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Les affirmations chiffrées ou factuelles des personnalités identifiées sont confrontées aux sources officielles, aux fact-checkeurs et à la presse de référence. Vérification automatique : consultez les sources.
Bonsoir à toutes et à tous. Bienvenue sur Faux. On en parle. Votre nouveau rendez-vous d'actualité. Ici, des sujets dont on parle peu ou mal dans les autres médias.
Ici, pas d'actionnaire, pas de milliardaire. On parle de ce qu'on veut et avec qui on veut. Et pour que l'on puisse continuer à le faire, on a besoin de vous. Cette émission, c'est aussi la vôtre. Donc n'hésitez pas à nous dire ce que vous en pensez en commentaire et à nous soutenir. Alors merci d'avance. Bonjour Amira et ravi de te retrouver. Ça fait 4 numéros que tu n'étais pas là, je me sentais bien seul en tout cas. Je
suis contente de te retrouver Cyril. Alors au sommaire de cette émission, on va parler des manifestants. Où est-ce qu'ils pourront défiler librement demain ? C'est assez flou, le pouvoir joue la montre. L'intersadicale d'Île-de-France a donc saisi le tribunal administratif pour forcer la préfecture de police à ce... positionner clairement et assumer ses choix. L'avocate de l'UNEF, Shirin Ardakhani, était à l'audience aujourd'hui. Elle sera avec nous dans quelques minutes. Il me semble qu'elle est dans le taxi.
Effectivement. Et on parlera également des États-Unis où la vague bleue déferle celle des démocrates. Le dépouillement est en cours, mais c'est déjà joué. Trump perd le contrôle. Les démocrates remportent la majorité aux deux chambres du Congrès.
Et dans cette émission, nous recevons un habitué de nos plateaux, l'économiste Thomas Porchet, pour parler de son livre paru aux éditions Plon, l'état de la France après Macron. Le bilan qu'on vous cache, révélation à suivre. Mais tout de
suite, c'est l'édito. Il y a quelque chose qui devrait quand même nous inquiéter sérieusement. dans ce qui se passe actuellement en France. On parle beaucoup de l'insécurité, de la violence, de la menace terroriste islamiste. Mais quand cette violence vient de l'ultra-droite, j'ai parfois le sentiment qu'on a du mal à regarder les choses en face.
Et pourtant, les exemples ne manquent pas. Le dernier en date, à Trappes, Kevin Tessier a ouvert le feu sur des personnes qu'il avait ciblées parce qu'elles étaient, selon ses propres termes, noires, arabes ou musulmanes. Bengo Bossio Wangi a été tué. Plusieurs personnes ont été blessées, dont Ramatou. une fillette de 12 ans. Le procureur national antiterroriste Olivier et Christine a confirmé que le profit de Kevin Tessier relève de l'ultra-droite radicale et violente.
Et les chiffres qu'il donne à Myra sont assez éloquents. Depuis 2019, 23 procédures concernant l'ultra-droite ont été ouvertes par le parquet antiterroriste, 6 en 2025 et 6 déjà. En 2026, ce n'est donc pas une menace imaginaire, c'est une réalité. Et je crois qu'il faut arrêter de considérer que ce sont simplement quelques individus isolés, quelques illuminés, qu'on trouverait de temps en temps dans la rubrique des faits divers.
une question revient de plus en plus, Cyril. Comment en est-on arrivé là ? Comment des individus en arrivent-ils à considérer qu'ils peuvent s'en prendre, et même tuer, à d'autres simplement parce qu'ils sont noirs ? arabes ou musulmans.
Ils ne sortent pas de nulle part, Amira. Ils évoluent dans une société, ils entendent des discours, ils regardent les médias. On a entendu même des responsables politiques installer cette idée d'une France menacée de l'intérieur.
ces discours ont réellement des conséquences, Cyril ? Preuve à l'appui.
Oui, et je me rappelle que Valérie Pécresse, Aurore Berger, pour ne citer qu'elle, ont donné du crédit à la théorie fumeuse du grand remplacement. Vous savez, cette théorie complotiste d'extrême droite qui dit que les populations européennes seront remplacées par une immigration non-européenne. Et aujourd'hui, Amira, on découvre des individus qui prennent ces obsessions au pied de la lettre.
Et il y en a encore des faits à l'appui. Encore une fois, par exemple, cette affaire jugée à Nantes, c'était lundi dernier. Un homme a été condamné à six mois de prison avec sursis pour des menaces de mort racistes sur Facebook. À son procès, il a expliqué qu'il regardait ces news tous les soirs. Il reconnaît, et je cite ces mots, que ça lui montait un peu trop au cerveau. Et c'est entre autres pour ça que plus de 800 000 personnes ont d'ailleurs signé la pétition qui tourne actuellement pour la fermeture de l'air. Car à force de répéter que certaines populations seraient une menace, qu'elles seraient incompatibles avec la France, qu'elles seraient responsables de tous les maux du pays, eh bien on finit par créer un climat malsain.
ceux qui sont visés, eux, ne vivent pas ça comme un débat télévisé entre bourgeois. Ils le vivent dans leur quotidien, dans leur quartier, dans les transports, parfois même au travail. Avec cette petite angoisse qui s'installe en eux petit à petit et qui leur fait se demander est-ce que je suis vraiment en sécurité ici ? Est-ce que mon entourage est en sécurité ?
Oui, Cyril, parce qu'au fond, la question est très simple. Dans quel pays voulons-nous vivre ? Un pays où chacun peut vivre librement, quelle que soit son origine, ou un pays où certains finissent par avoir peur d'être ce qu'ils sont.
'est parti pour les brefs du jour. Quel sera, Amira, le parcours de la manifestation de demain, le 5 novembre ?
Alors, pour l'instant, c'est assez fou. La préfecture de police n'a toujours pas publié les potentiels arrêtés d'interdiction qu'elle pourrait prendre. Sur le tracé prévu, je le rappelle, entre Bastille et Concorde, Sophie Binet de la CGT avait déclaré une manifestation doit pouvoir se voir. On ne va pas se cacher en allant manifester sur le périphérique. Elle parle même d'une dérive autoritaire du gouvernement. Cette bascule autoritaire, là, elle... DH en parle également. L'intersindicale a donc saisi le tribunal administratif. L'avocate de l'UNEF, Sherine Ardakani, était à l'audience. Aujourd'hui, elle sera avec nous dans quelques minutes, justement, pour parler du tracé de la manifestation de demain.
Et France Info a consulté une note de la Direction Nationale du Renseignement Territorial sur cette journée du 5 novembre.
Oui, alors il faut bien justifier cette potentielle interdition de manifester. Alors, selon les renseignements, je cite la note consultée par nos confrères, la journée est classée à... risque avec de nombreuses violences en direction des forces de l'ordre et des dégradations de bâtiments publics prévisibles.
