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La matinale toxin, 7h30, 9h30, à la Volée.
Et à la Volée, je suis très heureuse de recevoir Olivier Amand. Bonjour. Bonjour. Et merci beaucoup d'être avec nous aujourd'hui. Biologiste, directeur de recherche à l'INRAE, l'Institut national de recherche pour l'agriculture, l'alimentation et l'environnement, à l'école normale supérieure de Lyon et directeur de l'Institut Michel Serès. Vous êtes auteur notamment de ces deux ouvrages, Chronique d'un monde qui craque chez Odile Jacob, et Après l'incendie, sortir du Burnout Planétaire chez Gallimard. Vous savez, c'est le format Tract Gallimard que je trouve vraiment très très pertinent comme format, très efficace, c'est une forme essai, mais en fait, vous défendez une idée, c'est très clair, et après, évidemment, ceux qui veulent aller chercher plus loin peuvent se procurer le livre d'Odile Jacob, qui est beaucoup plus complet, mais l'idée déjà, et ce format, moi, je l'aime vraiment beaucoup, donc j'invite... Moi je craque tout le temps dans la librairie, je prends toujours les tracts Gallimard qui sont à l'entrée devant le libraire. Alors, merci beaucoup Olivia Ramon pour ce livre que je trouve très intéressant, puisqu'il propose finalement une solution face à ce monde qui va trop vite. Vous parlez de burn-out planétaire, et vous dites, mais finalement on devrait prendre exemple sur ce qui nous entoure, notre environnement, donc la nature, le vivant, qui eux, finalement, savent, les plantes, les animaux, savent beaucoup mieux. résister face à un monde qui va à toute vitesse et tenir le coup. Et vous dites finalement, comment font-ils ? Parce qu'ils ont cette face, comment dire, ils cultivent la variabilité. Est-ce que vous pouvez nous en dire un petit peu plus ?
En fait, c'est même plus que tenir le coup, c'est juste vivre avec les fluctuations. Ce n'est pas de l'endurance, on ne se fait pas mal. Ce n'est pas de la souffrance
dans la crise.
En fait, c'est plutôt un monde plus jazz. C'est qu'en fait, on vit avec les fluctuations. J'aime bien l'image du jazz parce que quand on improvise, si son voisin fait une fausse note, on ne va pas corriger la fausse note du voisin, on va en faire quelque chose. Le vivant fait ça. Il joue avec les erreurs. l'imprécision, l'aléatoire. Darwin en parlait déjà, c'est ça qui est fou. Je ne fais que réinventer la roue et les biologistes le savent bien quand on étudie les systèmes vivants.
D'accord. Donc justement, est-ce que vous pouvez nous expliquer comment fonctionnent ces systèmes vivants et pourquoi eux, enfin, qu'est-ce qu'ils font, entre guillemets, de plus que nous, finalement ? Et vous nous dites, nous, on est trop dans la ligne compétition, compétitive, performance, mais cette performance, elle a une faiblesse, c'est que justement, elle ne nous permet pas de tenir, enfin, pas de tenir, pardon, vous dites de vivre, de vivre dans un burn-out.
Une des clés du vivant, c'est la diversité. Et nous, les humains de 2026, depuis des décennies, depuis même des siècles, on a plutôt tout optimisé. Alors quand je dis tout, c'est nos organisations, nos entreprises, nos territoires, nos champs de blé, c'est aussi des monocultures. Et alors c'est simple, la monoculture attire le pathogène. Donc en fait quand on commence à refuser la diversité, quand on commence à être dans une monoculture dans sa tête, dans ses territoires, et bien on attire le pathogène. Et donc ça peut être un méga-feu en Gironde parce qu'on a fait une plantation de pain, ça peut être un virus dans un champ de blé, et évidemment dans le monde social c'est pareil. Donc en fait c'est ça qui se passe et donc chez dans le vivant, la diversité est très ouverte, très ouverte parce que le vivant finalement ce qui est sélectionné au cours d'évolution c'est les plans B. En fait, on a toujours besoin d'avoir d'autres solutions, et donc ça, c'est la diversité.
