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La mobilisation intersyndicale contre la Vichère et en soutien à la jeunesse se poursuit ce jeudi 5 novembre et qui dit revendication sociale dit nécessaire déboucher politique aux revendications. La gauche évidemment très attendue par les gens à mobiliser aujourd'hui. Pour en parler donc je suis en visio avec Emma Fourreau en direct de Caen. Salut Emma ! Tu nous entends du coup Emma, c'est bon ? Bonjour,
c'est bon.
Tu es eurodéputée de la France Insoumise et tu nous appelles de Caen, c'est parce que c'est là où tu as ta permanence, quand tu n'es pas soit à Bruxelles, soit à Strasbourg, là où il y a le Parlement européen. Donc tu étais en manif à Caen, à Caen la manifestation n'avait pas lieu cet après-midi comme à Paris, où elle a lieu en ce moment, mais ce matin. Comment ça s'est passé ? Est-ce que tu peux nous raconter déjà ? Grosse mobilisation, il y avait qui dans les cortèges ? Raconte-nous un petit peu comment ça s'est passé à Caen. Je crois qu'il y a des clés dans le chat d'ailleurs.
C'était une très belle et très grosse mobilisation. Il y avait vraiment de tout, à la fois tous les syndicats qui avaient appelé à la manifestation, mais aussi rejoints par énormément de jeunes, parce que ce matin, il y avait plusieurs blocus lycéens notamment, qui ont partiellement réussi, même si on a une technique de maintien de l'ordre qui fait que les policiers arrivent très tôt et donc débloquent pour que certains élèves puissent rentrer. Mais malgré ça, par exemple, là où j'étais, il y avait 1000 élèves devant les deux établissements. Ces deux établissements scolaires qui se font face, et donc plus de 1000 jeunes qui bloquaient, c'est quand même... une réussite et donc effectivement grosse grosse manif franchement comparable au 17 octobre voire plus.
Sur la partie, en fait tu parlais de la partie ce matin, tu étais sur les piquets de blocus lycéens, sur la partie, puisque l'enjeu c'est aussi la convergence des luttes aujourd'hui, donc la convergence avec les salariés en grève, est-ce que tu as des points sur, est-ce qu'il y a des secteurs particulièrement grévistes aujourd'hui, à quand ?
Il y avait évidemment tous les personnels des établissements scolaires, avec parfois des lycées où il y avait des taux de grève jusqu'à plus de 90%, mais il y avait aussi des paysannes et des paysans, il y avait des pompiers qui étaient avec nous. On voit que tous les corps de métier étaient là, y compris des salariés, j'ai vu, de Lidl. On voyait vraiment un peu tout le monde, avec beaucoup de monde, avec leur tenue de travail, justement parce qu'on voit que le mot d'ordre derrière tout ça, c'est la lutte contre la vie chère. C'est le droit à l'avenir pour les jeunes, mais c'est aussi le fait de pouvoir vivre dignement au présent parce qu'on voit aujourd'hui qu'il n'y a jamais eu autant de pauvres que sous Emmanuel Macron et que les gens qui disent « mais vous pouvez attendre les présidentielles », non en fait, les gens souffrent aujourd'hui, maintenant, tout de suite et on ne va pas leur dire « vous pouvez attendre plusieurs mois » parce que c'est à la fois un ras-le-bol, une colère, mais une souffrance quotidienne qui s'exprime et qui s'est massivement exprimée là dans les rues de Caen, donc dans des gros cortèges avec effectivement vraiment tous les corps de métier qui étaient représentés et ensuite évidemment avec des jeunes, des étudiants. Et vraiment, il y avait de tout.
Est-ce que tu peux nous toucher un mot aussi du dispositif policier à Caen-Paris ? Qu'est-ce que tu as vu ? Est-ce que ça s'est bien passé ? Ou est-ce qu'il y a eu des interpellations brutales encore ? Comment la police à Caen ? Parce qu'à Paris, on s'attend à que ça soit tendu. Est-ce qu'à Caen, ça se passe à peu près bien ?
