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Bon, j'ai pas des costars qui valent très cher, mais même si je mettais des costars très chers, j'aurais toujours l'allure d'un prolo. Mes sorties, c'était à la bourse du travail avec mon père, c'était les manifs le week-end. Ouais, non, mais je suis arrivé comme un braqueur. En fait, j'ai été élu sénateur, et là je dis banco. Jamais on ne demande au PDG... Qu'est-ce que vous faites de l'argent public ? Jamais. C'est incroyable. Donc d'abord, il n'y a pas de définition. Le président de la République, il dit que c'est autour de 98 milliards. Le ministre de l'économie, lui, dit entre 120 et 130 milliards. C'est un flou qui est organisé. Ce n'est pas que l'administration ne sait pas. C'est que le politique a voulu qu'on n'y comprenne rien.
Bonjour tout le monde, bienvenue dans l'émission du Fauteuil. Aujourd'hui on reçoit Fabien Gué, sénateur communiste et directeur du journal L'Humanité. Bonjour Fabien. Bonjour. Alors on va commencer par le livre que tu as écrit, 211 milliards, révélations sur les aides publiques aux entreprises, qui fait évidemment référence à cette commission d'enquête que tu as menée, dont tu étais le rapporteur sur les aides publiques aux entreprises. Qu'est-ce qui vous a donné envie de vous attaquer à ce sujet-là, de se dire on va le mettre au cœur du Sénat ?
En fait, quand on est parlementaire, moi ça faisait déjà six ans que j'étais parlementaire, j'avais déjà été membre de commission d'enquête, mais pas rapporteur d'une commission d'enquête, j'ai fait pas mal de missions, mais j'avais envie de découvrir aussi cette question de se consacrer six mois à une question essentielle, et d'y consacrer beaucoup de temps, et je dois dire que j'y ai consacré quasiment les six mois de mon mandat. Et la deuxième question, quand on est au groupe communiste au Célan, on se pose toujours la question comment on est utile au mouvement social. Et utile à la société en général et à ce qui bouge. Par exemple, chacun en mémoire, en 2022, c'est notre groupe avec Eliane Assassi, qui était la présidente du groupe à l'époque. C'est elle qui a rappelé l'affaire McKinsey, mais plus largement les cabinets de conseil, puisque là aussi c'était une commission d'enquête du groupe communiste. Donc on est en 2024, on est en novembre 2024, et donc je dis au groupe, moi je voudrais bien faire une commission d'enquête en 2025, et je cherche le thème. Moi je travaille beaucoup les questions industrielles et énergétiques, et beaucoup d'autres, internationales, la Palestine, mais bon, beaucoup, ma commission c'est l'énergie et l'industrie. Ce qui me permet de raccrocher les luttes sociales. Donc je voulais que ça soit en accord avec ça, mais un peu un pas de côté. Je voulais sortir un peu des questions énergétiques. Et en fait, en novembre 2024, il y a deux plans de licenciement. Michelin, 1250 salariés, avec la fermeture de Vannes et Cholet. Et Auchan, qui annonce 2200 suppressions de postes et 10 magasins environ de fermés. Et donc je me dis, tiens, Banco. prenons la question de l'emploi mais à ce moment là je me dis si on est uniquement sur la question Licenciement, je sais déjà ce que va nous répondre le patronat. On n'y est pour rien, c'est la conjoncture internationale. Il faut bien fermer des sites, mais on en réouvre ailleurs. Vous ne comprenez rien à l'économie. Et puis la seule question qu'on aurait pu mettre sur la table, parce qu'après il faut envisager ce qu'on va faire déjà comme proposition, même s'il y a des choses qui apparaissent. Mais l'interdiction des licenciements boursiers, par exemple, qu'on porte depuis extrêmement longtemps, qu'on redépose chaque année, je sais que la droite n'en voudra pas. Et en fait, celui qui va me donner l'idée de l'angle, c'est Michel Barnier, qui est alors Premier ministre, et qui répond à une question d'André Chassène à l'Assemblée nationale, qui était le président du groupe GDR. Et il dit à André, il dit, je vais demander des comptes à Michelin Auchan, notamment sur l'utilisation de l'argent public. Et là, je dis banco. Trop fort. Voilà l'angle. Jamais on ne demande au PDG qu'est-ce que vous faites de l'argent public. Jamais. Et à chaque fois que nous on me dit tiens c'est 200 milliards par an, on nous répond non mais c'est autour de ça, mais c'est plus complexe que ça. Bon bref on nous renvoie dans nos cordes. Donc je me dis parfait. Et là pour le coup le champ est ouvert évidemment des possibles. Donc c'est pour ça que je propose au groupe. utilisation de l'argent public par les grandes entreprises, et on va auditionner beaucoup de gens, mais je ne savais pas qu'on allait en faire autant. Donc merci Michel Barnier, parce que c'est lui qui m'a donné le... qui m'a donné l'idée de faire ça.
Et là, vous lancez ça, et en fait, vous découvrez une véritable machinerie hyper complexe et opaque. Vous avez dû vraiment faire une véritable enquête, aller chercher à droite, à gauche, devoir pousser pour avoir des informations. Et en fait, on se rend compte, et c'est ce qu'on voit dans le livre aussi, on se rend compte que personne n'y comprend et n'a les informations. C'est-à-dire que même dans les institutions, même jusqu'au ministère de l'économie, personne ne sait un peu ce que ça veut dire, ces aides aux entreprises.
Alors c'est ça qui est complètement fou, parce que je me lance et je me dis, très rapidement, on va avoir les dossiers, les chiffres, et ce n'est pas une question. On aura les chiffres, comme ça on pourra donner le montant, et puis on saura beaucoup plus sur les questions de conditionnement, ce qui est notre ADN. En tant que communiste, on pousse toujours la question du conditionnement des aides publiques. Et en fait, j'avais été alerté par des économistes, notamment atterrés, mais aussi d'attaques. Ils m'ont dit, tu sais, Fabien, il y a un enjeu primordial, c'est la question de la transparence. Parce qu'il faut savoir combien, combien. Et moi, je dois avouer, je trouvais que ça ne devait pas être une revendication première, ou en tout cas, je trouvais ça un peu faible. Allez, si je me permettais un peu social-démocrate, si on n'est que sur la transparence, ce n'est pas ça le vrai enjeu. Et en fait, je me suis trompé. Parce que dans les premières auditions, on convoque toute l'administration centrale, tout le monde. Et on dit, donnez-nous les chiffres. Et là, c'est incroyable. Donc d'abord, il n'y a pas de définition des aides publiques. Chacun y met ce qu'il veut. Les montants, alors on va de 70 milliards pour l'INSEE, pour les principaux responsables de la DGFIP, on est à potentiellement 250. Donc de 40 à 250. Le président de la République, qui, pendant la commission d'enquête, prend la parole à un moment donné dans une émission à TF1, je crois assez longuement, il est interrogé sur les aides publiques aux entreprises. Il dit que c'est autour de 98 milliards. Le ministre de l'Économie... qui vient la semaine d'après devant notre commission d'enquête, et qui donc prête serment, lui dit entre 120 et 130 milliards. Alors je lui dis, bon, mettez-vous d'accord avec le président de la République, puisque la semaine dernière à la télé, il a dit 98. Bon, donc, on s'aperçoit que personne n'y comprend rien, et en réalité, personne ne maîtrise rien. C'est un flou qui est organisé. C'est pas comme ça, c'est pas que l'administration ne sait pas. C'est que le politique a voulu qu'on n'y comprenne rien et que ce flou soit organisé. Donc on a mis six mois à savoir qu'il y avait 2267 dispositifs d'accompagnement. hors aide des collectivités territoriales et des régions, hors aide européenne, parce que là, vous rajoutez la PAC, etc. Donc 2267 dispositifs d'État pour 211 milliards d'euros. Si je peux dire comment on l'a trouvé, ce n'est pas du tout le chiffre communiste. Tout le monde, les libéraux, ils jouent encore les réseaux sociaux. Ah, mais c'est un chiffre inventé par le rapporteur communiste. Pas du tout. Donc on a compilé pendant six mois. toutes les données des ministères. Moi, j'écrivais au ministère et ils nous renvoyaient des clés USB avec des milliers de pages.
qui s'est retrouvée sur le bureau de l'humanité sans faire exprès. – Sans faire
exprès, je pourrais expliquer. Donc bon, on a compilé ça. Donc c'est l'administration
qui
a décortiqué ça. Je l'explique dans le livre. On a eu la chance qu'il y ait deux data scientistes en stage au Sénat et qui sont venus prêter main forte. évidemment à l'équipe d'administrateurs et d'administratrices, et quelques jours avant de rendre le rapport, ils m'ont dit « bon, voilà le chiffre, c'est 211 milliards ». Alors 211 milliards, je ne pensais absolument pas que ça allait faire scandale. Pourquoi ? Pour deux raisons. D'abord parce qu'on disait, moi-même, Autour de 200 milliards, donc on n'était pas sur un effet d'échelle du simple au double, c'était un chiffre communément admis, d'autant plus qu'il était appuyé par deux rapports qui étaient plus confidentiels que celui-là. D'abord celui du haut commissariat au plan de 2020 avec François Bayrou, alors qui était le haut commissaire au plan, qui parlait lui de 220 milliards. Et celui des économistes du Clercet, avec la CGT, du cercle Lillois, qui parlait de 205. Donc quand on annonce 211... On est pile poil entre les deux. Donc je ne pensais absolument pas que ça allait être un chiffre qui allait être contesté. Et il a été tellement contesté, mais aussi tellement approprié par le mouvement social. Je le retrouve partout et je l'ai trouvé encore ce matin devant un lycée. Il disait « Rendez les 211 milliards d'aides publiques aux entreprises ». pour l'éducation nationale. J'ai trouvé ça formidable. Personne, l'ICN ou l'ICN qui a dû faire ça, ne sait pas que c'est moi, mais ça me fait plaisir.
