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J'ai rencontré Bruno Retailleau et j'ai voulu me plonger avec lui dans ses dossiers pour mieux comprendre son parcours et la construction de sa pensée politique. Depuis plusieurs années, je fais des portraits sur YouTube et à l'approche de la présidentielle 2027, j'ai décidé de recevoir les principaux candidats. Cette fierté française, moi j'y crois beaucoup. On a besoin de croire en nous, on a besoin du collectif. À 65 ans, Bruno Retailleau est le président des Républicains, le parti de la droite traditionnel en France. Il devient conseiller général de la Vendée à 27 ans avant de gravir. les échelons en exerçant une succession de mandats locaux et nationaux.
L'homme, la femme, il y a des fondamentaux et il y a des ruptures anthropologiques. Il peut y avoir un certain nombre de dérapages et de dérives. Sa ligne politique, c
'est libéral sur l'économie et conservateur sur les sujets de société. En 2024, Bruno Retailleau devient ministre de l'Intérieur sous la présidence d'Emmanuel Macron et aujourd'hui, il est candidat à l'élection présidentielle face à deux anciens premiers ministres de Macron, Edouard Philippe et Gabriel
Attal. J'ai sans doute été le ministre de l'Intérieur. le plus en opposition avec le président de la République. J'ai été un ministre de cohabitation.
Alors, quelle est son histoire et quel est son ADN politique ? Voici les dossiers de Bruno Retailleau.
Bruno Retailleau. Bonjour Rospard. Vous allez bien ? Très bien, et vous ? Oui, super. Vous faites vos cartons. Voilà, c'est ça.
Bruno Retailleau, on va plonger ensemble dans certaines archives ces moments marquants qui ont construit votre parcours, votre ADN politique. Mais peut-être d'abord pour celles et ceux qui ne vous connaîtraient pas encore, qui êtes-vous Bruno Retailleau ? Moi,
je suis un enfant de la ruralité. C'est-à-dire que j'habite dans une commune de 1600 habitants que je n'ai jamais quittée. J'habite la ferme que mon grand-père avait achetée avant la Deuxième Guerre mondiale. Donc, je suis un rural, je suis très enraciné. Et depuis très longtemps, je suis quelqu'un qui a voulu s'engager pour les autres. En fait, comme beaucoup d'élus de France, notamment municipaux, c'est mon parcours associatif qui m'a fait m'engager ensuite dans un parcours d'élus. Et je suis aujourd'hui... candidat à l'élection présidentielle.
Bruno Retailleau, vous êtes né en 1960. Vous l'avez dit, vous avez grandi en Vendée, là où votre famille est installée depuis des générations. Vous êtes un passionné d'équitation. Et ça, ça va vous mener, adolescent, à devenir cavalier bénévole au Puy-du-Fou, un parc qui met en scène l'histoire de la Vendée. Le projet est piloté par un certain Philippe de Villiers, qui vous repère. Et vous allez passer la première partie de votre vie à diriger bénévolement la Ciné-Sceni, qui est le spectacle nocturne fondateur du Puy-du-Fou. Sur cette première cassette qu'on a retrouvée, vous avez 25.
La grande réussite de Philippe de Villiers, c'est le Puy du Fou, un gigantesque spectacle de plein air.
Une représentation
de l'histoire qui lui a valu de sévères critiques à gauche. On lui reproche d'arranger les faits à sa manière, de raconter que les Vendéens formaient un front uni contre la République, mais le succès est là, un spectacle de très grande qualité technique et artistique, et un million de spectateurs en 8 ans.
on vous voit là sur l'archive en 1986, vous venez d'être diplômé de Sciences Po à Paris, section service public. C'est le même diplôme que bon nombre de présidents de la République, de hauts fonctionnaires d'État. Mais vous, vous faites le choix de retourner en Vendée. Pourquoi ? Je voulais
me destiner à l'époque à la carrière préfectora, je voulais faire l'ENA. J'avais terminé Sciences Po bien classé et en réalité, j'ai interrompu, je n'ai pas passé le concours de l'ENA, pas du tout. J'ai voulu revenir sur mes racines et participer à cette épopée. Alors, j'avais un travail salarié, j'étais à l'époque directeur adjoint d'Alouette FM, qui est une très belle radio. J'animais aussi une émission très jeune et bénévolement, j'étais metteur en scène de la ciné-cénie du Puy du Fou. Et ça a été pour moi une aventure extraordinaire. Qu'est-ce qui vous plaît là-dedans ? D'abord, c'est une sorte de réappropriation collective
d'une histoire effacée. Justement, l'Archive le 10, c'est une histoire qui est aussi... très controversé. Pourquoi est-ce que cette partie de l'histoire vous marque, vous donne envie
de la transmettre ? Non, parce que je suis vendéen. Vous savez, les grands historiens, par exemple, je parle de François Furet, Manausouf et d'autres, et ils ont reconnu d'ailleurs que la Vendée avait été, comment dirais-je, exterminée, alors même que les armées vendéennes étaient défaites. Les colonnes infernales de Thureau, en février 1994, arrive dans un pays dont les armées ont été défaites. Donc il faut se venger et on va massacrer une population. Bref, ça a été un moment de l'histoire de France qui fait partie de notre histoire. Je pense que c'est important de bien
revenir sur la controverse autour de l'histoire de la Vendée. On est en 1793, lorsque la République, qui vient de naître de la Révolution, est menacée par une coalition de monarchies européennes hostiles. Pour se défendre, la jeune République française décide alors d'enrôler 300 000 hommes dans son armée, qu'ils soient volontaires ou non. Mais en Vendée, région très catholique, la République s'est déjà mise à dos les paysans en s'en prenant à leurs prêtres. Alors, quand elle souhaite intégrer des Vendéens dans l'armée, ils se soulèvent et c'est le début de la guerre de Vendée. Les armées républicaines répriment violemment l'insurrection. Des villages sont détruits, des massacres sont commis. Environ 170 000 Vendéens vont mourir, jusqu'à un habitant sur quatre dans les zones insurgées. Et c'est cette histoire qui montrait au Puy du Fou sous le nom de « génocide vendéen ». Ce terme, c'est important de le dire, il est contesté par la grande majorité des historiens. Pour eux, les massacres sont incontestables, mais ils se déroulent dans le cadre d'une guerre civile. Et le débat devient politique en 2007, quand une proposition de loi portée par un député UMP de droite, donc, demande de reconnaître un génocide vendéen. Bon, finalement, cette proposition de loi sera rejetée. Vous le voyez comme un outil de bataille
culturelle, ce puits du fou ? Non, si, je pense que c'est important. Les racines, c'est fondamental. Regardez aujourd'hui les grandes nations, qui sont parfois aussi des empires, que ce soit la Chine, mais aussi la Russie. Toutes ces nations, tous ces peuples ont en commun, et bien d'autres, la volonté de cultiver leurs racines. Je pense qu'il y a une relation entre la profondeur de la mémoire et la capacité de projection dans l'avenir. Ce qui m'a beaucoup enthousiasmé dans le but du fou, c'est le côté aventure humaine. On découvrait tout. Personne ne m'avait formé. à la mise en scène. Il a fallu apprendre ce que pouvait donner un laser dans un spectacle, des jeux de lumière, le son. On manque de récits comme celui du Puy du Faux aujourd'hui ? En Occident, on est devenu très matérialiste. Les hommes et les femmes politiques pensent que les êtres humains, mais les peuples aussi, ne sont guidés que par les aspects matériels. Bien sûr qu'il faut du pouvoir d'achat, mais ça ne suffit pas. Si on veut relever les défis que la France... Nous avons devant nous l'IA et plein d'autres choses dans un monde menaçant, dangereux, où les empires se déchaînent contre les nations. Eh bien, si on veut demain relever ces défis, il faut croire en nous-mêmes. Cette fierté française, moi j'y crois beaucoup, on a besoin de croire en nous, on a besoin du
collectif. Vous grandissez dans une famille et un département profondément catholique. Elle occupe quelle place la religion dans votre quotidien aujourd'hui ?