Cette fois-ci, ça s'est bien passé. Ce n'était pas le cas des précédentes manifestations, avec notamment la dernière fois une interdiction quasi totale de manifester parce que tout le centre-ville et toutes les zones où il y avait nos parcours habituels étaient interdites. Et donc effectivement, nous avons proposé un parcours de moins de 30 minutes, ce qui est absurde parce que si vous voulez éviter les manifestations spontanées et les risques de débordement, on ne propose pas un parcours qui ne fait que 10-20 minutes parce qu'évidemment que les gens ont envie de continuer. Et donc cette fois-ci, ça s'est bien passé, mais parce qu'il y a deux jours, il y a eu sur les blocs. lycéens un poignet cassé et un bras cassé donc peut-être aussi que ça peut jouer dans la volonté de faire un peu plus attention parce que ces dernières semaines c'était au contraire violent avec un usage massif du gaz lacrymogène en permanence pour rien avec évidemment les coups de matraque les tirs de lbd aussi donc y compris à quand ça peut être très violent mais pour aujourd'hui on voit qu'il y avait vraiment un changement de doctrine et au contraire tout s'est bien passé pendant toute la manifestation
Du coup, j'ai épluché un peu la presse régionale normandie avant de te contacter. J'ai vu que toi, tu étais devant le lycée Jean Rostand, notamment, je crois, ce matin, c'est ça ? Oui. Ça a parlé d'intrusions, de casseurs, je crois que c'est France 3 qui parle de ça. Est-ce que tu as des éléments là-dessus, sur des intrusions dans les lycées, de gens qui n'étaient pas forcément mobilisés, d'ailleurs ? Tu as des éléments là-dessus ?
'en ai discuté avec des lycéennes et des lycéens qui disaient que ce n'était pas du tout des lycéens, des lycéennes, encore moins du lycée en question. Et c'est intervenu vraiment à la toute fin, quand la police était déjà intervenue contre les jeunes mobilisés. Donc en fait, nous, on nous avait fait partir et reculer pour libérer les voies de tram et de circulation qui sont entre les deux lycées. Et donc c'est intervenu après ce moment-là. Donc vraiment, c'était vraiment décorrélé du blocus de la mobilisation du matin. Et ce n'était pas des lycéens qui sont entrés dans ce lycée.
Très bien. Pour prendre un peu plus de hauteur nationale par rapport à ce qui se passe, près d'un Français sur deux approuve le mouvement de ce 5 novembre. Ça ne veut pas dire évidemment qu'un Français sur deux est mobilisé en manifestation ou qu'il fait grève. Qu'est-ce qu'il faut faire pour renforcer ce mouvement et que le 5 novembre soit une étape pour pérenniser le mouvement et aller plus loin et continuer le bras de fer avec le gouvernement ?
Déjà, c'est quand même une très belle étape parce qu'on voit que tous les secteurs ont répondu à l'appel. Après, effectivement, il faut se donner des rendez-vous réguliers, faire en sorte qu'il y ait un vrai blocage du pays, que ça déborde vraiment en grève. Après, ça, c'est évidemment pas à moi de le décréter ou quoi, mais je pense qu'il faut réussir effectivement à augmenter le niveau dans le rapport de force, à continuer la mobilisation. On voit que ça peut payer parce que quand les jeunes se sont mobilisés et ils ont dû se mobiliser, ils ont obtenu... Alors évidemment, c'était des miettes, mais... le gouvernement a reculé. Et on le sait, le gouvernement recule très peu, lâche. Pas souvent. Et donc le fait qu'ils aient reculé face à des jeunes qui se mobilisent dans leur lycée, ça montre bien qu'ils ne sont pas du tout à l'aise. Là, on voit hier le budget qui a réussi à récolter zéro voix, ce qui est quand même assez exceptionnel dans le mauvais sens du terme. Donc on voit bien qu'ils ne sont pas sereins, qu'ils sont soutenus par personne, que c'est vraiment un pouvoir qui est en fin de vie, qui est acculé et qui ne peut pas se maintenir uniquement en utilisant la force, la violence, parce qu'on voit que ça ne marche même pas. C'est que leur stratégie, c'est d'essayer de faire peur, de faire en sorte que les jeunes ne retournent plus dans la rue, notamment les jeunes qui sont forcément un public plus sensible, en faisant des arrestations massives, en éborgnant, en arrachant des mains. Et même avec ça, il y a toujours autant de monde, voire plus, dans les rues pour les rendez-vous précédents. Donc on voit bien qu'il faut juste continuer à maintenir la pression, à rappeler les revendications, parce que c'est quand même ça le message central, à la fois pour les jeunes, mais aussi pour tout le monde en ce qui concerne la vie chère. En fait, tant qu'il n'y a pas de blocage des prix, tant qu'il n'y a pas des mesures urgentes pour répondre à l'urgence sociale qui sont mises sous la table, forcément, il faut continuer le mouvement, il faut augmenter la pression.