Faire passer les manifestants pour des émeutiers, c'est arrangeant. Et surtout, on oublie de parler de la convergence des luttes qui est en marche.
en marche et je dirais même en plaçant d'ailleurs cette même note insiste sur cela. Je cite, la journée devrait sceller la jonction entre plusieurs luttes et oppositions. C'est ça qui leur fait peur et pour cause. La journée de demain, c'est des centaines de cortèges à travers le pays appelés par la terre syndicale pour lutter contre la cherté de la vie. Il y aura des salariés du public en rêve, des salariés du privé. La coordination des Gilets jaunes a appelé à descendre dans la rue. Et les étudiants aussi.
Une émission spéciale demain dès 18h30 et jusqu'à 20h sur les antennes du Média, en présence de nombreux invités. Alors restez branchés. Toujours en France, face à l'impasse parlementaire, le gouvernement Lecornu envisagerait de recourir aux ordonnances pour faire adopter le budget, contournant ainsi le vote des députés. Toujours la même question, quelle place laisse-t-on au débat ? Alors
chacun se fera son propre avis, on ne va influencer personne. Bref, après le recours au 49.3, cette nouvelle méthode pourrait permettre à l'exécutif d'imposer ses choix budgétaires sans obtenir la validation du Parlement. Une stratégie politique dont on a l'habitude maintenant, avec toujours les mêmes conséquences. Les Français sont les premiers qui vont payer les pots cassés et on ne leur a même pas demandé. Alors avis, et ce n'est pas qu'une affaire de macronistes ou de LR, même le maire. Emmanuel Grégoire y est favorable à ces ordonnances. À l'international, on va parler mi-terme aux Etats-Unis. La vague bleue est devenue réalité. Les démocrates ont remporté la majorité absolue dans les deux chambres du Congrès, même si le dépouillement se poursuit.
Donald Trump et les Républicains perdent le contrôle. Les démocrates ont réussi un coup de maître, reprendre la main dans les bastions trumpistes. Le basculement est si important qu'il pourrait bien compliquer la suite du mandat de Donald Trump.
Et le Texas en est le parfait exemple Cyril.
Il s'appelle James Talarico, 37 ans. Il devient sénateur du Texas après 30 ans de domination républicaine. Dans cet état du sud, c'est historique. Cette victoire était encore impensable il y a un an. Il le dit ainsi, je le cite, « Ce soir, nous avons battu Goliath. » Alors d'autres
profils font du bien avoir
Cyril. Oui, notons au New Hampshire, Chris… Papas, qui devient le premier homme ouvertement gay élu au Sénat. Abdel El Saïd a lui remporté l'élection sénatoriale dans le Michigan et devient le premier musulman au Sénat américain. Citons également Deb Haaland, membre de la tribu Laguna Pueblo, la première... amérindienne gouverneur.
la victoire à un démocrate de mi-mandat a fait accéder des personnes issues de minorités à des postes hautement stratégiques. C'est une première Cyril.
d'ailleurs vous pourrez retrouver une émission spéciale du côté de chez Sam ce week-end où on reviendra en détail sur les... Voilà pour ce petit tour de l'actualité du jour. On reçoit tout de suite Thomas Porcher, économiste et régulier du Média. Il est sur notre chaîne avec son émission L'Instant Porcher. Il est avec nous ce soir pour nous parler de son livre paru aux éditions Plon, l'état de la France après Macron, le bilan qu'on vous cache.
Et oui, l'heure est au bilan. Allez, c'est tout de suite. – Bonjour Thomas. – Bonjour. – Enfin bonsoir plutôt. – Bonsoir. – Bonsoir Thomas. – Bonsoir, merci d'être avec nous. Alors je vais revenir sur le titre de ton livre, « L'État de la France après Macron ». En quelques mots, c'est quoi l'État qui nous a laissés après deux mandats ?
Je pense qu'après deux mandats, déjà, il faut dresser le bilan. Et il y a un certain nombre d'éditorialistes qui ne veulent pas dresser ce bilan, parce qu'ils ont tous soutenu les réformes principales de Macron. Et aujourd'hui, vous voyez bien où… où vont les sujets sur le président de la République. Ils vont plutôt sur des questions psychologiques, sur les SMS qu'il aurait pu échanger. Mais on ne va pas sur le fond de sa pensée qui a été soutenu par la majorité des éditorialistes. Et aujourd'hui, le bilan, il est ce qu'il est. On a une France plus inégalitaire. On a une France où les services publics ont été ubérisés. On a eu des cadeaux qui ont été faits très fortement aux plus riches et qui n'ont pas eu des effets escomptés, qui n'ont pas tenu leurs promesses en termes d'investissement. Donc la France a été très très dégradée avec les deux quinquennats d'Emmanuel Macron, même si on met de côté les grandes crises qui nous ont frappés.
Tu dis en introduction que certains ont préféré ramener l'échec de Macron à des explications psychologiques. Ramener les problèmes psychologiques à la seule personnalité de Macron, c'est éviter de parler du fond. Qu'est-ce qui fait que depuis des années, en fait, qu'est-ce qui fait qu'on parle de ça par
rapport à Macron ? En fait, déjà, on voit vraiment que cette question, très clairement, les premiers soutiens de Macron ont sorti aujourd'hui des bouquins pour vous expliquer qu'il a été mal entouré, qu'il est trop personnel, qu'il décide tout seul. Tout un tas de choses, en fait. analysant la psychologie, alors que le programme qu'il avait avancé était un programme très clair. Donc
ce n'est pas un problème de personnalité pour toi, c'est un problème de programme.
Non, non, ça c'est une façon pour les médias traditionnels et les éditorialistes qui ont soutenu très fortement, comme on n'a jamais vu, il faut se rappeler ça, comme on n'a jamais vu un candidat, de se dédouaner de l'État dans lequel se trouve la France aujourd'hui. Parce qu'il faut faire le bilan de ces gens qui ont soutenu. Quand on regarde les grosses réformes, la réforme de l'impôt sur la fortune. qui profitait à 1% de la population, qui détiennent 25% du patrimoine, qui ont reçu 4 milliards de baisse d'impôt. On nous avait promis que ça allait se transformer en investissement. Nicolas Dose, Dominique Seux, l'éditorialiste de France Info, de CNews, ont tous défendu cette réforme. Aujourd'hui, le résultat, c'est quoi ? C'est France Stratégie qui le dit. Nous, les économistes atterrés, Thomas Porcher, avaient dit que ça allait pas se transformer en investissement. Aujourd'hui, c'est France Stratégie qui le dit. Et je vous lis la phrase, c'est assez précis. Un impact nul... précisément estimé, un impact nul précisément estimé, de la réforme sur l'investissement des entreprises. Donc ça ne s'est pas transformé en investissement, ça a été un cadeau aux plus riches. Et ça, la plupart des éditorialistes ne veulent pas le voir, ne veulent pas le dire. Donc on va sur « Ah, il a gouverné seul, etc. » Mais la première année, il a fait un certain nombre de réformes.
