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Personnage principal ? Asdina Metshaouch. Bienvenue dans Personnage Principal, où l'on se sert de la fiction pour essayer d'expliquer la réalité, parce qu'on trouve que la réalité a dépassé la fiction. Cette saison 2 de Personnage Principal, c'est la bande-annonce de l'élection présidentielle. Et aujourd'hui, on va parler d'un homme qui s'est retrouvé, entre guillemets, héros malgré lui de l'actualité. Il n'a pas cherché à briller, mais le triste événement survenu dans sa ville l'a propulsé sur le devant de la scène. Je reçois le maire de Trappes, Ali Rabbe. Bonjour Ali Rabbe.
Bonjour.
Je sais, c'était une demande de votre équipe, vous ne vouliez pas donner l'impression de profiter politiquement de cet attentat raciste, attaque terroriste qui vous a aussi personnellement secoué. Mais tout de même, on va essayer un peu de mieux vous connaître. Et on a une tradition ici, c'est de s'intéresser à l'origine story de notre invité. Vous êtes un vrai enfant des Yvelines, vous êtes né à Poissy, c'est ça ? Et vous incarnez, je dirais, la vraie histoire de l'immigration française. Vous grandissez au sein d'une famille originaire du Maroc. Votre père travaille comme ouvrier chez Chrysler puis Peugeot. Et déjà, j'imagine, quand on vous dit que les immigrés profitent du système, ça doit vous rendre fou quand on voit votre parcours et votre origine sociale de travailleurs immigrés.
vous le confirme, mon père, il a fait partie de cette immigration qui a été cherchée par les Français dans leur village au fin fond du Maroc et qui a été importée comme de la main d'oeuvre pour peupler ses usines, ses chantiers et qui a contribué à reconstruire le pays et notamment à alimenter les fleurons industriels. Talbot, Chrysler, Peugeot ensuite. Et mon père, il s'est cassé le dos dans les chaînes de construction automobile au point de partir à la retraite dans un plan de départ anticipé. Et vous voyez, il y a aussi plus de reconnaissance finalement, y compris le sacrifice physique de nos anciens, que même au moment de partir à la retraite, il a fallu que son employeur, auquel il a été fidèle près de 40 ans, le prive d'une partie de ses droits à la retraite, lui et des milliers d'autres ouvriers marocains.
Oui, parce que dans l'histoire de l'immigration, On oublie ça, enfin en tout cas une partie de la classe politique très à droite, oublie aussi de mentionner l'aspect, je dirais presque utilitariste de l'immigration. On est allé chercher des gens pour reconstruire la France et pour industrialiser notre pays.
Absolument, comme on l'a toujours fait d'ailleurs avec l'immigration portugaise, italienne, polonaise. L'immigration ensuite maghrébine, subsaharienne. Et si on peut parler d'intégration pour ce qui concerne mes parents, par exemple, qui sont toujours de nationalité étrangère, aujourd'hui ils sont marocains, ils n'ont pas demandé leur naturalisation à date. On ne peut pas parler d'intégration pour ce qui concerne leurs enfants. Moi, je suis né en France, j'ai 42 ans, 42 ans de présence sur le territoire national.
Par exemple, quand on vous ouvrait un débat, vous voyez, je n'avais pas prévu de la poser cette question, mais quand vous entendez Edouard Philippe remettre comme ça... En cause, quasiment, je dirais, la citoyenneté ou parler d'enfants issus de l'immigration. Est-ce que vous avez le sentiment qu'on va nous demander encore la génération suivante, puis celle d'après, puis nos petits-enfants à nous-mêmes, comme ça de justifier leur citoyenneté française ? Est-ce que ça, ça vous agace ou pas ce débat
? Profondément. D'ailleurs, je me dis que finalement, nous, on est mieux lotis que ceux qui ont la peau noire, mais sont français depuis plusieurs siècles parfois, et qui on considère encore aujourd'hui comme des gens qui ont à démontrer leur volonté de s'intégrer. Je pense notamment aux Antilles, aux ultramarins en général. Ça, c'est une façon pour certains politiques d'éviter de regarder les vrais problèmes en face. Le problème de la ghettoisation spatiale, sociale, les problèmes de l'école, les problèmes des services publics en général, les problèmes de pauvreté et de cumul des difficultés dans certains quartiers qui n'ont rien à voir avec l'immigration, puisque l'immigration... s'y est tarie depuis maintenant parfois des décennies. Donc ne pas vouloir nommer les vrais problèmes. Parce que l'expression « issue de l'immigration », en fait, on en a un peu marre, non ? Elle est insultante et stigmatisante en soi. Elle est raciste, en fait, cette expression. Moi, je ne suis pas issue de l'immigration, je suis l'enfant de mes parents. Et il se trouve que je suis né en France. Je suis le pur produit de la France. Et les trapistes et au-delà de tous les habitants des quartiers populaires, pour le meilleur comme pour le pire, sont le pur produit de la France. Et on ne peut pas aujourd'hui se dire, comme le font certains hommes politiques, il y a des belles réussites, ce qui prouve que le modèle républicain fonctionne, des élus, des footballeurs, des intellectuels. Et de l'autre côté, tout ce qui serait nos échecs collectifs serait lié à l'immigration, quelle que soit encore une fois la génération. Vous l'avez dit, il y a des arrières petits-enfants d'immigrés qu'on considère encore aujourd'hui comme... ayant à s'intégrer par ce qui suit de l'immigration. Cette expression est en soi un inconscient raciste qui est propagé sur de nombreuses antennes et dans la bouche de nombreux politiques. Il faudrait s'en débarrasser et l'exclure du débat public.
On a un point en commun. Notre vraie grande première manif, c'était le 1er mai 2002. Je le rappelle, on a défilé contre Jean-Marie Le Pen puisqu'il était qualifié, il se retrouvait qualifié pour le second tour de la présidentielle face à Jacques Chirac. Est-ce que c'est ça votre élément déclencheur pour votre engagement politique ? Est-ce que c'est l'un des éléments déclencheurs ?
