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Sud Radio, l'invité politique. Benjamin Glaze.
Il est 8h30, merci d'être à l'écoute de Sud Radio. C'est l'heure du grand entretien politique. Et aujourd'hui, Benjamin, vous recevez Michel Barnier, ancien Premier ministre, député LR de Paris.
Michel Barnier, bonjour. Bonjour. Un grand merci d'être avec nous ce matin sur Sud Radio. Le bilan tout d'abord de la rentrée des classes. Hier, selon le ministère de l'Éducation, 1% des lycées bloqués, blocage limité. Mais certains syndicats étudiants et lycéens appellent à durcir le ton. Aujourd'hui, ils annoncent une journée noire pour ce mardi. Qu'est-ce que vous dites ? dites ce matin à ces jeunes, stop, il est temps de cesser tout cela
pense qu'ils ont été au moins en partie entendus. Ce qu'on peut regretter, c'est qu'on soit obligé de bloquer des lycées ou d'aller vers certaines manifestations parfois de la violence pour être entendus. C'était une des leçons de cette crise. Je pense qu'il est temps de...
C'est-à-dire qu'il y a une responsabilité ici du gouvernement qui a finalement, en ne réagissant pas tout de suite, a favorisé le développement de ces blocages
? D'une manière générale, je trouve que dans notre pays, nous n'avons pas suffisamment la culture du dialogue social et du débat public. Et je me suis demandé pourquoi dans ces lycées, par exemple, où les universités, on n'a pas plus normalement, plus sereinement, des lieux et des moments de dialogue, de débat à l'intérieur sur qu'est-ce qui ne va pas dans le lycée, pourquoi et comment ces profs manquent, les toilettes qui ne sont pas propres des bâtiments. Encore qu'il faut, et puis expliquer qui fait quoi. L'autre jour, j'entendais Valérie Pécresse expliquer et dire ce qu'elle fait de l'argent public. Un milliard par an sont attribués par la région Île-de-France. pour rénover des lycées à Paris et en banlieue. Donc c'est pas rien. Donc il faut retrouver des moments où on se respecte, où on dialogue, et pas le sentiment que pour être entendu, il faut manifester ou bloquer un lycée.
Bon, le gouvernement en tout cas a déjà fait de nombreuses concessions aux lycéens. Sébastien Lecornu, vous parliez de dialogue, se dit prêt à rencontrer de nouveau les lycéens la semaine prochaine. Qu'est-ce que le gouvernement peut proposer de plus ? Est-ce que le Premier ministre va encore lâcher du lest au syndicat ?
Il n'y a pas beaucoup de lest à lâcher, parce que les finances publiques sont dans un état déplorable, vous le savez, mais on peut discuter des modalités. Par exemple, j'entendais le gouvernement dire un peu rapidement, on va abandonner ou réformer Parcoursup. À coup sûr, il y a besoin d'explications, il y a besoin d'évaluer Parcoursup. On a besoin d'un système, parce qu'avant c'était pire, et on a besoin de donner une visibilité, une orientation. parfois une sélection positive, pour éviter que ces jeunes soient laissés aller vers des formations où ils ne trouveront pas d'emploi, il ne faut pas leur mentir. Mais tout ça, ça se discute, et donc je redis que l'une des leçons de cette crise, et d'une manière générale, on peut parler aussi de la crise sociale et des manifestations des personnes qui pacifiquement expriment leur angoisse ou leur désespoir, il faut dans ce pays retrouver une culture du dialogue social et du débat public. J'avais d'ailleurs proposé, quand j'étais Premier ministre, un peu de temps de créer chaque année une journée nationale de consultation citoyenne. pour consulter les citoyens dans chaque commune, chaque département, chaque région. Un jour, par an, les mairies seraient ouvertes, Internet fonctionnerait, et on pourrait consulter les citoyens sur un sujet. La consultation, c'est le débat public, c'est la démocratie.