Les choix fiscaux de Macron, en fait, la baisse des impôts, c'est distinct. Il y en a deux, les cadeaux fiscaux aux plus riches et ceux qui ont été donnés aux entreprises. Sur ces dernières, Macron a justifié son choix. Un bon cadre fiscal, c'est favorable aux entreprises. c'est elles qui vont donner de la croissance. Tu es là ce soir, aujourd'hui. Est-ce que tu as un exemple précis, concret, pour nous dire que c faux ? Ça,
on ne l'a pas vu sur les chiffres. Et encore une fois, déjà, les premières. Moi, je le détaille bien dans le chapitre. J'ai même fait un schéma où on voit en fait déjà qui a profité des réformes fiscales de Macron. On voit bien que sur les petites entreprises, la pression fiscale a augmenté. Et c'est les très grosses entreprises, donc en partie le 440, qui ont profité des baisses d'impôts d'Emmanuel Macron. Donc Macron nous a vendu la Startup Nation. En réalité, il a favorisé des gens qui étaient déjà en position de pouvoir. Le 440, soit dit en passant, qui a 1500 filiales dans les paradis fiscaux. Il y a des problèmes aujourd'hui de déficit budgétaire. Peut-être qu'il faudrait leur demander ce qu'elles y font. Et puis après, France Stratégie a dit que ça ne s'est pas transformé en investissement, que par exemple le CICE qui a été transformé en baisse de charge a plutôt augmenté les marges. des entreprises. Donc en réalité, la politique de Macron... Voilà, il y avait une promesse qui était faite au départ, la politique de l'offre, le ruissellement, même s'il n'a pas utilisé ce mot-là, c'est-à-dire qu'une politique pro-riche, pro-entreprise, qu'elle ait profité à tous. Et là, on voit bien que c'est l'inverse. Les actionnaires n'ont jamais été aussi riches, les dividendes n'ont jamais été aussi élevés. Et en bas de l'échelle, les salariés n'ont jamais été aussi pauvres et aussi insécurisés par les lois travail.
– Certains pourraient te répondre, oui, mais sous Macron, en tout cas dans l'ordre de son projet, premier quinquennat, le chômage a
baissé. C'est faux. Non mais le chômage a baissé, la statistique du chômage a baissé. Mais les chômeurs n'ont pas trouvé d'emploi. Il y a plusieurs graphiques que je montre, dont un où on voit très clairement que le chômage diminue et que les radiations ont augmenté. C'est-à-dire que Macron, avec ses réformes sur l'assurance chômage, a permis de radier des chômeurs. Ils sortent de la statistique, mais ils ne trouvent pas un emploi. Donc la statistique... Et plus belle qu'au départ. Mais à côté de ça, vous avez une armée de gens qui n'ont pas d'emploi, mais qui ne sont pas dans la statistique du chômage. Et dernière chose, le chômage a baissé de manière conjecturelle dans toute la zone euro. Donc il y a une partie qui est due aussi au fait que la zone euro est revenue à son niveau de richesse d'avant crise et s'est remis à créer des emplois. Mais Macron, avec ses réformes, n'a pas entraîné la plus grande forte baisse du chômage en zone euro, comme parfois il le laisse plus ou moins dire.
ce que tu dis, Thomas, c'est assez intéressant. Tu dis que Macron a fait de l'État ni un État stratège, ni un État social, mais un État facilitateur. Facilitateur pour qui ?
En fait, il a fait un État facilitateur et pantouflard. C'est-à-dire un État qui n'a plus de vision stratégique, qui récolte l'argent des entreprises publiques. comme par exemple le DF parfois, et aussi un État facilitateur. C'est-à-dire que je crée des règles sympathiques pour les grandes entreprises. Par exemple, je fais une loi travail qui permet aux entreprises de licencier plus rapidement et je baisse des impôts. Donc je suis un État facilitateur et je te dis que c'est ça qui va réindustrialiser la France. Or, on ne réindustrialise pas la France sans avoir à un moment un plan. Un plan stratégique des secteurs que l'on choisit. Ce n'est pas que par la baisse d'impôts et par des lois de travail qu'on va réindustrialiser la France.
Justement, c'était dans un des discours de Macron. Je vais essayer d'expliquer ce qu'on est en train de faire pour réindustrialiser le pays. Il l'a dit, c'était une de ses promesses. Qu'est-ce qu'il a fait en 10 ans pour réindustrialiser la France ?
Alors, il a fait des rendez-vous à Versailles. C'est vrai, pour rassurer les entrepreneurs. Il a fait effectivement toutes les baisses d'impôts. Il a fait un marché du travail qui était beaucoup plus flexible, qui permet de licencier plus facilement les gens. Et il s'est dit, voilà, une fois que j'ai fait ça, vous pouvez venir, je vous invite à venir. Or, parfois, il a fait venir des entreprises qui mettaient en concurrence... d'autres entreprises françaises, dont parfois l'État était actionnaire dans le cas de l'automobile. Donc il n'a pas eu une vision vraiment stratégique. Et les entreprises sont venues, elles en ont profité à un moment très court. La réindustrialisation de Macron, ça a duré un ou deux ans maximum. Et puis dès que les terres sont un peu plus accueillantes ailleurs, c'est-à-dire que la politique fiscale est plus à commande ailleurs comme aux États-Unis, elles partent. Donc Macron n'a pas eu une vision industrielle. Il a fait des cadeaux qui ont profité à un moment aux plus riches, qui n'ont pas réindustrialisé. Et aujourd'hui, on le voit bien. Aujourd'hui, il y a plus d'entreprises qui ferment que d'entreprises qui viennent en France.
C'est la case du service public que tu imputes à Macron. Quelle est la finalité de Macron ? C'est nous diviser
? Alors je n'appuie pas totalement à Macron. La case du service public, ça remonte quand même depuis une trentaine d'années. Mais il y a eu une nette accélération sous Macron. Et on le voit bien parce que Macron voulait supprimer 120 000 postes de fonctionnaires. 120 000 postes de fonctionnaires. Il n'a pas réussi. Il en a supprimé quand même plusieurs dizaines de milliers. Mais les besoins étant là, on a remplacé ces fonctionnaires par des contractuels. Donc Macron a contribué à ubériser la fonction publique, les vacataires, dans l'enseignement supérieur et ailleurs. Il a contribué, il a accéléré ce mouvement. Donc il a appauvri quelque part effectivement le service public, ce qui fait qu'aujourd'hui on le voit bien dans la manifestation des élèves. C'est que vous avez des postes parfois de professeurs où il manque des candidats. Et ça c'est assez difficile.
Justement, je propose d'écouter Macron sur le salaire des enseignants.
