Chargement...
Chargement...
Bonjour à toutes et à tous et bienvenue à cette conférence intitulée Lutter contre les inégalités à l'école en mettant fin à la marchandisation de l'éducation. Si on peut définir assez simplement la marchandisation de l'éducation comme la transformation de l'éducation en un produit marchand source de profit, on s'aperçoit qu'elle prend de nombreuses formes. On peut évoquer un marché parallèle de l'éducation qui peut être parfois complémentaire aux services publics de l'éducation. On peut penser par exemple aux cours de soutien scolaire ou au coaching scolaire. Anne-Claudine Holler interviendra sur ce sujet. Elle est sociologue et maîtresse de conférences en sciences de l'éducation. ou bien ce marché parallèle peut également se substituer complètement aux services publics de l'éducation, comme par exemple le développement de l'enseignement supérieur privé, qui a explosé avec la mise en place de Parcoursup. Et c'est Hugo Harari-Kermadek, économiste, sociologue et professeur des universités, qui interviendra sur ce sujet. Mais il existe également d'autres formes de marchandisation de l'éducation qui sont plus insidieuses, Avec l'entrée massive d'entreprises privées au sein de l'école publique, c'est par exemple le cas dans les conseils d'administration des lycées agricoles privés. Et c'est Rodrigo Arenas qui va intervenir sur ce sujet, qui est député de la France Insoumise. Nous allons commencer cette conférence avec l'intervention de Cécile Goré, présidente de l'Appel. L'Appel, c'est l'Appel pour une école démocratique, qui est autrice de A l'école du capitalisme, un livre qui a été publié en 2026 avec Nico Hirth. Cécile, vous êtes enseignante en Belgique et dans vos trouvages, vous analysez avec Nico Hirth un triple phénomène à l'œuvre en Europe. l'adéquation entre l'école et l'entreprise, une hiérarchisation renforcée au sein des établissements et une marchandisation de l'éducation. Et ce dernier phénomène s'accompagne d'un définancement du service public de l'éducation qui va pousser les familles à chercher des alternatives ou des compléments en dehors de l'école. Et vous expliquez dans votre ouvrage que cette stratégie est encouragée par l'Union européenne alors qu'il est établi que ces politiques éducatives produisent plus d'inégalités.
merci. Alors, merci d'abord pour l'invitation. Je viens effectivement de Belgique. Et dans cet ouvrage, on a misé évidemment sur l'enseignement belge. Je suis évidemment plus spécialiste là. Mais comme on est édité par une maison d'édition française, on a aussi beaucoup travaillé sur l'enseignement français. Et donc, effectivement, ce livre a été écrit à la base des années 90 par Nico Hirth. Et puis, en fait, on s'est rendu compte que tout ce qu'il avait vu, en fait, à la fin des années 90 s'est concrétisé. Et donc, il nous a paru important de faire une mise à jour de ce texte. Alors, quand on disait que la marchandisation, elle n'est pas simplement voulue par l'Union européenne, elle est même implémentée et vraiment... Ça se fait sous vraiment les textes. En fait, ce qu'on propose dans notre ouvrage, c'est justement d'aller étudier ces textes-là, ces textes européens, montrer en fait quelle est la logique en cours. Et donc, on défend la thèse suivante que les inégalités scolaires, elles ne sont pas un simple dysfonctionnement du système éducatif actuel, mais qu'elles sont plutôt en fait un produit logique de l'école qui est façonné pour répondre aux besoins du néolibéralisme. Et en fait, on pense que pour combattre ces inégalités, il faut d'abord comprendre les mécanismes qui vont engendrer ces inégalités et prendre justement en compte et en cours toutes les politiques éducatives qui sont pour l'instant en place. En fait, je vais essayer de mettre autant d'ambiance qu'à côté. Ah ouais, c'est ça. Vive la Belgique. Merci. Et donc. Les systèmes scolaires français et belges, en fait, sont différents sous plusieurs aspects. Mais par contre, quand on analyse les réformes qui sont menées depuis presque plus de 30 ans, on voit qu'en fait, on a des mécanismes qui se ressemblent très, très forts, très convergents. Et c'est ce qu'on a voulu mettre justement en évidence dans notre ouvrage. Alors, historiquement, il faut vraiment rappeler que l'école, elle n'a jamais été indépendante de la société. Je crois que ça, c'est vraiment quelque chose que j'ai appris, moi, en rentrant à la PED. comprendre que cette école fait partie de cette société. Et donc, elle est évidemment tributaire aussi d'évolution de la société. Et cette école a toujours été très différenciée. D'un côté, on a l'école de la bourgeoisie qui va former l'élite. Et de l'autre côté, on a une école qui est réservée aux masses populaires, qui va former une main d'œuvre qui va répondre aux besoins de l'économie. Et en fait, ce rôle utilitariste, économiste de l'école, il va être renforcé à partir d'un moment. au moment clé, au moment de la Commission européenne, le Conseil européen de Lisbonne, c'est en 2000. Et là, en fait, ce Conseil va fixer vraiment un objectif très clair pour les systèmes éducatifs européens, on est là vraiment. Et donc, je vais citer, c'est très court, on nous dit maintenant que les systèmes éducatifs doivent aider l'Europe à devenir l'économie de la connaissance la plus compétitive et la plus dynamique du monde. Et donc, l'école va avoir comme mission première de former ce que l'Europe appelle un capital humain. On parle bien maintenant capital humain. En fait, les futurs travailleurs doivent être flexibles. Ils doivent être capables de s'adapter à un marché du travail qui est toujours plus instable et changeant. En fait, pourquoi est-ce que ce contexte est de plus en plus changeant ? Parce qu'en fait, on a vu trois grands facteurs. Mais le premier, c'est en fait un contexte... socio-économique qui est marquée par une accélération vraiment des technologies. Quand on voit un peu combien de temps il a fallu par exemple pour que le téléphone rentre dans 25% des foyers, il a fallu je ne sais plus d'une vingtaine d'années, maintenant le smartphone c'était 4 ans et maintenant l'IA c'est 2 ans. Et donc évidemment tous ces bouleversements, on peut parler par exemple aussi de la révolution industrielle, on voit que toutes ces connaissances technologiques et ces... innovation technologique, vont avoir évidemment d'abord une influence sur l'économie en elle-même, sur les entreprises. En fait, l'économie est de plus en plus instable et les entreprises sont de plus en plus en concurrence pour essayer de conquérir des marchés qui sont de plus en plus étroits et pour essayer de vraiment sortir, être efficientes et pouvoir sortir leur épingle du jeu. Et qu'est-ce qu'on voit évidemment ? La première grande conséquence de cette concurrence, c'est qu'il y a de plus en plus de... faillite d'entreprise, de délocalisation pour aller chercher par exemple une main d'oeuvre qui est moins chère et plus flexible ailleurs. Mais ça va aussi avoir évidemment une... une influence sur le marché du travail. C'est-à-dire qu'on a une économie qui est instable, il faut aussi que les travailleurs puissent s'adapter à cette instabilité-là. Et on va avoir aussi une conséquence sur la précarité de l'emploi. Donc on va avoir de plus en plus d'emplois, des contrats à durée déterminée. Chez nous, ce qui est fort à la mode en Belgique, c'est ce qu'on appelle les flexi-jobs, qui sont défiscalisés pour les entreprises. Les travailleurs peuvent aller compléter leur temps de travail en faisant des flexi-jobs. Mais en tous les cas, ce qui va être vraiment important, c'est que comme il faut absolument s'adapter à ce monde économique, il faut donc former aussi les travailleurs. Ils doivent entretenir ce qu'on appelle, en bon langage libéral, leur employabilité. L'école va avoir pour mission de former ce capital humain aux besoins de ce marché du travail. Elle va par conséquent devoir adapter les contenus des programmes afin de former des futurs travailleurs capables de se recycler tout au long de leur vie. C'est dans ce contexte que la Commission européenne va définir des savoirs. Quand je dis savoir, c'est plutôt des compétences qu'il va falloir inculquer aux élèves. Il n'est en effet plus question que l'école se consacre à transmission de savoirs théoriques qui sont jugés trop vite obsolètes. On nous dit même, en fait, ça ne sert plus à rien. Il y a l'IA, il y a Internet, donc plus besoin de transmettre ces savoirs-là. Mais il faut inculquer aux jeunes des compétences clés capables de renforcer leur adaptabilité. De nouveau, ça, c'est des termes qu'on trouve dans les textes européens. Ainsi, aux compétences disciplinaires de base, on va avoir, et ça c'est pour tous les membres de l'Union européenne, on va miser sur