Alors c'est drôle parce que ce n'est jamais moi qui en parle. Je vous entends souvent dire ça.
C'est vrai, les questions me sont toujours posées. Elle s'invite parfois dans votre action politique la religion ?
Non. Je pense qu'en 2014, vous êtes président du Conseil Général et vous vous battez jusqu'en appel pour maintenir une crèche dans le hall du Conseil
Général. Absolument. Mais ce n'est pas parce que j'étais fondamentalement catholique. Je pense que nous avons, nous, une racine, une marque de notre culture, de notre civilisation qui est judéo-chrétienne. Mais c'est vrai, je suis président du département. C'était la coutume d'installer une crèche. Un jour, le tribunal administratif nous donne tort. Donc on est allé en appel, on est allé au Conseil d'État, on a gagné. On a gagné parce que le Conseil d'État a reconnu que quand il y a des éléments festifs, traditionnels, etc., on pourrait parfaitement installer une crèche. Mais est-ce que ce combat
-là
a encore du sens dans
une
société française qui devient majoritairement athée ?
Je
pense que plus encore. Je pense que le problème de la société française, c'est un grand vide. On a besoin du religieux dans nos vies ? Pas nécessairement, mais on a besoin aussi de paysages intérieurs. Vous savez, tous les peuples, regardez l'Occident, cette angoisse occidentale plonge, je crois, ses racines et ses raisons dans cette culture du grand vide. Un homme a besoin justement d'une culture, on appartient à une civilisation qui nous définit, c'est notre identité. Vous savez, l'amnésie, perdre sa mémoire pour un individu, c'est une maladie. L'amnésie pour un peuple, c'est aussi une maladie. Et ce que je conteste, moi, c'est tout ce mouvement un peu wokiste où vous avez, notamment à gauche, des gens qui ne veulent plus parler, par exemple, des vacances de Pâques ou des vacances de Noël. Non, on a besoin de cette mémoire. On a besoin de cette civilisation judéo-chrétienne. Bruno
Retailleau, on va passer à une autre cassette. On est quelques années plus tard, en 1988. Vous avez désormais 27 ans. Votre relation avec Philippe de Villiers se renforce, qui devient avec les années une sorte de mentor pour vous. Et c'est lui qui vous met le pied à l'étrier de la politique. Vous êtes alors candidat aux élections cantonales à Mortagne-sur-Sèvres, en Vendée.
Bruno Retailleau, sans étiquette, se présente sous le sigle Union pour l'Avenir. C'est l'homme de Philippe de Villiers dont il est le suppléant depuis les législatives de juin dernier. Le conseil général doit
avoir un véritable comportement de chef d'entreprise. Le conseil général, ça n'est plus une sinecure, ça n'est plus non plus, je pense, un poste honorifique, c'est un service. Une fois qu'on est élu, on doit se souvenir, toujours chaque matin en se levant, qu'on l'a été parce que des gens vous ont fait confiance. Je crois que dans un canton, il faut gérer les affaires publiques comme... Comment gérer une entreprise
? Il faut gérer les affaires publiques comme on gère une entreprise. C'est un peu la start-up nation avant l'heure, ça, Bruno Retailleau ?
Non, mais il faut savoir qu'en Vendée, on est le département où vous avez le plus d'entreprises par le nombre d'habitants. C'est aussi le département où vous avez le plus de bénévoles, d'associations par nombre d'habitants. On est dans un pays qui bride l'initiative, qui bride l'audace, qui asphyxie nos entreprises. Et souvent, les chefs d'entreprise sont désignés comme des vachalais. Manon Aubry ou une autre de la France Insoumise qui a traité un certain nombre de chefs d'entreprise. français qui avait bien réussi de nuisibles. Elle parlait de milliardaires pour le coup. Ils sont milliardaires, ils ont réussi. Moi j'aimerais que tous les français puissent réussir, puissent créer des milliers, des dizaines de milliers, des centaines de milliers d'emplois. C'est ce qui permet à la France justement de tenir aussi debout. Mais quand vous dites il faut gérer les affaires
publiques comme on gère une entreprise, l'état répond à l'intérêt général, là où l'entreprise répond à la rentabilité, ça sert pas du tout le même. Bien sûr,
on a 6 millions. d'agents publics en France. On en a ajouté des centaines de milliers, plus d'un million depuis une vingtaine d'années. Est-ce que vous pensez que l'hôpital, les services publics, l'école, la justice vont mieux ? C'est une question d'organisation. Ce n'est pas qu'eux-mêmes des mérites. On a choisi d'avoir une fonction publique très nombreuse. qu'on paupérise. Parce qu'évidemment, il n'y a plus d'argent pour les payer. Donc on les a paupérisés. Donc je pense qu'on ne s'en tirera pas avec le déficit et la dette si on ne réduit pas le premier poste de l'État, qui est précisément la masse salariale. En plus, quand l'État embauche quelqu'un, il embauche pendant sa durée de temps active et la retraite pendant 70 ans. Donc il faudra changer les choses et ne pas remplacer tous les fonctionnaires qui vont partir à la retraite. D'autant que... Il y a l'intelligence artificielle. Il y a plusieurs études qui ont été faites, l'une par la Cour des comptes et d'autres par d'autres instituts, qui montrent qu'une part importante dans le quotidien d'un agent public pourrait être déléguée à peu près 30-40% de la tâche pour être déléguée à l'intelligence artificielle.