2022, on augmente le salaire des enseignants, il fallait le faire, parce qu'ils étaient sous la moyenne de l'OCDE en 2017, on a augmenté. En 2017, quand j'ai été élu, le salaire devait être à 1700 euros par mois, il est vers 2300-2400 euros par mois en début de carrière, donc il a été augmenté. On pouvait en plus faire quasiment un 13ème mois avec ce qu'on appelle le pacte. Et le pacte s'était fait pour quoi ? Non-remplacement. Cœur du combat, je crois qu'il n'y a jamais un président de la République qui s'était engagé sur les non-remplacements. La machine l'a un peu mangé, je veux dire, ça n'a pas si bien marché que ça.
Une réaction, Thomas, sur ce qui vient d'être dit ? Non.
Là, ce qui est vrai, c'est que le gel du point d'indice, des fonctionnaires, c'est quelque chose qui dure depuis... Enfin, l'heure de TD, par exemple, qui dure depuis une vingtaine d'années. Une heure de cours n'a pas été revalorisée, parfois, depuis plus de 25 ans. Donc les revalorisations ont été faites, mais de manière... minimes par rapport au rattrapage qui aurait dû être fait. Mais de manière générale, quand on regarde sur la fonction publique, vous avez eu des postes qui ont été supprimés dans certains domaines, d'autres qui ont été parfois créés quand il y en avait des besoins, notamment dans la défense, et vous en avez après certains qui ont été remplacés par du contrat actuel. Et du contrat actuel, c'est des contrats précaires. C'est des contrats précaires qu'on renouvelle plusieurs fois dans la fonction publique, contrats CDD qui peuvent être renouvelés parfois même plus en dehors de toute légalité, plus de trois fois.
Macron, tu l'as dit, disait justement, je ne suis pas pour l'ubérisation de la vie économique, je n'aime pas ce terme, et pourtant, tu l'as expliqué
à l'instant. C'est lui qui l'a théorisé. Dans une interview au Monde, en 2016, il a dit qu'il a théorisé l'ubérisation de l'économie. La Startup Nation et l'ubérisation de l'économie, il a quand même soutenu beaucoup Uber, l'entreprise Uber. Il y avait le mythe de l'entrepreneur et derrière aussi de l'auto-entrepreneur, et le résultat est là. Une grosse partie des emplois en contrat en CDI ont été remplacés par des contrats d'auto-entrepreneurs, y compris avec des grandes entreprises, où on vit comme ça une vie d'auto-entrepreneurs. Et on le voit bien aussi, c'est l'ubérisation. avec cet auto-entrepreneuriat qui a été créé, a amené à une baisse de productivité des salariés. La précarité dans l'emploi fait que les salariés sont moins productifs. Ça, c'est très clair, parce que vous n'avez aucune vision sur le long terme. Pourquoi vous allez vous investir dans votre travail ? Donc la productivité a aussi drastiquement baissé en France, derrière l'ubérisation. Il y a la baisse de la productivité. Et la baisse de la productivité, c'est la qualité du travail. Donc Macron, en pariant sur l'ubérisation, avec, encore une fois, l'aide d'économistes qui ont théorisé ça, qui ont été payés par Uber, qui ont fait des études disant que les chauffeurs Uber allaient très bien gagner, que les jeunes adoraient ce statut-là d'auto-entrepreneur plutôt que d'être en CDI. Tout ça a travaillé dans la tête des gens pour dire que c'était un statut d'avenir. Alors qu'en fait, c'était un statut où on devenait entrepreneur de soi-même. Et en plus, ce qui est grave... C'est que dans ce statut-là, c'est même plus l'entreprise qui te paye tes moyens de production, c'est toi qui les payes, c'est toi qui paye ta voiture, tout le reste, etc. Donc c'était en fait une situation où on précarisait et on enlevait des responsabilités de l'entreprise vis-à-vis du salarié.
Alors tu disais que les économistes, les éditorialistes encensaient Emmanuel Macron sur les plateaux. Comment il a réussi à les influencer, à les manipuler ?
— Moi, je pense qu'une grosse partie des gens d'en haut, y compris à la télé, pensaient que Macron... En fait, ce qui a plu chez Macron, c'est que c'était la première fois qu'on avait quelqu'un qui avait une position libérale tout en étant dans un... gouvernement socialiste. Donc pour les gens d'en haut, c'était vraiment la convergence, l'expertocratie qui gagne. On dit voilà, c'est ça qu'il faut faire, puisque même un ministre d'un gouvernement de gauche, je vous le dis, parce que ce que disait Emmanuel Macron, et au début du livre, je fais pas mal de comparaisons avec ce qu'avait dit Sarkozy, c'est quasiment la même chose. C'est du sarkozisme, il n'y a rien de... Sauf que c'est du sarkozisme venant d'un gouvernement dit de gauche. Donc il a été vu... Parce
que finalement, il n'a rien dit de nouveau, il n'a rien proposé de nouveau.
Mais il a été vu comme quelqu'un de pragmatique, puis après on nous l'a quand même beaucoup vendu comme ça. ni de gauche ni de droite. Je me souviens beaucoup de questionnements de journaux comme le Nouvel Obs, plutôt de gauche, qui disaient « Est-il de gauche ou de droite ? » alors qu'il avait un programme libéral comme jamais. Il y a un chapitre où je l'explique, des coupes sur l'assurance chômage, sur l'assurance maladie, des suppressions de postes de fonctionnaires. Mais tout le monde vous disait « Quand même, il a un côté ». Alors effectivement, en 2017, il n'a pas parlé de questions sur l'immigration, la sécurité. Il a fait une campagne très économique. libéral, on va dire, il se présentait comme libéral sur les mœurs, c'est libéral sur l'économie. Mais dans les faits, sur l'économie, il était très, très, très à droite. Très, très à droite. Il a fait des choses, rappelons-le, il a fait des choses. Alors Hollande a fait des choses que Sarkozy n'a pas osé faire avec la loi El Khomri. Hollande. Et le CICE, Sarkozy n'avait pas osé faire ça. Le CPE, c'est vraiment une petite loi travail et Villepin a perdu beaucoup à cause de ça. Et ce qu'a fait Macron était pire que ce qu'a fait Hollande, et donc bien pire que ce qu'a fait Sarkozy d'un point de vue économique. Et sur toutes les grandes réformes de l'ISF, du CICE en transformation de baisse de charges, de la flat tax, de la réforme de l'assurance chômage, de la réforme de l'assurance retraite, tous les éditorialistes de toutes les chaînes, qu'elles soient publiques ou privées, ont soutenu ces réformes.
Macron, on l'entend bien, quand on voit ton bilan, il n'y a pas grand chose à retenir. En tout cas, de positif, je veux dire. Mais son modèle au départ, c'est quoi ? Quelle était son ambition ? Est-ce que c'était un modèle plus à l'américaine ou d'autres pays européens ?
