Chargement...
Chargement...
John Christopher Roland, on l'entend en fait, les revendications, alors elles tournent autour de la vie chère, mais elles sont très larges aussi. Il y a le carburant, il y a finir les fins de mois, on entendait ce jeune d'outre-mer, on entend le climat, la lutte contre le racisme qui est revenue dans le débat. Malheureusement, le gouvernement ne va pas vous pouvoir contenter tout le monde.
Je vais sans doute ajouter une dernière crise, une crise qui vient d'être pointée. Il y a aussi une crise des énarques, en fait, parce qu'ils ont entendu tout réagir avec des tableaux de bord. Vous voyez, on a des casseurs, on a des pilleurs, etc. On n'a plus de police de proximité, d'humains. Peut-être que si on avait plus d'enseignants par classe et moins d'élèves, il y aurait moins cette envie d'avoir des baskets de marques. Et on leur aurait expliqué que c'était tout à fait superficiel. Le problème des tableaux de bord, c'est qu'ils recouvrent derrière de l'humain, de la vie, des gens qui ont des aspirations, de la démocratie aussi. Derrière tout ça, vous voyez, il parlait de carburant, les retraites, les revendications de lycéens. Tout ça, ils ont entendu gérer ça par des tableaux croisés dynamiques et en pensant que ça allait réduire la dépense, ramener l'équilibre. En réalité, ça a fait tout le contraire parce que les tableaux, ils ont ceci de déplaisant. C'est que ce sont des modèles qui finalement font fi de l'humain. Moi, je note surtout derrière les revendications. de la vie chère, les soins, il y a un monsieur qui a parlé des soins, tout ça.
– Des services publics. – Les services publics,
ils ont entendu gérer ça par la simplification, enfin beaucoup, beaucoup de bilvesés. Et à la fin, on se retrouve avec des gens qui, derrière les revendications, recherchent aussi un État, un État qui soit devant eux. – L'État
-providence qu'on connaissait en France ? –
Providence, pas forcément, je crois qu'il y a beaucoup de gens qui comprennent qu'on ne fabrique pas forcément de l'argent comme ça, quoique il y a sans doute des gens qui échappent à la bonne pression fiscale aussi, mais ça aussi il faudrait qu'on ait un débat. Et c'est ça en fait, d'ailleurs votre question m'amène au dernier point, c'est que normalement si on veut vraiment répondre, alors je ne dis pas qu'il faut mettre 10 milliards ici, 10 milliards là, mais si on veut vraiment avoir un débat budgétaire serein. même s'il est occulté aujourd'hui par les manifestations, il faut poser tous ces sujets sur la table. C'est un peu la demande, quel que soit votre corps professionnel, votre situation, même si vous êtes au chômage. On a besoin qu'on entende, finalement, un, quelles sont les revendications dans leur précision, et deux, quelles réponses on entend adopter en mettant de côté quelques temps la puissance de l'étau de la dette, la puissance de « il n'y a pas de gras, on ne peut rien faire », juste répondre avec un peu de sincérité et d'humanité. Et ça, malheureusement, vu le contexte, Je ne pense pas qu'on l'aura.
Michel Biberka.
– Oui,
alors, chacun en rajoute une ou une souris. – Oui, c'est trépuscule, Michel, c'est trépuscule. – Je suis conseiller municipal d'un petit village, Fontaine-de-Vaucluse, je vois la différence… entre ce qui se passe vu d'en bas et ce qui se passe vu d'en haut. Et donc je voudrais ajouter à ce qui vient d'être dit, je voudrais ajouter à la critique de la technocratie, la critique de la bureaucratie, et je dirais même du principe de précaution. On ne peut dans ce pays pas faire grand chose sans respecter un ensemble gigantesque de règles, de lois. Dans mon village, c'est anecdotique, je vais le dire en simplifiant, il fallait réouvrir un chemin, je simplifie, qui a existé dans le passé. Bon, si on suit les règles technobureaucratiques, alors il faut faire des études, la faune, la flore, la géologie, etc. Ensuite, enfin bref, il y en a pour deux ans. Si on dit aux paysans du coin, est-ce que tu veux bien venir avec, je ne sais pas, ton bulldozer est nettoyé, ça, il y en a pour 24 heures. Donc les gens voient ça aussi. Et donc on est un pays qui a le sentiment d'étouffer et d'être géré par des gens qui ne... qui ne voient pas. – Après
heureusement qu'il y a des normes quand même aussi, parce que sinon c'est un volo. – Ah mais attendez, mais oui, c'est ça le problème. – Là peut-être un peu trop. – C'est ça le
problème, et par conséquent, mais c'est, tout ça ouvre le chemin, là encore, à des gens qui disent avec nous, ce sera carré, ce sera clair, et par exemple, dans le programme du Rassemblement National, j'entendais dire l'autre jour, qu'il était question de supprimer l'intercommunalité, qui justement complique, mais apporte des solutions. – Même
financièrement, je veux dire qu'il y a beaucoup de communes qui… – Ils peuvent ouvrir des piscines parce qu'il y a ces budgets en commun.
