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Le prix Goncourt a été décerné aujourd'hui et son lauréat est avec nous ce soir dans le 20h, l'auteur de l'Inconnu du Quai de Javel. Bonsoir Philippe Jaénada. Bonsoir Jean-Baptiste. Et félicitations d'abord. J'ai le premier exemplaire avec la fameuse bande rouge. Il est magnifique. Bien assorti. Alors comment vous avez réagi quand vous l'avez appris ? Vous étiez chez votre éditeur ?
Très étrange. J'étais chez mon éditeur. La semaine dernière j'étais absolument serein. Je me disais de toute manière, soit j'ai le prix Goncourt et je suis content. Soit je ne l'ai pas et je continue ma vie normalement, tout va bien. Et puis ces deux derniers jours, on reçoit des dizaines de mails de tous les gens qu'on a connus depuis 40 ans. Je croise les doigts, tu vas la voir, j'en suis sûr. Et malgré soi, on se tend artificiellement.
Vous êtes drôle, vous avez dit en réaction, première réaction, c'était rigolo, ça fait plaisir. Oui, c'est vrai. C'est rigolo. C'est rigolo. C'est rigolo.
C'est une sorte de course. Je suis turfiste, j'adore les courses. C'est un jeu, mais un jeu qui prend de l'importance et de la gravité plus en approche du poteau
d'arrivée. Un jeu qui va changer votre vie quand même. Déjà un très beau succès, il était vendu à 60 000 exemplaires. Vous allez peut-être atteindre 600 000 à la fin de l'année.
On verra bien, je n'en sais rien, on verra bien. Mais en tout cas oui, ça fait plaisir. Je ne peux rien dire d'autre que c'est joyeux, ça fait plaisir. Alors rigolo, non, aujourd'hui c'était tendu ce matin. Mais non, c'est une formidable nouvelle.
Philippe Janada, c'est votre 13e roman. C'est une enquête sur le meurtre d'une femme inconnue, en fait pas tant que ça. C'est-à-dire qu'on connaît son nom très vite. Elle s'appelle Louise Canso. On sait qu'elle a été tuée. Jeune bretonne qui est sur le mort de Kate Javel à Paris en 1949. Mais en fait, vous dites qu'elle est inconnue parce qu'à part son nom, sa photo, on ne sait rien d'elle. Et vous, vous allez retrouver... remonter sa trace c'est une enquête en fait
c'est une enquête c'est à dire que les gens qui lisent le livre doivent se dire page 12 comme elle est identifiée louise canceau qu'est ce que c'est que ce titre 10 pages plus loin déjà plus inconnue on
a toutes les infos sur elle dès le début du livre
c'est aussi pour moi c'est à dire que j'essaye de lutter contre l'illusion j'essaye de rester humble et lucide lutter contre l'illusion qu'après des mois des années de recherche sur elle où j'ai obtenu toutes les informations possibles lutter contre l'illusion que je la connais Je ne connais même pas le son de la voix de cette femme, ni la lueur qu'il y avait dans ses yeux. Donc pour moi, elle reste une inconnue. Je sais le plus ce qu'on peut savoir d'elle, et j'essaye de le transmettre. Mais il faut que je me dise, je ne sais pas qui était vraiment Louis Sconson. Donc
c'est une enquête presque journalistique que vous allez mener, que vous nous racontez pendant plus de 500 pages. Et vous, vous avez un modèle pour ça. C'est Maigret. Vous
avez lu tous les
Maigrets,
les 75. Quand j'ai découvert ce fait divers, j'ai eu l'impression de lire le début d'un maigret. C'est vraiment presque un archétype de fait divers, symbolique, vraiment. Et je me suis dit, je vais lire tous les maigrets. Au début, c'était censé être juste une sorte de ressort comique. Je me suis dit, mon narrateur, qui est un peu moi, va se prendre pour maigret, qui n'existe pas, et va évidemment se heurter à la réalité. Ça fera des situations ridicules, cocasses, ça allégera un peu le livre. Et en fait... m'a servi quand même, les conseils, parce qu'en lisant les 75 maigrés, je notais toutes ces réactions dans telle ou telle situation, face à tel ou tel problème. Et j'ai suivi ça docilement, et ça m'a mené, je pense, au coupable.