ce qu'on va appeler des hard skills, des compétences de base en français, en mathématiques, en sciences et en numérique. Mais à côté de ça, on va avoir aussi toute une série de soft skills. je n'arrive jamais à le dire, soft skills, c'est-à-dire des compétences comportementales, transversales qui sont attendues. Et là, je crois que pour bien comprendre de quoi il y a des questions, il faut citer aussi un peu les textes. On nous dit que ces compétences-là vont faire des élèves des bons travailleurs, courageux. persévérants, pouvant faire preuve de résilience afin de surmonter l'incertitude et le stress du monde du travail, pouvant innover et gérer efficacement leur carrière tout au long de leur vie. Et selon certains, ces compétences transversales, c'est ça qui devrait être prioritairement inculqué à certains jeunes et surtout les jeunes plus défavorisés qui sont dans les formations professionnalisantes. Le marché du travail, ce qu'on sait un peu moins, il est aussi caractérisé par une très forte polarisation. D'un côté, on a les entreprises qui vont rechercher une main d'oeuvre très qualifiée pour des postes d'ingénieurs, de médecins, d'informaticiens, de développeurs, mais de l'autre, elles ont besoin, ces entreprises, d'une main d'oeuvre peu ou pas qualifiée, et surtout dans les secteurs des services. On voit que les gens qui ont plus ou moins 43% de la population, qui est, elle, moyennement qualifiée, en fait, va être obligée d'accepter, de prendre des postes qui demandent beaucoup moins de qualifications. Et pourquoi est-ce que ces postes-là, de moyennement qualifiés, sont en disparition ? Parce qu'en fait, c'est des postes qui ont été facilement délocalisables, numérisables, et donc on voit en fait que ces gens-là, ils sont surqualifiés pour les emplois qu'ils vont occuper après. Et donc on a une forte polarisation du marché du travail. Et donc l'école de nouveau va devoir s'adapter à cette polarisation. Et comment est-ce qu'elle va faire ? Elle va polariser aussi sa formation. Et comme le dit en fait très cyniquement l'OCDE. L'OCDE, pour ceux qui connaissent un peu les tests PISA, c'est l'OCDE qui les a mis en œuvre. Et elle nous dit ceci, le CDE, en fait, que tous les élèves suivent, il ne faut pas, pardon, que tous les élèves suivent, comme ils ne vont pas, pardon, suivent tous une trajectoire de haute voltige, comme il dit, parce que tous ne vont pas poursuivre une carrière professionnelle dans les secteurs dynamiques de la nouvelle économie. Et donc, il ne faut pas que, en fait, les formations mènent tout le monde, et les programmes scolaires mènent tout le monde à ces programmes de haute voltige. Alors... En d'autres mots, les élèves qui sont destinés à des carrières, comme les élèves sont destinés à des carrières très différentes, les programmes scolaires ne peuvent être conçus comme si tous allaient aller loin. Et évidemment, parce qu'ils sont tous hautement qualifiés, qui va occuper les postes dans les secteurs des services ? Qui va accepter d'être mal payé ? d'avoir un contrat précaire et des conditions de travail difficiles. Et donc cette polarisation du marché du travail, des emplois, elle est invoquée pour justifier une différenciation non seulement des programmes, comme je viens de le dire, mais aussi des filières. Chez nous, on a vraiment ce qu'on appelle l'échelle de la honte. On est d'abord dans l'enseignement général, si ça ne va pas, on vous met dans le technique, dans le professionnel, et si ça ne va pas encore, on vous met en alternance. On a vraiment ça. On a aussi cette polarisation, on va justifier le... fait qu'il y ait des écoles comme on appelle ghetto de riches ou ghetto de pauvres. En Belgique, de nouveau, il faut savoir qu'il y a un quart des enfants qui vont dans des écoles ghetto de pauvres, ça veut dire quoi ? Des écoles qui concentrent des élèves socio-économiquement défavorisés. Un quart d'autres élèves qui sont dans des écoles ghetto de riches. Et puis on a alors une moitié qui est dans des écoles un peu plus mixtes. Et donc... On voit ici qu'il faut d'abord adapter les contenus, mais ça ne suffit pas. Ce qu'on va faire aussi, on va adapter maintenant les structures de l'école. Et si l'école doit répondre plus rapidement aux besoins de l'économie, il faut aussi flexibiliser les structures, parce que l'école est vue comme quelque chose de beaucoup trop rigide, trop centralisé. Et donc en Belgique comme en France, on va flexibiliser avec le même tournant managérial, c'est-à-dire qu'on va décentraliser l'école. Alors je vais aller vite, cette décentralisation, elle va permettre tout d'abord de rapprocher l'école de l'entreprise. Pourquoi ? Parce que si on flexibilise, on va dire, ben voilà, les écoles, les établissements scolaires, eux, les directeurs, ont une bonne connaissance, plus ou moins, de l'environnement socio-économique de leur école. Et donc il faut absolument qu'on adapte les formations. et qu'on mette les élèves en stage, qu'on adapte, qu'on pilote un peu, on va rationaliser les options en disant que ça se passe aussi en France puisque Macron veut fermer tout ce qui est options non insérantes, comme il dit, celles qui ne portent pas sur des métiers en pénurie. Il y a aussi énormément de choses à faire et à dire. Et donc on voit qu'en Belgique, on a mis maintenant des programmes. sous forme de modules, et les programmes sont faits directement avec le monde de l'entreprise. En France, c'est la même chose, depuis la réforme du lycée professionnel, on a par exemple ce qu'on appelle des bureaux d'entreprise qui sont dans les écoles, et là, directement, l'entreprise peut aller consulter le bureau d'entreprise et dire « il me faudrait telle et telle formation ». Mais cette décentralisation va aussi permettre d'améliorer, selon certains économistes de l'OCDE, la productivité des écoles. Alors comment est-ce qu'on va faire ? Déjà c'est un peu fou de parler de productivité des écoles, on n'est pas dans le monde dans l'entreprise. Et donc qu'est-ce qu'on va faire ? On va mettre en place le même système en Belgique qu'en France et dans d'autres pays anglo-saxons déjà depuis plus de 30 ans. C'est ce qu'on va appeler la contractualisation. L'État va fixer des objectifs. à l'école, aux établissements et ces écoles doivent développer des stratégies pour atteindre ces objectifs. Et si elle ne respecte pas ces objectifs-là, il va y avoir des systèmes d'évaluation qui sont mis en place, des systèmes... Alors en Belgique, on est un petit peu plus loin qu'en France pour l'instant, mais dire que si un enseignant n'atteint pas ses objectifs, il pourrait être licencié, même s'il est nommé, s'il a un statut. En France, là on lit dans les textes qu'on veut faire confiance aux profs pour l'instant, mais bon, il faut savoir que par contre, qui augmente encore le marché scolaire, c'est qu'il y a les... de valeur ajoutée en France on va voir un peu si l'école amène des choses aux élèves donc on a les IVAC et IVAL selon le collège ou le lycée et donc ils vont être publiés ces indices vont être publiés dans la presse donc ce qui va évidemment renforcer le marché scolaire les parents vont évidemment se baser sur ça pour aller faire leur marché scolaire alors Bon, voilà, je conclue. Donc, l'école néolibérale, que j'ai essayé de brosser, vraiment un très grand train. est évidemment contraire à la vision de l'école démocratique et émancipatrice pour laquelle je me bats. Cette école néolibérale est profondément inégalitaire, comme je vous disais, d'un côté des élèves plus favorisés, qui sont encouragés à suivre des cursus scolaires longs, ambitieux, qui les conduiront vers des postes plus qualifiés. Et de l'autre côté, des élèves issus de milieux populaires sont plus souvent orientés vers des formations professionnalisantes, destinées à les conduire vers des postes moins qualifiés, des métiers plus différents. difficiles et des statuts précaires. Et donc en plus, les responsables patronaux et politiques, en fait, défendent l'idée que pour tous ces élèves plus défavorisés, il faudrait en fait alléger les programmes d'études, par exemple avec les compétences de base, les hard skills et les soft skills, mais aussi il faut diminuer le temps scolaire, c'est-à-dire développer les stages professionnels, l'enseignement par alternance, pour privilégier la formation en entreprise. Mais il ne faut jamais oublier que la formation en entreprise, ce n'est pas le but. La formation n'est pas le but d'une entreprise. Le but d'une entreprise, c'est de faire du profit. Et donc, l'école, pour moi, en tous les cas, elle ne doit pas s'adapter au marché, mais elle doit donner à chacun, quelle que soit sa classe sociale, les savoirs, la culture et le pouvoir de comprendre et de transformer le monde. Voilà, merci.
