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Sud Radio, le grand matin week-end, 7h10. Jean-François Kili. Il est 9h11, c'est le débat. Bonjour Alexia Germont.
Bonjour Jean-François, bonjour à
tous. Conseillère Horizon de Paris et fondatrice du Think Tank France Audacieuse. Et bonjour Nicolas Corato. Bonjour à tous, bonjour Alexia, bonjour Jean-François. Président fondateur du Think Tank Place de la République. Tous les deux vous allez débattre évidemment de ce qui se passe dans ce pays. Il y a eu la troisième mobilisation hier qui s'est terminée par des violences. Moi j'ai envie de vous poser une première question, je commence par vous Alexia. exagèrement après trois semaines de manif de violence. Il faut le rappeler, Emmanuel Macron peut-il encore reprendre la main ?
compliqué. Je pense que c'est quasi impossible en fait, parce qu'il devait y avoir une réponse politique, et la réponse politique doit arriver le plus tôt possible. Et aujourd'hui, ce qui me paraît très compliqué, c'est que personne... En dépit de... On voit bien quand on met un dispositif de force de sécurité extrêmement conséquent, on arrive à peu près à maintenir la possibilité de manifester, ce qui est très bien. Mais en revanche, on ne maîtrise pas les heures. qui sont de plus en plus forts en fin de manifestation. Et personne ne devrait se satisfaire de voir les images de ce membre de la gendarmerie nationale partir en flamme avec
un cocktail Molotov.
Donc, on est aujourd'hui dans une situation qui est très instable, si on parle franchement. très instable, et on ne voit pas de quelle façon Emmanuel Macron, qui est peu audible, c'est le moins qu'on puisse dire, arriverait lui à reprendre la main. Et après tout, je finirai par ça, il y a des élections présidentielles dans six mois, et remettons les règles du jeu au centre du débat.
Nicolas Corato.
On voit bien que, effectivement je suis d'accord, l'ordre ne peut pas tout, il faut une réponse politique. La question c'est celle que vous posez, est-ce qu'il y a encore une réponse politique possible par rapport à un mouvement qui devient protéiforme, peut-être toujours violent, mais surtout qui abonde sur plein d'autres sujets. Les étudiants ont embrayé, les salariés vont le faire le 5 novembre. Donc on voit vraiment que c'est les digues du macronisme qui sont en train de céder avec... Au-delà de l'incapacité institutionnelle, je pense, du président de la République ou du gouvernement de répondre, il y a aussi un problème de logiciel. Quelles sont les réponses politiques que peut apporter ce gouvernement en matière d'éducation ? En matière de demande sur l'environnement ? En matière de demande sur le pouvoir d'achat ? En matière de demande sur le logement ? On est complètement à court d'idées et de dispositifs politiques pour répondre. Parce qu'il est trop tard ? Mais je ne sais pas. La question, vous la posez aussi, c'est... On est en pleine campagne présidentielle, mais est-ce que cette campagne présidentielle, elle n'est pas... Tout simplement, il faut peut-être l'acter, suspendu par ce mouvement social. Et est-ce que ce n'est pas un problème politique majeur ? C'est une des premières fois, peut-être la première, sous la Ve République, où la campagne présidentielle coïncide avec un mouvement social aussi profond. Est-ce qu'on sera en capacité de tenir les élections présidentielles le 2 mai ? C'est un vrai sujet, non ?