Tu parlais du fait d'accélérer, d'avoir des jours immobilisations. Il y a une question qui se pose stratégique finalement. On a eu deux types de jours immobilisations jusqu'à présent. On a eu la journée immobilisation comme aujourd'hui, c'est-à-dire une journée intersyndicale sur un jour de semaine, donc un jour travaillé qui appelle à la grève et du coup avoir un rapport de force avec l'économie, notamment au sein des entreprises, avec des grévistes et dans les services publics aussi évidemment. Et on a la journée type acte des Gilets jaunes, type le samedi 17, 24, 31, où... C'est un jour chômé, donc on peut avoir d'autres publics qui viennent se mobiliser, mais par contre, ce n'est pas un jour de grève, donc il n'y a pas ce fameux blocage du pays dont tu parlais. On l'a beaucoup moins le samedi, puisqu'il n'y a pas d'effet de grève, par exemple. Comment on articule ces deux types de mobilisation, selon toi, et sans aussi épuiser le mouvement ? Parce qu'on sait que ça coûte de l'énergie, déjà physique presque, d'aller manifester régulièrement, et surtout, ça coûte aussi de l'argent d'aller faire grève. Comment on articule les deux ? Déjà, les mobilisations...
Les mobilisations permettent de toucher aussi d'autres publics différents qui, par exemple, ne se sentent pas de se mettre en grève parce que c'est coûteux ou pour plein de raisons, mais qui, le week-end, peuvent se libérer pour y aller. Et même le samedi a un effet parce que, par exemple, quand il y a eu quelques phénomènes de casse, tout de suite... toutes les villes se sont barricadées et ont finalement paralysé l'économie, mais pas à cause des manifestantes et des manifestants, mais via la réaction des préfets, des mairies, et notamment à Caen. Il y a eu beaucoup de commerçants qui ont râlé à juste titre auprès de la mairie et du préfet pour dire « mais en fait vous nous avez dit de nous barricader, vous nous avez suggéré de fermer boutique » et en fait on a eu encore moins de chiffre d'affaires que le 17 octobre où il y a eu quelques épisodes de casse, alors qu'on n'a eu aucune casse, mais juste vous nous avez poussé à tout fermer. Donc finalement, on voit que ça a quand même un impact négatif sur les petits commerçants, mais qui du coup se mobilise ou se montre solidaire des manifestants en disant « mais nous, on veut que le droit de manifester... » soit préservé. On partage certaines revendications ou toutes les revendications des manifestants et donc on n'est pas d'accord avec les mesures qui sont prises à la fois pour s'en prendre au droit de manifester mais aussi qui en fait tuent les centres-villes le samedi. Donc il y a quand même ces effets là à côté et sinon effectivement moi je pense que c'est chacun à son poste de lutte, chacun fait comme il peut selon ses moyens, selon son temps. On voit qu'en semaine ça va effectivement être les blocages d'entreprises, les grèves mais aussi les blocages de lycées, des campus et le samedi. un moment qui est plus ouvert où on a peut-être aussi plus de temps pour manifester et on voit finalement qu'il ya des personnes qui ont l'énergie de tout faire ou de se relayer parce que le moment est tellement important parce qu'il ya le contexte social il ya aussi évidemment la montée de l'extrême droite qui aussi dans la tête de tout le monde quand on manifeste on le sent il ya aussi énormément de slogans de mots d'ordre contre l'extrême droite et contre sa manifestation, à la fois dans nos propres manifestations. On voit qu'il y a toujours ou très souvent des groupes d'extrême droite qui sont en embuscade, qui sont prêts à taper, qui sont prêts à bénéficier parfois de la complaisance de la police. pour s'en prendre aux manifestants. Il y a l'extrême droite qui frappe, par exemple, attrape et qui commet des attentats racistes. On a évidemment la perspective de 2027, donc il y a aussi ça qui joue beaucoup et qui galvanise aussi beaucoup. Et c'est aussi des moments où on se dit mais en fait on peut y arriver. On est extrêmement nombreux, on est extrêmement forts et c'est aussi des moments où on se retrouve pour se dire et se compter et se dire qu'il y a une chance à la fois de battre l'extrême droite, de faire tomber Macron pour de bon, que ce soit maintenant ou dans quelques mois. On voit qu'on prépare aussi la suite, mais c'est important de se mobiliser maintenant. se reposer sur des élections parce que la souffrance, elle est maintenant et parce que la démocratie, ce n'est pas juste aller voter, c'est les mouvements sociaux. Et on voit que c'est un acquis dans la tête des gens. Et donc moi, je ne sens pas de démotivation. On nous disait oui, ça va s'éteindre avec les vacances. On voit que c'est faux. On voit qu'au contraire, on continue à sortir. Qu'il pleuve ou pas, on est là. Et je pense que ça va continuer pendant un bon moment.