Justement, venons-en à cette colère sociale contre la vie chère. Ce jeudi 5 novembre, l'intersyndical appelle à la grève générale, à des manifestations dans l'ensemble du pays. Si vous étiez encore à Matignon, Michel Barnier, quelle mesure d'urgence ? Mais imaginons, imaginons, vous êtes toujours à Matignon, Michel Barnier, quelle mesure d'urgence ? vous décréter pour calmer la rue et redonner un peu de pouvoir d'achat aux Français
? D'une manière générale, je pense qu'il faut recréer, je le répète, l'habitude du dialogue social. Un peu comme en Allemagne, ne pas être obligé de toujours manifester. Mais ça, ça prendra du temps. Parce qu'il faut changer la culture, si je peux dire, dans ce pays, parfois du patronat et en tout cas des syndicats aussi. Sans doute des mesures qui touchent le pouvoir d'achat. Parce que là, le grand cri de colère des Français qui nous écoutent, c'est un, la baisse du pouvoir d'achat, le coût de l'énergie, les prix. Là, il y a des mesures ponctuelles, on ne peut pas faire n'importe quoi. Nous parlions des jeunes tout à l'heure. Je veux rappeler que la première politique pour la jeunesse, c'est de ne pas augmenter les dettes. Parce que quand on augmente les dettes aujourd'hui au point d'avoir 70 milliards, 70 milliards simplement pour payer les intérêts, c'est de la folie. On ne peut pas se permettre d'être aussi irresponsable et de continuer à mettre ça sur le dos de nos enfants et de nos petits-enfants. La faute à Emmanuel Macron qui a
largement alourdi tout de même cette dette. Oui,
bien sûr, je pense qu'on n'a pas su dans ce pays évaluer notre culture qui nous manque. Ce que j'ai appris au niveau européen, c'est évaluer ce qu'on fait, se dire quelquefois qu'on s'est trompé ou qu'il faut corriger. On ne peut pas dire que tout va bien. On explique, on empile les systèmes, les mécanismes et on dépense toujours plus alors qu'on devrait évaluer la dépense publique. Quand
on parle de pouvoir d'achat, est-ce qu'il aurait fallu baisser les taxes sur les carburants ? Ça n'a pas été la décision d'Emmanuel Macron et de son Premier ministre. Est-ce que ça aurait été une meilleure solution ?
Bruno Rotaillot, que j'accompagne dans cette campagne. parce qu'il est sérieux et honnête et sincère à proposer de supprimer ces certificats qui coûtent 15 à 17 centimes par litre. Donc les mesures qui ont été prises récemment pour déstocker les stocks stratégiques sont positives, même s'il faut se méfier de ne pas les perpétuer, quand on a besoin de stocks stratégiques, tout ça va dans le bon sens. On ne veut pas se permettre, il faut qu'on fasse un effort général pour eux. pour assumer que notre pays doit diminuer sa dette et diminuer son déficit, parce que ça c'est l'intérêt des jeunes dans ce pays. Alors maintenant, le ras-le-bol qui s'exprime parfois dans les manifestations, je pense aussi aux artisans, aux commerçants, aux petits entrepreneurs et aux grands aussi, c'est l'excès de normes, de réglementation, de bureaucratie, ça c'est un effort qu'il faut... engagé ou accentué. Mais qui prendra
du temps. Qui prendra du temps, c'est
tout ça. Ça veut dire aussi qu'il faut que les élections présidentielles démontrent que la politique sert à quelque chose et que le prochain président est une majorité absolue pour l'accompagner.
Justement, vous faites ma transition, Michel Barnier, je rappelle ancien Premier ministre, député LR de Paris, la présidentielle c'est dans six mois. Vous soutenez donc Bruno Retailleau pour la présidentielle tout en militant pour une primaire de la droite et du centre. Vous avez entendu Edouard Philippe dimanche dernier dans le 20h de TF1. Pour lui, c'est niac, il ne veut pas de primaire. C'est irresponsable de la part de cet autre Premier ministre, si je puis dire
Je respecte évidemment le sentiment et la position d'Edouard Philippe, que je connais bien. Il reste qu'il y a trop de candidats. Vous dites quatre candidats. La droite et le centre, ça en fait trois de
trop. Vous mettrez qui d'ailleurs dans une primaire, vous, de la droite et du centre, Michel Barnier, pour bien comprendre
? Pour bien comprendre, ne faites pas semblant de ne pas comprendre. Moi, je suis quelqu'un qui a eu l'honneur d'être Premier ministre pendant trois mois et j'ai été censuré par la conjonction un peu irresponsable de l'extrême gauche, de l'extrême droite et du Parti Socialiste. Je mettrai tous ceux qui ont travaillé avec moi. et tous ceux qui constituent ce que j'avais appelé le socle commun, même s'ils étaient un peu distendus depuis, c'est-à-dire les élus de la droite républicaine, vous avez aujourd'hui Bruno Rotaillot, aussi la candidature de David Disnard, et puis vous avez Edouard Philippe et Gabriel Attal, voilà, et puis peut-être d'autres qui ne se sont pas encore annoncés, mais qui pourraient participer. Ce n'est pas la
primaire des héritiers de la Macronie, finalement, tout cela ?