Oui, il y a vraiment eu un avant-après, parce que moi, je fais de l'économie depuis des années, et on en parlait, justement, l'étude du Clercée qui avait posé un premier chiffre, etc. Mais c'était resté confidentiel. Même les militants, ce n'était pas réapproprié cette donnée qui est très politique, au final. Et donc, le fait que ce soit passé par le Parlement, et aussi... Autre chose, le fait que vous ayez confronté les PDG sur ce chiffre, sur ces données. Et donc, j'ai l'impression qu'il y a eu un avant-après, que ce soit dans le mouvement social, dans la lutte, mais aussi chez les libéraux, par exemple. Il y a eu un avant-après. Je ne sais pas si vous l'avez senti.
Ah oui, complètement. Jamais je pensais qu'on a... On peut
punir, quoi.
Oui, c'est ça. Le chiffre est sur la table. Il y a eu plusieurs raisons à ça. D'abord, parce que c'est une commission d'enquête. Elle est passée par le Parlement. Et le rapport a été adopté à l'unanimité. C'est-à-dire que, évidemment, j'en étais le rapporteur, le président était LR, mais on était 21. Et dont la majorité qui composait notre groupe et qui a adopté le rapport était membre de la majorité sénatoriale, donc de droite. La deuxième chose, c'est que cette commission d'enquête, elle était filmée. Et les vidéos ont été vues des millions de fois. Rien que moi sur mes réseaux sociaux, hors Bernard Arnault, c'est entre 60 et 70 millions de vues. Bernard Arnault, je crois que c'est plus de 100 millions de vues. Et après, le reste, c'est évidemment Public Sénat, d'autres personnes qui ont relayé. Donc c'est plusieurs sans mentir. centaines de millions de vues, enfin deux ou trois cents, peu importe. Donc c'est considérable. Plein de gens, encore un an après, me parlent des... de la confrontation avec des PDG. Bon, Bernard Arnault étant évidemment le sommet, mais beaucoup m'interpellent sur Carrefour, sur CMACGM ou sur leur entreprise, évidemment. Par exemple, lundi dernier, j'ai été invité à Clermont-Ferrand par les salariés de Michelin. J'ai fait une assemblée générale de la CGT avec 150 salariés après avoir visité les deux sites industriels, vu le PDG. pour la première fois, un PDG ait remboursé les 4,3 millions d'euros, a été considérable, mais pour l'entreprise aussi, c'est évidemment. Donc ça, j'ai envie de dire, c'est un atout considérable parce que ça a beaucoup pesé aussi, évidemment, dans le choix final et dans le fait qu'il y ait unanimité. Et donc, effectivement, plus personne ne pouvait nier parce que tous les PDG sont venus. Et on a eu un débat contradictoire et argumenté. Moi, j'ai toujours dit qu'on n'était pas obligé d'être en accord avec moi. Mais toutes les données que j'ai données étaient vérifiées, sourcées. Et on a confronté des points de vue. Il y a des aides publiques qui sont bien utilisées. Nous ne disons pas que toutes sont mal utilisées.
Oui, le débat, c'était sur la légitimité des aides. La majorité des
aides sont bien utilisées. Mais une partie de les mal. Et surtout, ce qu'on voit, c'est que c'est ni transparent ni évalué. C'est-à-dire que la masse... des aides, aujourd'hui, on ne sait pas si elles sont efficaces ou pas. Et donc, quand il y a des PDG qui nous disent « Ah ben, c'est obligatoire, si on n'a pas ça, on meurt ». Mais à côté, il y a des dividendes. Voilà. Et puis, il y a des cas très concrets, comme par exemple Carrefour, où j'ai démontré. Le PDG, d'ailleurs, ne l'a pas nié. Il a contesté après le fait que je l'ai lié à l'emploi. Mais le fait qu'une partie des aides publiques nourrissaient les actionnaires est un fait. J'ai pu démontrer la vidéo. Après, j'ai voulu démontrer que ça avait aussi une conséquence sur l'emploi, ce qu'il a un peu plus nié, mais sur le reste. Donc, pour la première fois, on a confronté 33 PDG, beaucoup du CAC 40. au fait que qu'est-ce que vous faites de l'argent public qu'on vous donne.
Qu'est-ce que ça vous a fait de confronter comme ça les PDG ? Il y a eu Bernard Arnault, vous l'avez dit, il y a eu Pouyanné, il y a eu Saadé. On est quand même face au plus gros, pas grand, mais gros patron de France et pas que. Comment vous l'avez senti, vous, personnellement ? Comment vous étiez ?
Moi, je suis fils d'ouvrier,
d
'ouvrière. Moi-même, je suis le premier de ma famille à avoir fait des études. Pas des grandes études, des études. Moi, je suis un prolo. Et j'ai de la chance. Aujourd'hui, je suis sénateur. C'est extraordinaire pour moi. Directeur du journal de l'Humanité. Pour moi, c'est quasi un rêve. Et j'ai un peu parfois ce sentiment de ne pas être à ma place. J'ai un peu le syndrome de l'imposteur. Parfois, ça m'arrive et je me dis, mais qu'est-ce que je fais là ? Je ne suis pas à ma place. Et dix ans après, ça continue. Donc j'essaie de me soigner de ça. Donc quand j'ai commencé à faire cette commission d'enquête, je ne savais pas où on allait. Je me t'ai dit, on fera 3 ou 4 PDG, mais on en a fait 33 parce qu'en fait, l'appétit vient en mangeant, mais pas que moi, on est 21. Donc les gens disent, il faut un tel, il faut un tel, il faut un tel. D'ailleurs, je raconte comment Bernard Arnault. Moi, je ne voulais pas le faire Bernard Arnault. Mais après, si je ne faisais pas Bernard Arnault, j'apparaissais comme celui qui reculait. Et donc c'est vrai que, demander des comptes, en tout cas d'avoir un débat à égalité... Avec eux, et c'est assez rare, parce que jamais on les confronte. Le peu de fois où ils passent devant les médias, pardon de dire, pas ici, mais dans les médias dominants, bon, c'est pour leur servir la soupe. Oh, vous êtes extraordinaire, mais comment faites-vous pour s'être si extraordinaire que ça ? Jamais on leur dit, mais vous avez licencié 3 ou 4 000 personnes, vous touchez pourtant 100 millions d'argent public. Pourquoi ? Ça n'arrive jamais. Donc effectivement, j'avais un peu cette responsabilité, mais elle m'a même dépassé, parce qu'à un moment donné, je recevais des centaines et des milliers de messages de syndicalistes, de citoyens, de citoyennes, de salariés, qui me remerciaient. C'était un peu un effet catharsis pour une majorité d'ouvriers et d'ouvrières. Donc ça, je l'ai pesé quasiment à la fin. Bon voilà, après, je n'étais pas impressionné. Par contre, je voulais être concentré. Parce que je savais que si je faisais une erreur, bam, derrière, on annulait tout le travail. Ah ben là, il raconte n'importe quoi. D'ailleurs, au début, ils ont essayé de faire ça. C'est un communiste, il ne comprend rien à l'économie. Oui,
tout de suite, le procès en illégitimité. Non, mais ça,
délégitimé. Puis après, c'était... Ah, mais de toute façon, c'est le patron le plus subventionné de France parce qu'il travaille à l'humanité. Donc je rappelle que j'en suis bénévole et que je reverse une partie de mon indemnité parlementaire à mon parti. Donc ce n'est pas de l'argent qui me vaut. Et ce qui est complètement faux, si l'humanité était l'entreprise la plus subventionnée de France, ça serait, et même elle n'est pas la plus subventionnée évidemment du monde de la presse. Mais c'est vrai que les aides publiques de la presse sont indispensables à la survie de tout un modèle économique. Mais d'ailleurs, je n'ai jamais nié ça, elles sont... assez publics, c'est les seuls qui sont transparents, puisqu'il y a un tableau qui est rendu chaque année, et je le trouve normal que les gens puissent savoir combien touche. et l'humanité et tous mes confrères et consoeurs, évidemment. Et on est loin des chiffres délirants qui sont annoncés sur les réseaux sociaux. 10 millions, 19 000 euros, j'ai vu ça. Si on avait 19 millions d'euros, je vous avoue, on serait dans une... Cette année, on touchera un peu moins de 2,8 millions, je crois, ce qui est déjà très bien et qui nous permet d'être à l'équilibre et de pouvoir faire fonctionner. Mais c'est tout le réseau de distribution, d'imprimerie. Donc ce que je dis, c'est que je n'ai jamais dit... Toutes les aides publiques étaient illégitimes, jamais. Mais une partie doivent être interrogées, une partie doivent être évaluées. Et surtout, il faut les rendre transparentes. Et enfin, il faut les conditionner. C'est tout le débat qu'on a eu sur un certain nombre de questions. Mais pour revenir au PDG, non, j'étais content à la fin parce qu'il fallait leur tenir la dragée haute. modestement, j'espère avoir réussi, et d'avoir poussé dans le retranchement, pas pour mener une guerre personnelle, mais pour faire éclater la vérité. C'était ça qui m'intéressait, faire éclater la vérité. Chercher la vérité et la dire, c'est ce que disait Jaurès, c'est ça qui m'intéressait, et je crois que... On y est plutôt arrivé.