Mais moins d'États, moins de régulations, moins d'aides. Le problème, c'est que dans le même temps, les inégalités, elles explosent. Elles sont déjà à leur plus haut niveau depuis 30 ans. On vit de plus en plus, Bruno Rotario, dans une société d'héritier. La transmission représente aujourd'hui 60% du patrimoine des Français contre 35% au début des années 70. Dans la France, que vous voulez, on s'en sort comment ? On s'en sort en travaillant ou en héritant ? D
'abord, quand vous dites les inégalités, on est le pays le plus égalitaire quasiment du monde. Quasiment. Une note récente de l'INSEE montrait que les écarts de revenus en moyenne, c'est 1 à 18. Quand on comprend les aides monétaires... Ça réduit de 1 à 7. Alors, c'est vrai,
la France fait partie des pays qui redistribuent le plus. Pourtant, les écarts de richesse dans notre pays restent plus importants qu'en Belgique, aux Pays-Bas ou dans les pays nordiques. Et c'est pas tout. Depuis le début des années 2000, les inégalités repartent à la hausse. En 2024, elles atteignent même leur niveau le plus élevé depuis 30 ans. Alors, pourquoi ? D'abord, parce que la situation se polarise. Le niveau de vie des plus modestes recule, pendant que les plus aisés gagnent davantage. Et surtout parce que... Aujourd'hui, ce qui rapporte le plus, ce n'est plus le travail, c'est ce qu'on possède déjà, c'est le patrimoine et les revenus du capital. Par exemple, en 25 ans, les revenus liés aux actions d'entreprise ont été multipliés par 5.
Ce n'est pas en taxant toujours plus qu'on va avoir plus d'égalité et plus de création de richesse. La France est le pays, là encore, dans l'Occident, qui a le plus haut niveau de taxation. C'est le plus haut niveau de taxation. Et on est en train de s'appauvrir. La preuve, la moyenne du niveau de vie des Français est passée sous la moyenne européenne. Donc on voit bien que plus il y a d'impôts, plus on s'appauvrit. Et je pense que le problème, vous avez raison, c'est le travail qui ne peut pas assez. Il y a trop de différences entre le brut et le net. D'abord, on a développé beaucoup trop d'assistanat. Les Français qui se lèvent tôt le matin, ils n'en peuvent plus. Ils veulent que le travail paye plus. Moi, j'ai fait une proposition très simple. En acceptant de travailler 30 minutes de plus par jour, ce n'est pas beaucoup. Ça ne fait mourir personne. On pourrait quasiment donner jusqu'à un 14e mois, deux mois de plus sur le salaire net. Parce qu'après 36 heures, ce que je fais, moi, c'est que j'annule toutes les cotisations sociales. Quand on travaille un peu plus... on crée de l'activité, on crée de la richesse. Et cette richesse, ça nous permet de la répartir pour faire en sorte qu'on soit mieux soigné, pour faire en sorte qu'on soit mieux payé. Et vous qui êtes à la droite de la
droite, si on prend... Non, je suis la droite. Non, mais si on prend l'ancien président des Républicains, Éric Ciotti, lui, il décide de s'asseoir sur le cordon républicain et de tendre la main à Marine Le Pen, à Éric Zemmour, à une union des droites. Vous, vous n'avez jamais fait ça. Pourquoi ?
Moi, je porte un projet qui n'est pas du tout celui de Mme Le Pen. Mme Le Pen, pour moi, c'est une démagogue. Sur le plan économique, elle est à gauche. Sur le plan économique, elle veut la retraite à 60 ans et à 62 ans. Ça veut dire que votre génération aura des retraites de misère. J'avais proposé, moi, au Sénat, parce que je pense qu'une allocation, une aide sociale, ce n'est pas un dû. Et pour le RSA, je vais proposer qu'il y ait une contrepartie de 15 heures d'activité. Le RSA, c'est un revenu d'activité pour s'intégrer. Il n'y a pas mieux qu'une activité pour ensuite remettre le pied à l'étrier des gens pour le travail. 15 heures contrepartie. Elle a voté contre. Contre la réforme des retraites, contre la réforme de l'assurance chômage. Donc elle est pour une société d'assistanat. Sauf que c'est terminé. La fête est finie. Il n'y a plus d'argent dans les caisses. 3 500 milliards de dettes, c'est énorme. Ça ne dit rien aux gens. Ce qui peut leur dire quelque chose, c'est que dans deux ans... Le paiement des seuls intérêts, c'est-à-dire 100 milliards, ce sera plus que ce que rapporte l'impôt sur le revenu. On est au bord de la banqueroute. Et on peut avoir dans quelques semaines, dans quelques mois, une crise majeure, comme la Grèce. Et quand il y a une crise comme la Grèce, c'est les plus faibles. Ils ont touché une quinzaine de fois les retraites pour les faire baisser. Ils ont touché au salaire des fonctionnaires. Le pouvoir d'achat a baissé de 30%. Et moi, je veux éviter ça, mon pays. Je vous
propose qu'on passe à un autre dossier, à une autre cassette. Vous faites votre bonhomme de chemin et vous devenez député à 34 ans en 1994. Trois ans après, bien que vous restiez très discret encore dans les médias à cette époque, on vous retrouve sur France 3 et vous dites ça.
Une société multiculturelle avec la juxtaposition de blocs de population, ce sera forcément une société multiconflictuelle.
Dans l'histoire et dans le monde, dans la géographie, on a de multiples exemples de la Yougoslavie à Beyrouth. Les gens qui viennent, et notamment les migrations africaines,
ce sont des gens qui n'ont pas la même culture que nous. Ce sont des gens qui viennent non pas pour être français, mais souvent pour profiter des droits sociaux
français. Donc le problème est que ces gens ne souhaitent pas s'assimiler. Moi je suis pour le terme d'assimilation plutôt que pour le terme de l
'intégration. Pourquoi ? Parce que l'assimilation ça veut dire qu'on vous... On leur propose de devenir complètement français. C'est le droit à la ressemblance. L'intégration, on nous dit que c'est le droit à la différence. Ça ne peut pas marcher. Ça ne marche pas. On voit bien quand on parle du problème des banlieues, en fait, on dit banlieue pour ne pas dire immigration.