beaucoup Cécile Goré pour cette intervention. Nous allons à présent nous intéresser à l'enseignement agricole et Rodrigo Arenas va nous présenter son travail au sein d'une mission flash sur les leviers de l'enseignement agricole pour enseigner à produire autrement. C'est un rapport qui a été produit à l'Assemblée nationale. Rodrigo est membre de la commission des affaires culturelles et de l'éducation et ce rapport a été présenté en juin. Tu y décris notamment la domination du lobby industriel au sein même des conseils d'administration des établissements. Comment cela renforce-t-il les inégalités entre élèves
Ok, bonjour à toutes et à tous d'abord. Je ne dis pas bienvenue aux Amphis parce que moi, je viens d'arriver hors retard en plus. Je vous présente toutes mes excuses. Mais il y a une affluence aujourd'hui qui rend très compliqué d'arriver, ce qui est de bonne augure pour dans quelques mois. D'abord, moi, je suis l'ancien président de la FCPE, Fédération de parents d'élèves. Et quand j'étais en fonction, on avait des administrateurs nationaux qui nous expliquaient qu'il y avait un angle mort d'une façon générale dans la communauté éducative, qui sont les lycées agricoles. Et il s'avère qu'à cette époque-là, on travaillait déjà, je vous parle de ça, 2019-2021, c'est-à-dire qu'à échelle de députés, j'ai l'impression que c'est la préhistoire, mais non, c'est assez récent en fait, et on se rend compte que dans ces lycées, il y avait déjà des bouts de solution sur ce que nous vivons aujourd'hui. Nous étions à l'époque, et je pense que nous tomberons d'accord sur le fait de dire que l'école française se caractérise, un, par une sorte de philosophie qu'est l'élitisme républicain, c'est-à-dire que quel que soit le pays, le territoire et la famille dans laquelle vous étenez, alors si vous travaillez très dur, vous arriverez à être dans l'élite de la nation avec une méthode qui s'appelle la méritocratie républicaine. C'est le travail, c'est le mérite, des valeurs que vous voyez notamment dans la presse de droite, d'extrême droite et ceux qui s'en rapprochent et que vous réussirez à faire partie de ce pays. Alors c'est vrai que ça existe. Mais comme dirait l'autre, les poissons volants, ça ne fait pas la majorité du genre. Alors, une fois qu'on a dit ça, il s'avère que le lycée à l'école précisément a ses caractéristiques. On s'est rendu compte que les élèves et les équipes enseignantes, notamment dans les lycées publics, qui sont le cœur de mon investissement, je suis un défenseur de l'école publique, j'espère que vous aussi, et je vous invite à l'aide parce que ce qui va arriver va être compliqué, montraient que dans ces lycées-là, les savoirs pratiques, les savoirs théoriques sont séparés dans les lycées généraux. était nécessaire. On avait à la fois besoin d'avoir, quand on était élève, étudiant, pour devenir agriculteur, éleveur, en gros, faire partie du monde paysan, nous nourrir, et nous nourrir sainement, si possible. En ce moment, c'est compliqué. On va y revenir. Mais la fête est qu'il fallait avoir à la voie des savoirs théoriques. mais aussi des savoirs pratiques. Et que c'est précisément la grande réforme qu'a mis Jean-Michel Blanquer en place en l'accentuant de façon éhontée, c'était de séparer à outrance les savoirs pratiques et les savoirs théoriques. Rappelez-vous, la première matière que Jean-Michel Blanquer, on l'a déjà oublié, mais il a quand même fait des choses, ça a été de supprimer la philosophie dans le lycée professionnel. Ça dit des choses. C'est-à-dire que la seule discipline dont la jeunesse a besoin pour s'interroger sur son rapport à soi, le rapport aux autres, le rapport au monde, le rapport à l'intérêt général, à l'émancipation, c'est précisément cette discipline et c'est celle-là qu'on leur retient. Et c'est précisément ces enfants, parce que tu as raison de dire que le lycée général et le lycée privé sont des outils qui sont utilisés pour faire de la sélection sociale. Et ça, c'est pas nouveau. C'est pas nouveau, moi je suis un enfant de banlieue, où l'essentiel de mes camarades de classe, c'est pas parce qu'ils avaient des mauvais résultats, c'est parce qu'ils étaient mal nés. Se retrouver dans les lycées professionnels à suivre des filières qu'ils ne souhaitaient pas, avec des enseignants qui ne les voulaient pas forcément, parce qu'ils n'avaient pas le profil de suivre ces enseignements professionnels, et j'ai été le seul de cette grande fratille de banlieusards d'un quartier de Champigny-sur-Marne à me retrouver en lycée général, et j'étais pas plus malin. j'étais pas plus intelligent, simplement je suis fruit d'un exil politique, et que pour le coup, mes parents savaient lire les codes de l'école. Et ça, ça crée tout ce que vous pourrez lire, et j'irai pas là-dessus, sur une abondante littérature en sciences humaines et sociales, là je vous fais du Bourdieu en deux secondes et demie, je vous fais du Foucault, je vous fais tout ça. Il faut lire, il faut lire tout ça, parce qu'on est en plein dedans, à vitesse grand V, parce que c'est invité dans toute cette... machinerie de recyclage et de sélection sociale, un outil extraordinaire qui s'appelle Parcoursup et qui tient dans un téléphone portable. Une fois que je vous ai posé ça, si on regarde cet angle mort que sont les lycées agricoles, il s'avère que, contrairement aux lycées publics, 56% des élèves sont dans le privé. On n'est pas dans le même rapport. Et l'essentiel des établissements sont des établissements privés. Et que précisément celles et ceux qui siègent dans les conseils d'administration et qui décident des contenus qui vont être dispensés aux élèves et des fermes ou les lieux d'élevage dans lesquels les enfants, les élèves vont faire leur application pratique sont précisément issus d'un monde extrêmement fermé, un entre-soi qui permet de véhiculer à la fois des pratiques. qui contreviennent aujourd'hui à ce que nous disons nous à la France insoumise, un outil d'émancipation et de lutte contre les effets du changement climatique et aussi des nouvelles exigences que nous avons raison d'avoir sur la façon dont nous nourrissons. Vous allez voir bientôt, je fais un aparté de deux secondes, que pour la niche de la France insoumise qui va arriver incessamment sous peu, une des lois que nous allons proposer... à l'Assemblée nationale, consiste justement à faire en sorte que les néocotinoïdes ou la cité-tripride, ça c'est un peu dur, je vous laisse faire le décodeur, soient remis parce qu'il est hors de question que, alors que l'Assemblée nationale a donné son avis, que le Sénat a renforcé cette loi de façon encore plus dégueulasse, pardonnez-moi l'expression, pour les consommateurs et notamment pour les enfants, qui sont notre cœur de bataille, eh bien nous allons remettre ce débat. à l'Assemblée nationale, parce que nous pensons que manger sainement, c'est pas juste un truc de bobo, gaucho, empule en laine, non, c'est quelque chose de central, parce que ça n'épargne personne. Aujourd'hui, même celles et ceux qui ont les moyens, on va dire ça pour être schématique et caricatural, qui font extrêmement attention là où ils se fournissent, dans les biocoques, etc., ne sont pas à l'abri de pouvoir manger des aliments qui ont tous les labels, mais qui pour autant, malgré le fait d'avoir tous les labels, échappent au contrôle nécessaire pour bien se nourrir. Nous sommes dans un problème sociétal. Nous sommes dans un problème civilisationnel et l'enseignement agricole est au cœur de ce système-là. Pourquoi ? Parce que les lycées agricoles forment, je l'ai dit tout à l'heure, celles et ceux qui vont nous nourrir. Et que si on n'est pas en capacité d'intervenir sur les contenus de ce qu'on va enseigner à ces jeunes qui vont être celles et ceux qui nous nourrissent, alors on a un problème parce que nous avons toute une catégorie sociale. qui sont le monde paysan pour être très schématique, à qui on va apprendre que mettre des pesticides, c'est OK, que continuer sur un modèle productiviste comme après 45 où il fallait nourrir tout le monde et c'est vrai, c'est OK, que l'appauvrissement des sols, c'est OK, que tout ça, il y a une solution, une solution technique pour tous, pour ceux qui pensent que, comme ceux qui croient au Père Noël, que le techno-sinocialisme va tout apporter, c'est-à-dire qu'on ne change pas la matrice de pensée de quel est le rôle social qu'ont les paysans et quand on discute in fine de la répartition... de la plus-value pour ceux qui aiment Karl Marx ou de la chaîne de valeur pour ceux qui sont plus libéraux, eh bien, nous avons celles et ceux qui produisent la nourriture qui, dans la discussion, arrivent en dernier autour de la table. Et c'est en gros tout le magma agro-industriel qui prend la grosse part de la valeur et que finalement, celles et ceux qui nous nourrissent, eh bien, sont les dindons de la farce. Tout ça, on n'en discute pas vraiment dans les lycées agricoles, selon le temps de vous dire. Pourquoi ? Parce que dans les conseils d'administration, où là où se décident les contenus, la grande majorité des gens qui interviennent et qui font du lobbying de façon exacerbée, c'est précisément les acteurs des chambres de commerce, en général extrêmement liés à la FNSEA, qui développent une façon de concevoir le monde paysan qui est éloignée des principes que je viens d'évoquer avec vous. Le respect de celles et ceux qui nous nourrissent. respect de leur travail, mais aussi de la façon dont ils exercent leur travail, mais aussi du rôle sociétal qu'ils exercent en la mesure où ce sont celles et ceux qui nous nourrissent. Est-ce que j'ai 10 minutes, alors il faut que je fasse gaffe ? 