Oui, alors est-ce que vous pouvez nous donner des exemples concrets ? Je trouve ça vraiment passionnant. En fait, vous nous dites, finalement, l'environnement naturel, lui, il peut paraître moins performant immédiatement, et nous, avec nos yeux, un peu justement de tableau Excel, on se dira, c'est bizarre, cette plante, elle est pas particulièrement... Elle pourrait pousser plus vite, ou je sais pas quoi, mais en fait... c'est parce qu'elle est là avec ses plans B, ses plans C, et en fait, c'est comme ça qu'elle est robuste et qu'elle tient, et c'est justement ce qu'il faut faire, c'est le modèle. Est-ce que vous pouvez nous donner des exemples concrets, justement, de ces plans B, plans C, que les plantes ou les animaux ont toujours avec eux
alors vous pouvez l'observer, le vol d'une mouche, par exemple, le vol d'une mouche, très clairement, c'est pas la ligne droite. C'est une mouche à l'explorance. Ah oui, ça c'est sûr. Ah, j'ai jamais compris. C'est pas du tout optimisé, mais c'est pareil pour un chêne. Si on sème un gland d'un chêne, on sait absolument pas quelle forme il va avoir, parce qu'en fait, en poussant, il va explorer les possibles. Et même dans sa vie, il va changer de forme. C'est qu'il y a des branches qui vont tomber, il y en a d'autres qui vont être générées. Et ça, c'est pas de l'efficacité. L'efficacité, c'est atteindre son objectif. Le vivant, en fait, change d'objectif un peu tout le temps. Et donc, c'est pour ça que c'est très arborescent, littéralement, et très divers.
Oui, d'ailleurs, vous dites, pour absorber les chocs, il doit aménager, vous parlez du vivant, il doit aménager des redonds. et une diversité de solutions. Cela implique de valoriser ce que nous, on perçoit comme des incohérences, dont la contradiction crée un équilibre dynamique et joue le rôle d'amortisseur. Je trouve ça vraiment passionnant ce rôle d'amortisseur. En fait, ce que nous, on a... C'est vrai que c'est la mouche, c'est vraiment idiot, pourquoi elle fait ça ? Et vous en avez plein d'autres, des exemples, vous parliez du chêne aussi. En fait, tout ce que nous, on pourrait comprendre comme incohérences, c'est justement... Finalement, c'est une forme d'organisation pour résister, c'est ça ? Enfin, pour vivre, pour être probus, pardon, c'est plus clair.
exactement, c'est des amortisseurs. En fait, quand on fait le tout et son contraire, j'ai envie de dire, donc ça c'est dans la diversité, finalement, quand on appuie sur l'accélérateur et sur le frein. parfois même en même temps dans les vivants, ça permet d'être tout le temps à l'écoute de ce qui se passe à l'extérieur. Si on prend l'exemple d'une plante, elle pousse avec de l'eau qui rentre dans son corps, donc elle gonfle, et quand elle pousse, elle fait de la photosynthèse, et quand elle fait de la photosynthèse, elle se rigidifie, parce qu'elle synthétise de la cellulose. Et donc ça c'est le frein, elle pousse en freinant. ça, ça lui permet d'amortir les chocs, d'être tout le temps en mode régulant.
Oui, c'est incroyable. Alors moi, cette... Je ne sais pas si on peut l'appeler une théorie, ou thèse, ou analyse en tout cas, que vous proposez, elle m'a fait penser, j'avais déjà travaillé avec notamment d'ailleurs Cocopéli sur le sujet, sur les OGM, et en fait, on comprenait que finalement, les OGM, il y avait un culte de la performance à travers l'OGM, c'est-à-dire on va nous sélectionner manuellement ce qui paraît... être le plus pertinent au moment T pour peut-être produire plus, plus gros, plus vite sauf que justement cette sélection elle va dans le sens inverse de ce que vous êtes en train de nous expliquer, c'est-à-dire il faut entre guillemets brasser large, il faut diversifier pour pouvoir avoir cette résilience et en fait vivre et être robuste sur le long terme. Et en fait je trouve que cette image de l'OGM, finalement l'OGM c'est un peu nous aujourd'hui dans notre société. On pointe toujours du doigt une... une caractéristique qui est celle de notre temps moderne et on oublie le reste. Enfin, je ne sais pas si vous êtes d'accord avec cette image.