Lui-même l'a dit, en fait. Il a dit, ce qu'ont fait le Royaume-U dans les années 80, c'est ce qu'on aurait dû faire. Donc c'était le modèle vraiment Reagan-Thatcher, politique de l'offre, on baisse les impôts, ça relance l'économie, on flexibilise le marché du travail, on casse les protections, on réforme les retraites, on réforme l'assurance maladie, on réforme l'assurance chômage. Donc il y avait vraiment... Sauf qu'on avait vu les effets de ça. On avait vu déjà que les États-Unis et le Royaume-Uni, qui avaient appliqué vraiment ces réformes-là... en premier, avaient des retours de bâtons politiques. C'est-à-dire qu'ils ont voté le Brexit, l'élection de Trump, qui a surpris vraiment tous les éditorialistes, entre guillemets. Donc on voyait bien que ces politiques-là créaient des inégalités qui, après, pouvaient porter au pouvoir des gens comme Trump ou le vote du Brexit. Alors que ceux qui ne regardaient que Londres ou ce qui se passait à New York ne voyaient pas ces inégalités grandir. Donc on savait, on avait des chiffres. Et la plupart des économistes, les économistes atterrés ou d'autres, comme Thomas Piketty, n'ont pas cru à la politique de l'offre. Il y avait un vrai débat. Certains économistes y croyaient. Ils ont soutenu Macron. D'autres n'y croyaient pas. Mais il y avait un vrai débat. Or, ce que l'on voyait quand on allumait une matinale le matin... C'est ça, une matinale, le matin, on avait un même son de cloche qui était que c'était les réformes qu'il fallait faire. Et c'est ça le vrai problème démocratique. C'est que l'expertocratie des médias a déterminé que c'était positif, alors que dans la vraie science économique, il y avait des débats sur les réformes de Macron. Et il faut faire attention pour la prochaine présidentielle, parce que la prochaine présidentielle, ça va être la même chose. On va vous présenter des programmes dits crédibles et des programmes dits utopistes. Or, la démocratie, c'est de débattre des programmes sur un pied d'égalité. Et c'est le citoyen qui choisit. Ce n'est pas les experts qui disent celui-là est valable et celui-là n'est pas valable. Et c'est ce qui s'est passé pour Macron. Il y a eu un vrai consensus là-dessus. C'est pour ça qu'aujourd'hui, ils ne veulent pas faire le bilan et qu'ils disent que c'est des problèmes psychologiques.
Tu dis quand même un truc dans ton livre. Tu dis qu'il a réussi quelque chose à Macron. C'est la jonction, à faire la jonction entre la gauche et la droite.
Oui, c'est vrai qu'il a fait la jonction entre la gauche et la droite qui pensait un peu la même chose. entre le Parti Socialiste et l'UMP plutôt. Il a fait une jonction, et effectivement, ils se sont tous retrouvés, des gens qui pensaient à la base différemment se sont tous retrouvés autour de Macron, ce qui est problématique. Et je veux dire, il faut quand même se rappeler, moi je vois aujourd'hui beaucoup de reconfiguration de macronistes dans tous les partis. On l'a vu, y compris dans des partis parfois très à gauche, où des macronistes... ont été élus en 2017 sous Macron, et puis ont porté parfois les couleurs de la gauche. Il y en a eu plein, Aurélien Taché, Sacha Oli aujourd'hui Glucksmann, ou, comment s'appelle-t-il, Mathieu Lorphelin, quand il avait fait campagne au Régional. Ces gens-là peuvent être très sympathiques, on peut discuter avec eux, mais ils ont quand même soutenu en 2017 les pires réformes. Les pires réformes de Macron ont été faites entre 2017 et 2018. La loi travail, par exemple, qui permet de licencier aujourd'hui quelqu'un, même sans faute, parce qu'on sait quelles sont les indemnités prud'homales maximum que l'on va payer. Aujourd'hui, c'est ça. On doit ça à ces gens-là qui ont voté cette loi travail. Donc c'est très difficile. L'ISF... Le CIC et la flat tax, le CIC est transformé en baisse de charge de la flat tax. On le doit aussi à ces gens-là. Donc une grosse partie des grosses réformes de Macron ont été faites au début de son quinquennat. Ça a été les plus violentes d'un point de vue économique.
Et là, tu parlais de la présidentielle à venir et que ce n'est pas les économistes qui choisissent, enfin les candidats ou les programmes en tout cas, mais on voit que là, actuellement, le programme de la France insoumise, même s'il est validé par beaucoup d'économistes, est aussi... Il paraît, dans certains sondages, irréaliste et pas réalisable pour beaucoup dans les sondages d'opinion. Est-ce que, justement, c'est là où ça va se jouer ? C'est les éditorialistes politiques qui vont pouvoir, entre guillemets, donner leur point de vue. Et tant que leur point de vue sera contre ce que propose la France insoumise, on a peu de chances de voir le peuple adhérer à ce qu'elle propose. En
fait, c'est ça le vrai problème. Et c'est pour ça que c'est un problème, comme je l'ai dit, démocratique. On peut avoir des désaccords. Moi, j'ai des désaccords avec des propositions de Jean-Luc Mélenchon. Par exemple, sur l'annulation de la dette, je ne suis pas trop fan. Mais il y a des économistes sérieux, chez Isabelle Coupé-Souberan, Thomas Piketty, d'autres qui soutiennent que l'annulation de la dette est possible. Donc il y a un débat. Un débat ? Et voilà, le débat est fait. Sur toutes les réformes de Macron, il y a eu un débat. Et la démocratie doit laisser ce débat s'exprimer. Quand j'entends une journaliste de BFM, celle qui fait son édito tous les matins... qui est editorialiste de BFM Business et qui fait sonné tous les matins, qui dit on ne discute pas sur l'annulation de la dette avec Mélenchon, on ne discute pas avec des gens qui pensent que la terre est plate. Mais il n'y connaît rien. Parce qu'il y a des économistes qui disent que c'est possible, des économistes très sérieux. Donc on doit en débattre, qu'on soit d'accord ou contre. C'est ça la démocratie. C'est pas de choisir, c'est pas un expert de télé qui n'a jamais étudié l'économie qui va me dire que ça c'est pas possible. Alors qu'il n'y connaît pas grand chose en fait. Non mais c'est ça la réalité. Donc la réalité c'est qu'on doit avoir un débat et après le citoyen choisit le programme qui semble le plus juste pour lui en fonction de conviction. Mais le débat a été capturé en 2017 et en 2022 aussi d'ailleurs. Mais en 2017 il a été capturé. Il y avait un consensus trop fort 'il n'y avait pas quand il y avait gauche-droite. Là, il y avait un consensus très fort.