Vous écrivez des capitaines d'industrie traités en monarque. Quand on est un ancien prolo, je dis ancien parce qu'après la classe évolue, etc. Mais quand on est un ancien prolo, dans tous les cas, il reste toujours un peu cette violence de classe de découvrir monde-là, de voir que parce qu'ils sont PDG et qu'ils ont... bâti une fortune sur l'exploitation de salariés, parce que disons les choses comme elles sont, eh bien on est traité en monarque et on n'est plus en 2026. Dans ce genre de petit moment, je ne sais pas si ça vous a marqué, parce que vous l'écrivez justement.
Encien pro, je ne sais pas. Évidemment, je n'ai pas la même vie que mes parents. Ils ont été ouvriers toute leur vie à leur chaîne, à la chaîne. J'en suis très fier. Ma famille est majoritairement ouvrier aujourd'hui. Je gagne beaucoup plus qu'eux, très véritablement. Je ne conserve pas l'entièreté, mais je reste un prolo. Quoi qu'il arrive, je mets un costard, mais j'ai l'allure d'un prolo. D'ailleurs, ça se voit. C'est comme ça. D'ailleurs, pour la petite histoire, un jour, on inaugurait une nouvelle gare du Grand Paris, à la Projégion. à Saint-Ouen, et j'étais avec des élus de droite, de gauche, et arrive Nicolas Sarkozy. Je ne l'avais jamais rencontré de ma vie, donc tout le monde lui dit bonjour. Et puis, quelqu'un dit « Ah, mais lui, c'est un communiste ». Et sa première réponse, il a dit « Ben, ça se voit ». Donc, quoi qu'il arrive... Bon, je n'ai pas des costars qui valent très cher, mais même si je mettais des costars très cher, j'aurais toujours évidemment l'allure d'un prolo, ce que je suis et ce que je reste, parce que quoi qu'il arrive, on n'a pas la même classe. C'est un port de tête, c'est des gestes, ça se voit même dans l'attitude. Donc quoi qu'il arrive, ils vous font sentir que vous n'êtes pas de la même classe. Et alors dans les capitaines d'industrie, il y a des salariés comme d'autres, même s'ils peuvent toucher des centaines de milliers, voire des millions d'euros. Puis après, vous avez les milliardaires, c'est encore autre chose. Rodolphe Saadé, déjà autre chose que Patrick Pouyanné. Pouyanné, il gagne des millions, mais il reste un salarié de total. Rodolphe Saadet, lui, il est milliardaire et c'est son entreprise. Puis après, vous avez le must du must, c'est Bernard Arnault. Et là, j'ai vu ce que pouvait faire l'argent. C'est-à-dire les gens, quand il est rentré dans la pièce... Il y a eu un moment suspendu où j'ai vu des gens, mais c'est d'ailleurs cette scène, elle mériterait de passer en sociologie devant des étudiants et étudiantes. Les gens se sont inclinés comme ça. Mais presque...
Instinctivement ?
Instinctivement. Donc là, je me suis dit, et je voyais mes autres collègues, ils étaient avec moi. Mais globalement, je sentais le regard en disant « Bon, là, il ne faut pas te louper, parce que si tu te loupes, là, tu seras tout seul. » Donc je sentais même, ils ne l'ont pas dit, ils ne l'ont pas exprimé. Mais j'ai eu ce ressenti de, dans la pièce, pas être seul contre tous, puisque quand même... Mais que je n'affrontais pas n'importe qui. C'était quasi l'homme le plus puissant du monde. Même l'homme qui donne des conseils à Emmanuel Macron. C'est celui-là. C'est l'homme qui murmure à l'oreille de Donald Trump. Et d'ailleurs, il nous l'a dit. Et quand on lui a posé une question... D'ailleurs, sur les relations entre Trump et le fait que, par exemple, Emmanuel Macron lui ait dit qu'il pensait qu'il fallait arrêter d'aller investir aux États-Unis. Il a dit que le président se mêle de ses affaires et moi, je me mêle des miennes. Ça n'a pas rejailli de l'entretien, parce qu'en fait, ce qui a rejailli, c'est sa charge contre moi et l'humanité. Et puis, le monde est LFI. C'est ça qui est sorti. Mais cette charge contre le président de la République, elle était extrêmement violente et elle dit beaucoup de ce qu'il pense. Il peut avoir des règles, mais LVMH est au-dessus des États. Et donc, je suis content de l'avoir vu et vécu une fois.
cette violence de classe, justement, que vous pouvez ressentir, vivre, subir, il y a une anecdote qui m'a beaucoup marquée dans le livre. C'est ce moment où vous vous retrouvez à l'Élysée parce que vous êtes président du groupe d'amitié France-Brésil pour la réception avec Lula, Emmanuel Macron, etc. Et en fait, vous vous retrouvez, après la commission d'enquête, dans une salle avec des patrons, patronnes du CAC 40, etc., où tout le monde sait qui vous êtes et ce que vous avez fait. Et là, vous vous sentez... Tout le monde vous fait comprendre que vous n'êtes pas à votre place. Et en même temps, vous arrivez quand même à ricaner un peu avec Bernard Arnault.
En fait, la commission d'enquête finit. On rend notre rapport le 8 juillet et elle finit fin mai. Parce qu'il y a quasiment 5-6 semaines d'écriture quand même. Et puis débat entre nous. Et mi-juin... Lula vient en France. Et moi, je n'ai jamais été à l'Elysée. Le président s'est déplacé au Brésil. Et en général, il convie, il est d'usage qui peut convier les présidents et présidents des groupes d'amitié. Je ne l'ai pas été. Mais Lula vient en France et donc, on m'invite à assister au dîner d'État pour représenter le Sénat. Donc j'y vais. Je suis président du groupe d'amitié. J'ai déjà rencontré Lula. Je me dis... Je savais qu'il allait y avoir du monde, je n'étais pas sûr de pouvoir le voir. Je ne l'ai pas vu, je suis rassur, il y avait tellement 800 personnes. Bon, je me dis OK, j'y vais. Au moins, j'aurais été une fois dans ma vie, évidemment, à l'Elysée. Donc j'arrive, ça reste quand même impressionnant. Après avoir vérifié mon identité et passé les contrôles, un huissier me dit « Ah non, n'allez pas dans la grande salle, venez ici ». Donc je suis le huissier. Et j'arrive dans une salle assez petite. J'apprendrai plus tard qu'elle est la salle du conseil des ministres. Mais il n'y a rien. Elle est vide. Bon, je me dis, tiens, c'est marrant. Pourquoi ils m'ont mis là ? Déjà, ils me séquestrent. Je rigole, tout seul dans ma tête. Et en fait, le premier à rentrer dans la salle après moi est le PDG de Vinci, Xavier Huila, que j'ai auditionné peut-être quelques semaines avant. Il dit « Mais que faites-vous là ? » Je dis « Je représente le Sénat. » Et je dis « Et vous ? » Il dit « Moi, je suis là parce que c'est un dîner d'État. » Et en dîner d'État, Vinci est représenté. Puis le deuxième est le PDG de Naval Group que je n'ai pas auditionné. Il dit « Bonjour, c'est vous, monsieur Gué ? » « Oui, c'est moi. » « Ah, écoutez, vous avez fini votre commission d'enquête ? » Je lui dis « Oui, on a fini, on n'a pas rendu nos conclusions, on est en train de les écrire. » Ah, bon, très bien. Le troisième est Rodolphe Saadé, qui lui, il rentre. Donc il me dit « Qu'est-ce que vous faites là ? » Je lui dis « Je suis venu vous surveiller. » Clate de rire. Et en fait, dans cette salle, va se succéder Patrick Pouyanné, Alexandre Bompard de Carrefour, Bernard Arnault, Xavier Niel. Bon, quasi tous les gens que j'ai auditionnés et les membres du gouvernement. Et je passe deux heures assez étranges. Bon, des gens ne me saluent pas. Je parle à quasiment personne. Évidemment. Tout le monde sait qui je suis et tout le monde se demande qu'est-ce que je fous là. Tout le monde en disant mais ils ont fait une mauvaise blague. Donc quand les gens s'approchent de moi et me disent mais qu'est-ce que vous faites là ? Je représente le Sénat parce que je suis parlementaire. Et puis après je vais dans la grande salle. Et là, j'arrive à table et je me retrouve à ma gauche, Florent Ménégaud de Michelin, à qui j'ai demandé de rembourser 4,3 millions. Donc je sens un peu la difficulté. À ma droite, j'aurai Estrelle Bracaloff, que je ne connais pas, mais qui est la directrice générale de Veolia. Je n'ai pas auditionné. Et qui, elle, détend en disant « Ah, mais moi, je suis très mécontente que vous n'ayez pas voulu m'auditionner. » Qui m'expliquera d'ailleurs les codes, un peu, de la soirée. Parce qu'il y avait beaucoup, en fait, c'était le monde de l'argent qui était là. Et puis, il y avait Éric Lombard, qui lui avait refusé de me serrer la main quelques minutes plus tôt dans la petite salle.