Ah non, je ne pense pas que vous puissiez dire que... Bruno Retailleau était un héritier de la Macronie, non.
Mais Gabriel Attal et Edouard Philippe, si ?
Oui, bien sûr, ils prolongent, ils ont leur fidélité, leur histoire, il faut la respecter. De toute façon, ces gens, en tirant les leçons du passé, des échecs de ces dix années, il y en a eu quelques-uns, et puis aussi de quelques réussites, ces gens vont devoir travailler ensemble. Si nous réussissons à faire élire quelqu'un comme Bruno Retailleau... Quelqu'un de la droite et du centre qui rassemble le centre, il faudra que les gens travaillent ensemble et peut-être avec d'autres.
La campagne de Brudeau-Retailleau, en tout cas, ne semble pas décoller pour le moment. Est-ce que vous continuez de lui dire qu'il faut être responsable ? Justement, en réunion de groupe, vous lui avez dit, les quatre prochaines semaines seront décisives. Qu'est-ce que vous entendez par là ? C'est une forme d'ultimatum
Non, pas du tout. Cette formule, tous ceux qui étaient là, et notamment lui, puisque je dis ça devant lui pour le soutenir, il a encouragé, je lui ai dit, les quatre. où les six semaines qui viennent vont être très importantes pour marquer la différence. Et moi, j'ai confiance. J'ai confiance dans ce discours extrêmement clair. Bruno Rotailleux est quelqu'un de très sérieux, il a le sens de l'État. Je peux en témoigner, puisque nous avons fait équipe ensemble lorsque j'ai été Premier ministre, et je l'ai nommé ministre de l'Intérieur, et je ne le regrette pas. C'est une des meilleures décisions que j'ai pu prendre dans ces trois mois. Il est clair, il est sincère, et je pense qu'il est capable de montrer qu'il y a une alternative, Madame Le Pen. Il est capable de montrer qu'il y a une vraie alternative sérieuse, responsable, européenne, en matière de sécurité, de réduction des déficits publics et d'autorité de l'État.
Faute de primaire, certains évoquent l'idée, j'en parlais tout à l'heure, d'un sondage XXL, une consultation unique réalisée sur la base d'un panel de 30 000 à 50 000 sondés pour départager ces candidats de la droite et du sang. Sur le principe, vous en pensez quoi ? C'est défendu par certains députés de Renaissance.
Oui, écoutez. De toute façon, les sondages sont utiles. C'est une photographie à un moment donné. Ce n'est pas le sondage de septembre ou d'octobre qui fait l'élection au mois d'avril. Il faudra de toute façon trouver un système pour encourager la lucidité de tous ces candidats, si je puis dire. Donc oui, les sondages peuvent être utiles, mais ça ne remplace pas le débat. La primaire, ce n'est pas quelque chose de vexant ou d'humiliant, c'est un débat public. Or, une élection présidentielle, c'est un débat. Et on a vu au Parti Socialiste que ça intéressait les gens. Donc, en tout cas, je souhaite une primaire ouverte, c'est-à-dire avec... tous les citoyens qui se reconnaissent dans les valeurs de la droite et du centre et qui le diraient. Mais s
'il n'y a pas de primaire, ce sondage XXL, c'est quoi ? Ça vous semble crédible ?
vous ai dit, les sondages, on voit bien qu'ils comptent, puisque chaque candidat regarde où il en est, les courbes, ces sondages sont utiles, mais je ne pense pas qu'ils remplaceraient. Voilà pourquoi je pense qu'il faut faire confiance au temps pour la primaire. Je continue à penser, quelles que soient les positions des uns et des autres, qu'un débat sous forme de primaire respectueuse, où les candidats s'engageraient... à défendre leurs idées. On verra d'ailleurs que ces idées ne sont pas irréconciliables. J'ai travaillé d'ailleurs... Vous appelez
toujours Edouard Philippe à accepter le jeu de la pluie. Je
pense qu'il faut donner une chance au temps. J'ai travaillé aussi en attendant, parce qu'une campagne présidentielle, c'est aussi un débat d'idées, de convictions et de valeurs sur un projet qui s'appelle Bâtir Ensemble 2027, où avec mes équipes et beaucoup de députés du socle commun, de différentes sensibilités, j'ai travaillé à rassembler les bonnes idées de tous ces candidats pour montrer que c'est possible d'avoir une plateforme. de gouvernement pour le prochain président et la prochaine législative.