La France, pourtant, Bruno Retailleau, c'est un pays de brassage culturel. D'après l'INED, l'Institut National d'Études Démographiques, un tiers des Français de l'Hexagone, un tiers, ont un lien direct à l'immigration, surmontent deux générations seulement. Vous considérez que c'est trop ?
C'est un enregistrement de 94. Je reprends tous les mots. Il y a quelque chose qui a changé, brutalement, dans les dernières décennies. C'est une migration massive qui a fait qu'il y ait eu un basculement. Auparavant, la France... je pense, croyait suffisamment en elle-même pour se poser comme un exemple. Et en se posant comme un exemple, comme un modèle, on arrivait à assimiler, à intégrer. C'est-à-dire que beaucoup d'ailleurs de la première génération, il ne fallait pas parler arabe à la maison, il fallait parler français. Ils ont fait des efforts, première chose. Il s'est produit l'effet du nombre, de la quantité et de la ghettoïsation. C'est-à-dire que par le nombre, on a entassé dans des cités. des gens qui n'avaient pas notre culture, qui avaient la même culture. Et en vivant ensemble, en réalité, il y a eu une forme de séparatisme culturel. Et il y a un deuxième élément, un deuxième phénomène. On a l'immigration la plus concentrée géographiquement, sur l'ère, grosso modo, arabo-musulmane. Et dans les dernières décennies, il y a un islam politique qui a beaucoup travaillé les populations, qui les a... en quelque sorte radicalisé et qui a rendu l'écart, si j'ose dire, entre notre culture et la leur plus important. Mais
concrètement, si vous êtes demain à la tête de l'État, comment vous faites ? Parce que factuellement, une grande partie des personnes immigrées vivent effectivement en cité. Qu'est-ce que vous faites pour pouvoir amener de l'assimilation comme vous le proposez déjà en 1994 ? La première chose, c'est réduire le nombre.
Ils sont là, ces gens-là. Vous êtes partisan de la remigration ? Non, je ne suis pas partisan de la remigration. Ce que je dis, c'est que si on veut mieux assimiler, mieux intégrer, première chose, il faut arrêter cette immigration massive. Mais on a besoin de
cette immigration. Vous dites que l'immigration n'est pas une chance. Aujourd'hui, l'immigration a amené des choses formidables à la France. Et elle permet l'essor d'un tissu économique que, encore une fois... Je ne suis pas d'accord. Le MEDEF par exemple, ils veulent de l'immigration.
Ah mais ça les patrons ont toujours voulu, ça c'est sûr. C'est plutôt votre
camp politique ça
non ? Oui mais je sais leur dire, moi je ne veux pas d'une immigration qui ferait qu'on paye des petits salaires aux immigrés pour qu'il y ait une sorte de pression à la baisse des salaires en France. Moi je veux augmenter le pouvoir d'achat. Vous savez que le chômage, il frappe deux fois plus les étrangers que les français.
Donc il y a un problème. Sur la question des travailleurs immigrés, les projections sont claires. Dans les prochaines années, la France va manquer de main-d'œuvre pour de nombreux métiers, souvent manuels. Avec l'arrivée à la retraite de générations nombreuses, la population en âge de travailler est destinée à baisser dès 2036. Et selon une étude reprise par le MEDEF, qui est la principale organisation patronale française, il faudrait 3,9 millions de salariés étrangers supplémentaires d'ici 2050 pour compenser. Et puis en France, l'immigration de travail n'est pas nouvelle. Au siècle dernier, la France va chercher de la main-d'œuvre à l'étranger par vagues successives. D'abord en Europe du Sud, en Italie, en Espagne, au Portugal, puis au Maghreb, en Algérie, au Maroc, en Tunisie, mais aussi en Afrique de l'Ouest, au Mali et au Sénégal notamment. Tout ça pour se reconstruire après les deux guerres mondiales et faire tourner les usines. Mais en 1974, la crise économique met un coup d'arrêt à l'immigration de travail et l'immigration familiale. prend davantage de place. Aujourd'hui, l'immigration économique est minoritaire. Elle représente 13,5% des premiers titres de séjour. Devant elle, on trouve proportionnellement plus de titres de séjour délivrés aux étudiants, pour motif familial ou encore pour raison humanitaire. Et face à cette réalité, trois visions politiques s'opposent aujourd'hui. D'abord, il y a ceux qui souhaitent réduire l'immigration, quelle qu'en soit la nature. C'est la position de l'extrême droite et de la droite conservatrice, et c'est là que se situe Bruno Retailleau. Ensuite, il y a ceux qui souhaitent privilégier... l'immigration de travail. Ici, on retrouve plutôt le centre et la droite libérale en phase avec le MEDEF. Et enfin, il y a tous ceux qui souhaitent défendre une immigration qui ne se justifie pas uniquement par les besoins économiques, une position politique plus souvent portée à gauche. Vous parlez d'assimilation dans l'extrait plutôt que l'intégration. Elle s'arrête où exactement cette assimilation ?
Ce que je veux, c'est le modèle républicain. C'est un modèle où on peut être français, quelle que soit la religion. quelle que soit la condition sociale, quelle que soit la couleur de peau, à condition d'aimer la France. Et pour moi, c'est ça, c'est adopter nos valeurs françaises. On peut parfaitement, dans le privé, cultiver une particularité, qu'ils entretiennent des racines culturelles, etc. C'est normal, confessionnel aussi. Mais dans l'espace public, encore une fois, il y a un commun. Moi, je veux préserver le commun et je crois que l'école aussi. Quand
vous avez toutes sortes de petites phrases comme plus de sport, abat le voile, est-ce que vous n'avez pas le sentiment de détruire un peu plus la cohésion nationale ? Non, c
'était vive le sport,
abat le voile.
Parce que le sport c'est ce lieu, c'est cette grammaire universelle où on peut communier quelles que soient les origines et quelles que soient les religions ou les croyances. Vive le sport et donc abat le voile bien sûr. Il y avait à l'époque un débat qui était de savoir si on autorisait c'est le voile dans les compétitions sportives. Mais vous vous rendez compte qu'il y a plein de jeunes musulmanes à ce moment-là qui se disent « mais en fait ce pays ne veut pas de moi ».