On parlait de la nécessité d'avoir des débouchés politiques, évidemment aussi des propositions pour répondre aux revendications. Il se trouve que la France Insoumise va publier son programme, la version réactualisée de son programme L'Avenir en commun, samedi 7 novembre, à l'occasion du meeting de Jean-Luc Mélenchon-Bourget. Sur le volet, partons d'abord de ça, puisque c'était l'étincelle du mouvement, c'était la jeunesse, commençons par la jeunesse. Quelle mesure d'urgence comprend cette version réactualisée du programme sur la question des jeunes ?
Sur la question des jeunes, on reprend de toute façon les 10 mesures qui sont proposées déjà par les jeunes, que ce soit au lycée ou à l'université, sur l'abrogation de Parcoursup. Et ça fait un moment qu'on porte cette question parce que c'est un système de tri social et raciste avec des algorithmes obscurs, et on le sait, qui bénéficient à chaque fois aux élèves qui étudient dans des beaux lycées, qui sont dans les bons quartiers. Et même si vous avez des très bonnes notes, mais dans des lycées qui sont dans des quartiers populaires, vous avez beaucoup moins de chances d'accéder aux études que vous souhaitez. Donc il y a la question de Parcoursup. la question de toute façon de mettre enfin les moyens sur la table. Parce que ce qu'il faut c'est des moyens. Donc les jeunes demandent 10 milliards d'euros à mettre sur la table pour recruter massivement des professeurs mais aussi dans l'ensemble des personnels qui sont dans les établissements, que ce soit les infirmières et les infirmiers scolaires, que ce soit les psychologues. Il y a la question d'ouvrir des places à l'université parce que c'est quand même quelque chose qu'on peut anticiper depuis des années sur le fait qu'il y a plus d'élèves qui vont devenir étudiants que de places à l'université. Il y a le fait de revaloriser les autres filières aussi. aujourd'hui dévalorisées comme les filières professionnelles par exemple. Donc les mesures elles existent, elles sont connues, elles sont proposées depuis des années mais on a laissé la situation pourrir. On est aussi évidemment pour un plan de rénovation de l'ensemble du bâti parce que c'est pas normal d'avoir des jeunes aujourd'hui qui étudient dans des bâtiments qui contiennent de l'amiante alors qu'on sait que c'est dangereux pour la santé. des rats qui se baladent dans les couloirs. On a toutes et tous vu ces vidéos-là où on a de la pluie qui tombe sur les élèves parce qu'il y a des trous dans le toit. C'est ça la situation des écoles en France alors qu'on est la sixième ou septième puissance économique du monde. Donc c'est déjà mettre de l'argent parce que si on veut garantir un droit à l'avenir à nos jeunes, parce qu'il s'agit de ce droit à l'avenir, il faut mettre l'argent sur la table, il faut aussi respecter jeunes. les prendre pour ce qu'ils sont, c'est-à-dire une génération qui est extrêmement politisée, qui est extrêmement mobilisée, parce que ça fait quand même des années où on nous dit que la Gen Z, finalement, elle est accro à son portable, elle n'est pas capable de réfléchir, c'était mieux avant, etc. On voit qu'au contraire, la Gen Z est très inventive et surtout elle sait de quoi elle parle. Le
chat a repéré l'emblème des Mugiwaras et de Luffy derrière toi. Justement, tu parles de la jeunesse et de la prendre au sérieux. Il y a une mesure qui a fleuri sur les... qui a été prise souvent dans les blocus lycéens et qui a été reprise par la France Insoumise, c'est le droit de vote à 16 ans. Précision aussi que tu es députée européenne et que du coup tu sais qu'il y a des endroits en Europe où ça a été appliqué, le droit de vote à tester, voire généralisé, le droit de vote à 16 ans. Est-ce que tu peux nous parler un peu de cette mesure et de pourquoi elle te semble importante dans le contexte