Ministre de l
'économie et des finances. Et qui devait présider notre table. et qui a globalement, je l'ai vu, je l'ai senti, a été voir plusieurs fois les huissiers, en me demandant pourquoi lui, il est là, à ma table, je pense qu'ils ont essayé de me dire, relégaux-le derrière. J'ai vu les gens assez embêtés, donc tout le monde me regardait, donc je voyais bien qu'il y avait un problème. Et puis après, il est venu me dire bonjour, mais on se connaît. Je dis oui, il y a quelques jours, vous étiez auditionné dans le cadre de la commission d'enquête, vous avez peut-être oublié mon nom, mais pas moi. Ah bon, je ne vous avais pas reconnu. Et il n'a pas décroché un mot de la soirée. Je l'ai senti assez mal à l'aise. Et moi, j'ai fait de la politique avec les gens qui étaient là.
Avec les gens qui étaient là, c'est intéressant parce que c'est pour recevoir Lula.
Et
vous vous dites, il y a tous les patrons d'entreprises, patrons d'entreprises. Mais où sont les syndicalistes ? Où sont les militants brésiliens, brésiliennes ?
Il n'y
a personne ? C'est quand même dingue. C'est révélateur de plein de choses. Mais vous, avec votre rêve, vous le voyez.
Oui, oui. Moi, je me dis, bon, dîner d'État, je ne savais pas ce que c'était. C'était la première fois à l'Élysée. Donc je me suis dit, bon, ça doit mêler... Des gens très différents, mais effectivement, des syndicalistes, le mouvement auquel on appartenait pour libérer Lula quand il était en prison, des gens qui ont un rapport avec le Brésil plus ou moins, certainement des PDG, et quelques stars. Il y avait Christina Cordula, Teddy Riner, je crois. Mais effectivement, il y avait quasi... que des chefs d'entreprise et beaucoup de militaires. En fait, ce sont des dîners d'État pour le
business.
J'ai découvert ça. Il y avait-il quelques militants ? Moi, j'étais près de la table d'honneur. Pas la table d'honneur, mais près de la table d'honneur. Après, au fur et à mesure, j'ai vu personne que je ne connaissais. J'ai pu les louper dans les 800 convives. tout cas, dans les 25 premières tables, c'était le monde de la finance.
Justement, on va revenir un peu sur votre parcours, même si on en a un tout petit peu parlé. Nous, la première fois qu'on s'est croisés, moi je m'en souviens, c'était au Fonderie du Poitou. C'est une des fonderies, parce que je suis originaire de là-bas. C'était vraiment une usine mythique de notre village qui a fermé, les deux ont fermé, Renault, etc. On en a beaucoup parlé ici. Et vous parliez déjà, vous parliez beaucoup de lutte des classes avec les salariés. Moi, je vous vois en tant que sénateur, je suis une bébé. à cette époque et là on se retrouve là et en fait un point comment qu'on a ce que vous avez écrit dans le livre qui m'a beaucoup marqué c'est le fait que je sois sénateur et que je sois dans tous ces milieux là et en plus directeur de l'humanité du journal humanité etc c'est une anomalie et c'est une chose qu'on utilise beaucoup quand on vient des classes précaires prolétaires etc le mot anomalie et vous écrivez même je suis arrivé au sénat de la manière à la manière d'obélix je suis tombé dans la marmite pourquoi vous écrivez ça
Dans la marmite de la lutte sociale, mais je suis arrivé comme un braqueur. En fait, j'ai été élu sénateur avec Eliane Assassi, qui était présidente du groupe communiste à l'époque. Le parti m'avait proposé d'être seconde de la liste. On n'avait plus qu'une sénatrice communiste en Seine-Saint-Denis, qui était donc Eliane, et on était mobilisés pour la faire élire. Et la deuxième place était inatteignable, c'était inenvisageable que le deuxième de l'île soit élevé. Donc moi, en plus, j'étais directeur de la fête de l'humanité à l'époque. et avec peu de temps pour militer, puisque c'est fin septembre, les élections sénatoriales, donc la fête est en mi-septembre, et ça prend beaucoup de temps. Bon, et puis en fait, la division du reste de la gauche, le fait que Macron était rentré dans le jeu, il y avait une liste macroniste qui prenait un peu de gauche, de droite, on s'est retrouvé qu'on est arrivé deuxième de l'élection sénatoriale, et que j'ai été élu sixième sénateur sur six. À quelques 20 ou 30 voix près, il faudrait vérifier ça. C'était moi. Donc tout le monde a parlé d'un braquage. Je suis arrivé comme ça. J'étais qu'élu municipal d'opposition au Blanc-Ménil. J'avais 33 ans. Je n'avais pas vocation, mais je crois comme plein d'élus communistes, à faire une carrière parlementaire. Pas du tout, ce n'est pas du tout un rêve. J'y étais, pour ne pas dire, pas du tout préparé. Donc c'est vrai que je n'avais jamais mis de costume de ma vie. Je n'en avais pas. Et j'aimais beaucoup ce que je faisais. J'aimais beaucoup être directeur de la fête de l'humanité. Donc ça m'a un peu chagriné de devoir quitter mon métier. Et je suis passé de la Nationale 2 à la Ligue des Champions en l'espace d'une soirée. Donc à 33 ans, il faut être accroché. Qu'est-ce qui m'a sauvé ? D'abord le groupe, Eliane, très présente, tout ça, le groupe. Et puis j'avais une formation politique assez solide. C'est des années de militantisme aux jeunes communistes, en responsabilité aux jeunes communistes, qui m'ont forgé politiquement, évidemment mes parents, qui étaient communistes et syndicalistes aussi. Donc c'est en fait le background politique militant qui m'a sauvé. –
Vous expliquez que vous venez d'un milieu ouvrier, mais quand même avec des parents cégétistes, donc il y a quand même cette culture de la lutte de la gauche dès le début. Et le fait aussi, autre chose qui vous a marqué, c'est de voir comment le capitalisme a abîmé les gens dans leur chair, dans leur sens du travail, dans leur esprit. C'est tout ça qui a formé votre début d'engagement politique ?
– Ah oui, moi c'est des parents de lutte. Mes sorties, c'était à la bourse du travail avec mon père. C'était les manifs le week-end. Depuis gamin, mon père s'appelle Lucien, j'étais le petit Lulu. C'était mon surnom quand j'étais gamin. Je le suivais partout. Je montais sur le camion de la CGT, j'adorais ça. Entendre les gens crier dans le micro. Donc c'était ma place. Mon père me mettait sur le camion de la CGT en haut. Comme ça, il savait où j'étais dans les manifs. Les fêtes de l'Huma
aussi ?
