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mesdames et messieurs les ministres, mesdames et messieurs les parlementaires et anciens parlementaires, mesdames et messieurs les anciens collaborateurs de Michel Barzac, mesdames et messieurs les professeurs de médecine, chères familles de Michel Barzac, mesdames et messieurs. Ma seule violence, c'est contre tout ce qui ressemble à de la haine, du jugement a priori, de la discrimination. Pour fendre la haine. récuser les préjugés, abattre les murs de l'indolérance et de l'indifférence. Ces mots tissèrent le fil d'une vie entière de combat et d'engagement. La vie de Michel Barzac. Cette empathie, cette humanité chaleureuse et généreuse, cette soif d'engagement qui fut la sienne, puisait à une même source le soleil de Casablanca. C'est là, à Casa, au cours de l'été 43, que Michel Barzac vit le jour, au sein d'une famille où s'entrelassaient les histoires et les géographies. Vous nous l'avez dit, chère Tatiana, votre mère était au carrefour des cultures, par son père Joseph et par sa mère Madeleine. Elle unissait l'Oural et la Méditerranée, les mondes russes et marocains. Mais c'est aussi sur cette terre marocaine qu'elle éprouva très tôt l'apesanteur des déterminismes. Ces destins que l'on prétend écrire à votre place. À 12 ans, Michèle décide qu'elle sera médecin. Joseph s'y oppose. Une femme, lui explique-t-il, est faite pour se marier. Cependant, telle Gisèle Halimi, elle refuse l'assignation. Elle ose prendre sa place. A 17 ans, elle gagne Paris et sa faculté de médecine. L'étudiante rebelle découvre la précarité matérielle. Mais le véritable choc est ailleurs. A son premier jour à l'hôpital Tenon, elle se trompe de couloir et elle fait face à l'insoutenable. Des draps souillés, des bouchées dentées, corps décharné et ses paravents, appelés « cache mort ». Cette vision forgera sa vocation et la poussera à s'engager contre ce qu'elle appellera le paravent des égoïsmes. Pour abattre ces paravents, encore fallait-il dresser ceux de la dignité. C'est ce que fit Michèle Barzac. Elle cherche une spécialité capable d'embrasser le corps, la psyché et la parole. Ce sera la gynécologie. Dans son cabinet, à l'hôpital, en dispensaire, elle recueille la vérité des femmes. L'infertilité, les maternités adolescentes, les violences conjugales. En médecin de l'intime, elle nourrit sa pratique de psychanalyse. Elle confiera plus tard l'œil malicieux que le divan fut sa meilleure école de sciences politiques. Au fil des consultations, une évidence s'impose. Derrière chaque détresse individuelle, il y a souvent une faillite systémique. Pour renverser le réel, il faut donc agir par la loi, franchir le rubicon politique, s'engager. Et c'est d'abord vous, cher Jacques Toubon, qui décelez son talent. Porté par votre confiance et celle du maire de Paris, Jacques Chirac, Michel Barzac s'impose dès 1984 comme délégué national aux affaires sociales du RPR. Dans une arène politique encore plus patriarcale qu'aujourd'hui, sa maîtrise technique et sa liberté de ton frappent les esprits. La propulsant ministre de la première cohabitation de la Vème République en 1986. ministre déléguée à la santé et à la famille, le même portefeuille que Simone Veil. Elle est la seule des quatre femmes du gouvernement Chirac II à ne pas être secrétaire d'État. Réfractaire au sabir technocratique comme à la grisaille des tailleurs sombres, elle impose son style flamboyant. Elle parle et agit comme elle pense, n'en déplaise au tiède d'esprit. Parlez vrai, parlez juste, parlez cœur. Voilà la méthode Barzac. Sur la politique familiale, elle prédit le péril démographique avec une pression saisissante et elle s'engage pour les familles nombreuses. Sur l'alcool, elle porte contre les lobbies la loi Barzac, interdisant la publicité à la télévision et préfigurant la loi Eva. Sur l'IVG, alors que les réactionnaires de son camp la surnomment « l'avorteuse », elle défend la loi d'Yvette Roudy garantissant le remboursement. Mais c'est face à la tragédie du VIH qu'elle révèle toute sa stature de femme d'État. Ministre, elle découvre avec stupeur qu'une seule personne est chargée de la pandémie à la Direction Générale de la Santé. Il faut alors combattre sur deux fronts, contre le virus, mais aussi contre les préjugés et la peur. Elle racontera ainsi cette scène surréaliste au Palais Bourbon. Mon premier choc sera à l'Assemblée nationale. Il n'y avait que des hommes, ou presque. On me dit qu'il est hors de question que je parle de l'homosexualité et des préservatives devant les députés. Et je réponds que bien évidemment je serai obligée d'évoquer tous ces sujets. Parce qu'elle avait le courage d'une lionne, elle brise les tabous. Elle porte la