7 minutes, ok. Je vais accélérer un peu du coup. Après il y aura des questions, donc c'est cool. Et ce que je vous dis là sur la question des contenus, c'est quelque chose de très important. J'ai eu la chance d'avoir été désigné par mon groupe pour représenter la France insoumise au sein du Conseil supérieur des programmes. C'est là où on décide des programmes. Et là, vous avez eu tous les réseaux d'extrême droite, de frontières jusqu'à le JDD, etc., le Figaro au passage, parce que maintenant, ils ont quelques soucis en interne, qui ont dit, oh là là, attention, Rodrigo Arenas, ancien président de la FCPE, en plus, j'avais défendu les femmes qui portent un foulard pour le sorti scolaire, donc je vous laisse imaginer tout ce que ça a provoqué, rentre au conseil super des programmes, l'école est foutue. Alors, pour celles et ceux qui, parmi vous, sont de droite, je vous rassure. Le conseil super des programmes est ultra dominé par la droite avec un très grand idéologue, un très grand militant pédagogue, un très grand pédagogue sur la pédagogie, parce qu'il est dans des pédagogues, qui est Max Brisson, sénateur. Je vous invite à lire un peu son pédigré. C'est pas mal. En gros, c'est vraiment vos adversaires et les autres, même quand vous êtes de droite. C'est vraiment votre adversaire. Donc, à partir de là, il ne faut pas prendre ça à la légère. C'est-à-dire que cette panique morale qui a été dans tous les journaux... À la télé, sur les réseaux. J'ai même eu droit à une caricature de moi en le jet là-bas avec une montre en or et un écrochu, je vous laisse aller sur ce que ça représente dans le schéma actuel, en disant Rodrigo Arenas, laïcité Ramolo. Tout ça, pour vous dire quoi ? Ce n'est pas parce qu'ils sont méchants avec moi. Ça, ça va. Quand on est député de la France insoumise, comme l'a dit Mme Bonparrière, on est habitué, même si on ne s'habitue jamais à la violence, et je pense que ce n'est jamais une bonne chose que d'y céder. Pour vous dire quoi ? C'est que les contenus de ce qu'on enseigne aux enfants est au cœur de la dynamique. Ce qu'on enseigne dans les lycées généraux, ce qu'on enseigne dans les lycées professionnels, ce qu'on enseigne dans les lycées agricoles est au cœur du modèle sociétal qu'on veut développer sur l'avenir. Et si on l'a... Pardon, sur cette question-là, en se consentant exclusivement sur la question des moyens, sans se poser la question de quelle société on veut, quelle finalité on veut atteindre politiquement et quelle école on veut mettre en place pour atteindre cette finalité, alors on passera à côté du problème. On passera à côté du problème, et j'essaierai de conclure là-dessus. C'est que quand vous êtes dans un CA de lycée privé, parce que les lycées publics, eux, ils font les investissements pour que les élèves puissent faire les applications pratiques dans le lycée agricole public. Ils le font où ? Ils le font dans des fermes privées. Et donc si vous n'avez pas dans votre territoire, dans votre environnement, où les paysans sont soumis au lobbying des chambres de commerce, en particulier de la FNSEA, la Confédération Paysanne sont nos amis, je n'ai pas un scoop mais je préfère le dire sur ce coup-là, eh bien vous allez avoir des applications pratiques qui seront exclusivement orientées sur une vision de l'agriculture. Une agriculture qui ne se fait pas en protégeant les sols. Parce que c'est magique de mettre des intrants. Une agriculture qui pense qu'être intensif en intrants chimiques d'une part et aussi intensif, j'ai envie de dire, en niant la capacité d'un seul à pouvoir se régénérer, c'est ça qu'on enseigne. On n'enseigne que mettre des centaines de vaches, c'est-à-dire au mépris de la souffrance animale, c'est OK. Et l'exemple qui est donné, c'est « mais regardez au Brésil, regardez en Argentine, ils sont démis ». Non, c'est que ni en Argentine ni en France, on doit traiter les animaux de cette façon-là. C'est un problème universel. Donc si on forme ici en France le fait que la souffrance animale, c'est OK. Le fait que produire de façon extensive au mépris des sols, au mépris des conditions de travail, au mépris de tout ce que vous connaissez et que vous voyez dans les réseaux sociaux de façon très accessible, c'est OK. Eh bien, les élèves n'auront pas d'autre choix que de se former avec ces paysans-là, avec ces agriculteurs, parce qu'eux aussi, on leur laisse pas le choix. Quand vous devez acheter un tracteur, un tracteur, c'est pas une bagnole. C'est des centaines de milliers d'euros parfois. Aujourd'hui, ça invite la robotique. Aujourd'hui, ça invite l'intelligence artificielle qui, avec des robots... et avec des applications qui ne sont pas gratuites, peuvent mettre des pesticides sur quatre bras, un seul, parce qu'il y en a un seul qui est malade et qu'il est reconnu, comme vous avez vu, plantes nettes, etc., quand vous faites du jardinage à la maison. Tout ça, aujourd'hui, s'est développé à l'échelle industrielle et que si nous ne prenons pas garde à expliquer aux élèves que c'est le monde qui est en train de leur être préparé par notre génération, alors ça va être compliqué pour vous, ça va être compliqué pour nous, mais ça va aussi être compliqué pour nous. Et je conclurai là-dessus. La France a quelque chose de très positif dans son droit, qui est le principe de... précaution qu'est ce que dit ce principe de précaution il dit que la génération qui vient à des droits et que nous ne pouvons pas aujourd'hui faire des lois ou mettre en place des dispositifs de production alimentaire, qu'elles soient carnées ou végétales, qui ne leur permettent pas, à l'avenir, de faire usage des mêmes droits que nous avons. Aujourd'hui, si nous continuons à produire de cette façon-là dans les lycées agricoles, mais aussi dans d'autres champs, alors nous sommes en train de mettre en place une société qui, légalement, est en train de nier aux générations futures de pouvoir bénéficier des mêmes droits que nous avons, nous, autant. que nous sommes en train de discuter. C'est-à-dire que chaque loi que nous allons voter, chaque bulletin dans Lyon que vous allez mettre, et permettez-moi d'être un peu électoraliste sur ce coup-là, nous allons avoir une échéance majeure pour la présidentielle de 2027. Si on ne comprend pas, si vous ne comprenez pas que ce n'est pas du business électoral, que ce n'est pas d'avoir le plus de députés, même si c'est toujours mieux, c'est vraiment quelle bifurcation veut prendre la France. Cette bifurcation doit être écologique, c'est indiscutable et indiscuté. Parce que si nous ne faisons pas ça, alors les générations qui viennent... seront dans un monde dans lequel ils ne pourront pas user des mêmes droits que nous et nos enfants et leurs petits-enfants seront fondés à nous faire... Un procès en inaction climatique, en inaction de production alimentaire parce que nous aurons mis en place un système et nous aurons produit à l'école à travers les programmes et celles et ceux qui font l'école un système de production de savoir, de connaissance, de savoir-être, de savoir-faire qui contreviendra à leurs propres intérêts. Donc nous sommes au devant de ça et c'est ça le choix de 2027, c'est que nous ne pouvons pas continuer à faire en sorte que ma génération et de celles et celles qui sont un peu plus âgées et même vous qui êtes majeur, vous mettiez dans ce bulletin de vote. dans l'urne qui contreviennent aux droits des générations qui viennent parce que c'est ça l'enjeu auquel nous sommes confrontés. Quand nous disons à la jeunesse faites mieux, c'est pas seulement faites mieux, nous devons aussi nous faire mieux pour leur permettre de faire mieux. Parce qu'aujourd'hui avec la droite et Macron, aujourd'hui c'est largement compromis. Je vous remercie.