Ça a été l'élément déclencheur. Pour ce qui me concerne, j'étais assez passionné par la politique. Mon père, comme beaucoup, d'ailleurs regardait les émissions d'Anne Sinclair, le dimanche soir, etc. 7 sur 7. Et donc le débat politique m'intéressait. Je me rappelle avoir suivi à 11 ans le débat de la présidentielle de 1995 avec Passion et les discussions entre les différents camps politiques. Mais je n'étais évidemment pas dans mon environnement familial, etc. Pas cultivé politiquement, au sens où personne ne me guidait dans ma lecture de la vie politique autour de moi. En revanche, quand le visage de Jean-Marie Le Pen apparaît et qu'il est qualifié au second tour, ça a été un vrai traumatisme. Et à ce moment-là, il y a un truc qui s'ancre en moi. C'est l'idée qu'il ne suffit pas de rester, regarder et commenter la vie politique parce qu'elle nous intéresse et qu'elle nous passionne. Parfois, d'ailleurs, mes amis étaient ennuyés profondément par ce que je leur disais de la vie politique qui ne les passionnait pas. Mais moi, ça me passionnait. Mais l'idée qu'il faut passer de l'autre côté, qu'il faut se mobiliser et qu'en tant que... Pas encore citoyen français. Moi, j'avais 17 ans et demi, je n'avais pas le droit de vote. J'étais extrêmement frustré de ne pas pouvoir voter. Et ma façon d'exorciser un peu ma douleur de voir l'extrême droite qualifiée pour le second tour et la terreur aussi dans les yeux de mes parents, 'était d'aller manifester. Grand Manif, on avait tous, moi j'avais fabriqué mon pancarte en carton, on avait écrit avec mes amis. C'est quoi votre pancarte vous d'ailleurs ? Je me souviens même plus de ce qu'on... C'était un des slogans classiques je crois. Alors je me souviens plus exactement du truc. Mais on a fabriqué ça et on a pris avec mes potes pour la première fois le RER pour aller à Paris. Depuis Poissy, on n'était jamais allé à Paris. Non, non, c'est ici. 17 ans et demi, j'avais jamais fait le trajet en train avec mes potes pour aller à Paris. Et on le fait pour la première fois pour aller à la Manif. Et à l'époque, je me souviens très bien qu'on revient galvaniser, y compris moi, je me souviens de m'accrocher à un lampadaire avec ma fameuse pancarte, avec un pote à moi, et regarder la foule immense qui défilait ce jour-là, et ça, ça m'a donné de l'espoir. J'ai cru à ce moment-là que c'était un épisode. la montée de l'extrême droite et la qualification de Jean-Marie Le Pen et que ce serait la dernière fois. Mais dans mon esprit, il n'y avait pas de doute sur le fait qu'il fallait voter Chirac. Et je passais mon temps à dire à ceux qui étaient autour de moi non seulement d'aller voter, mais de voter Chirac. Mais à l'époque, ce n'était pas difficile de convaincre qu'il fallait faire le barrage républicain.
On a toujours une figure inspirante quand on fait de la politique en vous. Vous choisissez Benoît Hamon comme mentor en quelque sorte, en tout cas son mouvement Génération que vous rejoignez, c'est ça ? Comment ça se passe ? Ça c'est longtemps après
Génération finalement, créé en 2017. C'est largement après mes engagements. mais la figure qui m'a plutôt... Elle a pas mal de figures politiques sur la scène nationale qui m'ont passionné. Depuis Arlette Laguiller, vous voyez, en 2002, moi j'étais un jeune homme très révolté, etc. Et travailleur-travailleuse d'Arlette Laguiller, pas que dans Les Guignols, c'était quelque chose qui me frappait parce que ça parlait à mon origine sociale et à celle de mon père. Mais plus sérieusement, quand j'ai commencé à vraiment me dire qu'il fallait s'engager et qu'il fallait trouver une traduction à ma révolte, à ma détestation des injustices, c'était plutôt une figure qui m'a, par sa force, sa puissance, mais qui n'est pas très connue d'ailleurs, c'est Henri Emmanueli. Oui,
Henri
Emmanueli. Un grand personnage, un grand socialiste, qui était un peu le dernier gardien du Temple, qui dénonçait à l'époque les dérives du PS qui dérivaient de plus en plus à droite dans les discours et dans les propositions. Et Henri Emmanueli renouait avec la vieille tradition jaurécienne, mitterrandienne du PS. Et je me disais, on peut être socialiste et parler comme Henri Emmanuel. On peut être socialiste et vouloir un État fort, puissant, régulateur. On peut être socialiste et exiger la planification. On peut être socialiste... et considérer que la loi du marché ne peut pas s'imposer d'elle-même, comme ça, avec toutes les injustices qu'elle charrie. Et donc c'est plutôt sa figure qui m'a donné envie d'adhérer. D'abord, j'ai adhéré à l'UNEF, dans le syndicat étudiant, puis chez les jeunes socialistes, puis au Parti socialiste, où j'ai pris des responsabilités petit à petit. Et dans le sillage de mon engagement autour d'Henri Emmanueli et de ses proches, j'ai découvert et rencontré Benoît Hamon. Nos courants politiques étaient très proches, et c'est comme ça que l'aventure s'est poursuivie aux côtés de Benoît Hamon.
On reparlera de politique tout à l'heure. Revenons au drame qui a frappé Trappes, un drame qui a tué, blessé des innocents dans votre ville. Enfin, quand je dis drame, un attentat terroriste. Une ado a même été blessée, une fille de 12 ans gravement blessée. C'était le 23 octobre dernier. On est presque 15 jours après cet attentat. Est-ce que vous arrivez à prendre du recul ou est-ce que vous êtes toujours pris dans cette émotion forte ? Vous arrivez à avoir des analyses presque froides ou alors vous êtes toujours dans le tourbillon quand même émotionnel. Je
crois qu'on est tous dans le tourbillon à Trappes. On ne peut pas fermer les yeux plus de cinq minutes et penser à autre chose. Ça revient de façon lancinante, permanente, y compris la nuit. Par ailleurs, le fait d'être maire impose d'assumer un certain nombre de responsabilités dans cette séquence, dans la relation avec les familles de victimes, dans la relation avec l'État, dans la relation avec vous, les médias. C'est une obsession qui me traverse depuis 15 jours quasiment et qui m'amène à des... Remise en cause assez profonde, des réinterrogations assez profondes sur mon rôle, sur la nature du combat mené, sur ce qu'il reste de l'espoir tout simplement. Parce qu'il faut le cultiver cet espoir. Il faut le faire dans le discours et dans les actes, mais parfois on doute soi-même. Donc on peut être traversé dans la même journée, dans la même heure, par l'envie de baisser les bras, puis par l'envie de se battre, puis par l'envie de se faire discret, puis par l'espoir et le désespoir. Et je crois que c'est vraiment le sentiment, la peur aussi, il faut se le dire très clairement, parce que c'est le sentiment qui domine et qui est relayé par tous ceux que je côtoie dans Trappes. La peur pour ces gosses, la peur de les voir partir en sortie scolaire sans qu'il y ait une patrouille de police à leur côté. Y compris, on est lucide sur le caractère irrationnel parfois de cette peur, mais elle est liée à un événement traumatique qui nous suivra longtemps.
oui, vous utilisez le mot traumatisme. C'est une ville traumatisée, ce sont des gens traumatisés. Et vous-même, vous vous considérez comme quelqu'un de traumatisé ? Évidemment. On ne
traverse pas cette épreuve. Et on ne fait pas face à un attentat qui touche sa ville, sa population, sans être profondément
traumatisé. D'ailleurs, comment vous l'aviez appris ce jour-là ? C'est la police qui vous alerte ? Ce sont des habitants ? Comment s'est passé ce jour dramatique ?