– Donc l'énervement, parce que ce n'est pas seulement Paris, ni même les grandes villes, l'énervement dans ce pays, il vient aussi de ce sentiment d'étouffer… Sous ce que je dirais, non pas technocratique, mais technobureaucratique. Désolé pour les énarques.
Je vais rajouter de l'inquiétude à l'inquiétude. On trouvera un petit moment positif peut-être dans l'émission. On en
parlera à 10h.
Non, mais un mot quand même sur le fait qu'en fait, on a l'impression qu'on a un traitement de la part du gouvernement à géométrie variable en fonction des revendications des corps de métier qui se mobilisent ou d'une certaine frange de la population. Quand vous avez les agriculteurs, bien évidemment, ils ont souffert, ils souffrent toujours, ils ont souffert notamment à cause de cet été hors normes, les canicules, les méga-feux, la sécheresse inédite. Quand ils se mobilisent, en général, ils obtiennent quelque chose. Vous avez les buralistes, vous avez les chauffeurs de taxi, vous avez les pompiers, les policiers, ils ont obtenu des choses. Les lycéens... Les étudiants, les jeunes, on a l'impression qu'ils peuvent continuer à se mobiliser comme ça pendant deux mois, trois mois. Et en fait, ils obtiennent quelque chose à la marge comme ça. Parcoursup, on va voir peut-être que ça va être réformé en 2027. Et vous verrez, il n'y aura plus Parcoursup en 2028. Je rappelle qu'en 2027, ça sera un autre gouvernement qui sera en place, un autre ou une autre présidente. Donc c'est un petit peu des promesses qui sont difficilement tenables. Et puis remplacer Parcoursup par quoi ? On ne sait pas. Donc on a des promesses un peu en l'air comme ça. Les budgets qui sont débloqués. OK, si on rentre un peu dans le détail, 4 milliards d'euros pour les établissements scolaires, donc pour la rénovation des bâtis, c'est sous forme de prêts aux régions. Les régions vont devoir le rembourser. Et les régions sont ponctionnées systématiquement, financièrement, dans leur budget, y compris dans le prochain budget 2027. Donc en fait, ça ne tient pas vraiment. 1 milliard d'euros pour les universités, là c'est l'État. On souhaite qu'ils s'y tiennent, mais ce n'est pas sûr non plus. Je rappelle qu'il n'y a pas de majorité pour voter ce budget aussi. Donc voilà, il y a des promesses qui sont faites, mais qui sont des petites promesses et qui ne sont peut-être même pas tenables politiquement. Donc il y a ce problème-là, le traitement à géométrie variable, je trouve, des différentes colères. Et puis il y a aussi, si on parle du côté des policiers, ce maintien de l'ordre qui va être difficile à tenir si le mouvement perdure. Parce que franchement, 70 000 hommes mobilisés en rappelant des gens qui sont en congé, des gens qui doivent... Ça va être mobilisé sur d'autres événements, parce qu'en fait, la France n'arrête pas de tourner aussi. Il y a des concerts, des matchs de foot, il faut les sécuriser. Bientôt des meetings.
Bientôt
des meetings politiques. Comment vous tenez sur six mois comme ça ? On va poser la question à Jean-Marie
Godard, justement. Les forces de l'ordre, elles ne vont pas pouvoir tenir comme ça définiment ?
