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La semaine politique a été profondément marquée par les suites de l'attentat de Trappes, dont la dimension raciste a été précisée par le procureur jeudi. Vendredi soir, un grand rassemblement a eu lieu à Trappes, en hommage aux victimes du racisme, avec cette belle Marseillaise entonnée par les habitants. Blanche, vous, c'était la prise de parole du président de la République que vous êtes intéressé, une prise de parole auprès du youtubeur Hugo Décrypte.
Absolument, Thomas. Dans cette interview fleuve de plus d'une heure avec le youtubeur, le président est revenu notamment sur le drame de Trappes. Il a employé une expression très forte, de manière assez surprenante, vous allez l'entendre. Lorsqu'Hugo Travers demande au président de la République qui, selon lui, a installé ce racisme dans le débat public, Emmanuel Macron lui répond ceci.
y a des mouvements politiques qui ont laissé s'installer cela à l'extrême droite. Lesquels ? On connaît. le Rassemblement national, ceux qui leur sont proches, et qui a une forme de désinhibition des propos. Il y a un racisme d'atmosphère. Et on voit sur les plateaux, dans les propos, des choses qui faisaient réagir avant beaucoup plus. Et donc je trouve qu'il y a une désinhibition des violences.
Emmanuel Macron déplore ce, je cite, « racisme d'atmosphère » qui infuserait désormais dans la société française, un climat qui ne relèverait pas d'une génération spontanée, mais serait l'œuvre d'acteurs bien identifiés, en l'occurrence, si l'on écoute le président de la République, l'extrême droite et l'ERN. Oui, les mots tuent, et par le truchement d'un funeste paradoxe, c'est en les banalisant qu'on les rend plus dangereux. Mais si le chef de l'État a reconnu dans cette même vidéo une part de responsabilité dans les débordements ? du 17 octobre, il n'y a pas eu le début du commencement d'un mea culpa s'agissant de l'attentat de Trappes. Comme si l'exécutif n'était que le spectateur impuissant, dépité d'un climat politique sur lequel il n'aurait absolument aucune prise. Et comme si le président lui-même n'était qu'un simple commentateur affligé. Et pourtant, depuis plusieurs années maintenant, la banalisation de la parole aux accents racistes discriminant les immigrés n'est plus l'apanage de l'extrême droite. immigrationniste, décivilisation, ensauvagement, submersion migratoire, sont autant de concepts que l'on a entendu non plus de la bouche des cadres du RN, mais de bien de celles du président et des membres du gouvernement. Et non pas par accident, mais dans le cadre d'une stratégie théorisée, revendiquée, assumée. Celle de la promotion d'une parole dite décomplexée, d'un discours prétendu de vérité, en réponse à ce mantra bien connu, selon lequel on ne pourrait plus rien dire, et si on peut tout dire, au prix de dire n'importe quoi. et de rendre tolérable ce qui avant ne l'était pas.
Et ces mots-là, ce lexique, il dure, il s'inscrit dans la longue durée, peut-être plus d'ailleurs que l'émotion.
Absolument, Thomas. Et c'est Ali Rabbe, le maire de Trappes, qui a formulé puissamment ce décalage. Dans Le Monde, cette semaine, il a répondu à un entretien et il confiait sa peur, je cite, « d'une émotion ». Éphémère. Et je crois que l'on touche là au paradoxe, peut-être même au drame de notre époque. L'émotion est bien plus volatile que les mots. Et elle s'évapore en quelques jours à peine. On oublie vite la première, mais les seconds, eux, ils restent en suspension dans l'air, infusant les esprits, allant jusqu'à armer certains d'entre eux. Alors comment, dans les six mois qu'il nous reste, avant l'élection présidentielle, épurerait l'atmosphère de toute cette haine pour y réinjecter de la vigilance, de la tolérance, de la fraternité ? François Tureau, vous qui êtes un grand défenseur de la liberté... d'expression, quelle est la responsabilité morale de ceux qui gouvernent lorsqu'ils reprennent à leur compte ces mots incendiaires-là ?
trouve que la première responsabilité morale, la première responsabilité de l'État n'est pas une responsabilité morale mais une responsabilité politique. Personnellement, arrivé à un âge canonique, j'en ai absolument par-dessus la tête de voir les hommes politiques se transformer en commentateurs de leur propre abstention. L'un des problèmes principaux qui... qui entraîne le racisme, dont je ne pense pas qu'il soit systémique en France, il ne faut pas charrier non plus, mais l'un des problèmes principaux, c'est par exemple, je vous donne un exemple, la législation antiterroriste. Nous ne devrions pas avoir de législation antiterroriste. La législation antiterroriste veut dire simplement que quand quelqu'un tue quelqu'un au nom d'Allah, vous allez avoir un procès, on va lui demander, j'y assistais, je sais de quoi je parle, on va lui demander sérieusement, mais est-ce bien conforme à l'islam ? Est-ce bien conforme à la deuxième sourate ? Est-ce bien conforme à ceci ou à cela ? Mais on s'en fiche complètement. En France, on ne décapite pas son professeur, qu'on le fasse au nom d'Allah, du grand bal Melcart ou du pape Jean-Paul XVI. On ne fait pas ça. Et donc, nous avons nous-mêmes créé une législation à caractère politique dont le substrat est un substrat non-racial, en créant la législation antiterroriste. Et après, on vient s'étonner. qu'il y ait des qualifications ethno-raciales derrière la totalité du débat politique. Eh bien on a tort de s'étonner. Et les hommes politiques feraient mieux d'y réfléchir au lieu de se plaindre avec des accents de commentateurs de l'Osservatore Romano. Voilà.
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