Il se trouve que c'est ma police municipale qui a été la première sur les lieux, à peine une minute ou deux après la fusillade qui a touché Pengo Bossio Wangui. Et donc ma police municipale m'avise qu'il vient de se passer quelque chose de grave. À un moment, on ne comprend pas encore ce qui s'est passé. Au moment où on n'est pas certain que c'est un attentat, on n'a évidemment qu'une information sur la connotation raciste. Et donc j'apprends ça en pensant et en craignant que ce soit le rebond d'un certain nombre de fusillades, de tirs qui ont eu lieu dans la ville dans les mois précédents sur fond de trafic de stupéfiants. Et au fur et à mesure, le sang est glacé par les informations qui arrivent petit à petit, qui nous laissent entendre que c'est un attentat. Et un attentat raciste.
Là, j'imagine que assez rapidement, vous avez quoi ? Vous avez le ministre de l'Intérieur, vous avez les autorités nationales qui vous contactent. Ça se passe comment dans ce cas-là ?
Le préfet, évidemment, qui a été un grand soutien, un grand support administratif, moral, en tant qu'homme et en tant que représentant de l'État. Et ensuite, on est... Dans le tourbillon, procureur national antiterroriste, c'est la première fois de votre vie que vous croisez un procureur national antiterroriste qui vient dans votre ville pour exposer froidement la situation, pour dévoiler des faits dans un cadre confidentiel qui vous permet tout de suite de mesurer la gravité et encore une fois le caractère très particulier de cet attentat. C'est le ministre de l'Intérieur qui se déplace, ce qui signifie aussi que les autorités de la République comprennent très vite la gravité de l'enjeu. Et quelques heures après, le président de la République lui-même. Donc voilà, on est pris là-dedans, on est saisi par l'effet, on est sidéré. L'effet de sidération, il est complet. On doit faire face tout de suite en restant digne, en trouvant les bons termes pour s'adresser à sa population d'abord, à ses agents qui sont à gare autour de soi, aux agents d'accueil, aux habitants qui sont dans le hall de la mairie, à tous ceux qui doivent faire face à mes côtés à ce moment-là au caractère dramatique de la situation et qui doivent tout en restant digne et lucide gérer leur propre traumatisme. Vous avez trouvé le président de la République à la hauteur ou pas ? fait qu'il se déplace était en soi, de sa part, le signe qu'il prenait la mesure de la gravité de la situation. Donc ça, c'était avant même qu'il arrive de nature, moi, à me consoler un peu sur l'appréhension par la République au bon niveau de la gravité de ce qu'on vivait, nous attrapent. Il a été dans un temps en aparté, un temps privé qu'on a voulu que son cabinet a souhaité organiser. Il a été à l'écoute d'une victime qui a failli y passer, elle et sa fille, qui avaient la chance d'être assises dans le bon siège de la voiture, le siège voisin ayant été transpercé par des balles. Donc il a été à l'écoute. Je crois qu'il a fait preuve d'empathie. il a été maladroit dans ses termes dans la conférence de presse qui a suivi parce qu'il n'a pas peut-être voulu nommer les choses telles qu'elles sont il n'a pas voulu prononcer les mots islamophobie ou actes anti musulmans pour justifier pourquoi ses yeux c'était un tournant et il a été donc maladroit au point que ça a créé une polémique dans le drame une polémique qu'on aurait préféré s'éviter mais au moins je salue son déplacement
Vendredi, un rassemblement est lieu dans votre ville. Vous avez pris la parole. 12 000 personnes étaient présentes, je crois. Mais on retient surtout les absents. Pas de politique de droite. Pas de responsable politique de droite. Pourquoi, selon vous, et quel est votre regard là-dessus ?
Je n'ai pas envie de m'éterniser sur ces polémiques parce que je n'arrive pas tout simplement à m'y intéresser sincèrement. J'aurais préféré qu'ils soient là. Ce moment dommage républicain, il suppose aussi qu'on soit prêt à entendre des choses, des choses que j'ai dites et que je tenais à dire au nom des habitants de Trappes sur la gravité des mots qui ont été prononcés avant le passage à l'acte du terroriste. Et je crois que ces mots, dans ce que j'ai dit, il n'y a rien, j'espère, qui est de nature à heurter. les responsables politiques qui ne sont pas de mon camp qui ne sont pas à l'issue de la gauche mais qui auraient dû être présents pour pour participer à cet hommage et nous donner du réconfort. D'ailleurs, il y en avait. Il y avait le député de la circonscription, qui n'est pas de membre politique, qui est un député EDI. Il y avait le maire de la ville voisine de La Verrière. J'aurais aimé qu'il y ait effectivement des personnalités politiques nationales, à l'image de ceux de la gauche qui se sont déplacés, pour montrer qu'on pouvait, dans un moment de concorde, en ayant des désaccords et des nuances sur ce que les uns ou les autres pouvaient exprimer, en particulier le maire de la ville de Trappes. Mais pour autant, marqué par la présence physique, comme l'avait le président de la République par exemple, l'empathie vis-à-vis d'une population traumatisée, celle de Trappes, mais au-delà de Trappes, toutes les personnes qui se sentent visées en fonction de leur couleur de peau, de leur confession présumée, tout cela attend du réconfort et de l'empathie, et de la chaleur d'ailleurs de la part des responsables
politiques de tous bords. Y a-t-il selon vous une sorte, pour rebondir à ça, d'acceptation des actes racistes en France, avec l'idée que ces délits ou crimes n'intéressent pas assez les politiques et une partie des médias ? Est-ce que pour vous, ça c'est une réalité ? Et quand je dis raciste, je dis aussi islamophobe. Bien
sûr. Évidemment, c'est ce que je dénonce. C'est pour ça que je trouve la force de m'exprimer encore et de rabâcher, ressasser sans cesse qu'il n'y a aucune raison d'admettre que la parole raciste se diffuse à longueur d'antenne dans les propos des dirigeants politiques, des candidats à la présidentielle, de façon très décomplexée, sans une réaction qui doit être épidermique de la société, des journalistes, des chroniqueurs, de ceux qui interrogent, de ceux qui donnent la parole, et qui doivent réagir avec la même virulence, quels que soient les types de racisme qui s'expriment. Franchement, Éric Zemmour a été déprogrammé de BFM le week-end suivant l'attentat. Ça veut dire que la direction de BFM TV fait le lien entre les mots qu'il a tenus sur leur antenne ou sur des antennes concurrentes et le passage à l'acte du terroriste qui s'en réclame, qui se réclame des mêmes concepts, des mêmes termes, des mêmes mots. J'espère qu'il ne sera pas privé d'antenne pendant 24 heures, 48 heures ou pendant une période de deuil de 15 jours, mais que les conséquences, il les tireront définitivement. Les paroles de haine, les paroles qui incitent à la haine raciale et à la violence doivent être bannies. des antennes, publiques ou privées. D'ailleurs, ce n'est pas le rôle des médias que de servir de caisse d'écho, de chambre d'écho
à la parole raciste. Justement, on y arrive. Vous avez largement mis en cause lors de votre discours les médias, en particulier CNews, mais on parle aussi de BFM. On écoute ce que vous avez dit.