Bien sûr. En comptant les gendarmes et les policiers, on a 250 000 membres des forces de l'ordre en France. Quand vous mobilisez 70 000 effectifs sur des manifestations... – La police du quotidien, elle continue. À côté, le 17 police secours, ils continuent à intervenir. Il faut envoyer des patrouilles, il faut sécuriser des réunions. Il y aura aussi des meetings à sécuriser, des événements, des concerts à côté. Tout ne s'arrête pas. Mais je pense que l'organisation même du maintien de l'ordre, elle est très parlante par rapport à En Marche et à ce qui est un peu la base de ce mouvement et du macronisme qui en fait… Par rapport à toutes les autres familles politiques qui avaient des racines locales, qui ont une histoire dans le pays. C'est un mouvement tout nouveau qui n'a pas de racines et qui en plus vient quand même pas mal du monde de l'entreprise, de la start-up avec une vision très économique. Et on l'a vu sur tous les mouvements sociaux. C'est-à-dire que ce n'est pas dans leur ADN. La négociation, ils ne connaissent pas. Le maintien de l'ordre, on a eu l'impression, sauf les deux derniers samedis où on a remobilisé massivement les CRS et les gendarmes mobiles, qui sont quand même la base du maintien et du rétablissement de l'ordre en France, on a l'impression que c'est un peu du bricolage. Et puis, en fait, il n'y a pas vraiment de négociation. Ils sont obligés de céder parce qu'il y a effectivement un certain mouvement, comme les agriculteurs, qui arrivent vraiment à installer une épreuve de force. Mais on a un peu l'impression que... La communication politique et les éléments de langage ont remplacé la négociation, la vraie négociation sociale. Et ça, ça ne marche pas.
Michel Viverka et après, j'irai vous voir, Jean-Christophe Roland. Moi, ce qui m'interpelle quand même, c'est que quand on écoute ces manifestants, quand on écoute les revendications, finalement, la campagne présidentielle, on ne l'entend plus. En fait, ils n'en parlent pas. Ils n'interpellent même pas des candidats. Tout ça, c'est passé au second plan ? En fait, la classe politique, elle est passée au second plan ?
Écoutez, en dehors de Jean-Luc Mélenchon, il faut le dire, on ne l'entend pas. On n'entend pas la classe politique ? Elle est inaudible. Et je trouve ça assez...
Mais pourquoi ? Parce qu'elle ne sait pas où se positionner ?
Moi, je pense qu'elle est dans un tel état de décomposition qu'elle se prépare à... Comment dirais-je ? Elle se prépare à ce qui se passera dans six mois, à ne pas y être un acteur important. C'est ça qui me frappe. Je pense qu'une partie de la droite votera ou rejoindra, selon le niveau auquel on se situe, le Rassemblement national, après peut-être des législatives. Je pense que la gauche fera un score uni ou désuni, personne ne peut vraiment le dire. Je suis très insuffisant pour elle. Elle n'a pas d'avenir. Et je voudrais revenir un quart de seconde sur les lycéens et les étudiants et sur leurs revendications. Parce qu'elles sont au moins de deux ordres très différents. Si vous dites on veut des locaux chauffés l'hiver et climatiser l'été, des profs, etc. J'ai envie de dire que tout ça, c'est un certain niveau que des moyens économiques et financiers pourraient peut-être satisfaire. Ce qui n'est pas le cas, j'étais tout à fait convaincu par ce qui a été dit sur les régions en particulier. Bon, ça c'est une chose. Mais ce qu'ils nous disent, qui n'est peut-être pas... comment dirais-je, omniprésent, mais ils nous parlent d'autre chose. Ils nous parlent de leur avenir. À eux, c'est existentiel. Et ils nous parlent de leur avenir en termes de, on veut se construire, on veut exister. Et je dirais, on pourrait prolonger ça en disant, si on veut que notre pays lui-même existe, il faut que cette jeunesse puisse se construire et exister. Ce n'est pas la même chose que les agriculteurs qui disent, nous, on veut exister parce qu'on est menacé de disparaître. Ils disent, on n'existe pas et on veut avenir. Et par conséquent, ça appelle, et c'est pour ça que ce système politique est désolant, ça appelle une énorme réflexion collective sur quelles universités, quelles grandes écoles, qu'est-ce qu'on fait du privé, qui est très puissant aujourd'hui et très rentable apparemment. Qu'est-ce qu'on fait des jeunes qui seraient bien mieux ailleurs que dans des filières universitaires où ils vont perdre un an, deux ans à traîner sans diplôme pour ensuite être lâché. Il faut une réflexion très forte, très puissante, très organisée. Et je ne vois personne qui en prend l'initiative aujourd'hui. Et ça fait partie, je trouve, de ce qui est désolant point de vue célestin. Donc ne croyons pas qu'en leur donnant quelques milliards, on aura réglé les problèmes existentiels.
Transcription automatique (Whisper + diarisation) — des erreurs d'attribution ou de transcription sont possibles. Vérifiez toujours avec la vidéo source horodatée.