Alexia Germont, campagne suspendue, dit Nicolas Corato. Je rappelle que votre patron, si je puis dire, Edouard Philippe, fait le 20h de TF1 ce soir pour essayer de peut-être recoller ce qui se passe. Suspendu, vous diriez, la campagne. Il y a eu ça un petit peu avec le Covid pour 2022 ? Oui,
de facto c'est suspendu, parce que là... La préoccupation première de nos concitoyens s'est rythmée par les manifestations du samedi ou du jeudi. Écoutez, toute personne qui hier était dans Paris a vu véritablement une ville se claquemurer. Vous avez l'ensemble des commerçants... qui maintenant installent de façon pérenne, si vous regardez, les protections de leur vitrine, en marquant « nous restons ouverts ». Vous aviez de la sécurité privée pour certaines entreprises qui avaient les moyens de le faire, qui a été mise en place par les commerçants. Regardez le baromètre de la chambre de commerce et d'industrie des entrepreneurs sur le mois d'octobre qui vient de sortir, avec une inquiétude majeure des entrepreneurs. et des commerçants, qui vraiment maintenant préemptent tout le débat autour des présidentielles, puisque c'était votre question initiale. Et j'aimerais revenir, pour rebondir sur ce que disait Nicolas Corato, très justement sur l'incapacité institutionnelle, finalement, du fait de cette... dissolution, qui a tout renversé. Aujourd'hui, vous avez un gouvernement, quelles que soient les qualités que chacun d'entre eux peut avoir, un gouvernement qui ne peut pas, qui n'est pas en capacité de répondre.
Nicolas Corato, vous allez répondre à l'accès à Germont là-dessus. Je voudrais vous faire écouter, parce que c'était un moment très fort, dès ce matin, il était 7h05, Alain Di Crescenzo, qui est à Toulouse, qui préside les chambres de commerce et d'industrie, CCI France, voici ce qu'il disait ce matin.
Le moral est au plus bas, je n'arrête pas de recevoir des messages, donc on a la râle brûle, je crois que c'est vous qui avez cité, on va mourir. Et puis il y a quelque chose qu'on ne voit pas encore, c'est que derrière tout ça, il va y avoir une casse sociale très importante, puisqu'effectivement, on commence à atteindre des dommages irréparables, et nous sommes excessivement inquiets pour ce qui va se passer le 5 et quid du week-end d'après, c'est-à-dire le week-end du 7.
Vous entendez ce qu'il dit Nicolas Corato, Alain Di Crescenzo, ras le bol, on va mourir. Et à un moment donné, il faut se poser la question, est-ce que manifester, c'est un droit constitutionnel, et c'est très légitime, est-ce qu'il n'y a pas une forme de responsabilité dans, on va dire, la fabrication d'un chaos aujourd'hui dans ce pays ? Est-ce qu'on peut se poser la question ou est-ce qu'elle est illégitime ?
Moi je ne dirais pas que la question est illégitime, je dirais qu'elle est inappropriée en l'état. Le sujet aujourd'hui qui manifeste, principalement des jeunes, des très jeunes, des lycéens, des étudiants, eux aussi ils ont peur de l'avenir. Ils manifestent pas pour instaurer le chaos, ils manifestent pour dire, avec des revendications qui sont très concrètes, pour dire on est très inquiet, on ne sait pas où vous nous emmenez, vous les adultes. Et ils invoquent notre responsabilité et notre autorité, et notre incapacité à trouver des solutions. Et ce qu'on voit en face de ce mouvement des jeunes, c'est l'incapacité et l'irresponsabilité des adultes qui ne trouvent pas de solution. Je prends un exemple. Est-ce que c'est compliqué de supprimer Parcoursup dès 2027 ? Est-ce que nous les adultes, on n'a pas la responsabilité et la capacité de le faire ? Et pourquoi nous ne le faisons pas ? On pourrait se poser la question, pourquoi est-ce que nous avons délégué nous à une machine, à un algorithme, la responsabilité, l'autorité de dire à des jeunes, voilà vous ferez telle ou telle étude supérieure ? Et pourquoi nous ne revenons pas vers ce désengagement de notre autorité, notre responsabilité ? qu'on n'aura pas réussi à trouver des réponses à ces questions qui sont très simples... et très basique, très concrète des jeunes, ce mouvement y continuera.
Alexa Germont, Nicolas Corato dit supprimer Parcoursup tout de suite pour donner une réponse concrète aux jeunes qui s'inquiètent.
Oui, mais en responsabilité, il faut trouver un système qui permette quand même d'accueillir nos jeunes.