Qui peut encore faire mine de croire que CNews est un média digne de ce nom ? Alors qu'il y a cinq ans déjà, son directeur de l'information assumait, je le cite, « On va commencer doucement la campagne présidentielle. À partir de maintenant, on ne fera plus que du muslim, du muslim, du muslim
'ai une question assez simple. Selon vous, faut-il interdire CNews ?
Ces news ont le droit d'exister et les milliardaires d'extrême droite ont le droit de dépenser leur argent pour diffuser et propager leur haine raciste. La parole raciste, elle peut exister dans ce pays. Elle n'a pas le droit de s'exprimer sur la place publique. La loi l'interdit. Maintenant, si la loi l'interdit et que ça se traduit par quoi ? Par quelques amendes. Que des milliardaires ont largement les moyens de payer. Qu'Eric Zemmour, par exemple, a largement les moyens de payer. Que Jordan Bardella, que Marine Le Pen ont largement les moyens de payer, ça ne sert à rien. Je vais faire une analogie maladroite et vous m'en excuserez avec le code de la route. Si vous pouvez brûler les feux rouges, systématiquement, il est stop et juste vous contenter de payer une amende. et que vous êtes milliardaire, vous le ferez. Vous le ferez à chaque fois, systématiquement, en récidive, parce que vous n'aurez jamais peur qu'on vous retire votre permis. C'est parce qu'on a inventé le permis à point et qu'on a considéré que la récidive valait suspension pure et simple du droit de conduire, que les gens se sont disciplinés par ailleurs. Et qu'un milliardaire... ou vous et moi, on ne s'autorisera pas à brûler les feux rouges et les stops sans craindre de sanctions à la hauteur. Pourquoi Éric Zemmour peut être condamné à de multiples reprises d'incitation à la haine raciale, de révisionnisme, d'appel finalement au meurtre en réalité dans les expressions qui sont les siennes, en se prenant 2000, 3000, 4000 euros d'amende, c'est-à-dire pour lui un pourboire, une pièce tombée du canapé. Tant que c'est possible, tant qu'on n'aggrave pas. les condamnations, tant qu'on ne s'astreint pas, y compris par la loi, à rendre illégitime ce type de parole, tant qu'on ne fait pas en sorte que dans les médias, on considère que ces discours d'incitation à la haine condamnés par la justice valent exclusion des antennes de ceux qui les propagent, alors on continuera à avoir des millions de Français qui se considérons stigmatisés, insultés au quotidien et pointés du doigt. qu'on leur met une cible sur le dos et un jour, le passage à l'acte est rendu possible et légitime par les paroles qui les précèdent. Je ne comprends pas que l'ARCOM ait sanctionné, c'est nous, je crois, 27 fois. Un coup d'amende, de rappel à l'ordre, de mise en demeure, 27 fois. CNews exploite et utilise une fréquence TNT qui nous appartient, vous et à moi, aux Français, qui n'appartient pas à M. Bolloré. Et donc si CNews ne respecte pas la règle, si CNews récidive de façon structurée, on vient de rappeler cette citation du directeur de CNews qui revendique de faire du mousseline, du mousseline, du mousseline pour polluer la campagne présidentielle en réalité, s'il le revendique, eh bien il faut lui retirer. son autorisation d'émettre sur une fréquence de la TNT qui appartient aux Français, parce qu'il ne respecte tout simplement pas son cahier des charges. On dit qu'au bout de trois feux rouges brûlés, on retire la fréquence. On en est à 27 fois. 27 condamnations, 27 rappels à l'ordre et mises en demeure, ça suffit. Donc est-ce que collectivement on est capable de se dire que nous ne laissons pas des gens parce qu'ils sont riches, parce qu'ils sont milliardaires, jouer avec les règles du système, violer la loi, être condamnés à de multiples reprises par les tribunaux et par l'Arcom et continuer très tranquillement de se payer le droit à coups de millions, à coups de milliards, de déverser leur haine raciste sans aucune sanction à la hauteur.
