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Marine Le Pen est accusée de s'ingérer dans les affaires intérieures de la Pologne après avoir dénoncé la situation autour du tribunal constitutionnel polonais. À une prise de position qui a provoqué une réponse directe du ministre polonais des Affaires étrangères, Radoslaw Sikorski, et relancer les critiques sur la cohérence du discours souverainiste de la dirigeante du Rassemblement national. Le contraste avec ces déclarations passées est particulièrement marqué. En 2017, lors d'un meeting à Nantes, Marine Le Pen défendait le principe de non-ingérence entre les États. Elle expliquait alors que chaque pays devait pouvoir décider librement de son propre avenir, sans intervention extérieure. Près de dix ans plus tard, elle intervient pourtant dans une crise politique et institutionnelle qui concerne directement la Pologne. À Varsovie, les tensions portent sur l'indépendance du tribunal constitutionnel, chargé de contrôler la conformité des lois adoptées par le Parlement polonais. Entre 2015 et 2023, le Parti nationaliste droit et justice, le PiS, avait nommé plusieurs magistrats proches de l'ancienne majorité. Ces nominations ont été contestées par la Commission européenne, qui estime qu'elles portent atteinte à l'indépendance de la justice et au respect des engagements européens de la Pologne. Le Rassemblement national avait pourtant signé une déclaration commune avec le PiS en 2021. Cette proximité politique donne une dimension particulière à la réaction de Marine Le Pen dans la crise actuelle. Pour Laurent Pech, professeur de droit européen interrogé par RFI, le problème est profond. Il estime que le tribunal constitutionnel polonais ne constitue plus une juridiction indépendante depuis 2016 et que son président actuel a été nommé de manière illégale. Arrivé au pouvoir en 2023, le premier ministre Donald Tusk s'est engagé à rétablir l'état de droit. Cette démarche implique notamment de remettre en cause certaines nominations effectuées sous les gouvernements du PIS. Les tensions se sont intensifiées après l'annonce de la suspension du président du tribunal constitutionnel, Bogdan Swienskowski, considéré comme proche de l'ancien parti au pouvoir. La situation est également compliquée par les relations difficiles entre le premier ministre Donald Tusk, pro-européen, et le président Karol Navroki, issu du PIS. C'est dans ce contexte que Marine Le Pen a pris publiquement position. Le dimanche 1er novembre, sur le réseau social X, elle a dénoncé la suspension contestée du président du tribunal et l'intervention des forces de sécurité autour de l'institution. Selon elle, ces événements pourraient s'apparenter à une prise de contrôle forcée d'une institution constitutionnelle. La dirigeante du RN a également reproché à l'Union européenne et aux médias leur silence face à la situation polonaise. Elle a estimé qu'il était contradictoire de défendre l'état de droit tout en restant silencieux lorsqu'un équilibre constitutionnel est, selon elle, menacé. Cette intervention a immédiatement suscité une réaction du gouvernement polonais. Le ministre des Affaires étrangères et vice-premier ministre, Radoswaw Sikorski, lui a répondu directement. La Pologne ne s'immisce pas dans votre politique. Veuillez nous respecter en n'interférant pas dans la nôtre. Dans un autre message, le responsable polonais a également ironisé sur les soutiens que cette position pourrait lui attirer en rapprochant Marine Le Pen de figures européennes opposées à l'intégration européenne, notamment Viktor Orban et Nigel Farage, partisans du Brexit. En France, Raphaël Glucksmann, vainqueur de la primaire socialiste, a lui aussi réagi publiquement aux déclarations de la dirigeante du RN. Sa réponse s'inscrit dans les critiques suscitées par cette prise de position sur la crise institutionnelle polonaise. Au cœur de cette controverse se trouve donc une question de cohérence politique. Jusqu'où une responsable qui revendique la non-ingérence peut-elle intervenir dans les débats institutionnels d'un autre pays ? Pour Marine Le Pen, la situation polonaise justifie une prise de parole au nom de la démocratie et de l'État de droit. Pour le gouvernement de Varsovie, cette intervention constitue précisément une ingérence dans les affaires intérieures de la Pologne.
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