Chargement...
Chargement...
La matinale de Radio Classique avec David Abiker.
8h43. On est avec nos esprits libres aujourd'hui. Cécile Cornudet que vous pouvez lire dans les échos puisqu'elle en est l'éditorialiste politique vedette. Et Jean-François Colosimo, théologien, philosophe, éditeur. Merci à tous les deux d'être là.
Merci. Jean
-François, je voudrais qu'on commence avec quelque chose qui vous a enchanté, émerveillé, c'est l'histoire de cet Anglais qui en 1998 a quitté le Chili.
Il
s'est imposé la marche comme unique moyen de transport et il a mis 28 ans pour faire le tour du monde, rentrer chez lui du Chili en Angleterre. Il est arrivé hier, il est tombé dans les bras de sa mère qui visiblement ne l'avait pas vu depuis très très très longtemps. 28 ans. Et voilà, il a mis 28 ans pour faire ses 50 000 kilomètres, on dirait. un récit biblique ou mythologique, c'est pour ça que ça vous a plu ?
Oui, et puis alors, il a surtout, là, il a enfin rencontré sa petite fille, qui a 12 ans, puisque c'est un homme de 29 ans qui prend cette décision au fin fond du Chili, lorsqu'il apprend en fait que la femme de sa vie a décidé de ne plus le voir le plaque, n'est-ce pas ? Il se dit, qu'est-ce que je vais faire de ma vie ? Et donc il décide de rentrer à pied. Ça va prendre 28 ans. Alors, sur les 28 ans, il faut quand même savoir que pendant 14 ans, il va l'enterner à des frontières, n'est-ce pas ? C'est ça qui est intéressant. C'est en Russie, en Chine, enfin, et d'autres pays aimables. Le Covid a compliqué
ça. Le Covid,
enfin, tout, il y a tout. De toute façon, il n'était pas pressé, visiblement. Non, il n'était pas pressé de rentrer. Alors, c'est un peu une odyssée, vous voyez ? Une odyssée à pied et à la nage. qu'il a fallu qu'il traverse la mer Caspienne à la nage et la Manche à la nage pour rentrer chez lui.
28
jours de nage. Comment il vivait ? Vous vous êtes renseigné là
-dessus ? Je crois qu'il vivait dedans, il tapait à la porte des gens. Oui, il avait des
sponsors. qui se sont d'ailleurs un peu interrompus sous l'épidémie. En 28 ans, les boîtes ont le temps de faire faillir.
C'est en 2008, la crise financière. Il en a retrouvé
d'autres. Il vivait évidemment très chichement. Ce qui est intéressant, c'est que vous calculez, ça fait 5 km par jour, en fait, qu'il aurait fait. Il y a des jours où il faisait 10 heures de marche, et puis il y a des... au jour des semaines, des mois, où il stationnait, comme au Mexique, par exemple, où il a peut-être failli même, je ne sais pas, commencer une nouvelle vie. Ce qu'il y a de fabuleux, en quelque sorte, dans cette odyssée, c'est qu'elle n'a pas de sens. Elle n'a pas de sens autre que finalement cette activité qui nous vient des origines. Vous savez qu'il y a plusieurs définitions de l'homme, de la personne humaine, comme animal parlant, animal social, etc. Mais l'homme avec la statue debout, le côté bipède, c'est surtout un animal marcheur. Cécile Cornudet, on compare
souvent ces moments, ces traversées. Il a dû traverser des déserts, il a mis du temps. Les candidatures présidentielles, ça ressemble un peu à ça. En tout cas, dans leur symbolique, les candidats aiment bien dire qu'ils ont pris du recul, qu'ils ont traversé le désert, qu'ils ont pris leur canne et leur chapeau, qu'ils ont pèleriné.