avez signé la pétition ou pas qui est sur le site de l'Assemblée nationale ? Je crois qu'au moment où on se parle, je crois qu'elle s'approche doucement du million de signataires. Eh bien je vais apporter ma contribution parce que je ne crois pas l'avoir fait formellement. D'accord, vous allez signer. Je vais signer. Ok, au moins c'est clair. Est-ce que vous mettez dans le même sac BFM TV et CNews ? Parce que c'est intéressant quand même dans ce débat parce qu'on a une chaîne CNews qui clairement revendique, assume un positionnement idéologique comme Folk News aux Etats-Unis. avec un milliardaire qui assume ses positions ultra-réactionnaires et rétrogrades, et BFM TV qui, quand même, se positionne comme une chaîne d'informations neutres. Est-ce qu'on peut les mettre ou pas ? Je ne suis pas
tout à fait d'accord sur le fait que Sénus revendique. Ils prétendent respecter le pluralisme, même s'il a comme dit le contraire. Ils prétendent donner la parole à tous et défendre la liberté d'expression. Ils prétendent respecter le cahier des charges qu'il aurait fixé, même si les évidences jouent contre eux et qu'on pourrait faire un dictionnaire de toutes les condamnations et mises en cause très documentées. Mais ils plaident finalement le même discours que BFM. Quant à BFM TV, je crois que parce qu'on tolère l'existence de ces news sur une chaîne de la TNT, sur une fréquence publique, ça contamine tous les médias. pas uniquement BFM et les chaînes d'info continue, qui sont obligés de courir après le buzz, de courir après l'audimat, et qui sont donc obligés de mimer les singeries, de singer les clowneries de ces news et de ces chroniqueurs. Mais quand je vois que des chroniqueurs passent de ces news à BFM, comme Sonia Mabrouk,
que
Sonia Mabrouk fait partie de ceux qui ont libéré totalement la parole raciste, qui font passe-plat des Éric Zemmour et compagnie, et qu'ils ne sont pas capables d'apporter la moindre contestation sur les plateaux télé. Qu'ils arrivent dans des rédactions comme celle de BFM en suscitant... l'opposition de beaucoup de journalistes, que malgré cela, l'actionnaire peut l'imposer. Quand je constate que des directeurs de médias, comme les Echos, se font éjecter purement et simplement par l'actionnaire, parce qu'ils ont eu le malheur de mettre en cause ses intérêts. ou en l'occurrence Bernard Arnault pour les échos, le directeur de la rédac a commis l'erreur d'accepter qu'il y ait un papier qui soit publié, qui interrogeait les responsabilités de Bernard Arnault dans je ne sais plus quelle polémique à l'époque. Quand on tolère de plus en plus ce genre d'atteinte à la liberté des journalistes et des rédactions, Il ne faut pas s'étonner de voir même le service public, on a vu la fameuse commission à l'oncle, atteint par ce phénomène de foxnewsisation, je ne sais pas comment il faut dire, transformation à la CNews, y compris sur les chaînes du service public. Mais il y a des gens courageux dans ce pays. Ce sont des journalistes, des rédacs, des collaborateurs du service public qui se sont opposés à l'arrivée de Charles Sapin, par exemple, et qui ont obtenu le recul de la direction après des journées de grève, en sacrifiant du salaire. Ce sont les techniciens de BFM, moi je suis... Cet appel que j'ai fait dès le soir d'ailleurs de l'attentat terroriste de Trappes sur le plateau de BFM, qu'il soit entendu quelque part par la déprogrammation de Zemmour, par le fait que des techniciens de BFM rédigent une pétition en direction de l'actionnariat et de la direction de BFM pour dire « on n'en peut plus ». Moi, ça me fait du bien. Et je crois qu'à beaucoup de Français, ça fait du bien. Parce qu'on a le sentiment de se défendre en tant que bête traquée, quelque part, par ces rédactions, ces discours sur les médias qui nous stigmatisent matin, midi et soir. Mais on sait, et moi, je le sais depuis des années, que sur toutes ces rédactions, il y a des hommes et des femmes qui en souffrent. Je le sais parce que des journalistes me le disent. Je le sais parce que des journalistes reporteurs d'images, vous savez, les petites mains du journalisme, celles qui viennent faire pour BFM, pour CNews, les reportages sur le terrain qui en prennent plein la gueule. Eh bien, ceux-là nous disent à la fin, quand ils ont descendu le micro et qu'ils ont coupé le micro. éteindre la caméra, ils nous disent, mais on en a ras-le-bol nous-mêmes, et voilà ce qu'on nous demande. On nous demande de tel angle, de fournir des images, de couper, de faire des cuts, uniquement sur des propos polémiques, et pas sur la totalité de ce que vous racontez. Et donc, ils en ont tous marre. Quand je sors des plateaux télé, j'ai souvent des techniciens qui me disent, ça nous fait du bien, ce que vous dites, y compris sur notre rédaction, sur notre... Et donc, tous ces témoignages que je reçois, moi, il y a une journaliste en larmes, une programmatrice en larmes, le jour même de l'attentat, quand elle a compris que c'était vraiment un attentat raciste dans les premières minutes qui ont suivi l'attentat. m'a partagé son désarroi, y compris de travailler dans des chaînes du service public. Donc tout ça cumulé, en fait des esprits conscients, lucides sur ce qui se passe dans les médias et qui veulent se révolter, il y en a plein. Maintenant, il faut passer à l'action. Il faut, petite main, comme star du journalisme et de l'interview, il faut tous faire son examen de conscience et se rebeller. Parce qu'il faut libérer les journalistes. Vraiment, j'insiste là-dessus. Je pense vraiment que le monde des médias est devenu un monde en soi, avec son autonomie, son indépendance, indépendamment des émetteurs politiques racistes que sont l'extrême droite, Jean-Marie Le Pen, Jordan Bardella, Éric Zemmour et consorts. Je pense que dans le monde médiatique, dans les éditorialistes, dans les chroniqueurs, dans les journalistes, la façon dont ils... Les interviews, leurs invités, donc ils leur portent la contestation avec plus ou moins de vigilance et de vigueur. Eh bien, il y a une responsabilité propre au monde des médias et qu'ils doivent être capables de... Développer les anticorps contre le racisme et l'antisémitisme et les idées islamophobes, xénophobes, négrophobes en général. Ces anticorps-là, notre société doit les créer. Ce n'est pas juste la responsabilité des médias, c'était le programme du Conseil National de la Résistance. On était quand même dans la nuit de l'occupation. C'était les nazis qui envahissaient notre pays. Des hommes et des femmes de droite et de gauche, d'ailleurs, j'insiste, étaient capables de se réunir, d'ériger un certain nombre de principes pour l'après-libération, et de dire qu'il faudra libérer les journalistes, notamment. des puissances d'argent. et assurer leur indépendance vis-à-vis de l'État, des puissances d'argent et des influences étrangères. Plus que jamais, il faut légiférer pour garantir cela.
Est-ce que vous pensez qu'il faudrait aussi créer une sorte d'ordre des journalistes ? Il y a l'ordre des médecins, il y a les magistrats qui se contrôlent entre eux, les médecins, les avocats, les magistrats, toute une série de professions. Nous, les journalistes, c'est vrai qu'on fait un peu ce qu'on veut, disons-le. C'est moi qui vous le dis, c'est un journaliste. Est-ce qu'il faudrait, là-dessus aussi, imaginer des structures qui puissent nous mettre dans une démarche d'autocritique
? En tout cas, il y a des règles de déontologie qui doivent être respectées. Et quand elles ne le sont pas, il faut qu'il y ait des mesures de sanctions qui soient prises. Si on veut que ces mesures et cette déontologie des journalistes qui existent, il y a des documents, il y a des chartes qui déterminent ce qu'est votre métier. Comment on croise des sources, comment on apporte la contradiction, comment on est capable d'être dans la contradiction, etc. Il faut vous donner de la liberté pour ça. Tant que vous dépendez d'un actionnaire, même d'un actionnaire bienveillant, c'est le cas pour Radio Nova par exemple, mais tant que vous dépendez d'un actionnaire, il peut décider d'avoir droit de vie ou de mort sur toute une rédaction. On l'a vu avec la rédaction du JDD, on l'a vu avec Europe 1. Et ça, ce n'est plus possible. Il ne faut plus que ce soit possible dans les années qui viennent. Il en va de la protection de notre démocratie, pas juste de votre métier, de notre démocratie parce que vous êtes un pouvoir dont je crois aujourd'hui que l'influence est supérieure à celle des politiques. Donc il faut être capable demain. Quel que soit l'actionnariat d'un journal, d'une rédaction, d'une radio, d'une télé, les journalistes doivent avoir du pouvoir, le pouvoir de contester la nomination d'un directeur de la rédaction qui ne leur convient pas ou qui contrevient au principe élémentaire de déontologie des journalistes. Les journalistes doivent pouvoir voter majoritairement pour approuver un changement d'actionnaire. Une majorité qualifiée pour dire tel actionnaire veut s'emparer de nous, on s'y oppose par principe parce que nous savons que ces pratiques s'alignent, ces projets politiques ne correspondent pas, ne garantissent pas le respect de notre indépendance. Et bien tous ces droits, ce n'est pas la loi qu'il va falloir les garantir, mais vous devez aussi, vous journalistes, les revendiquer.