Les fêtes de l'Huma, évidemment, locales. Et c'est la lutte, chez moi, c'est la lutte. Et ma mère, qui est restée... Mon père a été syndicaliste, puis après responsable permanent syndical à l'Union départementale CGT. Il a occupé plusieurs responsabilités. Et ma mère, elle est restée à l'usine jusqu'au bout. jusqu'à la fin, et elle, elle a eu des mandats délégués, syndicals, CGT, même national, même européens, à l'époque, quand la SAFT était chez Alstom. Elle a affronté Serge Churuc, un grand patron, celui qui a théorisé le fait que la France en usine, c'était lui. elle est restée dans l'atelier, même en ayant toujours ses mandats, elle était cinq jours par semaine au Maï, quoi. Donc ça, ça m'a forgé, évidemment. Et puis, c'est les vagues de licenciements, les camarades et les copains qui défilent à la maison, les pleurs, les rires. Donc ça, je l'ai vécu dans ma chair. Les gens qui arrivent, on est à la cité. Les camarades de la Cégète qu'on appelle pour remettre le courant alors qu'on a coupé le courant. À l'époque, on pouvait le faire. Plus complexe aujourd'hui. Voilà, mais donc c'est ça. C'est la lutte, la lutte, la lutte. Donc j'ai baigné là-dedans. Toutes les luttes. Puis la paix, la paix en Irak. Je me rappelle quand Mandela, sorti de prison, j'étais très très jeune. Comme mes parents, j'avais 8-10 ans. Mais mes parents, comme ils menaient la lutte pour Mandela, je me rappelle, c'est un souvenir. Je revois encore l'image où il sort. Donc c'est ça, ça forge. Il y avait toujours l'humain sur la table, les livres d'Aragon. Bon voilà, c'est ça l'enfance. L'enfance heureuse d'ailleurs.
Et quand vous êtes arrivé au Sénat pour la première fois, qu'est-ce que vous avez ressenti ? Moi je sais que personnellement, la première fois que je suis rentrée à l'Assemblée nationale, j'ai levé la tête en fait. Tout est doré, les gens sont bien habillés, il y a des codes aussi. Moi c'est le côté journaliste, il y a des codes. Bien précis, on voit des journalistes parler avec des politiques, on voit qu'il y a tout un roulement qui est en place, et on arrive là-dedans comme, encore une fois, une anomalie. Tout est joli, tout est brossé. Il y a quelque chose, quand vous êtes arrivé au Sénat, qui en plus a une autre réputation que l'Assemblée nationale, on dit que c'est encore plus bourgeois, c'est vraiment encore plus connoté bourgeois que l'Assemblée nationale, comment vous vous êtes senti ? C'est quoi qui vous a marqué ?
En même temps que je vous dis tout ça, en même temps, je suis quelqu'un qui fonce. En même temps que j'essaie d'analyser et que je me pose beaucoup de questions, en même temps, je vis les choses le jour le jour. Donc les deux, à la fois, c'est une contradiction, ce que je vous dis. Donc je suis arrivé là-dedans, je crois que je n'ai pas été le lundi, mon élection, on a une semaine pour s'y rendre. Le mardi, je suis arrivé, jean basket, une seule chemise à peu près propre que j'avais repassée. Donc les gens m'ont dit bonjour, bonjour, vous allez bien, très bien. Monsieur le sénateur, on est très heureux de vous raconter. Donc on vous abreuve, on me donne tout ça. Je ne savais pas de quoi on me dit. Vous avez des costumes ? Je dis non, non, mais on va me prêter de l'argent parce que ma mère va me prêter un peu d'argent pour que j'achète des costumes. Voilà, c'était drôle. Et puis en même temps, je me suis dit, j'étais au bureau d'âge. La première séance, on est de ceux qui font des pouilles, qui surveillent le scrutin. Et puis après, très vite, les premiers textes. Donc en fait, la machine, voilà. j'essaye d'écouter, de regarder, d'analyser qu'est-ce qu'il faut faire. Donc en même temps, très vite capter les codes. Et en même temps, ne pas tous les suivre. Donc pas se faire avaler par la machine sénatoriale. C'est aussi très complexe. C'est-à-dire prendre les codes, savoir qui fait quoi, où, comment, il faut faire comme ça. Et en même temps, essayer, tenter de faire un pas de côté, mais comme tous mes camarades communistes. Et après, on apprend en marchant. C'est comme ça. Et puis on a un groupe, on se pose des questions. Je n'étais pas tout seul.
Vous disiez aussi, vous parliez du syndrome de l'imposteur. Est-ce que pour combattre le syndrome de l'imposteur, il n'y a pas le truc aussi de « bon, là, il y a des gens qui comptent sur moi, je fais ça pour les gens qui luttent, je fais ça pour les gens que j'ai vu souffrir ? » Oui, bien sûr. Donc la lutte politique permet aussi de retourner le syndrome de l'imposteur en disant « bon, justement, je suis là pour me battre, donc en fait, je ne suis pas du tout imposteur parce que c'est eux les imposteurs à ne jamais être sur le terrain. »
Non, mais d'abord, parce qu'en plus, il y a la grande fierté des parents. Ma mère est fière comme Martaman. Mon père aussi, il le dit moins. Mais voilà, toute la famille est très, très fière. Donc on ressent ça, quoi. Donc on se dit, on ne va pas les décevoir. Les camarades sont contents aussi. Ceux de ma section, ceux de la FED, puis des camarades de partout en France, envoient des messages, bravo, félicitations. Donc on sent une chaleur humaine qui vous accompagne. Et puis après, je prends des dossiers que je ne connais pas et que je maîtrise peu. mais avec une folle envie de découvrir. Donc on me dit, tu iras aux affaires économiques, très bien. Je dis, tiens, moi j'ai l'énergie, j'ai un peu d'appétence pour ça, même si je connais peu. Et puis les questions industrielles, lutte sociale, c'est mon truc. Donc je prends les deux dossiers, puis après on apprend en marchant. Je lis beaucoup, je me cultive sur les questions. Puis après il y a les premières batailles. Ma première loi, c'est la loi Hulot. pour interdire les hydrocarbures sur le sol national, notamment en Guyane, qui est de nouveau haute d'actualité, parce que les élus guyanais, justement, ont voulu revenir sur cette loi et l'eau. Donc moi, je suis favorable à ça, je défends cette question-là, je suis très sur le côté environnemental, et à partir de là, je découvre une lutte, celle de Montagne d'Or avec les Amérindiens, et donc je suis un des rares élus. de France métropolitaine, qui se sont rendus en Guyane, seuls, passer une dizaine de jours avec eux, pour comprendre leur lutte. Ça, déjà, ça m'a marqué quasi à vie. Par exemple, à Guyane, je suis tombé amoureux de là-bas. Je suis retourné une deuxième fois, une troisième fois même. C'est là où vraiment ma culture environnementale a pris aussi beaucoup le pas sur beaucoup de choses. Et j'ai découvert que, quel que soit ce qu'on faisait des quatre coins du monde, ça avait une conséquence pour tous les peuples. partout sur la planète. Et puis après, il y a eu la loi ferroviaire. Là, j'avais commencé à prendre un peu d'épaisseur. J'étais avec plein de camarades dans l'hémicycle. J'ai participé aux trois jours de débats. Et puis après, au fur et à mesure, les combats qu'on mène, autant sur le terrain que la loi retraite, évidemment. Donc au fur et à mesure, boum boum boum, on me prend, et puis des combats. Et puis le CETA par exemple, assez fier, le gouvernement refusait de l'inscrire, je menais un combat avec mon groupe pendant 5 ans, puis j'ai trouvé l'astuce de pouvoir inscrire nous-mêmes le CETA dans notre niche. Donc ça, ça devait être octobre 2023, il y a 3 ans. Démarrer l'élection, j'ai proposé ça au groupe, on a fait ça et on a réussi à ce que le Sénat vote contre. Alors le gouvernement, bon, ça je suis assez content, ça c'est bien, on a réussi à refaire parler de ça. D'ailleurs, le CETA devait repartir à l'Assemblée nationale et chose extrêmement rare, elle n'est arrivée que cinq ou six fois. Depuis 1958, normalement, quand un texte est voté dans une assemblée, le gouvernement le redépose, alors ça se fait automatique, le redépose sur le bureau de l'autre chambre. Et ensuite, l'inscrivez quand vient l'ordre du jour. Ce texte-là, il n'a jamais été redéposé sur le bureau de l'Assemblée nationale. Il est suspendu. C'est quasi un vide juridique dans notre Constitution, parce que ça devrait être fait de... Voilà. Bon, je ne suis pas fier de ça, mais je suis fier qu'on les ait contraints à avoir le débat, et en plus, le Sénat a voté contenant. Je suis très très très heureux. Bon, et puis au fur et à mesure, des combats qu'on mène, des combats qu'on porte avec les camarades du groupe et puis plein de gens dans le pays.
ne va pas être simple d'être de gauche au Sénat quand même
C'est une chambre majoritairement réactionnaire. On vient de revivre le renouvellement de nos instances, enfin pour l'instant du président du Sénat. Jérard Larcher a été réélu, disons-le brillamment. Puisque je crois qu'il a fait plus de 200 voix sur 348 sénatrices et sénateurs. Une quarantaine n'ont pas voté. Donc il a fait 200 voix sur 300 exprimés. Ça vous montre que, évidemment, la droite est majoritaire dans cet hémicycle. groupes de gauche ont un peu reculé. Pas nous, mais les socialistes et les écologistes ont un peu perdu. Je crois 4-5 pour les socialistes, 2-3 pour les écologistes. Nous, les 4 camarades qui étaient rééligibles ont été réélus, donc tant mieux. Donc effectivement, ça fait moins de monde pour aller à la bataille, mais bon, donc on est un peu moins d'une centaine, je crois, de gauche au Sénat. Ce qui demande évidemment... beaucoup de combativité.