Nous,
on veut un cadre commun. Le sport, c'est un langage universel. Quelle que soit votre couleur de peau, votre religion, vous voulez participer à une compétition sportive. Dans cette compétition sportive, c'est un sanctuaire. Donc les signes ostentatoires, religieux, syndicaux ou politiques n 'ont pas leur
place. Vous êtes opposé, je crois récemment, au nouveau projet de Marine Le Pen d'interdire le port du voile dans l'espace public. Pourquoi ?
C'est typiquement, mais alors vraiment typiquement... une idée démagogique. C'est-à-dire, c'est un signe qu'on envoie à l'électorat, dont on sait d'ailleurs que cette promesse ne sera pas tenue. Moi, je veux tenir un langage de vérité. Pourquoi ? Vous imaginez cette police du vêtement dans la rue ? Comment vous faites la différence ? Dans la rue, je ne dis pas dans une administration. Dans la rue, entre une femme qui va porter un voile islamique et une femme qui a eu un cancer, qui porte un voile. Ça ne se fera pas. Les policiers, croyez-moi, et les gendarmes, ils ont autre chose à faire. Autre chose, en plus, c'est l'espace public. On ne va pas interdire les cornettes, on ne va pas interdire les kippas. Je pense que c'est une mauvaise solution. Et elle le sait elle-même. Elle ne le mettra pas en application. Donc, encore une fois, c'est un mensonge. C'est de la démagogie.
Bruno Retailleux, je vous propose qu'on avance un peu dans le temps. Après avoir été député, vous restez ancré en Vendée, vous en devenez sénateur en 2004. Puis, près de dix ans plus tard, en 2013, vous avez 52 ans. Le mariage pour les personnes de même sexe est en train d'être débattu en France. Vous y êtes opposé, comme la majorité de l'UMP, votre nouvelle famille politique, alors. Et vous dites ça.
ne voulons pas d'un texte qui cache... Un projet de destruction de la société, une loi ordinaire, une simple loi ordinaire, ne peut pas tout détricoter, elle ne peut pas abolir la nature. Un homme ne sera jamais une mère comme un autre, une femme ne sera jamais un père comme une autre.
prise de parole du sénateur Retailleau, elle arrive en 2013 en plein débat autour du projet de loi qui était une promesse de campagne du président socialiste François Hollande, l'ouverture du mariage et de l'adoption aux couples de même sexe.
L'égalité de tous les couples. L'égalité de toutes les familles.
Très vite, le débat dépasse le Parlement et engage toute la société française. D'un côté, les progressistes défendent l'égalité des droits pour les couples de même sexe, même mariage, même droit, et donc la possibilité d'adopter. l'autre, les opposants, plus conservateurs, défendent une conception traditionnelle du mariage et s'inquiètent des conséquences sur la filiation.
En
fait, certains redoutent surtout que le texte ouvre la voie à deux autres réformes, la PMA, c'est-à-dire la procréation médicalement assistée pour les couples de femmes, et la GPA, donc la gestation pour autrui, autrement dit, le recours à une mère porteuse. Certains opposants y voient une dérive vers la possible marchandisation du corps des femmes. Bon, mais c'est quand même important de rappeler que ni la PMA ni la GPA ne figuraient dans le projet de loi présenté par le gouvernement socialiste. Dans la rue, la Manif pour tous, le mouvement d'opposition au projet, mobilise des centaines de milliers de personnes. Le climat devient extrêmement tendu entre insultes homophobes, menaces contre des élus, dégradations et affrontements.
L'Assemblée nationale a adopté le projet de loi ouvrant le mariage aux couples de personnes de même sexe.
Finalement, le texte est adopté le 23 avril 2013 et validé par le Conseil constitutionnel. La loi est promulguée par le président Hollande le 17 mai de la même année. 13 ans plus tard, des dizaines de milliers de couples de même sexe se sont mariés en France, plus de 85 000. Est-ce que ces 85 000 mariages homosexuels ont détruit la société comme vous le craignez à l'époque
Non, ma crainte qui pourrait peut-être se réaliser quand on voit par exemple la progression de la gestation, la GPA, la gestation pour autrui. Mais là, ce n'est pas la GPA. Non, je suis d'accord. On parlait du mariage pour tous. C'est vrai, sauf que dans les lois sociétales... elles ont quelque chose de commun. La loi a été adoptée, je connais des gens qui se sont mariés depuis, ça ne me pose pas de problème si j'ose dire. Et je ne reviendrai pas d'ailleurs, je l'ai dit, je ferai un moratoire, c'est-à-dire que je ne reviendrai pas sur toutes les lois sociétales qui ont été votées. Quand on retrace un peu votre
parcours, ces 20 dernières années, on réalise qu'en fait vous vous opposez à beaucoup d'avancées sociétales. Vous êtes conservateur, vous le dites vous-même. Le mariage pour tous, l'inscription de l'IVG dans la Constitution, l'aide à mourir pour les personnes atteintes de maladies incurables, que vous qualifiez encore récemment de loi d'abandon. Est-ce que ce n'est pas le lot finalement des conservateurs, à un moment donné, de s'opposer presque par nature au progrès sociétal et 15 ans après de dire « ah oui, finalement, ça s'est bien passé ».
Non, non, non. D'abord, ce que je veux vous dire, c'est que quand on a une conviction, on l'exprime. Et on sait que ce n'est pas populaire. Ce n'est pas pour ne rien bouger. Simplement, l'homme, la femme, il y a des fondamentaux et il y a des ruptures anthropologiques. Et je pense qu'il peut y avoir des travers, il peut y avoir un certain nombre de dérapages et de dérives. Mais il y a deux écueils. Et je me situe justement au milieu de ces deux écueils. L'écueil, c'est le passéisme. C'est la tréac, par exemple. C'est-à-dire, avant, c'était forcément mieux. Et puis, il y a l'autre écueil, c'est d'être progressiste, en disant, demain, ça sera forcément mieux qu'aujourd'hui. L'un et l'autre sont stupides. Donc, avant, c'était pas mieux. Non, mais il y a des choses... Ce que je veux, moi, c'est garder ce qui marche, ce qui fonctionne, conserver ce qui vaut, et réformer ce qu'il faut. Voilà. Non, non, je ne suis pas du tout figé dans le passé. C'est très mal me connaître.
2014, vous devenez président de votre groupe au Sénat et donc chef de file de l'opposition au président socialiste François Hollande. En 2017, vous avez 56 ans, Emmanuel Macron lui succède à l'Élysée et vous restez dans l'opposition à celui que vous considérez comme son héritier, avec des mots qui ne sont pas toujours très tendres envers Emmanuel Macron.