Merci beaucoup Rodrigo. Alors Anne-Claudine Oller, tu travailles tout particulièrement sur l'une des modalités de la marchandisation de l'éducation qui est le coaching scolaire. Et tu démontres dans tes travaux que le recours massif à cette modalité de marchandisation de l'éducation se fait avec le soutien de l'État puisqu'il y a des dispositifs fiscaux qui permettent aux parents de bénéficier de ces avantages. Dans quelle mesure ce phénomène se fait non seulement au détriment du service public de l'éducation, mais en plus il exacerbe les inégalités entre élèves ?
tout à fait. Merci beaucoup. Je suis sociologue et maîtresse de conférences en sciences de l'éducation à l'université de Créteil. Et voilà, comme l'a dit aussi Béatrice, je suis membre du GT Éducation. Et finalement, c'est la sociologie qui m'a amenée vers le militantisme. Comme quoi les travaux de recherche ou les résultats des travaux de recherche... peuvent nous conduire aussi à vouloir agir plus concrètement et donc à s'engager. Donc effectivement, je travaille sur le coaching scolaire et le coaching scolaire d'orientation et mes travaux mettent en évidence que c'est un révélateur de la marchandisation de l'éducation. Alors c'est un tout petit objet, peut-être que vous n'en avez jamais entendu parler parce que c'est un... Une pratique d'accompagnement de la scolarité qui n'est pas forcément très répandue, qui est plutôt connue par les franges supérieures des classes moyennes et des franges économiques des classes moyennes, qui elles-mêmes ont recours au coaching au sein de leur travail, donc de l'entreprise, et qui se sont dit que leur enfant pouvait bénéficier d'un accompagnement similaire sur la confiance. en soi, la gestion du stress, la recherche de performance, etc., sur des questions scolaires. Et ça émerge au début des années 2000 et on constate que ça s'accentue, que ça s'accélère, que ça se visibilise, en tout cas plus, puisqu'on peut retrouver des coachs scolaires, des coachs d'orientation jusque dans les salons d'orientation. Et pourquoi ça se développe ? Parce que, justement, comme ça a été dit tout à l'heure, on est dans un contexte d'intensification des enjeux de la scolarité, mais aussi de l'importance de l'obtention des diplômes et un contexte de pression sociale, du chômage, etc., qui font que les classes dominantes ont peur que leurs enfants soient déclassés, n'obtiennent pas... une place sociale équivalente à la leur, qu'ils soient employables, flexibles, pour pouvoir résister aux perturbations du marché du travail. Tout ce contexte amène un certain nombre de parents à recourir à diverses stratégies éducatives. Les plus connues, c'est le recours à des cours particuliers, mais aussi à se tourner vers l'enseignement privé. Je m'intéresse spécifiquement à ce coaching scolaire d'orientation qui mobilise... des dispositions économiques. Et comme l'a dit Dominique Glassman, l'argent est aujourd'hui plus différenciateur dans la mise en œuvre des stratégies scolaires que dans la scolarisation à proprement dite. Donc, comme je vous l'ai dit, je m'appuie sur les travaux que je mène depuis ma thèse sur le coaching scolaire, mais aussi sur l'orientation. J'ai fait un certain nombre d'observations de salons d'orientation avec des collègues dont Agnès Van Zanten. Et je vais présenter deux points. C'est que justement, le recours à ce coaching scolaire, à cette pratique d'accompagnement de la scolarité, C'est la rencontre entre une offre et une demande, mais qui permet de convertir un capital économique en un capital scolaire. Et puis, dans un deuxième temps, je présenterai plus spécifiquement le soutien à bas bruit de l'État pour ce marché. C'est facile à dire, c'est une redite un peu, mais un marché ne peut exister que s'il y a des offreurs, ici des coaches scolaires et des demandeurs, des personnes qui disent avoir besoin justement de cette offre-là, donc des clients, des parents, des jeunes qui considèrent avoir des difficultés sur la motivation, l'orientation, la gestion du stress et qu'ils ont besoin d'un tiers pour se faire. Là, il y a aussi une intervention quelque part de l'État, indirecte. C'est finalement que l'État, par les mesures, les réformes qu'il prend, participe aussi à créer ce marché, à créer un marché de besoins. d'un accompagnement dans l'orientation parce que, justement, on le voit avec admission post-bac qui a été remplacée en 2018 par... Parcoursup et la réforme du lycée, on voit qu'il y a une pression encore plus forte sur l'orientation, sur les enjeux d'orientation et qu'elle est anticipée, qu'elle intervient de plus en plus tôt. Par exemple, avec Parcoursup articulé à la réforme du lycée, vous savez que l'algorithme de la plateforme que les formations d'enseignement supérieur peuvent paramétrer dans l'algorithme de la plateforme qu'il faut, pour pouvoir avoir plus de points, pour pouvoir avoir plus de chances pour intégrer cette formation d'enseignement supérieur, avoir suivi, par exemple, certaines options ou certaines spécialités, donc dès la seconde ou la première. savent qu'il y a un certain nombre de jeunes ou de parents qui ne sont pas forcément au fait de ça et qui vont regarder les conditions ou les critères d'intégration dans telle ou telle filière quand leur enfant est déjà en première ou en terminale et qu'il a déjà choisi ses options de seconde, ses spécialités de première et terminale. Donc vous voyez que là, pour les parents, les familles qui sont les plus au fait, étranges des classes moyennes et supérieures, eh bien, il y a cette inquiétude qui est grandi et qui est nourrie aussi par les réformes. Donc, quelque part, l'État participe aussi en ce sens-là. Mais donc, finalement... Le recours à ce coaching scolaire, comme pour les cours particuliers, c'est une externalisation de ce qui peut faire l'objet d'inquiétude au sein des familles. Dominique Glassman, qui était donc mon directeur de thèse, qui a beaucoup travaillé sur les cours particuliers, avait mis en évidence que la question des devoirs, des notes, des résultats scolaires, c'était ce qui cristallisait le plus de tensions et de conflits au sein des familles. Et moi, je le vois aussi. sur la question de l'orientation. Et donc, le lien fort qui existe entre résultats scolaires et orientation, ou plus précisément entre résultats scolaires et bonne orientation, je mets des guillemets, en tout cas, qui est considéré comme permettant d'avoir accès aux bonnes classes sociales, socialement valorisées et légitimées pour les franges supérieures des classes moyennes. qui donc espèrent se maintenir, favorisent ce recours au coaching scolaire. Et on peut constater que c'est vraiment une conversion d'un capital économique en capital culturel, parce que ces jeunes sont issus de familles qui ont du capital économique. Leurs parents sont plutôt des cadres du privé. des RH, managers, du monde de l'entreprise. Ce n'est pas spécialement des enfants de cadre du public. Les enfants de prof, s'ils ont des difficultés, je dirais, un peu existentielles ou de confiance en soi, les parents auront plutôt tendance à les envoyer vers un accompagnement de type vers un psychologue que vers un coach scolaire. Donc on est aussi sur deux visions différentes de la... et des ressorts de l'accompagnement. Ces jeunes qui se tournent vers le coaching scolaire, ils ont du capital économique, mais ils n'ont pas forcément beaucoup de capital culturel, ou en tout cas, ils ne l'ont pas encore véritablement converti, notamment par leurs résultats scolaires, puisque ce ne sont pas spécialement des bons élèves qui se tournent vers le coaching scolaire. C'est plutôt justement des élèves qui vont avoir des difficultés d'obtenir la formation qui leur permettrait de se maintenir socialement. Et donc en fait, par le recours au coaching scolaire, on convertit par l'achat d'un accompagnement, pour le dire précisément, des moyens. de pouvoir obtenir une bonne place sociale, une bonne orientation. Je vais prendre des exemples concrets. Par exemple, il y a des jeunes qui m'ont dit que le coaching leur avait complètement changé de trajectoire par rapport à ce qui était attendu dans leur famille. Ce qui va certainement vous faire le plus sourire, c'est quand une jeune me dit que mon père voulait absolument que je fasse Sciences Po, etc. C'était ce qui était très valorisé. Et finalement, comme ce n'était pas pour moi, ça ne correspondait pas à ma personnalité, ni vraiment à