Alors vous n'êtes pas que sénateur communiste, vous êtes aussi directeur du journal L'Humanité. Vous êtes le patron de l'Huma, comme on dit. Clairement, comment on est un patron de gauche d'un grand journal qui fonctionne dans un monde capitaliste et qui doit subsister ? Comment on fait
simple. C'est rare qu'on me pose cette question. Est-ce qu'on peut diriger une entreprise et être communiste ? Et plein de gens disent que c'est antinomique. Je ne crois pas. Alors moi, j'essaye une chose. Est-ce que j'y arrive tout le temps ? Je ne sais pas. Mais j'essaye que ce que je prône dans mes discours, je le mette en acte dans ma vie. Et par exemple, la question de la solidarité, la fraternité, la sororité, pour moi, ce n'est pas que des mots. C'est une vision de la vie. Alors, j'essaie d'être comme ça. Mais depuis tout temps, quoi. J'espère que... Enfin, c'est pas à moi de le dire, c'est à ceux qui m'entourent, quoi. Est-ce que j'y arrive tout le temps j'essaie d'être humain partout, tout le temps. Y compris en étant directeur du journal et en devant être responsable et en devant prendre des décisions difficiles. Il m'est arrivé de devoir séparer deux gens. Il m'est arrivé de devoir souvent dire non. Des augmentations ou tel ou tel investissement, etc. Parce que le modèle économique faisait que. Il m'est arrivé de prendre des décisions extrêmement difficiles depuis 5 ans à la tête du journal. Et il m'arrive aussi de vivre des super moments quand même. On est en pleine transformation numérique, on a plein de nouveaux projets, ça marche. Là on vient de passer une étape importante, en wait first. Depuis quelques jours ça fonctionne bien. Bon, on va lancer une nouvelle application, donc voilà. Donc j'essaie d'être aussi humain et juste dans les décisions que je dois prendre. Chaque jour où je suis là, je passe, on a 187 salariés, je passe dire bonjour à tout le monde, quasi tout le monde. Ma porte est toujours ouverte pour l'ensemble des salariés qui le souhaitent. J'ai eu des discussions sur le travail et parfois sur leur vie. Parce que des fois quand ça va mal, ça déborde. Donc j'essaie d'être attentif humainement aux gens. J'espère que j'y arrive tout le temps. Peut-être des gens vous diront que parfois je n'y arrive pas. Je doute beaucoup. Il faut toujours douter. Est-ce que je prends la bonne ou pas des décisions ? Je murmure. Je mouline beaucoup et puis une fois que c'est tranché, il faut avancer. Donc voilà, je pense que c'est faisable de faire vivre un autre modèle de management, entre guillemets, je n'aime pas ce mot, mais que d'être impitoyable. Pour moi, les gens ne sont pas des choses ou des chiffres, ils sont des personnes. C'est un collectif humain qu'on gère et je dis toujours, le plus dur, c'est le collectif humain à faire. Il y a le projet, il y a l'économie. Pas simple. On savait quelque chose aussi en termes de médias indépendants. Pas assis sur un industriel. Et puis voilà. Et en même temps, c'est passionnant. Parce que l'humain, c'est ce qui est le plus passionnant. Donc, j'ai plutôt un bon relationnel avec l'ensemble de la maison. Et effectivement, je sais qu'il y a aussi des mécontentements. D'ailleurs, j'assume souvent en Assemblée générale que sur telle ou telle question, ils ont raison de revendiquer sur tout un tas de questions qui sont légitimes aussi. Je n'ai pas de problème avec ça. Donc moi, je dis toujours, tout ce qu'on pourra dégager, on l'investira dans le capital humain. Moi, je ne suis pas rémunéré à l'humanité. Les actionnaires ne sont pas rémunérés. Et le peu d'argent, quand on arrive à en dégager, c'est évidemment pour le réinvestir dans le capital humain. Ça change déjà du monde impitoyable, de la multinationale, du CAC 40. Ça me fait rire d'ailleurs parce qu'à mon premier CSE, je vous raconte ça, une salariée avait dit « Ah, mais globalement, on m'avait comparé à Bolloré ». Bon, ça m'avait fait sourire en disant « Il y a une chose, d'abord, ce n'est pas mon entreprise ». Deux, je ne touche pas d'argent. Trois, le peu d'actions que j'ai ne seront jamais rémunérées. Ce qui change quand même, je crois, de ce que fait un patron d'extrême droite ou de droite. Je le crois. Voilà. Alors après, il faut assumer des contradictions. Mais dans la vie, tous les jours.
C'est ça, parce qu'une entreprise aujourd'hui qui doit vivre est quand même imbriquée dans un modèle économique capitaliste et libéral aujourd'hui. Et aussi, il y a tout le lien, par exemple, il y a aussi la fête de l'humanité, vous n'êtes plus le directeur, mais avec les publicitaires aussi. Comment on fait pour en même temps faire vivre notre entreprise et en même temps être éthique dans notre lien avec la pub, dans notre lien avec les grandes entreprises. Vous en connaissez un bon morceau. Donc, vous essayez de trouver un équilibre entre tout ça ?
Oui, c'est sûr. On a de la publicité, mais je le dis aussi aisément, on n'en est pas débordé. Oui, ça reste marginal. Mais on en a, je ne le dis pas. Deux grands groupes. Et ce n'est pas moi qui m'occupe de ça. Une entreprise, voilà, mais bon, on en a. Et d'ailleurs, tranquillement, la vocation d'entreprise, c'est d'aller en chercher plus. Mais effectivement, quand vous appelez l'humanité, disons que les annonceurs du CAC 40 ne frappent pas tous les jours à la porte. Bon, donc c'est une contradiction, mais une petite contradiction à gérer. Mais elle peut exister, évidemment. Pareil, je revendique des salaires plus élevés partout. Je suis souvent obligé. Nous, les salaires sont souvent bloqués, je l'avoue, dans un moment où, évidemment, l'inflation frappe de plein fouet l'ensemble des salariés de ce pays, à l'humanité, comme aux médias, comme ailleurs. C'est comme ça. Donc quand vous devez annoncer que ça sera peu, pas beaucoup, zéro... Vous n'avez pas le meilleur des rôles. Donc effectivement, c'est toujours un peu complexe. Et quand vous devez faire respecter les règles collectives, ce n'est pas non plus les meilleurs moments. Mais après, je le dis toujours, moi je suis sur le même bateau qu'eux, chacun étant à son rôle et à son poste. Et donc j'accepte aussi qu'on ne soit pas toujours d'accord avec les décisions que je prenne et qu'on puisse les contester et que syndicalement, il y ait des luttes. Je n'ai aucun problème. Et c'est vrai qu'en plus, des fois, ça peut créer de la distance avec des gens avec lesquels parfois j'ai milité ou avec lesquels j'ai des liens d'amitié aussi, disons-le. Mais j'ai accepté de le faire. J'ai accepté.
Vous êtes aussi animé par cette passion de guider le journal de l'humanité. Vous disiez que c'était sur la table quand j'apprenais à lire. C'est une fierté aussi d'être à la tête de l'humanité aujourd'hui ?
Très grande fierté. D'abord, j'ai été très heureux quand j'ai embauché à l'humanité. C'était en 2014. Patrick Le Yari, qui était mon prédécesseur à la tête, qui est resté 21 ans, m'a proposé d'être son collaborateur à l'époque. J'avais accepté. J'ai fait neuf mois avec lui. Et puis après, il m'a proposé de prendre la tête de la direction de la fête de l'humanité. Là, je me suis évidemment éclaté. Pour moi, c'était le Saint-Graal. J'ai appris plein de choses. Faire de la proc, de la billetterie, de la com. Des relations commerciales, des relations militantes, on faisait tout. Et puis après, de la Grande Seine, à faire des expos, à Village du Livre, c'était super. J'étais élu sénateur. Et puis quand Patrick m'a proposé de prendre sa suite en 2021, j'en ai été très, très honoré. Je ne savais pas si j'allais y arriver, mais je me suis dit, dans un collectif, on va y arriver. Et donc là, oui, pour moi, c'est peut-être la plus belle mission que j'ai et que j'aurai. C'est faire vivre le journal de Jaurès, continuer à promouvoir les questions de paix, de justice sociale, fiscale, écologique, faire vivre un journal communiste. dans le monde tel qu'il est aujourd'hui. Puis bon, tout ce qu'on fait, tous les projets depuis qu'on est arrivés en 5 ans, formidable. La révolution numérique, j'avais dit il y a plusieurs étages, on a commencé il y a 5 ans, on arrive quasi au bout là. On est en train de mettre le nez de la fusée. C'est formidable tout ce qu'on fait avec le plateau, avec Saïra, avec toutes les émissions qu'on arrive à développer. En plus, j'ai le pôle vidéo à côté de mon... de mon bureau. Il n'y a que déjeune, c'est bien, ça vit toute la journée. Quand je suis là, je suis hyper haut. Et donc, quoi qu'il arrive, il y a une vie pour le journal de l'humanité et pour les valeurs qu'on prend. J'en suis extrêmement heureux. Après, je suis un peu chiant aussi. J'ai toujours 10 000 projets. J'en ai encore plein d'autres que je veux voir mis au jour.