? C'est extrêmement important parce que quand on a 16 ans, on peut aller en garde à vue, on peut se faire frapper par la police. Estimer qu'à 16 ans, on est assez grand pour beaucoup de choses, mais surtout sur du répressif, mais qu'on ne serait pas assez mature pour aller voter. Moi, je pense qu'au contraire, à 16 ans, on est déjà extrêmement conscient, politisé et capable d'exercer ce droit de citoyenne et de citoyen. Et surtout, ça permet aussi de mettre plus facilement les jeunes au vote parce qu'on est généralement encore chez ses parents. Donc, on peut avoir cette habitude d'aller voter en famille, de se rendre au bureau de vote. Là où parfois, à 18 ans, on n'est déjà plus chez ses parents. Et donc, on n'a pas forcément ce réflexe qui est inclus. mais c'est surtout, je pense, qu'à 16 ans, on est capable de faire des choix politiques. Et ils nous le prouvent tous les jours. Quand on bloque un lycée, c'est politique. Quand on va manifester, c'est politique. Quand on partage par exemple une story. sur le génocide à Gaza, c'est politique. Et on l'a vu, la jeunesse et les jeunes, y compris de 16 ans, et même parfois beaucoup plus tôt, ont conscience de ce qui se passe, sont capables d'avoir des discours extrêmement construits, et surtout, on parle de leur avenir et de leur présent. Donc on ne peut pas faire ça sans eux, et donc c'est extrêmement important pour nous, et ça fait très longtemps qu'on le propose, c'est déjà dans le programme de 2022, de 2017, le fait de pouvoir exercer ce droit quand on a 16 ans.
Tu as des échos de partis politiques de gauche qui l'ont expérimenté dans leur pays et qui voient ce que ça a produit en termes de mobilisation de la jeunesse ?
retours que j'ai eu de certains collègues, parce qu'effectivement, dans certains pays, c'est déjà à 16 ans. Il n'y a aucun problème à... A signaler, au contraire, ça permet de faire en sorte aussi que les jeunes s'y intéressent. Parce que quand on sait qu'on peut voter, on va se mettre à lire les programmes, on va se mettre à se renseigner. Alors que si dès le début, on nous dit de toute façon, tu n'as pas le droit de vote, de toute façon, ça ne te concerne pas, la politique, c'est une affaire d'adulte, etc. Si on te repousse de la politique, c'est normal que parfois on ne s'y intéresse pas. Mais au contraire, quand on nous dit que tu as le droit de vote, ça génère aussi de l'intérêt en plus. Donc c'est une mesure qui n'a pas d'effet secondaire, si ce n'est peut-être de faire... gagner plus facilement la gauche, parce qu'on sait que les jeunes ont tendance à voter plus facilement à la gauche et à la gauche radicale, mais ce qui est pour moi un très bon effet, et qui montre que les jeunes savent de quoi ils parlent et savent ce qui est bon pour eux.
est toujours avec Emma Fourreau, donc heureux député LFI, je le dis pour le chat, qui est en train de rejoindre en cours de route. Justement, tu es heureux député, ça m'intéressait aussi d'avoir ton point de vue sur l'internationalisation du mouvement, en quelque sorte, c'est-à-dire, on voit que c'est un mouvement social très français, mais par ailleurs, il y a des répliques, il y a des mouvements... qu'on peut comparer ailleurs en Europe. Par ailleurs, aujourd'hui, notamment à Paris, il y a des syndicalistes étrangers, qui sont portugais, allemands, britanniques, qui sont là. Certains ont halluciné du niveau du dispositif policier dans la capitale, des empêchements de circuler dans Paris. Notamment les Britanniques étaient étonnés, pour le dire, c'est un euphémisme. Toi, en tant qu'eurodéputé, depuis le Parlement européen, comment tu vois cette articulation des mouvements sociaux dans divers pays européens ?