-ce que vous pensez qu'on est passé trop vite à autre chose par rapport à ce qui s'est passé à l'attentat raciste de Trappes ? On a presque le sentiment qu'il y a eu beaucoup d'émotions au début, que ce n'est plus à la une de l'actu. Déjà une semaine après, il y a 15 jours, ça a presque disparu. Quelques éléments parfois d'enquête ou des révélations sur ce qu'aurait dit le terrorisme, mais on est quand même passé à autre chose. C'était inévitable,
évidemment. Immédiatement, mon inquiétude, c'est est-ce qu'on va ouvrir les yeux dans un contexte préélectoral important et se déterminer à, encore une fois, créer ces barrières contre le racisme, développer ces anticorps de façon structurée pour avoir un débat démocratique sain, y compris dans les six mois qui nous séparent de la présidentielle, mais y compris pour après ? Ou est-ce qu'on va balayer cette actualité du revers de la main, faire un épiphénomène et considérer qu'on attend le prochain attentat raciste, qu'on attend qu'il y ait potentiellement des dizaines, des centaines de morts pour que la prise de conscience soit au bon niveau ? Je n'ai pas le recul nécessaire parce que je suis le nez dans le guidon et que je n'allume pas la télé et je n'allume pas la radio ces derniers jours. Mais mon sentiment, c'est qu'il y a malgré tout une prise de conscience. J'espère qu'elle est à la hauteur, mais il faut que ça se traduise par les actes dorénavant. Je vous ai parlé depuis tout à l'heure, notamment sur la question de l'indépendance des médias et de leur refus de banaliser la parole raciste, d'expression, de parole, y compris des petites mains. Je répète, j'ai été plus frappé, touché par le courrier des techniciens de BFM TV que par le refus d'inviter Éric Zemmour. Pour moi, c'est plus puissant encore, cette initiative des techniciens de BFM. J'espère que ça va prospérer, j'espère que ça va infuser l'examen de conscience que je demande à toute la classe politique aussi. Pas qu'aux médias. J'espère qu'il va se diffuser. J'espère que vous tous, quand vous interrogerez des politiques, qu'ils soient candidats à la présidentielle ou pas, vous leur demanderez s'ils regrettent leurs propos passés. Et moi, j'espère qu'ils les regretteront. Vraiment, sincèrement. Je trouve que c'est la dignité, y compris des hommes et des femmes politiques, que de dire j'ai commis une bêtise. J'ai pas bien mesuré le risque lors de mes déclarations sur la légitimité de la théorie du grand remplacement. Et on peut tous se tromper. On parle d'Aure Berger qui est... Pas que. Valérie Pécresse, qui est à mon avis une républicaine, qui n'est pas une raciste, invétérée, etc. Quand elle dit pendant la campagne présidentielle de 2022 qu'il n'y a pas de fatalité ni au grand déclassement, ni au grand remplacement, comme si ces deux phénomènes qui menacent la France se comparaient. Qu'on se sente déclassé dans ce pays, il y a deux, trois bonnes raisons objectives. Mais le grand remplacement, il n'y a aucune raison objective. de lui donner de la légitimité. Pourquoi elle dit ça à l'époque ? Pour espérer quelques miettes de l'électorat raciste qui se développe. Or, c'est inverse ce qu'il se passe. C'est qu'elle est passée sous la barre des 5% et qu'ils sont, je le répète, dévorés par le monstre qu'ils créent, qu'ils contribuent à créer en validant les thèses. Et bien que toutes ces figures, toutes ces personnalités disent on s'est trompé. On s'est trompé, on ne jouera plus avec ce feu-là parce qu'il est dangereux et on se brûlera tous les mains à jouer avec un démon pareil.
Quelques jours après, après le drame, le Premier ministre à l'Assemblée nationale, Sébastien Lecornu, compare Pingo, les victimes de l'attentat terroriste en général, à Quentin de Ranque, un militant néo-nazi mort, mais mort dans une rixe entre deux groupes politisés. Ça vous a fait quoi, cette comparaison du Premier ministre Sébastien Lecornu, cette comparaison entre les victimes de trappe ? Et un militant néo-nazi mort dans une rixe.
Alors je l'ai vécu en direct, j'étais à l'Assemblée nationale et je vous avoue que j'ai été absolument sidéré et je n'en croyais pas mes oreilles. Je veux mettre ça sur le compte de la maladresse. Je ne veux pas croire qu'il a pu préparer cette réponse, la calculer, la peser, la sous-peser. C'est pour moi impensable.
On a quand même le sentiment de... qui sait ce qu'il dit. On le voit bien. Moi, j'ai le sentiment que, je ne sais pas s'il l'a préparé, mais en tout cas, quand il prononce ses mots, il ne dérape pas involontairement, c'est ça. C'est en tout cas mon sentiment propre de journaliste observateur extérieur. Je le
comprends tout à fait. Je l'ai revu à plusieurs reprises, cette déclaration. Je l'ai vécu en direct de façon différente. Moi, je veux m'accrocher à l'espoir que ce n'est pas calculé. Parce que le fait de le calculer cyniquement, ça dépasserait l'entendement. Ça voudrait dire que trois jours seulement après l'attentat, le cynisme domine dans l'expression du Premier ministre de la France. C'est trop vertigineux pour que je puisse l'intégrer dans mon raisonnement. Néanmoins, ça dit quelque chose, à minima d'inconscient. C'est que M. Lecornu n'a pas pris la mesure de ce qui s'est passé vendredi. marcher dans la rue comme l'a fait Pengo, comme l'a fait Ramatou, comme l'ont fait tous les autres, être en voiture avec sa fille qu'on veut déposer à une activité du service jeunesse de la ville de Trappes, faites-vous une cible gratuite, comme ça aurait pu être le cas de mon père, de ma mère, d'un type qui est armé d 'un fusil mitrailleur. C'est pas la même chose qu'une bagarre de rue, une rixe, qui dégénère avec un mort qu'on a tous à déplorer. Renvoyer dos à dos ces événements, ou donner le sentiment de les renvoyer dos à dos, je le répète, c'est vertigineux. Sébastien Lecornu, il sera plus Premier ministre dans quelques mois, sa vie politique se poursuivra. Ce serait son honneur, je crois, de dire que c'était une maladresse, une erreur, et je la regrette. Et ce n'est pas comparable, c'est tout. Juste de dire ça, ça ferait du bien, ça met du baume au cœur à des millions de nos compatriotes. Juste de dire ça. Je parlais de Valérie Pécresse, de Ror Berger, juste de consentir ça. Parce que globalement, les Français, et moi le premier, on en a ras-le-bol d'une classe politique qui n'a jamais tort sur rien, qui a toujours raison, qui ne reconnaît jamais la moindre maladresse. Parce que c'est pas vrai. On est des êtres humains, on peut commettre des erreurs, on peut regretter ce qu'on a dit 5 ans, 10 ans auparavant. Et ça ferait beaucoup de bien que d'entendre ces mots-là dans la bouche de ces responsables politiques qui ont fauté.