C'est une candidature socialiste, c'est une candidature, c'est l'ombre portée d'ailleurs de François Hollande. Il est François Hollande son héritier, il est son ombre portée. Parce qu'Emmanuel Macron a une caractéristique. C'est qu'il va toujours dans le sens du vent. Aujourd'hui, il a bien vu que M. Mélenchon, avec Knup, montait en puissance. Et donc, il fait des clins d'œil très appuyés. Il y a chez Emmanuel Macron le meilleur et le pire, je le pense. Une intelligence hors du commun, mais un égo qui est aussi... Absolument hors du commun.
Et en septembre 2024, vous avez 63 ans et à la surprise générale, il se passe ça.
En cet instant, à la fois solennel et bien sûr émouvant, je mesure l'honneur qui m'est fait de pouvoir servir la République à la tête de ce grand ministère républicain. Et vous me permettrez évidemment de remercier ceux qui en sont à l'origine, le Premier ministre Michel Barnier. Et le président de la République. Qu'est-ce qui se passe ? Pourquoi ? Je rentre au gouvernement pour faire barrage à la gauche de Jean-Luc Mélenchon. Et celui qui me choisit, ce n'est pas le président de la République. Le président de la République, je le cite tout simplement parce qu'il doit signer le décret. Et celui qui me choisit, c'est Michel Barnier. Donc un, si je rentre au gouvernement, c'est parce que je considère que quand on est patriote, on doit retrousser les manches. Je sais que ce sera difficile. Mais sinon, si la droite avait dit non, c'est la gauche mélanchonisée qui prenait le pouvoir. Il n'en était absolument pas question. Deuxième chose, j'ai sans doute été le ministre de l'Intérieur le plus en opposition avec le président de la République. J'ai été un ministre de cohabitation.
Sur plein de choses. Vous rejoignez un gouvernement libéral qui a interdit la BAYA, qui a fait adopter une loi immigration pour faciliter les expulsions d'étrangers délinquants. C'est plus une colloque entre amis qu'une cohabitation, non ? Pas du tout, non. On
n'a pas du tout le même logiciel. Qu'est-ce qui différencie le gouvernement de l'époque et votre position ? La politique est choquée quand je dis que l'immigration n'est pas une chance. Il est regardé avec l'Algérie. Il n'arrivait pas à assumer un rapport de force avec l'Algérie. Alors que les Algériens, les services secrets tentaient de kidnapper des gens sur le territoire. Donc j'ai été un ministre de cohabitation. Sur la Corse, je me souviens avoir fait une sortie en conseil des ministres fracassante. Jamais un ministre de l'Intérieur n'avait eu telle distance vis-à-vis du président de la République. 'étais un ministre de cohabitation. Ouais,
parce qu'en 14 mois Place Beauvau, Bruno Retailleau aura passé une bonne partie de son temps à s'opposer au président Macron. Sur la question algérienne d'abord. Bruno Retailleau dénonce avec fracas l'accord de 1968 qui accorde aux Algériens un régime particulier pour s'installer et travailler en France et défend un rapport de force avec Alger. Son passage au ministère de l'Intérieur coïncide avec une forte dégradation des relations entre Paris et Alger. Le président Emmanuel Macron, lui, privilégie la voie... diplomatique. Il reproche à ceux qui veulent se fâcher avec l'Algérie d'être, je cite, des maboules. Une pique interprétée par beaucoup comme visant directement son ministre de l'Intérieur. Lors de votre prise de fonction, vous annoncez trois priorités. L'ordre, l'ordre, l'ordre. Vous promettez une grande loi sur l'immigration qui ne verra jamais le jour. Vous promettez d'augmenter aussi considérablement le nombre d'expulsions de QTF. Sauf que dans les faits, l'explosion des renvois que vous aviez promises ne s'est pas produite. Qu'est-ce qui fait dire à votre électorat que ce que vous n'avez pas pu faire pendant un an à Beauvau, vous le ferez une
fois au pouvoir ? Bien sûr, on n'a pas pu faire voter de loi, puisque l'Assemblée nationale, il n'y avait pas de majorité sur un texte sur l'immigration.
Mais c'est le
reflet du pays, donc
probablement que la composition de
l'Assemblée nationale sera la même si demain vous êtes au pouvoir. Je suis sûr que non. Je propose une vraie rupture. Je dis aux Français, c'est vous. C'est vous qui avez été pour l'instant interdit de choisir la politique migratoire, qui voterez, qui choisirez votre politique migratoire parce que je vous ouvrirai la possibilité de le faire avec un référendum. C'est ça le projet de rupture que je porte. Parce que le droit de l'immigration n'a pas été construit dans sa totalité et même dans sa majorité par le vote de député des représentants du peuple. Il a été construit par des jurisprudences des juges.
Je
crois
qu'il faut s'arrêter sur cette phrase, parce que c'est l'une de ses positions les plus controversées. Bruno Retailleau accuse les juges de prendre trop de place dans la décision politique. Alors concrètement, de quoi il parle ? En fait, quand le Parlement vote une loi, le Conseil constitutionnel peut la retoquer, la censurer en tout ou partie, s'il estime qu'elle ne respecte pas la Constitution, c'est-à-dire la loi suprême du pays. C'est arrivé récemment à la loi immigration de 2024, largement censurée. Et pour Bruno Retailleau, c'est bien là le problème. Pour lui... des juges non élus bloquent ce que des députés élus ont voté. Aux yeux de Bruno Retailleau, la souveraineté véritable appartient au peuple. Si une majorité de Français souhaite changer les règles sur l'immigration ou la justice pénale, alors les juges ne doivent pas pouvoir l'en empêcher. En 2024, Retailleau va plus loin et s'attaque à l'État de droit, c'est-à-dire l'idée que le pouvoir politique, même élu, reste soumis à des règles supérieures comme la Constitution. Dans une interview, il indique que l'état de droit n'est ni intangible ni sacré, une formule qui fait fortement polémique. Alors, face à ce constat, Rotaillot propose une réforme constitutionnelle, qu'il appelle la mère de toutes les batailles, avec deux axes. Premièrement, quand le Conseil constitutionnel retoque une loi, le président de la République pourrait demander aux Français de trancher par référendum. Et si le peuple vote pour, alors la loi s'appliquerait quand même. C'est ce que Bruno Retailleau appelle « censurer la censure ». Et deuxièmement, il veut élargir le champ du référendum, qui aujourd'hui ne permet pas de consulter directement les Français sur certains sujets comme l'immigration ou la justice pénale. Pour finir, je vous propose qu'on parte à l'étranger. J'aimerais vous montrer une archive de 2024. Vous avez 63 ans toujours. Et un certain Donald Trump est en campagne pour sa réélection à la Maison-Blanche. Et lors d'un meeting face à ses soutiens, il dit ça à propos de l'OTAN.