Partiellement, c'est-à-dire qu'en fait, dans le vivant, il y a quand même de la performance. Ce n'est pas comme s'il y avait zéro performance. Le vivant a besoin de la performance. Par exemple, quand on a la fièvre, quand on est à 40 degrés, là, nos enzymes sont plus performantes que quand elles sont à 37 degrés parce qu'il faut dézinguer le pathogène de passage. Donc, il y a quand même des moments de performance. Et donc, si on prend les OGM, les OGM, ils peuvent être très utiles pour des niches. des toutes petites niches pour produire des molécules de grand intérêt dans des fermes verticales. Par exemple, ça serait de l'hyperperformance. Mais c'est très clair qu'on ne va pas fabriquer des salades avec des OGM dans les champs. Pour moi, ça, c'est une illusion totale. Et surtout, c'est contre le type de massifier. Pardon, j'ai pas entendu.
En fait, d'avoir cette performance, d'avoir visé une performance en particulier, en fait, c'est le fait d'oublier qu'on est censé tenir le coup dans d'autres critères et dans beaucoup d'autres domaines, donc c'est les rendre fragiles sur d'autres choses. Et comme, justement, c'est aléatoire, la nature, elle l'a prise en compte dans son évolution, et nous, on semble oublier, peut-être sur l'OGM, mais en fait, d'une façon générale dans notre société. C'était la comparaison que je voulais faire.
Oui, exactement, exactement. En fait, le choix de faire, en fait, le problème, pour moi, le problème principal avec les OGM, c'est même pas tellement l'aspect biologique, c'est l'aspect économique et social. C'est-à-dire qu'en fait, si on commence à faire des plantes hyper performantes, on va faire des monocultures. On va continuer à être dans la culture de la monoculture et donc on va attirer d'autres pathogènes. Donc c'est fou parce qu'on va faire un OGM résistant à un virus. Et ça va être la plante dominante parce qu'elle est très attractive vu qu'elle est résistante à ce virus. Donc on va faire des monocultures et donc ça va attirer d'autres pathogènes. Alors que si on fait tout de suite de l'agroécologie, de la diversité variétale, les populations, l'agroforesterie, tous ces systèmes toujours basés sur de la biodiversité, sur la diversité en général, là en fait on va générer des boucliers naturels finalement. Et les EGM, encore une fois, je ne les écarte pas. Pour moi, c'est pour le pic de la crise. Ils sont utiles pour le moment où on a besoin de la
performance. Oui, pour un moment local, en fait, localisé. Alexandre Lamblois.
Oui, moi j'avais, pardon, aujourd'hui j'ai une petite extraction de voix, c'était par rapport à Darwin. Ce qu'on parle toujours, c'est le plus fort qui l'emporte. Et en fait, moi quand je vous ai écouté à divers endroits et en vous lisant, en fait vous avez, en fait, vous réinterprétez la vraie pensée de Darwin. Et en fait ça c'est peut-être aussi un point de départ pour nos auditeurs pour vous expliquer la différence entre ce que les gens ont compris dans le langage mainstream et la réalité de la théorie de Darwin.
Oui, Darwin, c'est assez... Alors, Patrick Thor, on parle avant moi depuis longtemps déjà, de cette réhabilitation de Darwin, de la pensée de Darwin. Darwin, c'est quelqu'un qui a beaucoup... C'est un naturaliste. Donc, il a observé le vivant et il a vu de la compétition, il a vu de la performance, donc il en parle, bien sûr. Mais il a aussi vu beaucoup de coopération dans le monde vivant et plein de choses inutiles, des organes rudimentaires. Il en parle vraiment en longueur, dans l'origine des espèces, dans la filiation de l'homme, il en parle beaucoup. Et même dans sa vie, en fait, il a été de plus en plus vers la... c'est-à-dire que la filiation de l'homme qui est un de ses derniers textes, 1871, il parle 70 fois, enfin il utilise le mot sympathie 70 fois quand même, et ça c'est plutôt le monde de l'entraide, le monde de la coopération. En fait Darwin dans son histoire fait une évolution vers toujours plus de découvertes de coopération dans le vivant, nous les humains du 19ème siècle à l'époque, c'est Spencer, Huxley, Galton, ils ont en fait lu que la partie compétition, donc le darwinisme social, l'eugénisme, donc ça c'est des versions totalement toxiques de la biologie où en fait on extrait que la partie performante du vivant et on dit que c'est une loi du vivant alors qu'en fait c'est une lecture extrêmement biaisée du vivant.
