aussi par la police. Il y a beaucoup d'images qui circulent encore. Ma question du coup, c'est est-ce que ça veut dire qu'être un élu de la République ne protège pas ? plus des violences policières, et même encore plus loin, est-ce qu'être un élu de gauche... peut renforcer ce sentiment d'impunité dont vous parliez de la police et de la gendarmerie
L'effet le montre. Cet élu à Orléans, ça a été moi, ça a été aussi Bali Bagayoko, qui a été aspergé de gaz lacrymogène, alors qu'il essayait pareil d'être plutôt dans une démarche d'apaisement ou de désescalade. Aujourd'hui, oui, être un élu et un élu de gauche, manifestement, ça gêne et ça ne protège en rien, voire ça peut attiser une certaine colère de la police. C'est totalement incompréhensible. Nous sommes, avant d'être de gauche, des élus. Et notre fonction doit être respectée. Mais manifestement, et probablement aussi encouragée par certains discours politiques, quand on a des ministres qui viennent expliquer que la gauche, pour ne pas dire la France insoumise, incite à la casse, sans absolument le prouver, puisque c'est totalement faux, d'une certaine manière, on autorise les policiers à dire qu'ils font partie des casseurs. Finalement, ils méritent un peu. Voilà, ils méritent. Faites ce que vous faites aux casseurs. Élu ou pas élu, faites ce que vous faites au casse-là. Et c'est extrêmement grave parce que si un habitant avait porté ce genre de discours vis-à-vis d'un élu, notamment de droite, je pense qu'on aurait eu des réponses indignées de la part du gouvernement. Mais là, encore une fois, le ministre de l'Intérieur n'a même pas apporté son soutien, alors qu'il y a des vidéos, les faits sont clairement établis, à un élu de la République qui a été invectivé puis poussé à la terre par un policier. Ça, c'est très grave. On est en train d'observer une pente. où effectivement, en fonction de si on a un élu plutôt proche du pouvoir ou plutôt contestataire, ça peut nous exposer à certaines réactions de la part de la police qui est censée juste protéger et servir.
beaucoup. Landrien Gang, je rappelle, vous êtes adjoint à la mairie de Saint-Denis, pardon, adjoint insoumis à la mairie de Saint-Denis. Merci beaucoup pour votre témoignage. Et puis, on suivra évidemment avec vous les suites. Donc, on le rappelle, vous avez déposé plainte auprès de l'IGPN et du parquet de Gobigny. On suivra avec vous tout ça. Merci à vous. À bientôt. Merci.
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