Pour finir un peu sur l'actualité, justement, vous disiez, voilà, un journal communiste dans le monde tel qu'il est, justement, dans un monde où la fenêtre d'Overton... Et toujours tirer un peu plus vers l'extrême droite de par les politiques, les médias, leur agenda, etc. Les médias mainstream, j'entends. Et le néolibéralisme complètement exacerbé, qui est très violent. Qu'est-ce que c'est aujourd'hui être communiste en 2026 ? Sachant qu'il y a plein de formes de communisme, etc. Mais ça, on en débat beaucoup à la fête de l'UMA. Mais c'est quoi être communiste aujourd'hui en 2026
être communiste, c'est à mon sens plusieurs choses. D'abord, quoi qu'il arrive, être un révolté. des inégalités, des injustices, du monde de guerre et de misère et d'oppression, qu'il constate en bas de chez lui, comme de l'autre côté du monde. C'est-à-dire avoir cette capacité de révolte qui reste inchangée et invariable, où que ça soit. Bon, ça c'est pour moi la première des questions. Je vous dis ça, c'est que l'autre jour, j'ai pris le train pour aller au Havre. Et quand je suis arrivé, dans les micros, je n'avais pas franchi encore le portique. Ils ont dit « Je rappelle que la mendicité est interdite et que de la favoriser peut être punie par la loi ». Message de la SNCF. Et je me suis dit, je rêve où le jour, on dira, la pauvreté est interdite et la favoriser devrait être punie par la loi. rêve de ça. Quelqu'un qui m'en dit, j'ai jamais eu à le faire. Mais de mendier pour manger, je le souhaite à personne. Et moi, je ne suis pas révolté de la personne qui demande de l'aide. Je suis révolté du système qui conduit à ce que des gens doivent faire la manche. Donc je suis révolté de ça comme je suis révolté de ce qui se passe à Gaza et du génocide en Coran. D'ailleurs, la question palestinienne pour moi, elle arrive avant mon engagement communiste. Donc ça fait 25 ans. Et je me suis rendu plusieurs fois sur place, etc. Donc voilà, ça c'est la première chose. La deuxième, c'est qu'à partir de cette question de révolte, qu'est-ce qu'on en fait ? Et il faut l'organiser. L'organiser dans une organisation. J'ai choisi le Parti communiste. Pour plusieurs raisons. D'abord filialement, et parce que je considère toujours qu'elle est la meilleure organisation pour organiser ma colère et changer les choses. Et pour moi, ce qu'est le communisme, c'est que... Il est l'État actuel qui bouleverse l'ordre rétabli. C'est-à-dire que ce n'est pas que de la théorie. C'est qu'à partir de la théorie, je suis en capacité d'analyser le monde réel et de participer à sa transformation au quotidien pour aller arriver vers une société d'émancipation totale. Et pour moi, le communisme du XXIe siècle, il a deux biais que je mets à égalité. Deux grands chantiers. C'est évidemment sortir les gens de la situation de précarité et de pauvreté mondiale. Et nous en avons les moyens. Donc il faut partager les pouvoirs, les savoirs et les richesses. Et l'autre biais, c'est le biais écologique, la lutte contre le réchauffement climatique. Et ce n'est pas que changer nos modes de production. ou l'électrification. C'est tout un écosystème, le vivant, qui est en train de s'effondrer, etc. Pour moi, c'est extrêmement profond. Donc c'est ça, c'est le communisme du XXe siècle, c'est le social et l'écologie, bien imbriqués, une vision claire de ce qu'on doit faire pour partager les pouvoirs, les savoirs et les richesses, renverser le système capitaliste, et puis après, on décline ça en propositions de plus en plus concrètes. Et puis après, ça se décline. Donc comment on partage les pouvoirs ? Il faut des pouvoirs d'intervention des salariés dans l'entreprise. Et qui détient les moyens de production ? Ça, c'est une vraie question. Parce qu'on ne parle plus de ça. Mais c'est ça, la véritable question. Qui détient les moyens de production ? À partir de là, qu'est-ce qu'on décide de produire ? Pour qui et pourquoi ? C'est de ça qu'il faudrait parler. C'est des vrais
chantiers de l'économie sociale. Oui,
et le mettre en commun. 'est vrai. Et par exemple, les questions autour des nationalisations, ne refaisons pas ce qu'on a fait en 1981, c'est des étatisations. Non, si on renationalise tout un secteur, pouvoir aux travailleurs et travailleuses. Chant d'intervention nouveau pour les usagers et usagères. Partage des savoirs. Je prends par exemple la crise Covid qu'on a traversée et le fait que quelques labos, ils aient pris les brevets et puis ils ont fait du pognon. Nous, on a été servi, puis la moitié de la planète, ils n'ont pas été. En Afrique, personne n'a été trop, évidemment, vacciné. Donc le partage des pouvoirs et la mise en commun des savoirs. et de permettre à chacune et chacun son émancipation par l'éducation est fondamentale. Nous ne transformerons pas la société si nous n'avons pas une société de gens éclairés
et
qui puissent choisir. Puis partage des richesses, bon, je ne vais pas le voir. Voilà.
– Ça, on commence à connaître le milieu. –
Vous voyez ce que je veux penser. Par exemple, moi, je serais très offensif sur la question de l'héritage. Je me pose beaucoup de questions sur la question de l'héritage. Aujourd'hui, on est une société d'héritiers et de rentiers. Plus de travail. Pas vrai. Il y a le rapport capital-travail. Mais il y a la question des rentiers. Aujourd'hui, vous héritez, vous partez soit avec un bonus dans votre vie, soit avec un boulet. Je suis pas loin de penser qu'il faut annuler toute forme d'héritage, ou en tout cas d'en réduire...
De toute façon, 80% de la population a moins de 100 000 euros d'héritage. Tout à fait.
Voilà ce que j'ai rappelé à la fête de l'humanité. Mais je traverse cette question au-delà de « il faut aller évidemment... » Évidemment, par exemple, la taxe Zuckmann est un minimum, d'aller chercher, contribuer les milliardaires. Mais la question de l'héritage. Par exemple, le pacte d'Utrecht, qui permet de transférer les entreprises à ses héritiers, 66% du dispositif est capté par 1% des héritiers. Plusieurs centaines de millions, comme ça, qui échappent à l'impôt par les grands héritiers. Donc je me pose, en ce moment, je lis beaucoup sur les questions d'héritage. Je pense qu'un des grands chantiers de la gauche, 'est cette question-là, par exemple. Avec d'autres, avec tout ce que je viens de dire. Donc voilà, quand on met tout ça... ce que j'appelle être le communisme du 21e siècle.
Justement, vous parliez de l'esprit de révolte. En ce moment, le pays est quand même traversé, bousculé par la révolte des lycéens. Et sur les plateaux mainstream, on ne fait que débattre autour de la violence. des lycéens, entre guillemets, quand je dis violence. On parle de poubelles brûlées, on parle même de jets sur des policiers. Les médias mainstream ont aussi coincé Balibagayoko sur la question de la violence légitime. Comment vous placez-vous dans cette révolte des lycéens sur toujours ce débat autour de la violence ? Quelle est la violence ?
On connaît ça par cœur. Toutes les mobilisations sociales des dernières années sont éclipsées. pour évacuer les justes revendications et pour venir sur la question uniquement des violences. Là, on y ajoute le fait que c'est LFI, souvent qui est pointé du doigt. Vous avez cité Bali Bakayoko, qu'on a accusé pendant 24 heures d'avoir brûlé une poubelle. Et puis en fait, quand les vraies images sont sorties, c'était tout l'inverse. Il avait éteint la poubelle. Donc l'instrumentalisation politique et la question de la violence. Donc d'abord, il faut redire la juste revendication des lycéens et des lycéennes. Et nous leur apportons tout notre soutien. Moi, j'étais encore ce matin à Blanc-Ménil. J'ai dû y retourner justement parce qu'après que le matin, j'ai constaté moi-même, pas qu'on m'a raconté sur le terrain. Il y avait des centaines de lycéens, tout se passait extrêmement bien. C'était joyeux, festif, comme des enfants de 15 ans. Et assez conscientisés et politisés. J'ai parlé avec beaucoup d'entre eux. qui m'ont reconnu. J'avais en plus l'écharpe, on a discuté. Ils m'ont parlé des classes surchargées, du manque de professeurs. Deux jeunes lycéennes m'ont parlé que l'an dernier, elles ont passé le bac mat alors qu'elles n'ont pas eu de professeurs de maths pendant la moitié de l'année. Donc une a eu 7 et l'autre 4. Elle me dit, on a passé le bac math, mais pas de maths.