lorsque vous proposez face à cette lecture, c'est justement de sortir de cette façon de faire de notre société et de reprendre le modèle du vivant. Et donc vous parlez, j'essaie de retrouver l'expression, vous dites il faut entrer en dissidence, mais vous dites il faut se... Vous dites déraillé beaucoup. Vous dites déraillé ou vous dites encore autre chose, je crois. Enfin, j'aime bien l'image. C'est décider
à décider aussi. Oui, exactement,
c'est décider à décider. C'est exactement ça. Comment on fait aujourd'hui pour décider ? Parce qu'aujourd'hui, aussi, c'est... Là, vraiment, je trouvais ça très intéressant, parce que vous prenez le modèle des plantes, mais les plantes, c'est plus facile pour elles de décider, d'une certaine façon, parce que justement, elles vivent comme ça. Alors que nous, on a, si on sort du schéma, on a l'impression qu'on va être réjecté, qu'on n'aura plus de travail. Vous dites qu'il faut sortir, ou en tout cas, se méfier de l'IA générative, je suis tout à fait en accord avec ça, plus que jamais, moi, personnellement, mais malheureusement, on a l'impression qu'on a un monde qui nous dépasse. c'est qu'on est obligé de le suivre. Comment fait-on pour décider Décider, je dis bien sortir de la route.
Oui, bien sûr. L'idée, ce n'est pas de se plonger dans un bunker et d'être tout seul en mode survivaliste extrême. Avec des
boîtes de conserve à l'américaine.
Voilà, parce que ça, on retombe dans la monoculture, mais on est dans une monoculture tout seul. Et donc, c'est hyper fragile, évidemment. Encore une fois, c'est de la performance, de l'ultra-performance. Donc ça, c'est les Elon Musk, les Trump, les Netanyahou, tout ça. C'est toute une collection de gens qui vont être plutôt dans ce mode-là, qui sont dans une forme de dissidence, mais très égoïste et très nihiliste. En fait, la dissidence dont je parle, c'est plutôt une dissidence d'un culte, du culte de la performance. C'est ce que vous disiez. Et donc, cette dissidence, comment on fait pour sortir du culte ? En fait, il y a les méthodes de déprise. qui peuvent être utiles. C'est que quand on est dans une secte, on ne se rend pas compte qu'on est dans une secte. Donc pour sortir de la secte, la voix rationnelle est difficile à entendre parce que même si on a tous les arguments pour dire que le système ne va pas, typiquement de la nourriture ultra transformée au supermarché qui est moins chère... que de la nourriture de producteurs locaux. Vous rejoignez d'autres sujets
d'avant.
Exactement. Ça, c'est absurde. Quand on est dedans, on ne le voit pas. Comment on fait pour le voir ? J'aime bien créer des bugs. Par exemple, une journée de grève comme aujourd'hui, c'est une sorte de mini-bug. Il y en a plein d'autres. Faire une retraite en silence, écouter son corps. Dans un autre pays, vous dites,
pour avoir une forme de choc de la relativité.
Oui, voilà, exactement. En fait, sentir les dissonances dans son corps. Aussi, moi, je pense à la jeunesse qui est dans les rues, là. Moi, je trouve qu'il faudrait le célébrer tous les jours. En fait, on a une jeunesse qui nous dit qu'elle veut vivre au 21e siècle, qu'elle veut habiter ce siècle et elle a des choses à dire, elle veut construire quelque chose. Ça, il faudrait le célébrer matin, midi et soir. C'est une chance incroyable d'être dans un pays où la jeunesse parle et nous dit ça. Ça aussi, c'est une forme de bug et c'est une forme de dissidence collective en cohésion.
mais à quel moment ce bug de la matrice entame vraiment la matrice
il y a la fameuse méthode du jeu de go, c'est-à-dire qu'en fait, plutôt que de lutter frontalement contre le système, enfin le cœur du système, qui est très très difficile, si on pense aux terrains, aux Bolloré, ce sera très difficile de les attaquer frontalement, ils ont le pouvoir et l'argent, ce qui est beaucoup plus intéressant, c'est de faire des alliances latérales. des alliances latérales, c'est-à-dire entre collectifs qui veulent nourrir la robustesse de leur territoire, qui veulent faire de l'agroécologie dans leur territoire, qui veulent faire du tout partageable, du tout réparable, ces alliances latérales finissent par encercler le cœur du système. Et donc là, en fait, ça fait plus facilement basculer le système en mode non-violent en plus.