Selon vous, l'État, les parquets, les procureurs, sont-ils plus indulgents avec les terroristes d'extrême droite qu'avec les terroristes islamistes dans différentes affaires ? La justice a ouvert immédiatement le débat sur le discernement altéré du mis en cause. Ça, c'est quand même une petite musique qui revient chez beaucoup de compatriotes musulmans qui se sentent stigmatisés. Est-ce que vous, vous êtes d'accord avec ça ou pas ? C'est ce qu'a dit l'un des avocats des parties civiles, Maître Yassine Bouzerou par exemple.
Et il est dans son rôle, mais moi je ne veux pas alimenter cela parce que je suis un élu. J'ai conscience de ma responsabilité et de l'importance de ma parole dans ces moments-là. Et je veux croire dans nos institutions et je dois cultiver la confiance dans nos institutions, notamment dans la justice. Vous avez vu que les expertises nécessaires ont été diligentées, comme d'habitude, par le parquet national antiterroriste, et qui rapidement a été écartée la maladie psychique. Et il a dû retourner en garde à vue. Donc on a été, certainement, soulagé de cela, même si dès les premières heures, certains ont annoncé qu'en raison de la nature de ses victimes et de son profil, la question de son passé psychologique ou de son état psychologique serait rapidement de nature à lui écarter toute poursuite judiciaire. La preuve que non, il a été poursuivi. mis en examen et j'espère qu'il sera lourdement condamné. Moi, il ne m'intéresse pas de savoir quel est son profil psychologique. Je ne crois pas qu'on puisse tirer une rafale de balles sur une enfant de 12 ans en étant psychologiquement tout à fait normal. Pas plus que les terroristes à Christchurch, par exemple, qui a abattu des dizaines de personnes, une cinquantaine de personnes de confessions musulmanes en Nouvelle-Zélande. Donc ce sont des gens qui, froidement, préparent leurs attentats, les revendiquent, disent quel est leur mobile. À Christchurch, il a été condamné. J'espère que le terroriste de Trappes sera condamné lourdement. Mais ça ne me suffit pas si la société ne se remet pas en cause et si on fabrique régulièrement des nouveaux Kevin T, comme on dit. Et donc la question, c'est comment on cesse d'en fabriquer, comment on cesse de relayer, de diffuser la parole raciste de façon totalement désinhibée. Et sur la question du doute que peuvent exprimer beaucoup de nos concitoyens sur la nature des poursuites. quand les victimes sont des minorités, ethniques ou religieuses, eh bien ça doit nous inquiéter tous. Les autorités de ce pays ne doivent pas juste balayer du revers de la main en disant c'est un mauvais procès, c'est une théorie complotiste. Ils doivent se dire, beaucoup de nos concitoyens sont convaincus que s'ils sont abattus comme des chiens dans la rue, ils n'auront pas le droit à la justice. Ça, ça doit... Et c'est pour ça que le déplacement du président de la République est important. Ça doit réveiller les consciences de ceux qui nous dirigent pour qu'ils comprennent qu'une partie de la population se sent totalement abandonnée, livrée à elle-même, délaissée et peut rompre avec nos institutions si elle n'a plus aucune raison de leur faire confiance.
Aujourd'hui, trouvez-vous votre compte dans les différentes formations politiques en vue de la présidentielle sur les sujets que l'on vient d'évoquer ? Mais plus globalement, est-ce qu'il y a un candidat qui trouve grâce à vos yeux ? Allez, c'est la question politique. Non,
sinon je serais déjà en soutien de tel ou tel candidat à la présidentielle.
Donc on rappelle, vous faites partie du mouvement Génération, un mouvement qui avait été créé par Benoît Hamon, qui officiellement ne soutient encore aucun candidat, c'est ça ? Ça nous fait un point commun.
Au moment où je vous parle, je ne soutiens pas davantage un candidat. Je ne vous cache pas que par ailleurs, ce que je viens de vivre est... Les éléments qui m'obsèdent matin, midi et soir, c'est évidemment pas cela, ni la présidentielle, ni les différents... Le débat politique en général me dégoûte et je m'en tiens éloigné depuis quelques jours pour ma propre santé mentale, pour être tout à fait clair. Mais je vais vous dire, Jean-Luc Mélenchon a eu mon parrainage et mon vote en 2022. Je ne crois pas une seconde. Je ne veux pas croire une seconde que Jean-Luc Mélenchon soit antisémite. Dans les déclarations qu'il a pu avoir, dans certains écrits, dans certaines maladresses verbales, dans la prononciation de noms de personnes supposées de confession juive ou d'origine juive, il a commis des erreurs. des maladresses, chacun les caractérisera comme il le souhaite. Je disais tout à l'heure que ça ferait du bien à nos concitoyens si dans la vie politique, ceux qui commettent des maladresses ou des erreurs étaient capables de les reconnaître, et donc de reconnaître tout simplement qu'ils sont des êtres humains. Ça me ferait beaucoup de bien, et je crois à beaucoup de nos compatriotes, que Jean-Luc Mélenchon puisse dire clairement que si nos concitoyens de confession juive, d'origine juive, rattachés de près ou de loin à la confession juive, ont pu être heurtés par ces propos. On ne peut se sentir stigmatisé, abandonné, et bien que ce n'est pas ce qu'il souhaitait, ce dont je suis intimement convaincu, qu'il regrette ses maladresses, qu'il regrette qu'il ait pu donner ce sentiment-là. Parfois, vous savez, et j'en sais quelque chose, y compris comme mère de trappe, on peut blesser des gens, on peut être injuste sans le vouloir, on peut créer de l'animosité chez des gens. qui vous en veulent pour de mauvaises raisons. Et bien si parfois il faut être capable de s'amender, de se réinterroger sur ses propres responsabilités, même quand c'est douloureux, même quand ça vous coûte, mais pour pouvoir, en reconnaissant votre part d'erreur, votre part de maladresse, qui est encore une fois inhérente à la nature humaine, contribuer à rasséréner le débat, à faire en sorte qu'on puisse redevenir rationnel dans nos discussions et nos échanges, ça ferait du bien. Moi, je fais partie de ceux qui espèrent peut-être une parole de la part de Jean-Luc Mélenchon qui soit apaisante. Je comprends tout à fait que Jean-Luc Mélenchon, les insoumis en général, se considère comme une citadelle assiégée. La violence qu'ils subissent, les procès d'intention permanents, notamment les procès en antisémitisme dépourvus de toute base factuelle matérielle. Il n'y a pas, à ma connaissance, un seul insoumis condamné pour antisémitisme. Par contre, il y a des condamnations en série au Rassemblement National, des faits incontestables. Leur président étant antisémite notoire dorénavant, on le sait grâce à Mediapart. Eh bien, ce deux poids, deux mesures... Cette façon d'accabler un parti et son candidat sous les reproches, ça vous conduit à la fin à vous considérer comme une citadelle assiégée et à riposter, riposter, riposter tout le temps, à faire preuve y compris de virulence, de violence dans le propos ou dans l 'action politique. Ça se comprend parce que la vie politique est une dispute qui n'est que rarement apaisée ces dernières années. Mais ramener un peu de sérénité et de calme, y compris en reconnaissant sa part d'erreur, ça contribuerait un peu à désamorcer, je le crois, l'hystérie politique ambiante.