Et puis Nicolas Sarkozy théorisait qu'il fallait avoir traversé le désert et être couturé de cicatrices pour gagner. le coeur des français Aujourd'hui, je ne sais pas si c'est encore le cas. Emmanuel Macron, c'est un surgissement politique. Là, on voit bien que les électeurs ne s'attachent pas aux personnalités anciennes, sauf aux extrêmes, et cherchent des nouveaux candidats. Tous les jours, il y en a un nouveau qui fait parler de lui, David Lissnard, Christine Lagarde. Macron est devenu, au temps des réseaux sociaux, la nouvelle façon de construire une carrière.
Alors, vous vouliez tous les deux évoquer Jean-Luc Mélenchon, qui n'a plus du tout de surmoi avec la France insoumise. Si on analyse un peu la séquence du moment, il a fait main basse avec son parti sur le débat politique. D'abord la révolte étudiante, ensuite la responsabilité des droites dans l'attentat raciste de Trappes. Pour lui, c'est évident, c'est la droite et son racisme d'atmosphère. Pour couronner une campagne médiatique dirigée contre TF1 désormais, qui a eu l'outrecuidance d'inviter Edouard Philippe qui aurait tenu dimanche soir des propos racistes, selon Jean-Luc Mélenchon, qui a décidé de ne pas aller sur TF1 donner une interview. Et pour couronner le tout, une pétition pour interdire CNews. Oui, est-ce que la France Insoumise a encore
un surmoi ? Si on parle de cette hostilité contre les médias, elle est assez ancienne. Elle date de 2020, lorsqu'il avait dit « La République, c'est moi ». Il n'avait pas aimé Jean-Luc Mélenchon, que les médias critiquent ses propos. Et depuis, c'est un peu sa bête noire. Il a vu que ça marchait. On n'aime rien tant en France que détester les journalistes. On est bien placé pour le savoir. Donc voilà, il y a TF1, BFM, tout le monde, ça permet. Maintenant, c'est devenu une stratégie. C'était une hostilité, c'est une stratégie. Ça permet de décrire l'histoire qu'on... on aimerait qu'elle soit écrite. Là, ça vindicte contre BFM parce que c'est à cause de BFM qu'on a vu des violences le 17 octobre. Il y avait un cortège très calme d'étudiants dans la rue. Notre regard est dévoyé par les médias, c'est ça sa stratégie. Donc ça lui permet de réécrire ce qu'il veut. Et là, il le mélange effectivement depuis l'attentat de Trappes avec l'accusation de racisme. Parce que c'est le... propos unificateur à gauche, et donc voilà, il conflictualise tout, et c'est une stratégie. Moi je pense qu'il a d'une certaine façon acté le fait qu'il ne pourrait pas gagner dans les urnes, et qu'il est en train d'agiter la rue.
Esprit libre, on continue à évoquer l'absence de surmoi dès les filles dans cette campagne présidentielle. Cette violence, cette volonté d'interdire, d'expliquer que la réalité n'est pas la réalité, ça vous surprend ? On pourrait dire, oui, ils ont toujours fait comme ça, etc. Mais en fait, chaque semaine qui passe montre qu'on peut faire les choses, aller au-delà de ces excès.