On a un mot très rapide, Edouard Philippe, qui dit qu'en février, chacun prendra ses responsabilités. C'est trop tard ou pas pour faire un choix ?
Oui, c'est l'extrême limite, je pense.
Michel Barnier, ancien Premier ministre député LR de Paris. Je le rappelle, vous êtes avec nous sur Sud Radio. Une pétition appelant à supprimer CNews de l'audiovisuel français a dépassé le seuil des 50 000 signatures sur le site de l'Assemblée nationale. On est autour des 660 000 signatures en ce moment. Ça vous la voit à un possible débat dans l'hémicycle. Est-ce que vous y êtes vous-même favorable ?
règlement de l'Assemblée permet de tels débats lorsqu'une pétition atteint ce niveau de signature, ce qui n'est pas étonnant parce qu'on voit bien que l'extrême gauche qui organise dans ce pays une forme de désordre permanent et de fatwa, d'interdiction. Je suis très frappé depuis que je suis redevenu député grâce aux Parisiens dans le 5e, le 6e et le 7e arrondissement depuis un an. Et j'ai déjà été député de la Savoie il y a quelques... Quelques années, je garde mes racines d'ailleurs en Savoie. Je suis très frappé du climat pré-insurrectionnel qui règne dans l'hémicycle. Dans l'hémicycle, on voit les députés d'extrême-gauche agresser les autres, les autres leur répondent, d'ailleurs je parlais à l'extrême-droite, et on voit dans le climat sur certains sujets liés à l'immigration, liés à l'autorité de l'État, à la défense des policiers, dont nous sommes solidaires, qui maintiennent l'autorité et l'ordre, sur certains sujets de politique étrangère, on voit un climat pré-insurrectionnel, une violence totale, une haine... C'est un mot très très
fort, insurrectionnel, Michel Marguerite. Oui, je dis
pré-insurrectionnel. parce que c'est le sentiment que j'ai, et ce n'est pas nouveau, je ne le dis pas depuis la crise, et depuis les violences le 17 octobre, je l'ai dit depuis un an. La France insoumise
est en train de créer un climat pré-insurrectionnel, selon vous ?
Je vous dis que dans l'hémicycle, il y a un tel niveau de haine, de violence. On ne peut plus discuter sur certains sujets, avec des faits, mais la violence des mots dans l'hémicycle peut entraîner parfois la violence des actes. En tout cas, je suis très frappé de cette violence et je pense qu'il faut y mettre fin et retrouver un mot que je crois très important, en tout cas pour moi et depuis longtemps, c'est le mot de respect. Respecter, ça ne veut pas dire soutenir les autres ou être toujours d'accord avec eux. Et le débat, j'ai connu des majorités de gauche en 1981, en 1993 des majorités de droite, mais je n'ai jamais vu ce climat d'intolérance et de violence.
On le voit aussi dans les médias, en tout cas avec des chaînes d'info en continu qui sont accusées par une partie de la gauche de normaliser une forme de parole raciste avec des journalistes qui sont pris pour cible sur le terrain. On a des journalistes qui ont été pris pour cible dans un meeting, un meeting à Orléans, celui de Marine Le Pen. Est-ce que ce climat autour des médias vous inquiète aussi fortement ?
On a vu des équipes de CNews être attaquées directement et c'est inacceptable que cette violence... On peut ne pas être d'accord, on voit bien que des gens ne sont pas d'accord, mais on a affaire à des gens qui, on le voit bien d'ailleurs avec le prolongement que constituent les black box et la violence qu'ils manifestent dans certaines manifestations, d'ailleurs en détournant, en abîmant l'expression démocratique et pacifique des manifestants, on voit bien ce qui se passe des gens qui veulent utiliser la violence et la force pour empêcher les autres d'exprimer leurs idées. Il faut retrouver les bases de notre... une certaine idée de la France qui a toujours... toujours était la mienne, celle du général de Gaulle. Je me fais, disait-il, une certaine idée de la France. C'est une idée républicaine. On respecte les opinions, on refuse le racisme et l'antisémitisme. Il y a des fondamentaux à retrouver.