On voit que c'est partout en Europe et même, j'aimerais dire dans le monde, les mêmes revendications. C'est la question du droit au logement qui aujourd'hui n'est pas appliquée en Europe. On a eu le scandale autour de la mort de Marie Carmen qui a poussé des milliers et des milliers de personnes dans la rue sur ce sujet-là parce qu'aujourd'hui on ne peut pas se loger en Europe. Et ça touche notamment évidemment les jeunes qui de plus en plus sont contraints de rester chez leurs parents avec des moyennes d'âge en Europe parfois de 30 ans pour le premier départ de chez ses parents. Il y a la question effectivement de l'éducation qui traverse pareil toute l'Europe. Il y a la question de la vie chère. Toutes ces problématiques sont communes en Europe et ce qui est magnifique c'est de voir qu'on a de plus en plus des symboles communs. Justement le One Piece, le drapeau d'One Piece, on le voit. partout dans le monde. On a les mêmes musiques, on a les mêmes références. Le 6-7 par exemple, qui en soi ne veut rien dire, mais utilisé aussi dans les mobilisations, c'est quelque chose qu'on retrouve dans tous les pays. Donc il y a à la fois des symboles communs, des revendications communes. Les réseaux sociaux permettent aussi de partager plus largement nos mobilisations, de s'inspirer des méthodes d'action des uns des autres ou de s'envoyer directement des messages de soutien. On a vu en Allemagne, en Grèce, des banderoles, des vidéos qui ont été faites effectivement pour soutenir les lycéennes et lycéens français. et vice versa. Nous, on a des slogans italiens, il y a des slogans français dans les autres manifestations. Il y a une solidarité internationale très forte qui est en train de se tisser, qu'on a sentie déjà avec la question palestinienne, parce que toute une génération de jeunes qui s'est politisée sur le génocide en Palestine... avec des blocus de lycées qui étaient dédiés à la solidarité avec la Palestine, par exemple. Et on voit que ces liens qui se sont créés vont au-delà de la question palestinienne, mais vont aussi sur la question du droit à l'avenir des jeunes, de la lutte contre la vie chère, de la lutte contre le logement trop cher. Et donc on voit que toutes les politiques de droite qui détruisent les peuples aujourd'hui ont la même réponse en phase 2, qui est celle du peuple qui se met en mouvement, des jeunes qui se mettent en mouvement. Et moi je suis à la fois des... députée au Parlement européen, mais je suis aussi coprésidente de IELA, qui est une organisation qui réunit plusieurs parties de gauche radicale en Europe, avec à chaque fois les branches jeunes, donc il y a par exemple les jeunes de Podemos, il y a les jeunes de Bloco, il y a les jeunes des parties de la gauche verte et rouge dans les pays du Nord, on a les jeunes de Razem en Pologne, donc on a vraiment des camarades de toute l'Europe, et donc on s'organise dans cette espèce de collectif à l'échelle européenne, et donc on voit qu'à chaque... fois, quand on se pose la question, OK, on va se mobiliser contre quoi ? C'est toujours la même chose. C'est la précarité, c'est la lutte contre l'extrême droite. Donc on voit qu'on a des problématiques communes et que donc les réponses doivent être communes. Et on le voit par exemple avec le Brésil qui a fièrement gagné avec Lula. Et tout de suite, le premier réflexe des Brésiliens, ça a été de fêter vite fait la victoire et ensuite de dire on va aider les Espagnols, on va aider les Français, on va leur donner des conseils sur comment vaincre l'extrême droite. Et ça, c'est extrêmement beau et surtout précieux pour pouvoir remporter des victoires électorales.