mes résultats scolaires, grâce au coaching, je me suis tournée vers une école de commerce. prévision à la baisse des ambitions, vous voyez bien qu'on se retrouve complètement sur des... des aspirations qui sont quand même socialement très proches mais quand on a aussi des jeunes qui partent le coaching disent bah non mais moi je me suis tournée vers j'ai fait une école d'ingénieur ou une classe préva et puis en fait le coaching ça m'a permis de voir que c'était pas fait pour moi et donc maintenant je fais un CAP je fais un BEP ou un bac pro En fait, mon travail de sociologue, c'est de dire oui, d'accord, OK, mais dans quel domaine ? Et après, pour faire quoi ? Et en fait, ce qu'on voit, c'est qu'il y a toujours une très forte revalorisation par, par exemple, le fait de transformer ce CAP ou ce BEP... le convertir vers de l'artisanat d'art, par exemple. Donc, OK, vous faites un CAP ou un BEP en menuiserie, mais en fait, c'est pour faire de la rénovation d'œuvres d'art, par exemple. Donc là, vous voyez bien que... on revalorise totalement un CAP ou un BEP. Ou le fait de se tourner vers des écoles privées, très valorisées, comme l'école Ferrandi pour la pâtisserie ou les écoles 42 pour le numérique, là aussi sont des moyens de reconvertir du capital économique. en capital culturel, socialement valorisé. Et c'est aussi ce qu'on voit, notamment dans les salons d'orientation. Alors j'imagine, pour ceux qui sont enseignants, enseignants dans le secondaire, ou même si vous avez déjà accompagné votre enfant dans des salons d'orientation, il y a une forme de pression. d'incitation à se tourner vers ce type de structure, alors qu'en fait, ce sont des espaces où on y présente... On n'y présente vraiment quasiment rien de l'enseignement supérieur public. 80% des formations sont des formations d'enseignement privé. Et on voit aussi que ce type de dispositif, mais aussi que le coaching scolaire, favorise des orientations vers l'enseignement supérieur privé. Donc participe à remarchandiser aussi l'enseignement supérieur privé. Pour la marchandisation de l'éducation par le soutien de l'État... On le voit notamment par des dispositifs fiscaux, notamment par... tout ce qui va être crédit d'impôt ou chèque emploi service. Quand j'ai commencé ma thèse, il y avait très peu de coachs qui intervenaient au domicile des jeunes. Aujourd'hui, il y en a un certain nombre qui font comme pour les cours particuliers, qui vont dire qu'ils peuvent intervenir au domicile des jeunes. Comme ça, ils rentrent dans les dispositifs fiscaux de soutien, d'aide à la personne. Et donc, les familles peuvent défiscaliser, peuvent bénéficier du crédit d'impôt sur ce type. d'accompagnement. Sauf qu'il y a plusieurs enquêtes en économie qui montrent que le crédit d'impôt, quel que le soit le service à la personne, bénéficie beaucoup plus fortement aux revenus élevés qu'aux revenus modestes. Parce que souvent, la droite va nous dire qu'il y a un crédit d'impôt, une défiscalisation, finalement tout le monde peut en bénéficier, etc. Très concrètement, non, les ménages les plus pauvres ne se tournent pas vers ce type de dispositif. Donc en fait, l'État finance une pratique marchande privée. par la fiscalité, tout comme il participe à soutenir et bien à faire venir des coachs dans les établissements scolaires par moment. Alors même, et je terminerai là dessus que finalement, il existe quand même un service public d'orientation et que si les pouvoirs publics. Si les politiques considèrent que l'orientation est un enjeu majeur aujourd'hui, nécessaire, qu'il faut travailler avec les jeunes, on peut poser une question simple. Pourquoi ce n'est pas l'État, l'école publique, par des professionnels spécifiques, formés, etc., les psychologues de l'éducation nationale ? qui vont accompagner les jeunes dans leur orientation plutôt que de faire intervenir des logiques du privé, des professionnels du privé qui ont une vision très située de l'orientation et qu'on les paye encore en plus. Voilà, je m'arrêterai là. Merci.
Merci beaucoup. C'est le moment de nous faire passer vos petits papiers avec toutes vos remarques, questions et que je puisse les synthétiser. Quelques minutes pour nous donner vos remarques et questions. Et bien maintenant, Hugo Harari-Kermadek. Je vais vous interroger. En janvier 2020, vous avez dit, dans un entretien à la revue Contre-temps, on n'a ni une privatisation des universités, ni une vente marchande des cours et des diplômes, pas encore. Mais on la prépare en produisant les dispositifs nécessaires à cette commensuration qui permettra ensuite de faire du savoir une marchandise. Où en est-on aujourd'hui ?
Merci beaucoup. C'est toujours un peu stressant d'être mis en face de ces prédictions. Six ans plus tard, est-ce que ça avance effectivement comme ça ? Je vais prendre un tout petit peu de recul, mais comme on est dans un échange sur l'école, je vais essayer de faire un tout petit peu de pédagogie et de vous mettre en activité. Je vais essayer de vous faire deviner qui a dit. Plutôt que d'avoir un étudiant en université en socio pendant cinq ans, il est préférable qu'il soit en formation, en apprentissage, en alternance dans une industrie. Un étudiant en université, ça coûte 15 000 euros par an. Je prends la moitié, je le donne à l'entreprise qui va former. L'autre moitié ira pour l'indemnisation de l'étudiant. Tout à fait. C'est Marine Le Pen. Bravo. Le 1er avril 2026, sans blague, sans poisson d'avril. Non, ce n'était pas un poisson d'avril, malheureusement. Et Marine Le Pen, elle est un peu perdue. Elle est perdue pour deux raisons au moins. Ça ne coûte pas du tout 15 000 euros en étudiant à l'université, encore moins en sociologie. C'est une des disciplines les moins chères. En moyenne, à l'université, ça coûte plutôt 6 000 euros en étudiant, c'est-à-dire trois fois moins qu'en classe préparatoire ou ailleurs. Ça, c'est pour aller vers l'idée de réduire les inégalités à l'école dans l'enseignement supérieur. Et elle est perdue parce qu'on a toute une série de réformes, très nombreuses, qui se sont accumulées, sous Macron en particulier, l'apprentissage notamment. Emmanuel Macron a fait exactement ce que Marine Le Pen a dit qu'elle allait faire plus tard, c'est-à-dire prendre l'argent aux universités et le donner massivement à l'apprentissage, aux entreprises, soit disant aux étudiants, mais en réalité pour qu'ils payent des frais d'inscription dans des centres de formation des apprentis privés à but lucratif notamment. Mais il y a tout un autre paquet de réformes, on en a déjà parlé, Parcoursup est sûrement la plus notable, qui ont organisé un nouveau mode d'organisation de l'enseignement supérieur, beaucoup plus marchand. Ou en tout cas beaucoup plus organisé comme un marché, même si ce n'est pas toujours marchand. Ça commence à l'être pas mal, mais pas toujours. Alors pour essayer de comprendre un peu ce bazar, il faut sans doute repartir de 2004, en tout cas pour la France. C'est un peu la suite des réformes européennes dont on a parlé tout à l'heure, notamment Nathalie. C'est le fait d'avoir un rapport remis à un Premier ministre d'il y a très très longtemps, Raffarin, je ne sais pas si vous vous rappelez de ça, en 2004, de Aguillon et Cohen. un des principaux économistes de macron qui demande qui propose de réformer l'éducation mais surtout l'enseignement supérieur pour plus de croissance pour des plus de performances économiques exactement comme on l'a expliqué au début de cette conférence Et à cette époque-là, on a encore un enseignement supérieur français qui est quasi exclusivement public et gratuit. Il y a très très peu de formations privées, un peu des écoles de commerce et un peu des universités catholiques, mais c'est tout petit. Et il n'y a presque rien de payant. Et quand c'est payant, les écoles de commerce, c'est vraiment pas très cher. C'est beaucoup beaucoup moins cher qu'aujourd'hui. Et donc on a en 21 ans... fortement changer le système, même si les réformes sont encore loin d'avoir abouti. Alors pourquoi ça a été aussi long et aussi compliqué ? C'est explicite dans le rapport à Guion-Cohen, il y a le programme, la stratégie, c'est qu'il faut avancer à petits pas. Pourquoi il faut avancer à petits pas et ne pas faire une grande réforme très rapide proposée au gouvernement de l'époque ou au suivant qui va être Sarkozy ? Pourquoi ? Parce que le système universitaire en particulier, c'est très inquiétant