On pensait qu'on avait liquidé en France, quand même, avec la connaissance, par exemple, qu'on a eu du goulag. Ils n'ont pas encore ouvert des goulags. Non, mais attendez, le fait est qu'il promet, cette espèce de logique de tension permanente insurrectionnelle, n'est-ce pas ? où il dénonce toutes les institutions, il promet aussi des règlements de comptes au cas où il reviendrait à prendre le pouvoir. Je vous rappelle sa fameuse formule qui vise un peu à peu près tout le monde qui lui déplaît, n'est-ce pas ? C'est que vous n'avez encore rien vu de ce qui va vous arriver. Et donc, on est vraiment dans cette logique de la violence créatrice en politique. C'est ce mythe, quoi. On met le feu, il en sort forcément quelque chose, une espèce d'alchimie mentale délirante. Pourquoi ? Parce qu'en France, si on a péniblement fini par accepter la réalité du goulag à peu près 50 ans après l'Angleterre et les Etats-Unis, n'est-ce pas ? On en reste toujours avec le mythe quand même de la terreur. Et en fait, il adore faire peur. Il se prend pour Robespierre, Saint-Just et je ne sais trop qui d'autre. Et il promet la punition. C'est un système de folie paranoïde, à mon sens. Cécile
Cornudé, comment expliquez-vous le succès de cette stratégie ? On aurait pu s'imaginer que face aux poubelles brûlantes, aux images dénoncées par Mélenchon de BFM TV, les Français, même conciliants vis-à-vis de Jean-Luc Mélenchon et de ses troupes, se disent... Oh là là, ça va un peu trop loin, mais en vérité, ça
plaît. C'est mon interrogation, effectivement. On voit que ces images de violence, ça adopte Marine Le Pen. Ça, on l'entend facilement, mais ça permet aussi à LFI de progresser, en tout cas dans les sondages, pour une raison, à mon avis, qui est assez paradoxale avec ce qu'il dit sur les médias, c'est que le pouvoir est obligé de durcir, de trouver des... des tracés de cortèges hors des centres-villes, des choses comme ça, de faire des couvre-feux, et se réinstalle dans l'opinion le débat sur la liberté d'expression. On est bridé, on ne peut pas parler. Et ça, c'est un terreau fertile pour la France insoumise, qui ne l'empêche pas lui-même de vouloir brider l'expression de tous ceux qui ne pensent pas comme eux. Donc c'est étonnant, mais effectivement, c'est un moment. Il progresse sur ça et il progresse aussi de la faiblesse des autres. Tout cet épisode a quand même beaucoup fragilisé ceux qui ont gouverné avec Emmanuel Macron. C'est aussi parce que le centre s'effondre. que Jean-Luc Mélenchon progresse.
Jean-François Colosimo, jamais un président n'a autant contaminé ses héritiers et ceux qui s'étaient un temps réclamés de lui. Enfin, je veux dire, on peut avoir travaillé avec Emmanuel Macron il y a 8 ans sans être un pestiféré toute sa vie, mais là, visiblement, c'est la radioactivité. C
'est la radioactivité parce que ses héritiers sont dans une forme de malaise, n'est-ce pas ? Ils ne peuvent pas véritablement dénoncer. Et dire, en fait, j'ai été en quelque sorte marabouté par Macron et aujourd'hui je m'en sais pas, je suis un homme neuf. Donc ils sont obligés malgré tout de dire, bah oui j'y étais, et tout en disant, mais je vais faire autrement, ça va changer. Ce qui veut dire aussi que leur promesse, personne ne peut véritablement y adhérer. D'abord, est-ce que vous êtes vraiment sûr qu'ils ont changé ? Deuxièmement, on n'attend pas un changement, simplement, je dirais, une variation en quelque sorte, comme sur un bateau, une variation d'orientation, n'est-ce pas ? On attend véritablement... On ne veut pas un changement de manager, on veut un changement en France de moment politique, quasiment d'air politique, de projection politique. Et donc ils sont radicalement en porte-info, et monsieur Philippe, et monsieur Attal. Ce
sera le mot de la fin, je vous retrouve la semaine prochaine mes chers amis, Cécile Cornudet, Jean-François Colésimo. On va se séparer avec une musique américaine à l'occasion de ses mid-termes, ses élections de mi-mandat, composées en 82 par Jay Hungar. Elle est devenue dix ans plus tard la musique... d'un documentaire qui a été couvert de récompense sur la guerre civile, documentaire signé de Ken Burns. Depuis, elle fait partie du folklore des Américains qui voteront donc aujourd'hui pour ces élections de mi-mandat. Ça s'appelle, j'ai oublié le titre, c'est de J.
Transcription automatique (Whisper + diarisation) — des erreurs d'attribution ou de transcription sont possibles. Vérifiez toujours avec la vidéo source horodatée.