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7h, 9h,
Europe 1 matin. Et place à votre signature en fin du mercredi. Bonjour Charlotte Dornelas. Bonjour
Dimitri, bonjour Anissa, bonjour à tous. Bonjour Charlotte.
Ces derniers jours, la jeunesse a montré très clairement son penchant pour la France insoumise. Ça ressort notamment d'un sondage Opinion Way dont vous allez nous parler Charlotte. Comment vous comprenez cette adhésion des 18-24 ans pour le parti de Jean-Luc Mélenchon ?
Alors chez les 18-24 ans, comme vous le disiez, Mélenchon recueille très exactement 49% des intentions de vote. Il y a 5 ans, 39% l'avaient effectivement choisi dans les urnes. Ce chiffre révèle surtout que la France Insoumise écrase le reste de la gauche dans la jeunesse. A droite, c'est plus épars, 28% pour Le Pen, 11% pour Zemmour et 8% pour Retailleau. Mais tous ces candidats ont en commun des positionnements clairs, lisibles et radicaux. De quoi satisfaire les attentes naturelles de la jeunesse en général et peut-être de quoi apaiser les inquiétudes de la nôtre. Car une autre enquête, réalisée par Ipsos le mois dernier, ajoute des chiffres. Près de 80% des jeunes se disent inquiets pour leur pays, pour le monde, pour le marché du travail. 79% exactement ont déjà envisagé de quitter la France et autant considèrent que leur avenir est mal préparé. Cette angoisse appelle une réponse tranchante et que chaque frange de la jeunesse trouve selon ses aspirations. A la dernière élection présidentielle, Mélenchon avait déjà fait le plein. Non pas chez les jeunes, mais chez des jeunes. Ils étaient urbains et issus des quartiers dits populaires.
Par quel discours réussit-il ainsi à capter l'attention ?
On pense ce qu'on veut de Mélenchon, mais il appelle à fonder une nouvelle France en lieu et place du pays qui inquiète tant. Propose de remplacer des familles trop souvent fracturées par une amitié contractualisée. Promet d'éradiquer par le feu toute injustice sélection et discrimination. Il promet de prendre l'argent des riches pour subvenir aux besoins des plus pauvres. Il substitue à l'histoire de France patiemment sa paix une transmission idéologique, enracinant son public dans une longue histoire de lutte politique qui est à lui offrir au passage un patriotisme de substitution. Il ressuscite l'histoire. Pour une jeunesse urbaine déracinée, prête à être cueillie, qui se méfie de la famille, ignore tout de la nature, rejette sa patrie et son histoire. A la jeunesse populaire, c'est-à-dire issue de l'immigration en grande partie, Mélenchon annonce une revanche sur l'histoire subitement réapparue. Il lui promet une place, elle qui ne l'a plus vraiment dans le pays de ses ancêtres, et peine à la revendiquer dans celui de ses enfants. Les individus dépassent parfois leur catégorie, évidemment, mais cela fonctionne. D'autres, en revanche, sont oubliés du discours.
D'autres points de la jeunesse que Jean-Luc Mélenchon ignorerait ?
Partons de ce qui est certain, c'est-à-dire les votes encore une fois aux dernières élections présidentielles. Le vote LFI était tombé à 16% seulement dans la jeunesse rurale qui lui préfère nettement Marine Le Pen. Une jeunesse qui manque pourtant de beaucoup et a commencé par les services publics. Mais une jeunesse pour qui le déracinement est moins charnel. Elle craint sans doute de perdre ce qu'elle connaît encore, même confusément. Raison pour laquelle Jean-Luc Mélenchon, sans doute, avait choisi de répondre par le mépris en 2025. Je le cite, « Ah, la ruralité, voici le nouveau héros de l'histoire. Que voulez-vous que je dise à une jeune fille de 14 ans ? Prends ta mobilette et va dans la ruralité convaincre les fascistes de voter à gauche. » Voilà comment Jean-Luc Mélenchon avait analysé la chose. Il prouvait alors qu'il ne cherche pas à réunir ou apaiser le pays, il veut le transformer. C'est d'ailleurs pour cela qu'il attire, et en particulier dans la jeunesse. qui cherche non seulement un sens à sa vie, mais surtout à la vie. Mais c'est aussi pour ça qu'il inquiète. Certains s'en détournent et beaucoup cherchent ailleurs.
Et alors où peut-on observer cette recherche ailleurs que sur le terrain politique ?
Quand elle est encore vivante, la jeunesse est l'âge des grandes causes, plus ou moins pertinentes. On est vite passé ces dernières semaines des plafonds vétustes au sort des Gazaouis, des profs absents à la fin du capitalisme. Mais cette soif apparaît aussi sur le terrain religieux que les générations aînées avaient cru arraser. Le vide et le relativisme engendrent des dépressions, des mal-êtres terrifiants, parfois mortifères que l'on commente, mais ils créent aussi une soif immense. Les études décrivent une réaffirmation, par exemple, de l'islam chez les plus jeunes à qui cette religion a été transmise. Et en parallèle, l'explosion des baptêmes réveille la religion du vieux continent et nous rappelle qu'à la veille de la dernière éruption colérique d'une partie de la jeunesse, un autre pan de notre avenir... se précipitait joyeusement au stade de France. Là aussi, le discours était radical, il était surtout exigeant, ce qui n'a pas empêché des milliers de jeunes de l'acclamer et de le revendiquer. Bref, la jeunesse, sa soif, c'est indiscutable. Notre rôle n'est-il pas de l'aider honnêtement à discerner les réponses qui lui apporteront les meilleures fruits ?
Signature Europe 1, Charlotte Dornelas. Merci beaucoup Charlotte. A suivre sur Europe 1, la revue de presse d'Olivier Delagarde et Pascal Praud. A tout de suite.
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