Thomas, ça va être la fin de l'interview. Dans une minute, peut-être une dernière question. Je reviens sur ton titre, le bilan qu'on vous cache. Quel est le plus gros mensonge auquel on a cru, nous, les Français, pendant 10 ans
? Pendant 10 ans ? Je pense qu'une grosse partie, quand même, c'est les baisses d'impôts sur les plus riches qui allaient relancer l'investissement. Pas nous, mais une partie des Français ont cru que, voilà, quand tu laissais les entreprises faire, ça relançait l'activité. Or, on se rend compte que ça a surtout enrichi une partie prenante qui s'appelle les actionnaires.
merci beaucoup. Merci d'avoir été avec nous. On rappelle ton livre, L'État de la France après Macron, aux éditions Plon, le bilan qu'on vous cache. Merci. passe maintenant, Amira, à la suite de notre émission. On reçoit Sherine Ardakani, avocate. Elle défend notamment le syndicat étudiant UNEF. Elle sera aussi avec Nina, une bénévole de la Legal Team. Elle sera avec nous en visio. Et avec elle, on va se demander si le droit de manifester est menacé en France. Tout de suite, notre entretien citoyen-citoyenne.
Cheikh Nardakani, bonsoir. Merci d'être avec nous. Alors, vous revenez du tribunal administratif, si je ne me trompe pas, ou l'interessant duquel contestait le parcours imposé pour la manifestation de demain par la préfecture de police. Qu'a décidé la justice
? Alors, au terme d'une audience absolument ubuesque, je crois que c'est vraiment le mot, une vraie dystopie judiciaire qui s'est déroulée. Toute cet après-midi du tribunal administratif, l'affaire a été mise en délibéré, ce qui veut dire que je suis en train de regarder mon téléphone avec beaucoup d'intérêt parce qu'on va recevoir cette ordonnance du juge, suite à une stratégie aujourd'hui judiciaire qui est celle des avocats de l'intersyndical, de forcer. En réalité, le préfet de police a publié son arrêté d'interdiction, c'est-à-dire qu'il faut bien que tout le monde nous comprenne. Aujourd'hui, on est dans une situation... telle que le préfet de police non seulement interdit à des manifestants le choix d'un tracé, mais en plus interdit à la dernière minute en publiant des arrêtés souvent la veille pour le lendemain, ce qui en fait est un moyen de contourner l'accès au juge, parce que précisément le préfet sait que ces arrêtés sont attentatoires à une liberté fondamentale.
Donc ça a été suspendu, l'audience a été levée, et donc là, vous êtes dans l'expectative encore.
C'est-à-dire que là, en réalité, nous attendons que le juge administratif dise si, oui ou non, il estime que cet arrêté d'interdiction qui est intervenu sur un tracé, au départ, l'intersyndical a, dès le 21 octobre, c'est-à-dire il y a en réalité désormais plus de 15 jours,
a
expliqué, parce que je rappelle qu'en France, on est dans un régime déclaratoire, donc en fait, on n'a pas besoin d'obtenir une... Il faut juste
la déclarer. Il
faut déclarer pour pouvoir simplement que chacun sache qu'un événement va se tenir. On est une intersyndicale, donc qui n'est quand même pas une petite intersyndicale, avec toutes les grosses centrales syndicales de ce pays, avec les étudiants qui l'ont rejoint, qui, dès le 21 octobre, disent en définitive au préfet, pour information, nous appelons à une grève le 5 novembre. Et force est de constater que ce pouvoir-là va mépriser une nouvelle fois le mouvement social. puisqu'il n'y a aucune réunion qui s'est tenue comme c'est l'habitude entre les représentants de la préfecture de police et l'intersyndicale. Donc c'est-à-dire qu'en réalité, il y a un mur et un véritable silence de ce pouvoir qui est sourd. Et parce que nous nous inquiétions de voir arriver cet arrêté au dernier moment, nous avons donc pris les devants. Et nous avons, avant même que cet arrêté intervienne, demandé au juge de le faire publier. Mais vous le disiez que le juge doit se
prononcer
cette nuit. Alors, c'est pas qui doit se prononcer cette nuit, c'est que dans un monde idéal, en réalité, le préfet... C'est-à-dire que le préfet, dans un monde idéal, déjà, il interdit pas une manifestation, parce que je rappelle que c'est une liberté fondamentale, et c'est pas uniquement une liberté constitutionnelle dans notre pays, c'est une liberté qui a été érigée par des textes internationaux, notamment de la CEDH. Mais indépendamment du fait de savoir s'il va interdire ou pas, s'il estime qu'il y a un trouble grave à l'ordre public, il faut qu'il le démontre. Or, aujourd'hui, qu'est-ce que nous dit le préfet de police pour interdire ce tracé ? En fait, ce qu'il nous dit, c'est qu'il y aurait un des casseurs, qu'ils estiment à à peu près 600. Là, aujourd'hui, il n'y a pas de réalité de ce risque, et je vais même aller plus loin. Il s'est fondé sur une note blanche. Il faut bien comprendre qu'est-ce que c'est une note blanche. Une note blanche, en gros, c'est un tract de la DGSI qui va expliquer qu'il y a des informations de la part des services de renseignement qui disent qu'il y a telles estimations. Voilà aujourd'hui ce qu'on nous présente. Et d'ailleurs, une note de renseignement qui n'a même pas été produite à l'audience, qu'on a appris, nous, avocats, on était ravis, je peux vous dire, ce matin sur le plateau de BFM. En gros, c'est comme ça aujourd'hui que se passe le débat contradictoire. Donc, premier élément qui est donné. Et le deuxième élément qui est donné par le préfet pour interdire ce trajet, c'est de dire qu'on n'a pas les forces de police suffisantes. Or, évidemment, c'est fallacieux, parce que s'ils ont suffisamment de forces de police pour faire un République-Nation, il y a évidemment suffisamment de forces de police pour faire a fortiori Bastille-Concord. En réalité, que chacun comprenne, aujourd'hui, l'obstination du pouvoir politique à refuser ce tracé, c'est uniquement un coup de force. C'est uniquement parce que le gouvernement... veut pouvoir dire c'est nous qui décidons où manifeste les personnes dans ce pays et donc c'est un pouvoir qui est évidemment brutal et
justement on peut revenir à ce qui s'est passé le 31 octobre vous parlez de liberté est ce qu'aujourd'hui finalement le droit de manifester est encore pleine la liberté encore garantie sur ce droit de manifester rappelons rappelons ce qui s'est passé le 31 octobre le tribunal administratif donne raison au syndicat mais le ministère de l'intérieur fait appel et le conseil d'état statut dans la nuit échange justement le tracé. On a encore le droit de manifester librement dans ce pays ?