Alexandre Langlois, je pense que ça vous parle, ça.
Oui, ça me parle sur le côté local, etc. Et après, c'est aussi comme on arrive aussi... Là, on vit au XXe siècle. Et comme on vous avait dit tout à l'heure, on a sélectionné des gens ultra performants pour diriger le monde aujourd'hui. Mais du coup, comment on arrive à ce changement ? Et je sais que vous parlez aussi d'un monde qui est en train de fluctuer. Moi, j'ai beaucoup aimé, parce que ça met beaucoup de joie et de bonne humeur en se disant que tout va bien aller. Mais en attendant, qu'est-ce qui va se passer déjà ? Comment on est arrivé à ce monde ultra performant et à s'enchaîner dans cette secte, comme vous avez expliqué ? Et comment après, derrière, ces dirigeants, en fait, aujourd'hui, ne sont pas forcément les plus adaptés pour gérer le monde qui est en train de venir ?
En fait, le culte de la performance, c'est une équation en trois mots. C'est que quand on met l'accent sur la performance, on est toujours plus ou moins performant que son voisin, donc c'est un appel à la compétition. Et dans une compétition, ceux qui gagnent, ce sont les plus violents. Donc l'équation est simple, la performance appelle la compétition, la compétition appelle la violence. Et donc les leaders mondiaux qu'on a actuellement se gangstérisent. C'est de la gangsterisation. Si on pense à Trump, à Poutine, à Netanyahouf, et plein d'autres, à Erdogan et compagnie, ça devient des gangsters, avec de la corruption quand même à un très haut niveau. Enfin, Trump, c'est une caricature. Poutine, c'est une ultra caricature. Donc, en fait, on est là-dedans. Et donc, il va falloir faire avec ça. Alors, mon problème principal, et je pense que c'est le problème de beaucoup de citoyens, l'angoisse, disons, de beaucoup de citoyens, c'est les deux, trois ans qui viennent. Parce que là, on est encore dans ce monde de l'ultra-performance, qui a encore l'argent, qui a encore le pouvoir, et qui est en train de faire n'importe quoi. Je n'ai pas besoin d'épiloguer, c'est assez évident, c'est le délire, c'est le délire pathologique. Mais par contre, dans cinq ans, à mon avis, on se reparle, on aura changé de monde. Parce que ça ne tient pas. La base MAGA de Trump, par exemple, elle tombe. En fait, ça dure plus longtemps. Le problème, l'intérêt, j'ai envie de dire, du monde fluctuant, c'est que c'est quasiment un nouveau service écosystémique qui empêche les dictateurs de rester longtemps au pouvoir c'est très difficile de rester au pouvoir si on peut pas distribuer des pétrodollars c'était possible avant c'est beaucoup moins possible maintenant et ça c'est assez intéressant parce que ça alors à court terme je comprends que c'est difficile et vraiment je peux pas enfin on peut pas dire à quelqu'un qui est dans la grande précarité soit robuste quoi c'est indigne évidemment parce qu'il n'y a pas l'espace quoi il n'y a pas les marges de manoeuvre par contre ce qu'on peut dire c'est si on est dans la grande précarité il faut jouer collectif. Trouver d'autres personnes qui peuvent aider cette personne qui est dans la précarité et pour s'enrobuster à plusieurs. Et ça, c'est un début de résistance, de dissidence, j'ai envie de dire, vis-à-vis du centre du système.