pour un gouvernement de droite parce qu'il y a un mouvement étudiant très fort qui est possible. Et donc il ne faut absolument pas déclencher ce mouvement étudiant. Et donc il faut toujours avancer, cacher, de façon découpée. J'ai des collègues qui disent que ça s'appelle le saucissonnage. On découpe la réforme en petits bouts. Et donc on a un bazar très compliqué à comprendre. ça avance de partout. Et une manière différente de l'interpréter, c'est que finalement, si encore aujourd'hui, on a largement un système universitaire accessible, même si c'est beaucoup plus compliqué et gratuit, même si ça l'est un peu moins, c'est parce qu'on est capable de résister, parce qu'on fait peur, parce que le mouvement étudiant, parce que les personnels des universités, même les présidents d'universités, résistent à la marche néolibérale qui a avancé beaucoup plus vite dans plein d'autres pays. Un des exemples particulièrement clairs, qui revient très très fort en ce moment, qui est de nouveau à l'actualité pour la rentrée dans trois semaines, ça dépend des facs, c'est Bienvenue en France, qui est cette réforme tout à fait cynique du tout début du premier mandat à Macron, de multiplier par 16 les frais d'inscription pour les étudiants étrangers. Quand on n'est pas européen, au lieu de payer 150 euros, on va payer 3000 euros. Et donc ça, ça a produit une forte mobilisation en 2019 au moment de la création de ce truc-là. Ça a fini par passer dans la loi, enfin plutôt dans un décret, mais malgré ce décret, en réalité il n'est pratiquement pas appliqué et il n'y a aujourd'hui presque pas d'étudiants étrangers qui payent ces frais d'inscription. Ils sont exonérés presque partout, à tel point que les macronistes ont fini par être fâchés et là ils viennent de faire passer un nouveau décret qui interdit aux universités d'exonérer les étudiants étrangers, donc ça oblige à rendre payants et chers. 3000 euros en licence, 4000 euros en master. Donc ça, ça a décalé. On a gagné quasiment 10 ans entre la mise en œuvre, la publication du décret et sa mise en œuvre réelle. Et encore, elle va arriver pour la dernière année de Macron de façon transitoire avec plein de modalités de transition qui font qu'en fait, ça touchera une partie des étudiants étrangers seulement, heureusement. Et l'année suivante, quand on aura changé de président, on pourra revenir largement sur ça sous le premier mandat de... Jean-Luc Mélenchon, par exemple. On a encore un peu de travail pour y arriver, mais c'est en train d'être discuté à côté. Donc la marchandisation dans l'enseignement supérieur en particulier, elle est partie vraiment de zéro. Contrairement aux primaires et aux secondaires, on a beaucoup plus de lycées catholiques privés en France que d'universités catholiques privées. Mais elle a fortement accéléré ces 20 dernières années. Et je vais essayer de montrer différents éléments. Alors la citation qui a été rappelée tout à l'heure de ce que je disais en 2020, c'est l'idée qu'on a changé l'organisation sans nécessairement privatiser les universités. Ça c'est assez important je pense pour le système éducatif, contrairement à d'autres services publics qui ont été privatisés, les télécoms par exemple. où maintenant on a un marché, une industrie à peu près classique. Dans le système éducatif, on n'a pas privatisé les universités, on n'a pas privatisé les écoles, les collèges et les lycées. On crée un mécanisme, un espace de concurrence, et de concurrence de plus en plus économique, où les établissements doivent fonctionner en concurrence économique, et les élèves, les usagers, de plus en plus réfléchir comme des consommateurs, et surtout comme des investisseurs en capital humain, ça a été un peu expliqué tout à l'heure. Donc on fonctionne comme si c'était un marché de plus en plus, ce qui fait qu'après c'est très facile, simplement en mettant un tarif, un prix, pour que ça devienne réellement un marché. Mais c'est pas si simple parce qu'on résiste. Ça c'était la résistance. Donc le mécanisme le plus clair en France, c'est Parcoursup, avec l'idée que toutes les universités, publiques ou privées, sont en concurrence pour attirer des étudiants et des étudiantes. Et tous les étudiants et étudiantes sont sur cet espace-là, ils doivent choisir où est-ce qu'ils achètent, même si pour l'instant ils achètent largement gratuitement quand c'est dans le public. Et on essaie de leur expliquer pourquoi ce n'est pas une bonne idée. Ça, c'était la conférence précédente sur la privatisation de l'éducation à 13h30. Il y a des collègues qui expliquaient et une journaliste, l'autrice de Le Cube, que vous pouvez acheter à la librairie, pourquoi, comment les grands acteurs privés à but lucratif se sont installés dans l'enseignement supérieur en France ces dernières années. Ça fait 7-8 ans. Je vais un tout petit peu y revenir. Le cadre qui reste majoritaire, et c'est l'autre élément très important, qui continue à croître, qui continue à accepter de plus en plus d'étudiants et d'étudiantes, c'est le système universitaire. Et donc, le plus gros morceau pour marchandiser l'enseignement supérieur, c'est rendre payants les universités. Alors, je l'ai dit, ils font très attention, ils avancent petit bout par petit bout, et il y en a un gros paquet de petits bouts. Donc il y a les étudiants étrangers qui doivent payer plus cher. Il y a ce qui s'appelle la formation continue. Les gens qui sont un peu plus âgés, qui ont arrêté leurs études à un moment ou à un autre, eux, on est censé les faire payer plus cher que ceux qui sont en formation initiale, juste pour cette raison-là. Des fois, ils ont simplement un an de plus que les autres, mais ils doivent payer plus cher, plusieurs milliers d'euros au lieu de 150 euros. Et puis, il y a surtout toute une série d'établissements, d'universités qui changent de statut et qui, grâce à ce nouveau statut, ont le droit de sortir des tarifs nationaux. Je vais prendre un exemple, ce n'est pas pour être particulièrement méchant avec l'université Paris-Dauphine, mais c'est parce que son ancien président mène activement campagne dans les médias en ce moment pour augmenter les frais d'inscription partout, parce que Paris-Dauphine est la première université à avoir augmenté les frais d'inscription, initialement à 4000 euros. Initialement uniquement en management et en économie en finance. Donc là où il y a des débouchés immédiats, extrêmement rentables, dans une université de l'Ouest parisien, dans un quartier très chic, avec des étudiants d'origine sociale très favorisés. Donc on a commencé là, et puis après ça permet de justifier qu'on pourrait le faire partout ailleurs, comme si les conditions étaient les mêmes, comme si les débouchés étaient les mêmes, comme si surtout les capacités d'achat et de financement étaient les mêmes. Et donc le fait que l'université Paris-Dauphine soit, et le nom d'université, mais en pratique ne soit pas une université, du point de vue juridique, c'est autre chose, ça s'appelle un grand établissement, ça lui permet d'avoir des tarifs différents. Et les politiques des 20 dernières années, encore plus les politiques sous Macron, ont poussé les universités. surtout les universités des très grandes villes, surtout les universités parisiennes de Lyon et de Strasbourg, de Grenoble et de Marseille, à basculer, à changer de statut et du coup à pouvoir avoir des frais d'inscription beaucoup plus élevés pour leurs étudiants et leurs étudiantes à une grande échelle. Mais ça ne suffit pas, et il y a des universités, y compris des très grandes universités, y compris des universités classées au classement de Shanghai, qui est un peu le symbole de cette mise en concurrence des universités, qui refusent. Et donc la dernière stratégie, depuis deux ans, depuis la dissolution finalement, c'est de produire une austérité budgétaire radicale, qui fait que les universités sont dans une situation budgétaire catastrophique. On les oblige en fait à laisser tomber quelques barrières morales et à prendre l'argent qu'ils ont le droit de prendre en augmentant les frais d'inscription. Donc ça c'est une pression très directe, très très claire entre le ministère et les présidences d'universités. Les présidences d'universités chaque année vont voir le ministère, dire on a besoin d'un peu plus d'argent. Et le ministère dit d'accord, à condition que vous fassiez la moitié du chemin de votre côté et que vous preniez des frais