Vous êtes défavorable à la suppression de Parcoursup ou pas ? Non,
sur Parcoursup, je pense que personne ne considère que ça fonctionne. Dès que vous posez la question autour de vous, il n'y a que des mécontents. Mais il faut néanmoins un système. Il faut néanmoins qu'on retrouve une capacité aussi d'accueil de nos jeunes. au sein des universités et qui permettent à chacun de trouver la voie qu'il veut. Mais si vous remplacez Parcoursup aujourd'hui, quel est le système que vous mettez en place ? Je voudrais juste rebondir sur une chose qu'a dit Nicolas en disant aujourd'hui c'est vraiment le mouvement des jeunes et on est incapable d'y répondre. Certes, mais je crois que vous l'avez dit aussi. juste avant, le mouvement désormais est protéiforme. Donc il n'y a pas que la colère des jeunes à laquelle on doit répondre. Il y a, et c'est d'ailleurs pour cela, qu'il y avait eu une réponse du gouvernement sur le prix de l'essence, au moment où Sébastien Lecornu s'est exprimé, il y a une quinzaine de jours, il a répondu au mouvement des jeunes par cette annonce sur le carburant. Ça montre bien aussi que c'était pour répondre. Pas qu'aux jeunes, c'était pour répondre à un mouvement social qui aujourd'hui est plus large. Vous avez ex-gilets jaunes, on continue d'appeler gilets jaunes, mais peut-être un peu différent, et c'est ça la difficulté. Mais
qu'est-ce qui se passe aujourd'hui Nicolas Corato pour suivre l'idée de l'exagèrement que ce pays ça déborde ? Tout est inaudible, il y a une forme d'expression façon gilets jaunes. D'il y a 8 ans, on dépasse les carburants et puis c'est l'expression du... D'un profond malaise.
C'est une fin de règne qui est difficile pour tout le monde, et pas simplement pour le président de la République. Il y avait une crise institutionnelle, aujourd'hui il y a une crise sociale, vous en parlez, il y aura peut-être dès aujourd'hui et demain, certainement une crise économique. Ça fait un cocktail explosif, pour ne pas reprendre une métaphore difficile. La question, et je la repose, est-ce que ce pays est en capacité d'organiser des élections présidentielles dans cette situation ? Est-ce que, comme vous le disiez, le climat permet un débat public apaisé ? Est-ce que nos forces de l'ordre vont pouvoir tenir semaine après semaine ? Et pendant combien de temps ? Et là aussi, ça n'est pas que la responsabilité des manifestants. Bien sûr, il y a une responsabilité individuelle des manifestants qui cassent, qui pillent, qui attaquent les forces de l'ordre. Il faut les réprimer, mais il y a une responsabilité politique. d'un gouvernement qui ne fait pas tout pour mettre fin à ce mouvement. Et c'est une obligation de résultat qu'a le gouvernement, pas de moyens. Il faut que le gouvernement arrive à trouver les solutions et les portes de sortie pour faire cesser ce mouvement.
C'est exactement ce que disait Rudi Mana, le délégué national des communications du syndicat Unsa Police, qu'on a entendu tout à l'heure. J'ai remis un extrait de ce qu'il nous disait ce matin avec beaucoup de force. Les forces de l'ordre n'en peuvent plus, Alexia Germont. Qu'est-ce qu'il faut faire ? Il faut avancer l'élection présidentielle ?
force de l'ordre n'en peuvent plus, il faut les remercier d'ailleurs de tenir de cette façon-là, parce que vraiment, sont très méritantes. Mais oui,
ça va mal finir.
Le vrai risque que nous avons, et on le sait tous, c'est qu'il y ait un dérapage à un moment d'un côté ou de l'autre, et que la France n'est pas en état aujourd'hui de supporter politiquement. Et sur l'ensemble des crises qui ont été mentionnées par Nicolas, institutionnelles, politiques, sociales... économique, moi je rajouterais une crise qui nous pend au bout du nez quand même, c'est la crise financière, celle qui est extérieure et qui risque de mettre tout le monde d'accord. C'est-à-dire que là, on ne jouera plus avec les mêmes règles du jeu. Donc il faut quand même prendre la mesure du précipice qui nous attend si on n'arrive pas à remettre. Dans notre pays, la première des libertés, c'est la liberté de pouvoir bouger en sécurité. Et ça aujourd'hui, quand vous parlez à l'ensemble de nos concitoyens, ils vous disent que lorsqu'il y a des manifestations, ce climat-là est un climat qui est d'insécurité, qui est insupportable.