Oui, c'est le modèle du petit collectif, finalement, qui commence à, comme vous dites, se réembruster ensemble. D'ailleurs, comme le font les plantes, c'est-à-dire qu'elles s'organisent ensemble, elles communiquent. Donc, commencer par ça, plutôt que d'attendre toujours, on revient souvent à ça d'ailleurs, d'où ici, un état salaire. ou un chef de gouvernement salvateur, commencé par une organisation locale. Et ça, justement, aujourd'hui... Comment vous voyez cette organisation locale ? Je sais que c'est quelque chose auquel on pense beaucoup aussi. Est-ce qu'on pourrait implanter des fermes dans lesquelles plusieurs personnes pourraient travailler ? On se demandait même s'il n'y avait pas des modèles qu'on pourrait imaginer d'un temps de travail peut-être un petit peu plus limité, mais avec un temps à la ferme une fois par semaine. Est-ce que c'est des choses auxquelles vous avez pensé ?
alors ce n'est même pas moi qui ai pensé. D'ailleurs, je vais citer l'exemple du Pays de l'Orient. Il y a des discussions autour de faire le vendredi du territoire. Donc on réinvente la semaine. Donc on travaille quatre jours dans la semaine. Le cinquième jour, c'est pour le territoire. Donc c'est par exemple pour aider le paysan du coin à récolter son blé ou autre chose. Et puis il y a le week-end après. Donc ça fait une semaine qui est un peu différente. Et ça, c'est quel
modèle ?
Ça, c'est à l'Orient, c'est des citoyens qui ont discuté, qui se sont dit, tiens, ils se sont dans un truc comme ça. Donc ça, c'est un projet intéressant. Mais en fait, c'est un petit peu toujours ces idées-là, c'est en effet comment on crée du dialogue. Donc l'initiative Faut qu'on parle aussi, qui je trouve très intéressante de Clara Délétras, de rencontrer quelqu'un avec qui on n'a vraiment pas du tout les mêmes idées. Et en fait, plutôt que d'être dans l'opposition, on va être dans la curiosité. On va essayer de savoir pourquoi cette autre personne pense différemment. Et on va repartir du dialogue avec deux logiques. Ça ne veut pas dire qu'on a changé de logique. On n'a pas forcément été convaincu. Mais par contre, on a deux logiques dans sa tête. Et quand le monde change, on a accès à deux logiques, ce qui est quand même plus fertile plutôt que de rester coincé dans sa monoculture.
Oui, oui, tout à fait. C'est très, très intéressant. Et c'est vrai que le projet de Lorient, que je ne connaissais pas, il faut qu'on vous les invite ici, a beaucoup déco avec nous des choses qu'on tente de développer ici. On se disait, tiens, si on montait une ferme, justement, et qu'on pourrait peut-être proposer à tout le monde. Et ensuite, dans différentes régions de France, participer pour redonner une place justement à l'agriculture locale, etc. Donc si c'est des projets qui peuvent tenir la route et qui peuvent en plus permettre justement une forme de résilience ou de robustesse. Vous préférez le terme robustesse à résilience d'ailleurs, non ? J'ai l'impression.
Oui, parce que la résilience, en fait, c'est on tombe et on se relève. Donc en fait, il y a la chute, c'est l'obsession de la chute. La robustesse, c'est créer les conditions dans lesquelles on ne tombe pas. Donc c'est de la santé préventive. On est avant. La résilience, c'est plutôt pour l'après. C'est ce que vous disiez tout à l'heure, on n
'est pas en souffrance en fait.
Exactement, c'est beaucoup plus joyeux. Et sur les fermes, la robustesse, les fermes où on voit où il y a une forme de robustesse, c'est en effet souvent des grandes coopérations territoriales, c'est que non seulement on fait du blé en mélange ariétal, parce que c'est plus robuste, ça résiste aux pathogènes, mais on le transforme, on fait aussi du pain, mais on fait aussi d'autres choses, polyculture, élevage, on fait des confitures avec une conserverie mobile départementale, on fait de l'agrotourisme. Et là, ça devient des structures extrêmement robustes et qui sont plurielles. C'est-à-dire qu'on sort de l'agriculture. tout seul dans sa ferme avec plein de machines pour cultiver des hectares. On est vraiment dans autre chose et beaucoup plus joyeux. D'ailleurs au passage, le profil d'un agriculteur actuellement, d'un nouvel agriculteur aujourd'hui en France, c'est une agricultrice de 37 ans a été dans l'industrie avant et qui a changé, qui a décidé de s'installer dans les fermes. Et donc là, il y a un potentiel de coopération énorme parce que là aussi on a des diversités qu'on n'avait pas avant.