Michel Le Barnier, ancien Premier ministre, député LR de Paris. Vous restez avec nous. Dans un instant, on écoutera la question d'un auditeur qui nous posera la question, qui vous posera la question. Faut-il rendre inéligibles les personnes condamnées pour racisme ou antisémitisme ? On y viendra sur ce sujet. Et puis, votre carte blanche, vous avez décidé de parler d'un sujet qui vous est cher, la santé mentale. A tout de suite.
Grand Matin Sud Radio, 7h10, Benjamin Glaze.
Michel Barnier est toujours notre invité ce matin sur Sud Radio, ancien Premier ministre, député à l'ère de Paris. C'est l'heure de votre carte blanche. Vous avez décidé de la consacrer à la santé mentale. Michel Barnier, c'est à vous.
Parlez des jeunes lycéens, des étudiants. On voit des soins, les médecins disent... compris dans les établissements scolaires, la gravité de la situation en matière de santé mentale, du nombre de jeunes qui n'ont plus d'espoir, qui sont solitaires, ça a été aggravé par la crise du Covid naturellement, parfois désespéré, des dépressions. Il y a une famille sur cinq en France, une famille sur cinq qui est touchée par un problème de maladie mentale, qu'il s'agisse de la schizophrénie, de la bipolarité, des dépressions profondes, et ça c'est un sujet... que moi j'ai vécu personnellement dans ma propre famille. Ma mère a été engagée pendant 35 ans comme représentante locale de l'UNAFAM, l'Union Nationale des Amis et Familles de Malades Mentaux. Et voilà pourquoi j'en ai fait une cause nationale. Lorsque j'étais Premier ministre, le Premier ministre actuel a bien voulu la prolonger. Il ne s'agit pas de faire du marketing ou de la communication, il s'agit de faire un signal. Et vous n'imaginez pas le nombre de gens, et vous en avez sans doute dans votre radio, qui sont concernés par ce... dans cette maladie mentale. Donc il faut multiplier les structures, coordonner les acteurs, ça se fait.
Vous défendez une proposition de loi ? Oui, j'ai fait une proposition de loi comme député,
parce qu'un député ça sert aussi à ça, faire des propositions de loi pour améliorer la loi, pour changer la loi. Je l'ai faite il y a quelques jours, et plus de 70 ou 80 députés sont en train de la signer pour supprimer, mais c'est à une dimension seulement de la question, la contention dans les établissements psychiatriques. pour éviter cette contention qui humilie quelquefois les personnes, de forcer les gens de les bloquer physiquement. Il y a 25% des établissements psychiatriques qui ont abandonné la contention pour traiter les crises, parce qu'il s'agit de traiter les crises autrement qu'en prison les gens de tout mouvement. Ça c'est une proposition de loi, c'est aussi la preuve que quand on est député, quand on est dans la politique, ça sert à quelque chose. Et c'est aussi ça qu'il faut dire aux gens qui nous écoutent. Ne désespérez pas de la politique. Parce que sinon, on met en cause la démocratie. Il faut croire que la politique sert à quelque chose, comme on le voit dans les communes. On l'a vu aux élections municipales, où on n'a pas les mêmes idées, mais on se met ensemble. Et d'ailleurs, les gens nous disent, là-haut, à Paris, mettez-vous d'accord, réglez nos problèmes, mettez-vous d'accord. C'est aussi le sujet des élections présidentielles. Voilà, c
'était une double carte blanche, finalement. On passe à la question des auditeurs. Écoutez, Michel Barnier.
Bonjour M. Barnier, j'avais une question. Je voulais savoir si comme M. Glucksmann, vous souhaiteriez l'inéligibilité pour les gens qui sont condamnés pour propos racistes ou antisémites ? Je vous remercie. Michel Barnier, que répondez-vous ?