C'est toute la question que vous posez, elle est évidemment pertinente. Moi, je peux le dire d'autant plus que j'ai été l'avocate de l'UNEF dans ce dossier avec mes confrères et mes consœurs. En réalité, qu'est-ce qui s'est passé le 31 ? Là encore, c'était une manif qui était appelée depuis... En réalité, plus d'une semaine. Le pouvoir était informé de la tenue de cette manifestation. On n'a pris personne par surprise. Et qu'est-ce qu'ils ont dit, les juges du tribunal administratif ? Ils ont dit quelque chose de très clair. Ils ont dit, encore une fois, la liberté de manifester, ce n'est pas juste d'aller se défouler les jambes. Ce n'est pas juste de dire, vous allez aller faire un tour dans un manifestodrome parce que vous avez décidé. C'est aussi la liberté de choisir le tracé. Pourquoi choisir le tracé ? Parce qu'évidemment que quand on choisit un tracé, quand on est syndicé, Il y a évidemment une portée symbolique à ce tracé. Et quand nous on dit que cette manifestation, il faut qu'elle parte de la Bastille, c'est parce qu'en réalité, les événements révolutionnaires de 1789, ils prennent racine au Faubourg Saint-Antoine. Et c'est là que commence en réalité le rapport de force avec la société des ordres. Et donc en réalité, quand les manifestants disent que c'est ce tracé-là, c'est parce qu'aujourd'hui... Parmi le message politique qu'ils veulent faire passer à ce pouvoir, c'est attention. Parce que si vous n'écoutez pas la colère sourde des manifestants, des travailleurs et de la jeunesse mobilisée, malheureusement, il va vous arriver la même chose que ce qu'il est arrivé lorsque le pouvoir s'accroche.
Pour museler les voix discordantes, on vient de le voir, il y a déjà la machine administrative qui se met en route avec l'interdiction de la manifestation. Il y a aussi la machine judiciaire, elle qui a déjà été mise en route depuis longtemps. Il y a des militants d'ailleurs qui se retrouvent assignés à résidence ou interdits de manifester dans le cadre du MICA. Le MICA, c'est Mesures Individuelles de Contrôle Administratif et de Surveillance. Nina est avec nous par visio. Nina est bénévole dans une délégalité qui défend... les jeunes interpellés lors des manifestations. Nina, vous êtes là
? Oui, bonsoir.
Cette question, c'est pour vous. Nina, vous témoignez, vous êtes anonyme. Comment peut-on justifier que des militants engagés soient soumis à des dispositifs conçus normalement pour prévenir des actes de terrorisme ?
Alors il y a deux choses, déjà on ne justifie pas du tout le fait que des militants soient signifiés la veille d'une manifestation, que demain ils ne pourront pas aller en manifestation, et en plus on leur demande d'aller pointer dans un commissariat, donc c'est une atteinte à la liberté de circuler, l'atteinte à la liberté de manifester, et l'atteinte à la liberté d'exprimer une opinion dans l'espace public. Alors être assimilé au terrorisme, en fait ce qui est très grave c'est que... Et quand même, depuis 2017, depuis cette loi CILT 2017, il y a eu 1 400 mikas de délivrés sous prétexte de terrorisme. Alors nous, on constate et on le dit haut et fort que ces mesures anti-terrorisme sont des mesures islamophobes. C'est aussi ça l'État aujourd'hui. Ce sont des mesures qui vont essayer d'empêcher des... et des manifestants d'aller en manifestation, mais aussi de stigmatiser la population musulmane de France. Donc on n'a aucune explication sur ces MICA, si ce n'est que c'est le continuum de l'État qui essaye de museler ce mouvement social et qui tente de l'associer à des mesures racistes et islamophobes.
Oui, faites bien de le rappeler, c'est qu'en 2015, justement, l'État avait énormément... utiliser cette procédure-là. Et avant de poursuivre avec vous Nina et avec vous ici Maître Ardacani, je propose d'écouter Maud Bréjon, porte-parole du gouvernement, qui se félicite justement de la manière dont le ministère de l'Intérieur a géré les précédentes manifestations.
Alap, journaliste pour Le Média. J'aimerais revenir sur les propos d'Édouard Philippe qui a constaté une surréprésentation des jeunes issus de l'immigration lors des pièges du 17 octobre. Vous avez soutenu l'ancien Premier ministre dans ses propos. Comment vous pouvez soutenir ça factuellement
'ai encore une fois déjà répondu sur cette question. Je ne vais pas y revenir. Là encore, il ne s'agit pas de faire des amalgames. Il ne s'agit pas de mettre les uns et les autres dans des cases, de constater une réalité, mais qui est aussi une réalité sociale à laquelle il faut répondre, qui pose des questions. qui vont bien au-delà de politiques migratoires, qui sont des questions de politique de la ville, qui sont des questions de politique sociale, qui touchent probablement à l'éducation nationale aussi. Et donc il faut arriver, encore une fois, je crois, à analyser ça avec lucidité, avec solidarité. aussi, mais pour essayer de trouver des débouchés, parce que l'objectif, c'est qu'on arrive à faire nation et qu'on arrive à faire société. Or, force est de constater, et ça va bien au-delà de la question que vous posez d'ailleurs et de la réponse que je commençais à vous apporter, qu'aujourd'hui, il y a des fractures qui sont profondes, multifactorielles, et il faut qu'on arrive à les analyser et à trouver des solutions. Est-ce qu'on le fera en quelques semaines ? Probablement pas. Et d'ailleurs, ça fait des années que ces sujets-là sont posés dans le débat public et qu'on a en réalité du mal à apporter des réponses.
il y a du direct un petit problème technique. C'était toujours Maude Bréjean, qu'on devait vous diffuser, qui parlait de la doctrine du maintien de l'ordre mis en place par Laurent Nunez. Laurent Nunez, qu'elle félicite parce que selon elle, il y a eu moins de casse le 24 et le 31 que le 17. Maître Ardacani, comment on peut apprécier les propos de Maude Bréjean qui félicite finalement Laurent Nunez ?