Ah oui, mais exactement. Et c'est intéressant ce que vous dites. Oui, c'est ça. Cette ferme, désormais, pour qu'elle tienne le coup, d'ailleurs c'est le modèle de Kyria qu'on a recevée juste avant, qui est agricultrice. Elle, elle a monté, elle transforme ses locaux, ses produits elles-mêmes. Elle fait une restauration locale. Et tout avec que les produits de sa ferme. Donc on est vraiment sur du ultra local et ça marche très très bien. Elle a vraiment beaucoup de succès sur ce restaurant. Et se dire que finalement, on doit tous repenser un peu nos métiers ou nos manières de... faire et diversifier finalement comme le ferait les plantes ou le chêne ou la mouche, c'est moins joli en comparaison, je préfère le chêne, avoir plusieurs branches à son arc pour le dire autrement.
Et en ménageant quand même des porosités entre territoires évidemment. L'idée encore une fois c'est de ne pas faire du surréalisme dans son territoire où on fait tout et on n'a pas besoin des autres. Au contraire, puisqu'on est très robuste dans son territoire, on peut être au service de la robustesse des autres territoires et les autres territoires peuvent être au service de notre robustesse. Donc là, on a une interaction faite.
Oui, oui, tout à fait. Alexandre Langlois, un dernier mot ?
c'était par rapport à l'organisation du monde, pardon. Il faut leur être plus robuste
sur la voix. Oui, sur la voix, j'aurais
pu être plus robuste. Dans les chroniques d'un monde qui craque, il y a un petit tableau qui m'a interpellé. C'était la différence entre un monde stable et un stable. Parce qu'en fait, c'est la connaissance du monde qui nous entoure qui fait qu'on change nos comportements. Et donc, c'est sur ça. Je voudrais savoir aujourd'hui, pour vous, à quel moment on est entre passage d'un monde stable et un monde instable ? Et qu'est-ce que ça va changer ? Enfin, on a évoqué que ça pouvait changer concrètement. Mais est-ce qu'il y a d'autres conséquences encore sur l'organisation du
en effet, on peut le voir tous les jours. Le monde qui craque, récemment, il y a eu la panne PHP pour les sites web. Il y a eu Orange qui a planté pendant 24 heures. Des congélos connectés qui ont été attaqués par une cyberattaque. Ça n'arrête pas. Des petits trucs aussi. Il y a des grands trucs qui craquent, mais il y a aussi des petits trucs qui craquent tous les jours. Et donc, en fait, pour moi, c'est vraiment du court terme. Ça craque de plus en plus et dans tous les secteurs. C'est-à-dire que l'IA, par exemple, on en parlait juste avant, on est dans une boule de l'IA. On ne sait pas quand est-ce qu'elle va exploser, mais ça peut être ce soir. c'est enfin on voit bien Warren Buffett par exemple un grand milliardaire américain a enlevé toutes ses vies de l'IA il n'a plus rien chez Nvidia donc ça c'est quand même un signe c'est l'oeil du cyclone quand même on commence à sentir que ça va craquer ce truc là donc c'est très fragile et ça si ça plante l'IA c'est quand même ce qui tire 80% de l'économie américaine on peut imaginer des effets dominos assez importants donc c'est un monde qui craque c'est en fait voilà c'est pour ça que la robustesse est tellement pertinent je pense en ce moment c'est que c'est pas une préparation en type l'Imagino pour se protéger pour faire face à des fluctuations énormes qui nous arrivent. Non, ça craque, mais aujourd'hui, dans la joie, on fait des interactions dans son territoire avec les autres territoires, en interaction, en diversité. Et ça, ça construit une robustesse qui nous permet non seulement de vivre joyeusement dans ce monde actuel, mais aussi de préparer des fluctuations plus importantes plus tard.
C'est magnifique. En joie et en jazz. J'ai beaucoup aimé la référence. Olivier Hamant. Je vous donne les références après l'incendie, sortir du Burnout Planétaire. Antidote au culte de la performance. Le dernier d'Odile Jacob, c'est... Chronique d
'un monde qui craque. Voilà,
chronique d'un monde qui craque. Vous me faites vraiment de la fête d'Alexandre. Comme la voix d'Alexandre, ça tombe bien, c'est la fin de cette émission. Merci encore Olivier Hamant. Merci à vous tous, chers auditeurs.
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