Et puis il y a le climat politique, il nous reste trois minutes tous les deux. RN contre LFI, LFI contre RN, ce sont les sondages qui le disent pour la finale. souffre sur les braises de la colère et de la violence, Nicolas Corato, à vos yeux. Est-ce que les uns et les autres s'accusent dans le débat public
? Oui, moi j'entends aussi les uns et les autres être très prudents, je crois qu'il faut le reconnaître, sur leur déclaration publique depuis quelques semaines, quelques jours, ça a un peu changé, je trouve que le discours de Jean-Luc Mélenchon a changé en matière d'appel à la discipline. J'ai lu un appel à la discipline et... et au respect des consignes de sécurité de sa part, Marine Le Pen est assez taisante, mais surtout il faut reconnaître une chose, c'est qu'à part eux deux, qui a quelque chose à dire aujourd'hui ? Qui peut parler pendant ce mouvement social ? Qui a quelque chose à dire sur l'environnement ? Qui a quelque chose à dire sur le pouvoir d'achat ? Qui a quelque chose à dire sur le logement ? Qui a quelque chose à dire sur le prix de l'essence ? Parce que finalement, à part nous dire qu'on va réformer les retraites en 2027, moi je ne vois pas beaucoup d'autres projets de société qui émergent et qui sont audibles aujourd'hui. Les candidats ont
évidemment... des choses à dire aux Français. Le problème, c'est qu'aujourd'hui, c'est extrêmement difficile d'être audible, alors que la préoccupation des Français, c'est bien normal, est sur le quotidien et les prochains jours avec les manifestations. Mais évidemment que l'ensemble, et vous voyez, je ne suis pas partisane, l'ensemble des candidats, en fait... ont même plus que quelque chose à dire. Parce qu'aujourd'hui, je crois même que c'est une question de choix politique, d'organisation politique, qui se pose à nous avec les prochaines présidentielles. Quel type de démocratie voulons-nous ? Un, voulons-nous toujours une démocratie ? Deux, quel type de démocratie voulons-nous ? Et quelle orientation de... C'est même pas une orientation politique, c'est une orientation de société. Pardonnez-moi, mais moi quand j'entends Jean-Luc Mélenchon dire, alors aujourd'hui avec des discours effectivement plus cadrés, parce que la situation est bien plus difficile, enfin, qui a soufflé, vous voyez, je prends mon risque, qui a soufflé sur les braises ces derniers temps ? Évidemment, LFI a eu des discours à géométrie variable, avec la notion d'autorité qui était évidemment très attaquée. Quand j'entends aussi Jean-Luc Mélenchon avoir des propos sur la propriété privée par exemple, je suis très étonné sur l'attaque de la propriété privée, je suis très étonné que ça ne fasse pas plus réagir. Donc c'est pour ça que c'est une réflexion qui est offerte à nous en mai sur quel type de société voulons-nous.
Conclusion également Nicolas Corato ?
La conclusion c'est qu'il faut un candidat de la Concorde Civile. et que la concorde civile, c'est aussi la responsabilité du président de la République. Je crois qu'il est urgent qu'on revienne à un discours de concorde civile dans un pays qui se tend, qui se fracture, et qui devient violent physiquement, mais aussi culturellement. On ne peut pas s'enfermer dans cette culture de la violence, y compris dans cette culture de la violence du débat. Donc il est urgent qu'on nous ramène vers l'unité nationale et vers la concorde civile.
Et nous n'y sommes pas encore, vous êtes d'accord avec ça. Merci à tous les deux. Alexia Germont, conseillère Horizon de Paris, fondatrice du Think Tank France Audacieuse, Nicolas Corato, président fondateur du Think Tank Place de la République.
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