Non mais écoutez, c'est vraiment là, je suis dystopique, j'ai envie de dire, je l'ai dit tout à l'heure. C'est aussi ce que le préfet, en fait, essaye de nous dire par le biais de toute son argumentation devant le tribunal. En gros, c'était de dire à chaque fois, pour interdire la manifestation, de se référer au désordre qu'il y a eu à la manifestation précédente. Et quand on leur faisait rappeler « Mais qui est responsable de ce désordre ? C'est évidemment vous ». Eh bien là, il n'y avait plus personne pour répondre. Parce que si je reprends dans l'ordre, le 17 octobre, on a quand même un ministre de l'Intérieur qui actuellement est auditionné en commission parlementaire, qui a reconnu un échec. et qui lui-même a dit que les troubles, en gros, c'était de sa faute parce qu'il y avait un manque d'anticipation généralisée. Donc voilà que les troubles du 17 octobre, en gros, c'est la faute du ministre de l'Intérieur et ce n'est même pas démenti de sa part, que le 24 octobre, tout le monde est d'accord pour dire que c'est une manifestation qui s'est globalement très bien passée. Et pourquoi ? Parce qu'il y avait moins d'effectifs de police. Il faut le dire, toutes les personnes qui étaient dans la manifestation parisienne ont dit pourquoi ça s'est bien passé ? Parce qu'en réalité, on n'était pas nassés, on n'était pas gazés. et qu'on n'a pas vu quasiment les CRS. Et figurez-vous que le seul moment où ça s'est mal passé, c'est au moment où, justement, il y a eu le point de dispersion à la porte de Vincennes, et c'est le seul moment où il y avait sur notre chemin des policiers. Donc c'est à se poser la question, finalement, qui est-ce qui est responsable aujourd'hui du désordre quand ça se passe mal ? Et bien très souvent, c'est parce qu'il y a une impréparation dans la dispersion, et c'est normal parce que quand vous imposez des tracés qui sont des tracés qui sont originaux, qui ne sont pas du tout connus, alors que vous avez plus de 35 ans... je dirais même 200 ans d'expérience, de savoir-faire, de services d'ordre par les syndicats et par les manifestants professionnels, et bien c'est pas pour rien. Si on a un tracé aujourd'hui qui est Bastille-République ou Nation et qui fonctionne, c'est parce que c'est un tracé qui est éprouvé. Alors que le boulevard des Maréchaux, quand vous êtes entre le périphérique, les ponts, les centrales énergétiques, les tramways, que vous vous prenez les poteaux, c'est sûr que... ce n'est pas le tracé le plus adapté. Et enfin, sur le 31 octobre, le 31 octobre, c'est quelque chose qui s'est très bien passé. Et là encore, les échauffourées qu'il y a eu à la fin, je vous mets dans le mille, il y avait qui ? Il y avait encore la trace des CRS. Donc encore une fois, c'est une situation complètement ubuesque. On a l'impression que c'est le serpent qui se mord la queue. À chaque fois, pour justifier les arrêtés d'interdiction, le préfet, il va venir se fonder sur les troubles que lui-même a contribué d'une certaine façon à créer. par son impréparation, par le fait qu'ils s'obstinent à imposer des tracés qui sont inadaptés et parce que, tout simplement, aujourd'hui, on a un problème avec les effectifs de police, il faut le dire, qui imposent un rapport brutal aux manifestants. Alors certes, il y a eu une évolution par la force des choses entre le 17 octobre et aujourd'hui, mais ce n'est pas parce qu'ils ont revu leur doctrine de maintien de l'ordre, c'est parce qu'en réalité, ils n'ont plus d'effectifs. en nombre suffisant à déployer sur le terrain et que du coup, ils ne peuvent pas aller à la confrontation directe, tout simplement parce qu'il n'y a pas assez de policiers. J'aimerais
avoir justement le sentiment de Nina. Est-ce que finalement, quand on entend Maud Bréjon féliciter la stratégie de Laurent Nunez, vous en pensez quoi ?
Je pense que c'est une grosse blague. C'est même plus drôle. C'est affligeant quand on voit qu'il y a des personnes qui ne peuvent plus sortir de chez elles ou de leur commune pour aller manifester librement l'expression d'une révolte et s'associer au mouvement social actuel. C'est scandaleux. D'ailleurs, nous, on se demande même si, puisqu'il y a des problèmes de déclaration, de départ de manifestation, si les manifestations ne vont pas devoir partir depuis les endroits. où les gens sont obligés d'aller pointer et ça, ça pourrait faire consensus. On part tous depuis les gendarmeries où les camarades sont obligés d'aller pointer et puis on fait partir la manif de là et on établit un rapport de force pour dire qu'on a le droit de manifester, on a le droit d'exprimer une opinion dans l'espace public, nos camarades ont le droit de circuler parce qu'on est encore un peu dans un état de droit. Non, c'est affligeant ce que l'audition de Nunez hier, on l'a dit. tous écoutés et c'est scandaleux ce qu'il a raconté.
Maître Ardakani, je parle ici sous votre contrôle parce que vous étiez aujourd'hui à l'audience, au tribunal administratif. La préfecture de police ne s'est toujours pas prononcée pour demain
Si, de fait, elle s'est prononcée, mais contrainte est forcée par nous. C'est-à-dire qu'en fait, on les a, d'une certaine façon, le mot est impropre, mais pour que chacun comprenne, assigné, c'est-à-dire on les a contraints, en saisissant le tribunal administratif, à publier leur arrêté. Et je rappelle que l'audience était convoquée ce matin à 9h30, on était nous tous à l'audience, justiciables, les organisations syndicales, le juge, et le préfet ne nous a pas fait l'honneur. de se déplacer. Donc il a fallu qu'on reporte l'audience à 13h. Il n'y avait toujours pas de préfet à la barre. Mais c'est pour ça que je vous dis qu'il y a un vrai mépris aujourd'hui même qui est renvoyé, y compris dans l'audience. Et c'était la continuation du mépris affiché envers les justiciables. Personne n'a daigné se présenter. Et lorsqu'il a fini par se faire appeler... par le magistrat. C'est-à-dire qu'il y a un magistrat qui a pris son téléphone et qui a dit est-ce que le préfet de police va venir s'expliquer à la barre sur un arrêté d'interdiction dont on n'avait pas encore connaissance et qui a été produit à l'audience à 16 heures pour demain. Donc en réalité, c'est comme ça aujourd'hui que fonctionne le préfet de police. Donc encore une fois, c'est un mépris qui est affiché. Et moi, je veux le dire très clairement et très solennellement aujourd'hui, la seule raison pour laquelle aujourd'hui même, on a réussi à arracher cette... Ce n'est pas une victoire. Mais le fait qu'on revienne dans les centres-villes, parce que l'arrêté d'interdiction aujourd'hui, il interdit toujours, à l'heure où on se parle, Bastille concorde, mais ça nous est présenté comme une faveur, comme des miettes en disant, voilà, allez, la grâce du président fait qu'on vous offre en récompense un autre tracé qui est République-Nation. Évidemment que nous, on s'oppose à ça, parce que je l'ai dit, ce n'est pas à l'exécutif de décider où manifeste le mouvement social. Et si ce soir, on perd, il n'y a pas de difficulté. On fera la même chose que le ministre de l'Intérieur. On saisira le Conseil d'État. Et à mon avis, le Conseil d'État, il ne sera pas aussi disponible pour nous répondre qu'il ne l'a été en plein milieu de la nuit pour réouvrir les portes du guichet du service public. Mais on le fera. Il n'y a pas de difficulté.
Merci beaucoup, Maître Ardakani. Merci beaucoup aussi à Nina de la Legal Team d'avoir été avec nous ce soir.
vous l'aurez compris, c'est la fin de cette émission. En tout cas, merci de votre fidélité. N'oubliez pas, demain, il faut qu'on en parle, c'est une émission spéciale. Ça commence à 18h30, mais ça finit à 20h avec plusieurs invités sur ce plateau et puis des équipes du Média en direct. En direct,
qui seront sur le terrain et on reviendra bien sûr et on parlera énormément de la manifestation de demain, le jeudi 5 novembre. Merci à vous et on vous souhaite une bonne soirée sur les antennes du Média.
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