loi autorisant la publicité des préservatifs, instaure la prise en charge à 100% du dépistage, fait glisser dans les factures de téléphone 24 millions de bulletins d'information. Dans le même élan, elle signe le décret Barzac autorisant la vente libre des seringues en pharmacie. Ce combat pour la vie, pour la dignité, le mène aussi dans l'hémicycle contre l'extrême droite. Alors que le président de groupe, alors nommé Front National, Rassemblement National, Jean-Marie Le Pen, stigmatise les sidaïques, la ministre Barzac oppose à l'indécence la souveraineté de la science. Aux questions au gouvernement du 13 mai 1987, elle fout droit les députés FN par ce cri « Ne soyez pas les faux monnayeurs de la peur ». Elle est alors applaudie par la droite comme par la gauche républicaine. Et ce moment la résume bien, car lorsque l'intérêt général le commandait, Michel Barzac savait qu'il fallait dépasser les clivages, penser au-delà de son camp et parfois contre lui. Lorsque la droite bascula dans l'opposition en 1988, Michel Barzac demeura dans notre hémicycle, cette fois comme député de Paris. En mai 1990, fidèle à son humanisme, lors de l'examen du texte sur les troubles mentaux, elle prononça ainsi un discours admirable contre les internements abusifs. Quelques mois plus tard, cependant, lorsque certaines dérives droitières du RPR heurtèrent ses convictions, elle préféra renoncer aux honneurs plutôt qu'à son honneur. Elle acta la rupture et démissionna de son mandat de députée. Oui, comme vous l'avez résumé, chère Tatiana, Maman aurait pu mourir pour ses idées. Son engagement emprunta alors d'autres chemins, notamment comme adjointe chargée des affaires sociales et de la santé à la mairie de Paris. Plus que jamais, elle demeura une militante de la cause des femmes. En juin 1996, elle co-signe ainsi dans l'Express le Manifeste des Dix pour la parité, ralliant notamment Simone Veil, Edith Cresson, Yvette Roudier et Catherine Tasca. Ensemble, par-delà les clivages, les 10 dénoncent, et je les cite, l'incapacité du système politique à accepter véritablement les femmes, de l'indifférence condescendante et du mépris à l'hostilité déclarée. Elles réclament des quotas de députés pour imposer une égalité enfin effective. Par la suite, son combat humaniste changea de cadre et d'échelle. De la politique, il devint philanthropique, et de national, il devint international. A la Banque mondiale, à l'OMS, à la Fondation GSK, puis comme présidente des Amis du Fonds mondial, Michel Barazac mobilise ainsi contre le sida, contre la tuberculose, contre le paludisme. De 2012 à 2015, elle préside UNICEF France. Son combat pour les enfants rejoint alors celui pour les femmes, ce qu'elle résumait par cet axiome. Se battre pour les femmes, c'est se battre pour le développement. Mesdames et Messieurs, jusqu'à son dernier souffle, Michel Barzac est resté cette vigie, engagée et passionnée. Elle scrutait l'actualité avec acuité. s'alarmaient du poison de l'extrême droite, s'indignaient des frilosités sur les salles dites de shoot. Fidèle à son franc-parler comme à son humanisme, elle fustigeait encore une société qui, selon sa formule acérée, a remplacé le cœur par le pacemaker. Car derrière la femme d'État, au tempérament de pionnière et de guerrière, battait le cœur d'une mère et d'une grand-mère d'une infinie tendresse. battaient encore et toujours le cœur d'une amoureuse de beauté, de culture. Michel Barzac dévorait en effet deux ou trois essais aux biographies de Front, mais jamais de romans tant le réel lui suffisait. Solaire, comme son Maroc originel, elle vibrait au rythme du flamenco et adorait revoir pour la 170 millième fois, selon l'écoute officielle de ses enfants, Tatiana, Marussia et Mathieu, ses films préférés. les choses de la vie ou les uns et les autres. Enfin, il y avait son refuge, la photo. Dans sa chambre noire, elle développait des centaines de portraits de femmes pris à Sumatra ou aux Philippines. Lorsqu'elle voulait expliquer la fulgurance de ses combats, c'est d'ailleurs à la photographie qu'elle revenait, par cette maxime. La vie, c'est comme la photo. Si on ne saisit pas l'occasion à la seconde même où elle se présente, elle ne repasse pas les plats. Alors, mesdames et messieurs, toute sa vie, Michel Barzac n'aura laissé passer aucune occasion pour défendre une liberté, sauver une vie, terrasser une injustice. Médecins, ministres, militantes, humanistes, féministes, elle personnifia la société de l'engagement. dont notre pays a tant besoin aujourd'hui, afin de faire tomber un à un les paravents de nos égoïsmes. En ce jour, la République lui dit sa reconnaissance, son admiration et son affection.
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