Le racisme, l'antisémitisme sont des délits. Donc la loi doit s'appliquer, on l'a vu avec le drame de Trappes, ça existe, ça se développe, et donc il faut que la loi frappe. Alors il faut qu'un élu soit exemplaire sur le plan personnel et sur le plan de son comportement. Donc on peut imaginer une formule où, étant condamné, la condamnation porte une mesure d'inéligibilité. Ça existe aussi, on l'a vu dans d'autres circonstances et pour d'autres cas. Donc pourquoi pas, il faut simplement regarder les modalités. La condamnation en justice peut comporter... Dans les cas les plus graves, une mesure d'inéligibilité.
Et vous y seriez favorable, si je comprends bien. Oui, je pense
que c'est assez logique, mais il faut regarder les modalités.
Est-ce qu'on est actuellement dans un climat, d'une certaine manière, de haine raciste qui se développe en France ? Je ne sais pas si vous avez entendu les mots du père de Pengo Bossio Wangui, assassiné dans la Taranta terroriste de Trappes. Vous y faisiez référence à l'instant. Il a déclaré aujourd'hui dans une France en proie de fortes tensions identitaires. J'ai peur en tant que père d'enfants noirs. Est-ce que vous constatez vous-même une poussée ? du racisme en France. Oui, on voit
bien d'ailleurs que quelqu'un peut être tué en raison de la couleur de sa peau, et dans ce pays, personne ne devrait avoir peur, pour reprendre les mots de ce papa, personne ne devrait avoir peur en raison de la couleur de sa peau, de sa religion, de son origine, personne. Et c'est ça la République, ou la certaine idée de la France que je me fais, que je continuerai de défendre. Mais on voit aussi, on a vu, les actes et les paroles d'antisémitisme aussi s'accroître dans ce pays. Il faut que tout le monde garde son calme, qu'on retrouve un peu de vivre ensemble, de respect mutuel, et puis qu'on applique la loi.
Jean-Luc Mélenchon qui a accusé, ça fait beaucoup de bruit, Edouard Philippe, de faire du clientélisme racialiste. L'ancien Premier ministre assure qu'il y a eu une surreprésentation des enfants issus de l'immigration dans les pilleurs du 17 octobre. C'est une forme de racialisme ici, selon vous, Michel Barnier ?
je pense que M. Mélenchon n'a pas beaucoup de leçons à donner aux autres. Ce qu'a dit Edouard Philippe était une constatation des faits, et je sais qu'il est, comme je le suis moi-même, favorable à une vraie politique d'intégration, parce que tout cela démontre aussi l'échec ou la faillite d'une politique d'intégration des personnes qui sont arrivées chez nous depuis une ou deux générations et qui n'ont pas été bien intégrées. Donc oui, c'est un prochain défi pour le président de la République qui serait élu. en avril ou mai prochain, c'est de réussir une politique d'intégration et d'assimilation.
Michel Barnier, Félix Mathieu nous a rejoint. Félix pour les réseaux sociaux et ses mi-terms qui ont lieu aujourd'hui aux Etats-Unis. Journée à haut risque pour Donald Trump, un président américain qui aime beaucoup, disons-le, critiquer la France.
Oui, l'une de ses dernières saillies contre notre pays, c'était en meeting justement pour ses élections de mi-mandat, alors qu'il risque de perdre sa majorité à la Chambre des représentants et au Sénat. Donald Trump aime brondir des épouvantails à la tribune. Et oui, la France semble bien en faire partie.
Regardez
ce qui se passe en France, autrefois grandes nations, aujourd'hui conquises, pillées, réduites en cendres par des migrants, des djihadistes, des communistes qui haïssent le christianisme et à vrai dire la civilisation occidentale elle-même. Le président Trump aime bien donc critiquer la France, mais régulièrement aussi on l'a vu se moquer en particulier du président Emmanuel Macron.
Là,
en affirmant par exemple qu'il a eu le président français au téléphone, alors que celui-ci venait, selon Trump, de se faire battre par son épouse, et qu'il se remettait d'un crochet du droit tout en lui répondant, le tout sous les rires de l'assistance, puis de se lancer dans l'une de ses tirades préférées sur Emmanuel Macron, qui l'aurait supplié de ne pas faire augmenter les prix des médicaments en France, et puis sur la France qui, comme beaucoup de pays, ne l'aurait pas suffisamment aidé dans sa guerre en Iran. Manière donc de sous-entendre pour Donald Trump que les Français... aurait bien quelque part ce qu'il mérite en matière de prix à la pompe dans les stations-service. Michel Barnier, est-ce que ce serait une bonne nouvelle pour les Français que Donald Trump quelque part perde ses élections de mi-mandat et donc perde la majorité à la Chambre des représentants et au Sénat ?
