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Ludovic, j'ai mon bac et je me demande à quoi il sert. J'ai beaucoup travaillé pour l'avoir, tout ça pour être refusé partout. Laurie, je pense que mes spécialités sont ce qui m'a le plus desservie lors de mes demandes. Je voulais aller en STAPS, mais vu que mes spécialités n'étaient pas toutes scientifiques, ça a été assez compliqué. Jérôme, ça fait plusieurs semaines que je suis en panique, je ne dors plus correctement. Je me dis que je vais perdre un an, c'est horrible. C'est par eux que nous devons commencer et c'est à eux que nous devons penser à chaque minute, chaque seconde de ce débat. Parce que la jeunesse de ce pays se lève et elle s'inscrit dans une contestation qui n'est plus seulement française mais déborde en Allemagne, en Italie, en Espagne, en Albanie, en Serbie. La jeunesse se lève contre ceux qui amputent son avenir sur l'autel des restrictions budgétaires. Parce que cette jeunesse ne se berce pas d'illusions entre changement climatique, développement effréné de l'IA et guerre aux portes de l'Europe. Face à cela, qu'avez-vous fait ? Vous avez gazé des enfants aux revendications légitimes devant les portes de leur école. Vous avez laissé des enfants dormir à même le sol dans des cellules de garde à vue aux odeurs pestilentielles. Et plutôt qu'écouter cette jeunesse engagée, vous avez voulu faire croire qu'elle serait instrumentalisée par la gauche. Alors on le sait, vous allez vous congratuler de votre plateforme pour recueillir les besoins des lycéens. Quelle ironie ! de parler de démocratie lycéenne après avoir bafoué leur droit le plus élémentaire à manifester. Mais nous ne sommes pas dupes. Les Français qui ont vu leurs enfants rentrer les yeux rouges de l'acrymo ne sont pas dupes. Les professeurs qui ont protégé leurs étudiants ne sont pas dupes. Dos au mur, face à l'ampleur que prenait la mobilisation, face aux 800 000 personnes qui manifestent désormais chaque semaine pour le pouvoir d'achat et en soutien aux lycéens, vous avez enfin cédé à quelques-unes de leurs revendications. Monsieur le Premier ministre a donc annoncé la semaine dernière que Parcoursup serait remplacé pour la campagne 2028, dont acte. Mais il aura fallu huit ans pour en arriver là. Huit ans que les lycéens alertent. Huit ans que des rapports pointent les limites du dispositif. Les demandes des lycéennes et lycéens sont simples. Des professeurs remplacés, quand 7% des heures de cours ne sont pas assurés. Des emplois du temps vivables. Et la fin d'une angoisse qui commence dès la seconde. Et enfin, le 26 octobre, le Premier ministre a fait un choix. Il n'a rien d'anodin. En faisant passer les influenceurs avant celles et ceux qui représentent les lycéens, vous confirmez le mépris que vous portez à la parole d'une jeunesse qui s'engage. On nous a expliqué ici même qu'il s'agissait de prendre le thermomètre de la jeunesse. Mais messieurs les ministres, le thermomètre de la jeunesse, il est devant les lycées. Il vous suffit d'ouvrir la porte. Dans un premier temps, revenons sur vos annonces. Vous avez promis plus de transparence sur Parcoursup dès 2027, des critères de sélection détaillés, des refus expliqués, une lettre de motivation qui devra se justifier. Puis à partir de 2028, un nouveau système pour remplacer la plateforme. Vous avez annoncé une révision du contrôle continu en première et en terminale, moins de combinaisons de spécialités, et vous envisagez de supprimer la mention du lycée d'origine dans les dossiers. Autrement dit, vous reconnaissez enfin ce que nous dénonçons depuis des années. Vous détricotez donc votre propre bilan. C'est un désaveu sévère. Attention pourtant à ne pas croire qu'en changeant de plateforme, tout sera réglé. Le problème de fond, c'est le manque de place dans les formations publiques. Parcoursup ne crée pas cette pénurie, mais organise seulement la file d'attente. En 2026, à la fin de la phase principale en juillet, plus de 126 000 candidats étaient encore sans affectation. Face à cela, que proposez-vous ? 15 000 places supplémentaires dans le supérieur. 15 000 quand 10 000 places ont été supprimées l'an dernier. Ce n'est pas une réponse acceptable. Derrière ces chiffres, il y a des jeunes qui attendent, qui renoncent à leur premier choix et qui acceptent une formation par défaut. Parcoursup est l'arbre qui cache la forêt. Nous devons changer de système. Ce débat en annonce un autre, celui du budget. Votre budget supprime 1 588 postes d'enseignants. Vous avez promis d'annuler ces suppressions dans le second degré. Nous y vieillirons. Pour le supérieur, vos 500 millions d'euros ne suffiront même pas à compenser les hausses salariales décidées par l'Etat. Pendant ce temps, plus de 16 milliards d'euros d'argent public financent l'apprentissage et avec lui l'expansion du privé lucratif. Vous l'aurez donc compris, changer Parcoursup ne suffira pas, il faut changer la politique qu'il a créée. Et c'est d'abord une question d'orientation. C'est là que le bas blesse. Notre pays n'a jamais construit de véritable politique d'orientation. On demande à des jeunes de 15 ans de choisir des spécialités sans savoir quelles portes elles ouvrent. Toute la politique du pays doit se tourner vers la transition écologique et l'adaptation au changement climatique. Ce sont des filières d'avenir à construire et à rendre attractive. Une génération entière est prête à s'y engager. Avec le groupe écologie, solidarité et territoire, nous portons quatre exigences. Premièrement, le droit aux études supérieures. Remplacer Parcoursup et Mon Master par une vraie plateforme d'orientation, avec des vœux hiérarchisés et une priorité dans son académie. Deuxièmement, transparence et équité. Publier des algorithmes compréhensibles. Retirer le lycée d'origine des dossiers dès 2027. supprimer la lettre de motivation qui reproduit les inégalités familiales et faire respecter les quotas de boursiers. Troisièmement, un service public de l'orientation, des heures d'orientation dans tous les lycées et une concertation avec les enseignants pour revenir sur la réforme blanquer qui a fait de la seconde un moment de tri plutôt que d'apprentissage. Quatrièmement, des moyens. Un financement durable des universités publiques, des lycées et campus rénovés et une allocation d'autonomie pour que les conditions matérielles ne décident pas à la place des étudiants. Il ne vous reste très certainement plus que quelques mois à ces postes. Cette génération a connu la pandémie, les cours à distance, les réformes successives. Alors ne faites pas de 2028 une date de plus pour gagner du temps. Nous attendons un calendrier précis, une loi, des moyens budgétaires et des engagements dès maintenant. Parce qu'un jeune qui veut étudier ne devrait pas avoir à se demander s'il a les bons codes, le bon lycée ou les bons moyens. Il devrait simplement penser à son avenir.
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