Si nous n'avons pas payé, vous allez nous protéger ? Je lui ai dit, absolument pas. Ils ne pouvaient pas croire l' réponse. Ils m'ont demandé cette question. Un des présidents d'un grand pays s'est dit, « Si nous n'avons pas payé et nous sommes attaqués par la Russie, vous allez nous protéger ? » Je lui ai dit, « Vous n'aviez pas payé ? Vous êtes délinquant ? » Il lui a dit, « Oui, on va dire que ça s'est passé. Non, je ne vous protégerai pas. En fait, je vous encourage les faire ce qu'ils veulent. Vous devez payer. Vous devez payer vos billes.
une période historique multilatérale de dialogue international, on revient à des oppositions entre puissances majeures avec d'un côté les Etats-Unis, de l'autre la Russie, la Chine. Comment est-ce que vous faites exister la puissance française et européenne face aux puissances étrangères ?
Ça tombe bien parce que les racines de ma famille politique, ce sont les racines gaullistes. Deux superbes films, j'espère que vous les avez vus d'ailleurs. Pas encore, je vais faire ce soir. Vous les voyez comment, c'est pas possible. Antonin Baudry, vraiment c'est exceptionnel. gaullisme c'est quoi ? Le gaullisme c'est de dire, bien sûr les Américains sont nos alliés, mais on n'est pas leurs vassaux. Méfions-nous. Ce que eux feront pour nous, c'est certainement pas toujours notre intérêt, c'est-à-dire qu'il faut d'abord qu'on puisse être suffisamment puissant, autonome, souverain. Et il disait, la souveraineté, ça commence chez soi. C'est-à-dire que quand on a une dette astronomique, on perd de la force, c'est-à-dire la voix ne porte plus dans le monde. Quand on n'arrive plus à être entendu à Roubaix, à Tourcoing, à Marseille, à Paris, comment voulez-vous qu'on soit entendu à Washington et ailleurs ? Politique internationale, politique nationale, c'est la même chose. Mais justement, on a, nous en France, une politique nucléaire, donc une arme nucléaire souveraine. On a une armée, une armée complète, un peu bonsaï. mais une armée complète. Et il faut qu'avec le réveil de l'Europe, on puisse construire une défense qui soit beaucoup plus européenne, sans abandonner d'ailleurs notre propre souveraineté.
Alors là, petite pause, on l'entend tout le temps, beaucoup s'en revendiquent, mais le gaullisme, concrètement, ça veut dire quoi ? En fait, il n'existe pas de doctrine gaulliste consignée dans un manuel, mais quelques grands principes reviennent souvent. D'abord, ce dont parle Bruno Retailleau, la souveraineté et l'indépendance nationale. L'idée en fait que la France doit pouvoir décider par elle-même, sans dépendre d'une autre puissance. C'est pour ça que le général de Gaulle développe l'arme nucléaire française, pour garantir l'indépendance stratégique du pays, et c'est ce qui permet à la France de prendre ses distances avec les États-Unis pendant la guerre froide, tout en restant dans le camp occidental. Deuxième pilier, un État fort, incarné par un président élu directement par les Français à partir de 1962, et qui se place au-dessus des partis. Une rupture nette. avec la 4ème République, où le Parlement faisait et défaisait les gouvernements, qui duraient en moyenne 7 mois. Troisième principe, un État stratège, qui intervient pour moderniser et industrialiser le pays. L'État français planifie et soutient de grands projets technologiques, et ça, ça a donné le Concorde ou le nucléaire, par exemple. Et enfin, le gaullisme social, sans doute le principe dont on parle le moins. Le général de Gaulle veut associer les travailleurs à la vie et aux résultats de leur entreprise. C'est ce qu'il appelait la participation. Le gaullisme, c'est un héritage assez large, donc, pour que chacun y pioche un peu ce qu'il arrange et s'en réclame sans risque. Quand on parle de crise internationale, il y a bien sûr aussi la crise écologique. J'aimerais comprendre c'est quoi votre grille de lecture sur l'écologie. Il faut réduire nos émissions de gaz à effet de serre ou simplement s'adapter aux changements climatiques ? telle qu'il est aujourd'hui ?
il faut faire les deux, il faut s'adapter et assumer la transition, c'est réduire les gaz à effet de serre. Mais vous savez que les gaz à effet de serre, il y en a plus de 50% qui arrivent par les importations. Donc produire chez nous, en réindustrialisant, en confortant notre modèle agricole. c'est déjà une œuvre écologique. Ça permet de moins importer, parce que quand on importe du bout du monde, on a une empreinte carbone qui est détestable. Ensuite, il faut avoir une écologie pragmatique. Il ne faut surtout pas laisser l'écologie aux écologistes, c'est une affaire beaucoup trop sérieuse. Et il faut éloigner l'idéologie. Je prends un exemple, le nucléaire. On a l'électricité la plus décarbonée du monde, 95% grâce au nucléaire. Et bien précisément, ces gens-là... ont failli fragiliser, casser notre filière nucléaire. Et Emmanuel Macron, pardon, leur a donné un coup de main quand il a fermé Fessenheim. Le nucléaire, ça ne résout pas l'effondrement de
la
biodiversité, l
'assagement des
navres phréatiques, la bétonisation ? Bien sûr que non. Comment est-ce qu'on agit là-dessus ? On agit concrètement. Moi, je suis pour une écologie très pragmatique, très enracinée. Je vais vous donner des exemples. J'ai porté, moi, pendant 10 ans, j'ai réussi à intégrer dans le code civil, dans le droit de la réparation, le préjudice écologique. Parce que j'avais été frappé, marqué par la marie noire de l'ERICA et j'avais vu que des sociétés s'étaient cachées avec des sociétés écrans qui les avaient exonérées de responsabilité. C'est moi qui l'ai fait.