C'est clair. Emmanuel Macron porte-t-il, selon vous, une part de responsabilité dans l'extrême droitisation du débat
'ai pas envie, encore une fois, de régler des comptes ou de donner le sentiment de vouloir accabler une personne parce que ce serait trop facile si on disait c'est la faute d'une personne. C'est le président depuis
deux mandats, donc on a le droit d'y aller.
Je vais dire les choses comme je les ressens et je crois qu'on est nombreux. Mais je veux insister sur le fait que ça peut pas être la faute d'une personne. On peut pas avoir une société toute entière qui dérive des propos racistes décomplexés. Moi, je suis menacé de mort régulièrement. pas un élu racisé, comme on dit, qui n'est pas insulté, menacé de mort sur les réseaux sociaux en permanence, et se dire que c'est la faute d'une seule personne. Par contre, le principe des responsables politiques, c'est qu'ils doivent assumer leurs responsabilités. On a été très nombreux, attrapent 80% à voter pour Emmanuel Macron contre Marine Le Pen en 2017. C'était pour être protégé, comme on l'a fait vous et moi en 2002, pour voter Chirac contre Marine Le Pen. Dix ans après, jamais autant de violence raciste ne s'est exprimée. Et j'en veux. si on doit parler d'Emmanuel Macron en particulier, je lui en veux d'avoir laissé des digues s'effondrer. Et il lui reste six mois pour tenter de rattraper ce qui peut l'être. Mais quand il a fait son interview à Valeurs Actuelles, quand il est parti chez les racistes pour parler d'immigration, quand il s'est affiché avec Philippe Devilliers, un certain nombre de fautes morales qu'il a commises et qui ont légitimé la parole de l'extrême droite, qui ont considéré qu'elle était respectable au point de... s'élever au même rang que celle du président de la République. Quand il a pris soin d'appeler personnellement Éric Zemmour, après son agression, je ne sais quoi, ou les insultes dont il a été victime dans les rues de Paris, mais qu'il n'a pas personnellement appelé les parents, à ma connaissance, de Pengo Bossio Wangui, je ne comprends pas ça. Et comme je suis convaincu, et je veux le rester, sinon, je le répète, il y a quelque chose de définitif qui se ronde dans mon esprit, que le président de la République française n'est pas raciste. Eh bien... Je ne peux expliquer toutes ces attitudes, tous ces comportements, toutes ces erreurs que par des calculs cyniques, plus ou moins cyniques, plus ou moins habiles, plus ou moins de court terme. Il n'a plus d'enjeu, le président de la République, puisqu'il ne sera plus candidat aux élections. Donc il faut qu'il puisse dire ce qu'il regrette lui aussi. Il faut qu'il puisse s'amender et il faut qu'il puisse porter une parole solennelle. Et c'est ce que je lui ai dit quand on s'est vu le jour même de l'attentat.
Soutenez-vous pour finir, on va peut-être terminer par ce mot, ce mouvement des lycéens, des lycéens en colère, un mouvement qui est né plutôt en région parisienne ou dans les banlieues ou dans les lycées qui manquaient de moyens. On a souvent associé ces lycées à la banlieue parisienne ou la banlieue en général. Soutenez-vous ces lycéens en colère. Est-ce que vous comprenez leur rage ou pas ? de tout mon cœur.
J'ai été quasiment tous les matins devant le lycée de la ville de Trappes qui était largement mobilisée. Et je peux vous dire que ce que j'ai vu chez cette jeunesse mobilisée, notamment beaucoup de jeunes femmes chez moi, essentiellement des jeunes femmes, des jeunes filles d'ailleurs, parce qu'elles sont relativement jeunes, me donne beaucoup d'espoir. Ces derniers jours, j'ai eu beaucoup de motifs désespérés de notre pays. Mais ce que je vois chez la jeunesse engagée et mobilisée dans ma ville, mais je le vois bien au-delà évidemment à l'échelle nationale, c'est des raisons d'espérer parce que cette génération-là, Elle se pose très peu la question de la couleur de peau, des origines, de l'intégration ou pas, de la confession des uns et des autres. Elle arrive à vivre en paix avec elle-même et à se projeter derrière les vrais enjeux. Le droit à l'éducation, le droit pour tous à pouvoir accéder à l'enseignement supérieur, le droit à la dignité dans les conditions d'enseignement, la défense plus généralement des services publics. Ils se révoltent comme la jeunesse l'a fait de tout temps pour l'égalité et pour la dignité de leur génération. Regardons-les, écoutons-les, donnons suite à leurs revendications parce que là, il y a des motifs d'espoir pour notre pays que parfois on ne trouve pas dans le débat public.
Alira, merci d'avoir accepté cette invitation. C'était passionnant. Je vous sens fatigué comme par la séquence ou pas ? Et touchez aussi personnellement. Est-ce que j'ai raison ou pas ? Très profondément. Et si je sors de mon entre-trapiste, c'est pour venir voir Adjanova parce que vous le méritez. Merci à vous. Et à très bientôt. On va, je pense, vite se recroiser sur le terrain. Bon retour à Trappes.
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