d'inscription. C'est vrai aussi dans certaines formations d'ingénieur. qui pour l'instant était encore quasiment gratuite. Ça se fait grâce à une autre réforme qui date d'il y a un peu plus longtemps, de 2007, la réforme LRU d'autonomie des universités, qui est une réforme qui fait que, contrairement aux écoles et aux lycées, ou aux commissariats, les universités sont autonomes du point de vue budgétaire. Elles ont leur propre budget, et l'État leur donne une subvention, puis après, elles se débrouillent avec, notamment pour payer les salaires, mais aussi pour payer l'électricité, le chauffage, etc. et donc ça crée une situation où on peut avoir un déficit et c'est le cas pour toutes les universités l'année dernière et cette année toutes les universités sont en déficit donc ça a aucun rapport avec la gestion il ya des présidents qui ont des idées très bizarres qui veulent se faire construire un nouveau bâtiment qui portera leur nom plus tard mais c'est pas ça qui explique les déficits de toutes les universités c'est le fait qu'on a construit mécaniquement un déficit budgétaire et le ministère le savait très bien avec différentes réformes, différentes petites modifications que le ministère a prises et qui s'imposent aux universités. Un truc très simple et finalement très légitime, c'est que comme il y a eu de l'inflation, les salaires des fonctionnaires en général ont baissé, puisqu'on est payé autant d'euros, mais les euros valent moins. Et donc au bout d'un moment, l'État a décidé d'augmenter les fonctionnaires. Partout, comme il augmente les fonctionnaires, l'État paye plus les fonctionnaires. Les policiers, les profs des écoles, ils sont un peu plus payés. En euros, en fait, ça fait autant de valeur, mais en euros, ils sont un peu plus payés. Pas où les universités, puisque la subvention publique de l'université, elle reste la même. Donc l'université doit payer plus ses personnels, mais avec le même argent, ça fait un déficit. Il y a la même chose pour les retraites. Et donc, toutes les universités sont mécaniquement en déficit. Donc ça fait fonctionner les universités un peu comme des entreprises. Elles voient leurs charges qui s'accroissent, elles ont plus de dépenses et elles n'ont pas plus de moyens garantis, de subventions. Donc il faut trouver les moyens ailleurs, il faut trouver des sources de financement. C'est les frais d'inscription qui arrivent immédiatement. Une autre possibilité, un autre effet qu'on voit, c'est la première année que ça arrive aussi dramatiquement, c'est le nombre de places qui se réduit dans les universités. L'année dernière, pour la première fois, on s'est retrouvé avec plus de 100 000 bacheliers et bachelières qui n'ont pas eu de place sur Parcoursup. Et cette année, c'est passé à 125 000 bacheliers et bachelières qui, mi-juillet, n'avaient aucune proposition dans l'enseignement supérieur. 125 000, ça fait l'équivalent de 15 universités, 15 grosses universités en première année. Puis après, il faudra les garder en deuxième année, en troisième année, etc. Donc il manque 15 universités entières pour accueillir ces étudiants et ces étudiantes-là. Pour arriver à faire ça, pour reconstruire des universités dans des conditions financières décentes, pour avoir des étudiants et des étudiantes qui ont des conditions d'études décentes, mon syndicat qui est le SNESUP FSU a chiffré 8 milliards ce qui manque. 8 milliards, c'est exactement ce que l'État donne pour l'apprentissage, ce que Marine Le Pen aimerait avoir, mais qui est déjà fait. C'est exactement ça, c'est-à-dire basculer de l'argent du financement des universités vers le financement des entreprises qui prennent des apprentis et des formations privées qui vendent ces apprentissages, la partie formation de l'apprentissage. À côté de cet argent sur lequel je vais revenir, un autre effet très fort de ces dernières années, c'est de financer inégalement les universités. On va donner plus d'argent public à certaines universités qu'à d'autres, et aux surprises, c'est les universités qui ont le moins d'étudiants de classe populaire qui ont le plus d'argent public. Ça, c'est la logique de la mise en concurrence. On fait comme si le problème principal des universités, c'était la concurrence d'Harvard et des grandes universités aux Etats-Unis. Et donc, il faut un ou deux grands champions français pour aller se battre contre Harvard, contre Stanford, contre l'MIT et surtout contre les méchants de l'université chinoise qui arrivent. Et donc, il faut concentrer tout l'argent là. Donc ça, on pourrait... on pourrait facilement, sous un autre gouvernement, rétablir des financements équivalents pour tout le monde et donc améliorer très largement les conditions d'études de la majorité des étudiants et des étudiantes qui sont dans des universités qui ne sont pas en concurrence avec Harvard, qui sont dans des villes moyennes, qui sont dans des banlieues de grandes métropoles. Voilà, ça on peut le faire, on l'a déjà dit aussi, en supprimant Parcoursup et en permettant à chacun et à chacune de s'inscrire dans l'établissement de son choix. C'est tout à fait... c'est d'autant plus faisable que ça a été fait pendant incroyablement longtemps, ça c'est l'autre truc qu'il faut dire, c'est que depuis les années 60, on a multiplié par 8 le nombre d'étudiants et d'étudiantes, et on l'a fait sans parcours sup, sans sélection des étudiants, sans financement concentré dans quelques établissements, jusqu'aux années 2019, à l'arrivée d'Emmanuel Macron, on a réussi à faire ça. L'autre morceau de l'enseignement supérieur, où il y a eu plein de réformes qui vont vers la marchandisation un peu plus vite, c'est les grandes écoles. Pourquoi les grandes écoles, ça va plus vite que l'université ? Pour la même raison que Paris-Dauphine, parce que c'est des établissements où on a un public spécifique, on a un public d'origine plus favorisé et qui n'a pas de problème à payer quelques milliers d'euros. Au contraire, qui voit bien tout l'intérêt de donner un peu plus de moyens aux établissements de ces enfants et qui est content de créer plus d'écarts entre les établissements de ces enfants et les établissements du reste de la population. Donc on a une hausse qui a commencé toujours assez doucement. Sciences Po Paris, 4 000 euros à la fin des années 2000. Aujourd'hui, on est à plus de 15 000 euros par an et par étudiant. Et puis ça s'est généralisé dans les écoles d'ingénieurs, qui sont des écoles publiques. Dans les Sciences Po de province, les IEP de province, tout ça c'est autour de 6 000 euros. Et puis ça va se développer cette année. spécifiquement dans les formations d'ingénieurs universitaires qui sont des choses un peu entre les deux et qui avaient résisté plus longtemps que les autres. à la hausse des frais d'inscription. C'est le combat du collectif 1G sans frais qui se bat pour résister à la hausse des frais d'inscription. On voit bien que s'il y a des augmentations de frais dans ces secteurs qui sont un peu intermédiaires, après, pourquoi il n'y aurait pas des frais d'inscription en médecine ? Pourquoi il n'y aurait pas des frais d'inscription en droit s'il y en a en médecine ? Pourquoi il n'y en aurait pas en sciences s'il y en a dans les filières ingénieures des universités ? C'est ça la démarche générale. On avance par petits pas. Et nous, on doit résister à... chacune des attaques pour pas qu'on bascule dans un système directement marchand avec des frais d'inscription partout. Voilà, je dois terminer, c'est ça ? Ok, alors je ne reviens pas sur le système privé lucratif qui a été développé ailleurs. Juste un mot pour dire qu'on a encore aujourd'hui un système universitaire massif qui accueille 1,6 million d'étudiants et d'étudiantes, qui n'a jamais accueilli autant de femmes, autant d'enfants des classes populaires et qui est encore d'un niveau extrêmement bon puisque les personnels sont les mêmes partout au niveau national. Même si les financements sont concentrés dans quelques universités, les personnels sont de la même qualité absolument partout. Donc il n'est pas du tout trop tard pour reconstruire un système d'enseignement supérieur égalitaire et de très bonne qualité à une échelle tout à fait massive. Pour ça, il faut juste changer de politique et ça, vous savez comment faire.
Transcription automatique (Whisper + diarisation) — des erreurs d'attribution ou de transcription sont possibles. Vérifiez toujours avec la vidéo source horodatée.