Moi je pense que le débat français, le débat politique français est trop hexagonal. Donc c'est bien... que grâce à vous, nous disions un mot de ce qui se passe aux Etats-Unis. On pourrait parler aussi de l'Ukraine et de l'agression de M. Poutine, de ce qui se passe au Proche-Orient. Mais ce n'est pas la bonne manière, pardonnez-moi de vous le dire, mais moi je n'ai pas envie de parler de ce débat mondial, de géopolitique, avec les saillies de M. Trump, dont les attaques personnelles contre le président de la République française sont inadmissibles. Quelques citoyens français que ce soit, c'est inadmissible d'entendre le président des États-Unis attaquer sur le plan personnel le président de la République française.
Il devrait réagir plus fermement, Emmanuel Macron, selon vous, à chaque fois ? Non, il ne faut pas réagir à chaque fois,
mais il faut quand même avoir une opinion sur ce comportement. D'ailleurs, M. Trump, il utilise les mêmes arguments contre ses adversaires démocrates dans les très nombreux meetings qu'il a faits. On l'a vu insulter les candidats démocrates. Ce qui m'intéresse dans cette affaire des mid-termes, c'est peut-être le coup d'arrêt que pourrait être donné par les électeurs américains à M. Trump pour qu'il change d'attitude, qu'il s'occupe un peu plus dans son pays, où le taux de criminalité est beaucoup plus important que chez nous, et un peu moins de mettre du désordre dans le monde. Ce qui me frappe aussi, c'est le fait que c'est la première fois depuis 70 ans que le président des États-Unis d'Amérique veut détruire l'Europe. veut détruire l'Union Européenne. On a affaire actuellement. C'est pour ça qu'il faut être européen et patriote et combattre Mme Le Pen ou M. Mélenchon qui veulent nous isoler et nous faire sortir de l'Union Européenne. On a besoin d'être ensemble pour résister à l'agression russe, à l'agressivité commerciale chinoise et aux agressivités permanentes de M. Trump. C'est la première fois depuis 70 ans que le président des Etats-Unis d'Amérique veut détruire le projet européen au lieu de le soutenir.
Donc il faut souhaiter une défaite de Donald Trump ?
Je vous ai dit, c'est aux Américains. Non, non, je ne vais pas faire comme M. Trump et donner des leçons et dire aux Américains ce qu'ils veulent faire. Ils sont assez grands pour ça, mais je pense qu'il faut qu'ils comprennent que nous n'acceptons plus ces oucases, ces insultes et ce comportement erratique qui fait qu'ils créent de l'instabilité dans le monde. Et voilà pourquoi je le répète. Si vous voulez tirer le leçon de tout ça, il faut être européen. En même temps, je suis avec Bruno Rotaillot et beaucoup d'autres sur l'idée que la France doit changer ce qui doit être changé à Bruxelles. Il y a plein de choses à changer. Mais de grâce, restons ensemble. Je le dis à tous ceux qui nous écoutent, on a besoin d'être ensemble. Sinon, on est foutus. Si on n'est pas ensemble, on est tout seul, comme Mme Le Pen ou M. Mélenchon le veulent, on est foutus, on est durablement susceptibles d'être sous-traitants et sous influence des Chinois et des Américains. Moi je ne me suis pas battu en politique depuis si longtemps pour que mon pays soit sous-traitant.
Est-ce que Mme Le Pen et Jean-Luc Mélenchon sont sous-affluence selon vous, étrangères ?
y a des influences. En tout cas, je vois bien la complaisance de Mme Le Pen, de M. Mélenchon à l'égard de M. Poutine et d'autres. Je ne dis pas ça. Je dis simplement que leur politique, ce qu'ils proposent aux Français, c'est d'isoler la France. Quand Mme Le Pen propose de réduire de moitié... Le budget européen de la France, ça veut dire un Frexit. Et moi, je peux vous parler du Frexit ou du Brexit, parce que je l'ai géré pendant 5 ans comme négociateur européen. Je vois bien les Anglais qui sont en train de le regretter.
Merci beaucoup Michel Barnier, ancien Premier ministre, député LR de Paris. Merci d'avoir été avec nous ce matin sur ce radio. Je vous souhaite une excellente journée. Il est 8h58.
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