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Bonsoir Edouard Philippe. Merci beaucoup d'avoir accepté notre invitation. Christine Lagarde, est-ce que c'est une candidate potentielle ?
Elle est formidable Christine Lagarde. Je la connais bien, elle a une qualité qui à mes yeux compte peut-être au moins autant que les autres et même un peu plus, elle est avraise. Donc évidemment, j'ai de la tendresse pour elle et j'ai de l'admiration. Elle a une carrière exceptionnelle, elle a une hauteur de vue, un réseau international. C'est une femme absolument formidable. Vous ne m'entendrez jamais dire du mal de Christine Lagarde.
Mais est-ce qu'elle pourrait être une solution, votre solution, dans le cadre d'une primaire à votre place ? Mardi soir, Gabriel Attal a lancé un appel à une grande primaire des démocrates qui irait jusqu'à Bruno Rotaillot. Est-ce que vous êtes prêt à y participer pour sortir de cette situation ?
Écoutez, je n'ai... Je ne crois pas que cette primaire aura lieu. Je pense que cette primaire, c'est une primaire de la division et une primaire de la confusion. C'est une primaire de la division parce que le principe même d'une primaire, c'est d'appuyer sur les différences entre les candidats. Or, je pense que nous avons à créer du commun beaucoup plus qu'à appuyer sur nos divisions. Et puis, c'est une primaire de la confusion parce qu'elle rassemble des gens qui sont les continuateurs du macronisme pour M. Attal. et d'autres qui ouvrent la voie et qui tendent la main à l'union des droites. Elle se propose de rassembler des gens qui ne sont pas d'accord, qui ont d'ailleurs dit à plusieurs reprises qu'ils ne voulaient pas travailler les uns avec les autres. Je pense que tout ça n'a pas beaucoup de sens et que l'essentiel c'est de se dire que l'élection présidentielle a lieu l'année prochaine, au mois d'avril s'agissant du premier tour. que ceux qui ont des choses à proposer aux Français le fassent, ils sont tous légitimes, qu'ils puissent dire ce qu'ils proposent dans les domaines qui comptent aux yeux des Français, l'école, la santé, l'équilibre des comptes publics, la préservation des retraites, la capacité qu'on a à remettre l'ordre dans les comptes, et c'est essentiel car la crise financière a commencé, et dans la rue, la façon dont on transforme l'État, tous ces sujets qui sont essentiels et qui ont, je le crois, infiniment plus d'importance assez politicienne, assez conjoncturelle sur une primaire. Je
vais vous parler des électeurs.
Je vous l'ai dit clairement. Que vous n'iriez pas. Je pense que cette primaire n'aura pas lieu.
Les électeurs du centre et de la droite sont quand même nombreux aujourd'hui à se dire que vous êtes en train de vous phagocyter les uns et les autres, qu'aucun d'entre vous n'a de dynamique suffisante pour aller au second tour. Qu'est-ce que vous leur répondez ? Quand et comment on sort de cette situation qui est une impasse aujourd'hui ?
Que nous sommes début novembre. que le premier tour de l'élection est le 18 avril, que j'entends bien profiter des 4 à 5 mois qui commencent, qui s'ouvrent, la campagne, elle est là, pour dire ce que je propose aux Français, pour leur dire le chemin de vérité et d'effort. Et au mois de février, chacun prendra ses responsabilités. J'ai l'habitude de prendre les miennes. Au mois de février, on verra si les Français ont décidément envie de passer à autre chose. Eh bien écoutez, j'en tirerai les conséquences. Et je fais le pari que chacun des responsables politiques qui aujourd'hui s'interroge sur l'hypothèse de se déclarer candidat, car vous avez dit qu'il y avait beaucoup de candidats, je crois qu'il y en a d'autres qui arrivent. Chacun pourra dire, en conscience, s'il prend ses responsabilités au mois de février. Et moi, je prendrai les miennes.