Ce qui est étonnant également, on ne va pas dévoiler sur la fin, parce que vous avez très probablement le nom du coupable, mais c'est votre style, c'est que vous interpellez le lecteur, vous vous critiquez parfois, vous vous insultez à un certain moment, vous avez un style qui est déconcertant parfois.
Oui, mon personnage sert, c'est la version un peu maladroite, un peu malchanceuse de moi-même dans ce livre, je ne suis pas que ça, j'espère. mais sert à amener le lecteur avec moi et surtout à alléger, comme j'ai dit, à alléger un peu le drame, la tragédie de cette jeune femme.
Cette jeune femme, justement, vous la réhabiliter. Je ne donne pas la fin, parce qu'il y a une très belle scène, et justement, on ne dit rien. Est-ce que vous avez pensé à elle ? Vous ne l'avez évidemment jamais connue, elle est morte en 1949. Est-ce que vous avez pensé à elle en recevant ce prix tout à l'heure ?
Bien sûr, bien sûr. Parmi les premières réponses que j'ai faites quand une meute de journaliste s'est ruée sur moi, j'ai pensé d'abord à mon éditeur, mon premier éditeur, Bernard Barrault, qui est mort au début de cette année. La dernière chose qu'il m'a dite au dernier déjeuner, c'est « va vers ton destin ». Voilà, mon destin, c'est ici maintenant. Et puis évidemment, j'ai pensé à elle, mais pas seulement à elle, à toutes les jeunes femmes de l'époque qui lui ressemblaient et des jeunes femmes d'aujourd'hui qui doivent lui ressembler aussi et qui doivent affronter pas mal... d'obstacles, d'injustices, de contraintes. Donc oui, j'ai pensé à elle et à ses semblables.
C'est Chris Cançon, elle était assassinée là, peut-être à 50 mètres d'ici de France Télévisions, sur le quai de Javel. Vous étiez prédestiné à venir sur le plateau du 20h. Voilà, j'y suis maintenant. C'était ça, c'était une histoire écrite. Vous aimez ces personnages cabossés. C'est ça qui vous guide, qui vous inspire. Qu'est-ce qu'ils ont de particulier ? Pourquoi cette personne
? Ce n'est pas le fait qu'ils soient cabossés, parce qu'elles n'étaient pas cabossées à l'origine, c'est qu'ils aient été cabossés. Il y a quelque chose qui vraiment me propulse, me révolte, m'entraîne, c'est l'injustice, sous quelque forme que ce soit. Je m'intéresse beaucoup à l'après-guerre, donc mes derniers romans se déroulent dans l'après-guerre. Les personnes qui avaient des problèmes, des injustices... des contraintes, c'était des jeunes femmes souvent, donc c'est ça qui me touche.
Philippe Géanada, il faut parler de l'intelligence artificielle, parce que le concours a été évidemment bouleversé par cette nouvelle technologie, avec évidemment le livre de Télison Aurélien, c'était ça ou mourir. faut quoi ? Il faut interdire l'IA, vérifier que chaque livre n'a pas été écrit, ou il faut au contraire, comme vous le faites d'ailleurs, et vous le dites ouvertement dans ce livre. l'utiliser pour des recherches avec parcimonie.
Il ne faut pas interdire l'IA. C'est comme si on est sur une plage, il y a un tsunami, et on dit non, je n'en veux pas, je ne veux pas être mouillé. On ne peut pas. L'IA, ça a été très vite, mais on ne peut pas l'interdire. Ce qu'il faut, à mon très modeste niveau, ce que je pense, c'est qu'il faut l'apprivoiser, la domestiquer. Il faut qu'elle soit un outil, il faut qu'elle nous soit utile, et surtout pas qu'elle nous remplace, mais on ne peut pas faire comme si elle n'existait pas. Donc moi, dans le livre... de manière un peu humoristique, j'espère. J'en parle, je me sers de l'IA, je me moque d'elle ou de lui, d'ailleurs, je ne sais pas, de temps en temps. Mais en tout cas, je pense qu'il faut se l'approprier, vraiment, et être honnête.
Merci beaucoup, en tout cas, l'inconnu du Quai de Javel, Philippe Genada, c'est le prix Goncourt, il est là et je pense qu'il va rester encore un bon moment dans toutes les molles librairies. Merci d'avoir été évidemment notre invité ce soir et félicitations encore.
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