Pour rester sur le champ européen, le point commun aussi. de tous ces pays, c'est des pays de l'Union européenne. Quelle est la responsabilité de l'Union européenne dans la situation d'appaurissement général, de hausse des coûts, le problème du logement, tu l'as dit
Elle est énorme parce que les consignes de coupe budgétaire viennent de l'Union Européenne. Alors évidemment les États les appliquent avec beaucoup de zèle, mais aujourd'hui on n'a pas besoin de l'Union Européenne. Non, il n'y a pas besoin de von der Leyen. Mais il se trouve qu'il marche main dans la main dans la même direction, à savoir de dire on ne va rien mettre dans l'avenir, par contre on va tout miser sur la préparation de la guerre. Ça c'est le grand projet européen, c'est Réarme Europe. Et donc c'est investir énormément d'argent dans l'industrie de l'armement. et rien pour la jeunesse, rien pour les services publics. Donc on voit qu'on a un choix aujourd'hui qui est de dire et de préparer les esprits à la guerre en disant il faut serrer la ceinture parce que l'heure est grave, on peut être envahi. Donc ils jouent sur les peurs, ils jouent sur la surenchère militaire mais il n'y a absolument rien pour répondre à la détresse des jeunes qui est sur l'éco-anxiété. Mais l'éco-anxiété elle est due à quoi ? Elle est due à la complicité des gouvernements avec les industriels pour détruire la planète. Il n'y a aucune réponse politique. sur la crise écologique. Bien au contraire, on fait tout l'inverse. Là, les grands projets européens, c'est tous les omnibus qui visent à détruire le peu de législation environnementale qu'on a en place, à notamment autoriser à vie les pesticides. C'est ce qui risque d'être voté en décembre prochain. C'est-à-dire qu'aujourd'hui, par exemple, il faut... réviser tous les 10-15 ans la toxicité d'une substance pour voir si on la remet sur le marché. Là, pour 90% des substances, ça pourrait être à vie. Donc le glyphosate à vie, l'acétamipride à vie, etc. Donc on voit au contraire que la commission, son projet, c'est d'empoisonner les gens. C'est de couper tous les budgets à part celui de la guerre. Donc forcément, ce qui se produit, c'est forcément l'embrasement en Europe, c'est forcément la révolte des jeunes, parce que ce qu'on nous promet, c'est de se taire, de partir au front et de voir ses parents souffrir. C'est quand même ça qu'on nous vend. Et donc l'Europe est toujours à côté de la plaque, y compris quand il y a des violences policières, etc. Les Européens préfèrent débattre de la violence de l'extrême gauche dans les rues en France. que des violences policières ou que des revendications qui font qu'on est toutes et tous aujourd'hui dans la rue. Donc l'Europe, au contraire, c'est aujourd'hui aussi le marche-pied de l'extrême droite qui se saisit de cette institution pour imposer ses propres thèmes sur l'immigration, contre les droits des femmes et sur la violence prétendue de la gauche et de l'extrême gauche. Donc on voit aujourd'hui que l'Europe, elle est totalement complice des situations dans chaque pays et qu'au contraire, elle pousse à l'austérité. Ursula von der Leyen, c'est Madame Austérité par excellence et elle ne compte pas changer de braquet.
parlant de marchepied à l'extrême droite, redescendons à l'échelon national, puisqu'il y a une revendication qui est apparue sur pas mal de pancartes dans les cortèges et dans les blocus ces derniers jours, et singulièrement aujourd'hui. C'est autour de la question de CNews, puisqu'on a, tu l'as vu, une pétition qui, je crois, à l'heure où on parle, a atteint 900 000 signatures, donc qui sera discutée, qui doit normalement être discutée à l'Assemblée nationale au nom du seuil de 500 000 qui a été passé. Donc, pétition... pour fermer CNews, en tout cas le privé de son canal TNT. Donc ça a apparu sur les pancartes aussi à la faveur, d'ailleurs cette pétition est liée à ça, du l'attentat raciste de Trappes, où CNews, surtout CNews, mais pas uniquement, les chaînes d'info qui relaient des propos et des phrases racistes, ont été accusés d'avoir armé intellectuellement le tueur. Comment tu perçois cette montée de la demande de fermer le robinet à CNews ? que cette revendication soit venue se greffer à celle de la jeunesse et même à celle des salariés, puisqu'on les retrouve dans les cortèges syndicaux aujourd'hui.