La crise sociale et les violences qui en découlent sont venues percuter cette campagne. Comment apaiser les choses ? Est-ce qu'il faut augmenter le SMIC rapidement pour cesser cette violence, faire cesser cette violence ? Et vous, à l'Élysée, qu'est-ce que vous auriez fait
d'abord, il y a plusieurs choses. Il y a des revendications lycéennes. Elles se sont exprimées, parfois violemment, mais pas toujours, heureusement. Et elles sont à bien des égards fondées. Il faut les entendre, il faut les respecter et il faut les traiter. Le gouvernement qui est en fin de mandat, qui est empêtré dans une situation budgétaire qui est mauvaise. Je ne le crains pas faire grand chose, mais il a quand même fait un pas en proposant des améliorations qui étaient nécessaires de Parcoursup. Je pense qu'il faut saisir la main qui a été tendue par le gouvernement et qu'il est important que les lycéens puissent reprendre leur année scolaire. Je crois qu'il est important que leurs parents, qui n'ont pas du tout envie qu'ils ratent leur année scolaire, rappellent que dès lors qu'il y a eu revendications et qu'un des éléments de réponse ont été donnés. Il faut, je crois, retourner dans les classes et
ne pas gêner
les lycéens qui veulent étudier. Et sur la détresse sociale. Sur la détresse sociale, il y a dans notre pays un problème de décrochage économique collectif et de pouvoir d'achat individuel. L'argent ? À 5% de déficit, compte tenu de la situation de nos finances publiques, il ne tombera pas du ciel, il ne sera pas de l'argent magique. Donc moi je propose un discours de vérité. Nous devons remettre nos comptes en ordre et pour le faire, nous devons travailler un peu plus, faire en sorte que ce travail paye beaucoup les Français en matière de pouvoir d'achat. Et la réussite, ça passe par l'effort. Alors c'est peut-être un peu vieux jeu, c'est peut-être impopulaire parce qu'aujourd'hui, on a l'impression qu'il suffit de brûler la dette si on écoute M. Mélenchon. Mais dans les jours qui
viennent, Edouard Philippe, il faut éteindre cet incendie.
Non, mais attendez, il faut éteindre cet incendie. Éteindre cet incendie, ça veut dire quoi ? Moi, je pense qu'il faut dire la vérité aux Français. Augmenter le SMIC alors que l'économie française a un énorme problème de compétitivité, alors que la croissance est en berne, ça me paraît une solution. illusoire. Je pense qu'on peut au contraire, je ne suis pas sûr que le gouvernement peut le faire aujourd'hui, mais je suis assez certain que ça devrait être un enjeu de l'élection présidentielle, que l'on peut au contraire expliquer aux Français que si on travaille un petit peu plus, on peut défiscaliser, désocialiser la totalité de ces heures supplémentaires, travailler par l'ensemble des salariés d'une entreprise et avoir à la fin de l'année un demi-SMIC, voire un SMIC supplémentaire dans sa poche. Si nous voulons gagner plus, je crois que nous devons travailler plus. C'est une vieille formule. Mais je pense que c'est une formule juste et que les Français font de même. savent que c'est la bonne.
Edouard Philippe, la société française a été traumatisée par les violences du 17 octobre. Vous avez dit, suite à cette journée, la surreprésentation des jeunes issus de l'immigration parmi les émeutiers. Quelle conclusion en avez-vous tiré de ce constat ?
J'ai constaté que le modèle français, qui est très largement fondé sur l'intégration et une intégration républicaine, a produit des réussites exceptionnelles. Je le sais, je le vois tous les jours au Havre, des réussites exceptionnelles, souvent trop discrètes d'ailleurs. Mais qu'il me paraît constatable, évidemment constatable, que ce modèle d'intégration, il connaît des ratés, il connaît des imperfections, et que dans les images que nous avons vues des pillages, je ne parle pas des pillages, il y avait de fait un certain nombre... importants de jeunes français, sans doute, que je considère comme des français, issus de l'immigration, ce qui traduit un sujet qu'on doit regarder les yeux dans les yeux. Et on doit s'interroger sur comment est-ce qu'on fait nation pour ceux qui sont arrivés il y a une, deux ou trois générations et pour les autres. Or, nous voyons bien que ce lien national, cette union nationale, les Français, ils ont envie d'être unis. On voit bien qu'il y a des moments de fête que la nation, elle se rassemble. Mais on voit bien aussi qu'il y a des fractures sociales considérables dans notre pays et qu'on doit pouvoir faire en sorte, par l'école, par la croissance, par des institutions nouvelles, j'ai longuement parlé d'un service national obligatoire qui s'adressait aux jeunes, on doit faire revenir ce sentiment d'appartenance nationale sans quoi rien de grand ne se fera.
Merci beaucoup, Edouard Philippe, d'avoir répondu à nos questions. Merci. C'est ainsi que se termine ce journal.
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