L'ERICA, c'est un pétrolier qui a fait naufrage au large de la Bretagne en 1999 et qui a déversé près de 20 000 tonnes de fioul. Treize ans plus tard, au terme du procès, la justice reconnaît une notion nouvelle, le préjudice écologique. Il devient alors possible d'indemniser les dommages causés à la nature elle-même sans devoir attester d'un préjudice sur l'être humain ou sur le patrimoine. Bruno Retailleau veut alors inscrire ce principe dans la loi. Il porte la proposition au Sénat qu'il adopte à l'unanimité en 2013. Et ce préjudice écologique entre finalement dans le code civil en 2016. Aujourd'hui, le candidat Retailleau défend ce qu'il appelle une écologie du réel, centré sur le progrès technologique et surtout sur le nucléaire. Il dénonce notamment la fermeture de la centrale de Fessenheim. En 2020, sous Macron, le gouvernement va au bout d'une décision prise sous Hollande, qui visait à réduire la part du nucléaire dans l'électricité française. La centrale de Fessenheim était la plus ancienne du parc nucléaire, et la prolongée demandait de lourds investissements. Mais à droite, cette décision ne passe pas. Pour Bruno Retailleau, une politique écologique passe par la défense et le développement du parc nucléaire français, quitte à réduire les investissements dans l'éolien et le solaire. Sauf que même RTE le dit. RTE, c'est le gestionnaire du réseau électrique français. Dans tous ces scénarios, y compris les plus nucléarisés, il faut aussi développer massivement les renouvelables. Parce qu'un nouveau réacteur met 15 à 20 ans à sortir de terre, alors que les objectifs climatiques, eux, se jouent avant 2035. Mais on subit ce réchauffement climatique. Et justement, puisqu'on parlait tout à l'heure d'économie, on évolue aujourd'hui dans un monde qui est fini. L'un des coupables, le premier coupable du réchauffement climatique, c'est la mondialisation, c'est les échanges, vous en parliez. Est-ce qu'il faut remettre en question le système capitaliste dans lequel on évolue, ce système de mondialisation à outrance, pour pouvoir sortir de cette
crise ? Non, le système de l'économie de marché a montré qu'il était le plus respectueux, sans doute, de l'environnement. Regardez la Chine, la Russie, etc.
Comment est-ce qu'on fait respecter cette ambition écologique, environnementale qu'on pourrait porter en français et en européen aux géants américains et chinois ? Je pense qu'il faut que les COP continuent. Ce dialogue-là, il est nécessaire. Aujourd'hui, les COP, on dirait que ce sont des assemblées pour parler d'écologie, mais les pays sont présents, mais au final, ils ne répondent de rien sur leurs engagements. Bien
sûr, mais moi, je pense que la première chose à faire... c'est d'arrêter d'être naïf et d'exiger dans le libre-échange des standards environnementaux et dire un produit chinois est fabriqué avec, en rejetant beaucoup de gaz à effet de serre, et bien il sera taxé. On se fait dépouiller par Trump et on va lui faire une risette ? On se fait dépouiller par la Chine qui subventionne ces technologies, qui a pillé notre propriété intellectuelle et nous on ne fait rien.
on prend ces trois images, Bruno Retailleau, le metteur en scène du Puy du Fou, le sénateur UMP, le ministre de l'Intérieur, sur quoi vous avez le
plus évolué ? C'est le même homme, non, non, c'est le même homme. Vous savez, au moins créditez-moi d'une chose. On peut ne pas être d'accord avec toutes mes idées. Mais il faut au moins me créditer du fait d'être constant. Ce que je disais il y a 30 ans... Vous n'avez jamais
changé d'avis ? Il y a 40
ans ? Non. C'est une preuve d'intelligence, ça, non ? La ligne est la même. Non, c'est une preuve de conviction. sais qu'on est dans un monde où, suivant les modes, suivant l'air du temps, il faudrait changer d'avis. Non, moi j'ai été structuré, j'ai une colonne vertébrale. Je pense que pour la démocratie, c'est mieux.
Vous qui défendez votre héritage familial, souvent, je vous propose de défendre le vôtre. Ça voudra dire quoi être retailliste dans 50 ans ?
ne peux pas vous dire,
ce n
pas à moi. C'est quoi les fondamentaux de votre ADN politique ? Alors disons-le comme ça.
'est
Je pense que je veux moins. La prospérité par le travail, pas par l'assistanat. Je veux que l'État assume ses missions, mais qu'il arrête, comme disait Georges Bompidou, d'emmerder les Français. Par des normes toujours plus inutiles, et qui nous handicapent d'ailleurs au niveau international, et qui sont en train de nous ruiner. Je veux l'ordre public. L'ordre public, la sécurité, c'est la première des libertés. Et je pense que ce sont les plus faibles. qui en bénéficient le plus, de l'ordre. Parce que le désorme, c'est la loi de la jungle, c'est la loi du plus fort contre le plus faible. Et je veux une transmission, une transmission de ce que nous sommes. Je pense que la France est un beau pays, il faut l'aimer, il faut l'agrandir et arrêter cette espèce de culpabilité perpétuelle. Voilà. Parce qu'on a des pages glorieuses et on doit être fiers de ce que l'on est. Et si on ne s'aime pas... On ne pourra pas se faire aimer des autres. On ne pourra pas assimiler
d'ailleurs. La France s'est remise en question un certain nombre de fois et c'était souhaitable. Sur la guerre d'Algérie, sur les crimes pendant la seconde guerre mondiale. Ça fait du bien aussi parfois de se remettre en question, non ? Non mais qu
'il y ait une lecture objective de l'histoire. Mais ce que je conteste, c'est en réalité une sorte d'idéologie qui a voulu faire de la France un coupable idéal. pour culpabiliser les Français et pour faire en sorte qu'on abandonne notre culture, nos références historiques. C'est ça que je vise particulièrement. Je pense qu'aujourd'hui, on est plutôt dans le temps de la reconstruction.
Bruno Taillot. C'est moi qui vous remercie.
Et voilà, c'était le cinquième épisode des Dossiers, ma série d'entretiens politiques avec TF1 Info. J'espère que ça vous a plu. D'ailleurs, n'hésitez pas à me dire en commentaire quel candidat vous verriez dans ce format. Pour ceux qui l'ont raté, les épisodes de Jean-Luc Mélenchon, Raphaël Glucksmann, Gabriel Attal et François Ruffin sont déjà disponibles. Et puis surtout, n'oubliez pas de vous abonner à ma chaîne YouTube. Ça permet vraiment de soutenir mon travail et celui de mon équipe. Au passage, cet épisode est aussi disponible sur TF1+, sur Netflix et sur les plateformes de podcast.
oui, dites-donc, l'équipe, bravo. Ah, c'est chez moi, ça. C'est Saint-Malo du bois. Vous vivez toujours là-bas ? Oui, dans l'affaire. Ce soir, je pars. Vous passez votre vie dans le TGV. Oui, mais je ne suis pas parisien. J'ai besoin, moi, je suis provincial. Profondément.
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