il y a urgence à éteindre ces news définitivement parce qu'il y a un continuum entre ce qu'on entend tous les jours à la télé, ce qu'on entend aussi à l'Assemblée nationale et les violences ensuite qui ont lieu dans les rues, qui conduisent parfois à des attentats racistes comme à Trappes et donc on ne peut pas séparer les deux. On ne peut pas séparer les prises de parole racistes des actes racistes parce que les uns nourrissent les autres et ces news contribuent à pourrir la situation tous les jours 24 heures sur 24 sur sa chaîne qui est une chaîne de grande écoute et qui empoisonne. littéralement les cerveaux des françaises et des français et même les proches de l'assassin et du terroriste attrape le disait il ne faisait qu'écouter ses news il était d'accord avec ce que disait pascal pro avec ce que disait marion maréchal le pen donc le lien il est fait, il est là, il est tangible et donc il est extrêmement important de plus se contenter de sanctionner CNews quand ils disent n'importe quoi parce que ça arrive tous les jours. Nous on peut faire des classements du top 10 des pires d'Ingrid CNews, la vérité c'est qu'on pourrait en faire à l'infini parce que c'est tous les jours qu'ils diffusent des propos qui sont mensongers et faire des correctifs après, bah en fait ça ne corrige pas le mal qui est fait et le mal qui est fait c'est pas des boulettes médiatiques, c'est volontaire, c'est que ces propos là sont mis en avant de manière volontaire, ils ont mis en avant Zemmour de manière volontaire. pour faire monter les idées de l'extrême droite. Donc ils ont un agenda politique qui est extrêmement clair, qui est de banaliser massivement les idées racistes, qui ensuite conduisent à des attentats racistes, à la montée de l'insécurité pour les personnes racisées en France, qui subissent de plus en plus d'agressions racistes dans ce pays, que ce soit verbales ou physiques ou quotidiennes. Et donc effectivement CNews a une très grosse responsabilité là-dedans. Les responsables politiques extrême droite ont une responsabilité dans la montée des violences. Raciste, notamment, mais pas que. Et donc effectivement, CNews, c'était la chaîne, par exemple, qui classait l'avortement comme la première cause de mortalité dans le monde. C'est eux qui ont comparé Bali Bagayoko à un singe. Et la liste est encore extrêmement longue. Ou alors, ils vont filmer des manifestations en Albanie et dire que c'est un direct depuis Paris. Et c'est ça, tous les jours. Et donc, ils ne respectent tout simplement pas les règles fixées par l'ARCOM. Donc, ce n'est pas une question de « on veut censurer la liberté d'expression ». Ils ne respectent pas le cadre. les règles effectivement de déontologie du journalisme, c'est qu'ils ne respectent rien. Donc à partir d'un moment, quand ils sont sanctionnés mais qu'ils continuent, il faut juste couper le robinet, fermer CNews et on voit que c'est une très grosse attente parce qu'on approche du million de signatures, effectivement on voit de plus en plus de pancartes sur le sujet parce qu'on a conscience que CNews a une responsabilité là-dedans, que CNews a des propos qui sont dangereux, qui mènent ensuite à des actes mortels et donc il y a une responsabilité. collective à fermer ces news et à porter ce message jusqu'au bout. Et donc, effectivement, ça me paraît être tout à fait à sa place dans les manifestations, dans nos revendications, parce que la lutte contre l'extrême droite, elle est évidemment liée à ce qui se passe aujourd'hui dans le pays.
Merci beaucoup, Emma Fourreau, d'avoir pris le temps de nous répondre. Depuis quand, je rappelle, puisque tu étais en manifestation ce matin en Normandie. Et donc, tu es eurodéputée. Tu rejoins le Parlement européen ou Bruxelles ou Strasbourg dans pas longtemps, c'est ça ?
J'y étais hier, mais là, on siège pas le vendredi, donc j'y retournerai lundi.
Ça marche. Merci beaucoup, Emma, d'avoir répondu à nos questions. Avec plaisir.
Merci beaucoup.
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