Beaucoup aussi ont conscientisé le fait que leur département, le 93, est complètement abandonné.
On perd un an de notre scolarité. Mes enfants vont à l'école publique. Je l'ai déjà constaté. J'ai vécu un à 7 ans et l'autre 11 ans. Donc un en CE2 et l'autre en 5e. Et j'ai déjà constaté... Dans l'école publique au Blanc-Ménil, on a déjà vécu le fait du non remplacement de professeur, du fait que ça a été extrêmement compliqué. Je le vis en tant que parent d'élève, donc ça c'est pareil, ce n'est pas une vue de l'esprit ou de lubie, c'est le réel. Bon, donc les jeunes vous parlent de ça, ils vous parlent que quand vous avez des spécialités qu'on pousse à prendre pour avoir Parcoursup, vous ne pouvez plus manger le midi, parce que ça se fait entre midi et deux. Donc un certain nombre d'élèves n'ont pas de temps. de pause déjeuner, évidemment les chaises. qui, pour un tiers d'entre elles, sont cassés. Le fait que les travaux ne soient pas finis dans la cour de récréation. Bon, bref. Donc, il vous parle de tout ça. Et c'est ça qu'il faudrait parler aujourd'hui. Il faudrait que le ministre de l'Éducation nationale se positionne sur ces questions. Et on est dans un moment budgétaire où on nous annonce 54 milliards de saignés pour tout le monde, les assurés sociaux, les retraités, les jeunes, etc. Sauf le budget de la guerre. On devrait avoir un débat assez sérieux en disant tout l'argent que nous voulons mettre sur le budget de la guerre, nous allons le mettre cette année pour réparer l'éducation nationale. C'est ça le débat qu'on devrait avoir politique. Et après, les violences. Bien sûr, personne ne pousse les gamins à faire de la violence. Personne ne dit ça. Et tout le monde sait que plus vous poussez, plus ça permet d'avoir trois images et que vous vous faites tourner en boucle sur BFM. Et ce qu'on se constate, c'est qu'il y a une provocation aujourd'hui d'un certain nombre de policiers, je le dis, qui viennent surarmer, c'est dès qu'à même 15 ans, pardon. On est en capacité, moi ce matin, de dialoguer avec les élèves. Il y avait des mamans qui dialoguaient aussi. avec les élèves, il y avait des professeurs qui étaient avec eux, et il y avait une police, bon voilà, et leur premier rapport, dans le moment où ils revendiquent, c'est de suite, non pas l'écoute légitime qu'il devrait avoir d'un gouvernement, c'est la question seulement répressive. Bon, vraiment, ceci n'est pas sérieux. Et donc, par exemple, ce matin, s'est passé un fait, je n'y étais pas parce que je suis parti et j'en suis revenu puisqu'on m'a appelé. Bon, un élève se serait fait percuter par une moto de police. Donc, moi, je demande que toute la lumière soit soifée. Et à partir de là, évidemment, ça a ému les élèves. Puis ça a provoqué un brouhaha. Et ça a fini par, on a tiré d'un côté des mortiers, de l'autre des grenades lacrymogènes. Donc quand je suis arrivé, tout le monde était en panique. Les élèves, les parents d'élèves, les professeurs. police m'a dit que ça a été très dur. Et évidemment, après, quand j'ai été voir les équipes éducatives, aussi on a eu peur. Je dis que nous ferions mieux de mettre beaucoup, beaucoup plus d'investissements pour écouter les justes revendications des gens. Enfin... En disant que parfois, et là très nombreuses fois et partout où il y a des perturbateurs, ça peut arriver, c'est souvent non pas des jeunes lycéens et lycéennes, ça vient d'ailleurs. Donc ne laissons pas manipuler le fait que tous les lycéens de France seraient forcément des casseurs et ils n'ont rien à faire. Ils ont des justes revendications et notre devoir en tant que politique, c'est de les écouter et évidemment de leur permettre de pouvoir exprimer leur colère. Et de l'organiser.
Oui, c'est ça, c'est que parfois, et je vais terminer là-dessus, mais sur l'usage de la violence, c'est vrai que dans les mouvements sociaux, il y a plusieurs formes de stratégies politiques. L'usage de la violence en études, c'est-à-dire mettre une barricade, jeter une poubelle, voire faire des actes de désobéissance civile ou des actes d'autodéfense face aux violences policières. On l'a vu, elles se sont. complètement multiplié. On a vu des images, ou même vu avec mes yeux à moi, des policiers qui tirent LBD, des tirs tendus, des lacrymos dans des visages d'enfants de 15 ans. Enfin bref, parfois la violence est un usage politique pour se rebeller. Et quand on est à gauche, est-ce qu'on la dénonce sur les plateaux pour plaire à la droite ou parce qu'on n'y croit pas ? Ou est-ce qu'on est obligé aussi d'assumer la théorie de oui, il y a une violence de la part du mouvement social qui doit s'appliquer, qui est parfois légitime, etc.
Enfin, pareil, raison gardée. Vous citez le fait d'une poubelle en feu. Personne ne dit que c'est bien de mettre le feu à une poubelle. Mais ce n'est que le feu à une poubelle. C'est des gosses. Donc, on éteint le feu, on leur explique que ce n'est pas comme ça qu'on va y arriver et qu'on peut faire autrement. On n'est pas obligé d'envoyer de suite la matraque ou de tirer au LBD à tiers d'endue comme un jeune qui a perdu un oeil. Je suis en désaccord total avec ça. Donc, moi, je connais les mouvements sociaux. Nous le vivons régulièrement. J'ai connu, moi, les répressions des mouvements sociaux. Je parlais tout à l'heure de la Palestine. 2014, je l'ai encore là. On s'est retrouvés dans une souricière à se faire matraquer, caser, alors qu'on est venus, juste en paix, de dire « Stoffre au massacre en Palestine ». J'ai été de toutes les luttes sociales, notamment en 2023, sur les questions de retraite. Une fois, on a été aidé des camarades à un dépôt. pour bloquer un site, on nous a envoyé la Bravem. Vous voyez, à 5h du matin, il y avait des retraités, des jeunes salariés et quelques élus. Il n'y avait personne qui était... Bon, moi, je suis pour le démantèlement de toutes ces brigades extrêmement violentes qui ne servent qu'à réprimer les mouvements sociaux. Arrêtons tout ça. Et là, pareil, on voit, pardon de le dire, mais dès qu'on met de la police surarmée devant des gamins de 15 ans... Très vraisemblablement, un coup sur deux, malheureusement, ça finit mal. Parce qu'ils le sentent et le vivent mal, et le vivent comme une provocation. Je dis ça, c'est que très vraisemblablement, je redis, je mets entre guillemets les faits, je n'y étais pas, donc c'est ce qu'on m'a rapporté. Je demande que toute la lumière soit faite. Si le gamin n'avait pas été renversé par une moto... ce matin, très vraisemblablement, que ça serait resté calme, comme j'ai pu le constater, de 8h30 à 9h30. Donc voilà, et la violence, elle est du côté de ceux et celles qui répriment très fortement ces contestations, plutôt que de les entendre. Encore une fois... Les rectorats, le gouvernement, le ministre de l'Éducation nationale doivent entendre les revendications des lycéennes et des lycéens et pas se cacher d'ailleurs auparavant. Parce que qu'est-ce qui se passe ? On le sait. À chaque fois que vous voulez éteindre un mouvement social, vous pariez sur le fait que ça dégénère, qu'il y ait de la violence, pour que le cycle de l'ordre se remette au-devant. J'ai envie de dire, ce n'est pas d'aujourd'hui. On peut traverser toutes les décennies. Donc l'ordre, il doit venir de la justice sociale. On remettra, si vous voulez, de l'ordre s'il y a de la justice sociale, fiscale et écologique dans ce pays. Et si les gamins ont la dignité pour pouvoir aller étudier. Et je rappelle à nos forces de l'ordre que ce sont nos enfants. Ils ont 15-16 ans. C'est nos enfants. Ce ne sont pas des délinquants. C'est nos enfants.
Merci Fabien Guay. On a fait un bon tour. Merci beaucoup. Merci beaucoup à vous d'être venu dans le fauteuil. Je rappelle, le média ne peut subsister que grâce à vous. Alors rejoignez les 10 000 donateurs mensuels cap sur 10K à partir de 3 euros par mois. Eh bien, vous pouvez faire vivre un média indé pour toute l'année jusqu'à 2027. C'est quand même une période importante. Donc merci à vous de nous suivre et à très vite.
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