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On s'interroge ce matin sur l'ampleur de la mobilisation contre la vie chère et ses conséquences politiques. Aujourd'hui, la mobilisation s'annonce importante à l'appel des syndicats. Bonjour Louis Ouzalter. Bonjour. Vous êtes journaliste politique au Figaro. Merci d'être avec nous ce matin. On a eu les lycéens, les étudiants, les manifestations contre la vie chère. Les syndicats entrent dans la bataille aujourd'hui. La convergence, c'est l'enjeu de la journée
? Oui, et l'enjeu de la journée pour les syndicats, c'est de savoir si eux, ils peuvent remettre la main sur une mobilisation sociale qui est réelle. C'est-à-dire que cette mobilisation, elle est protéiforme, elle parle de la grogne des lycéens. Le gouvernement ne l'avait pas vu venir, personne ne l'avait véritablement vu venir. Là-dessus se sont agrégés les mouvements de gilets jaunes qu'on a vu ressurgir, alors qu'ils n'étaient pas le plus ressortis depuis 2019. Et les syndicats... Sont-ils dépassés par tout ça ou arrivent-ils à, eux, engendrer leur propre mobilisation et transformer leur appel à la graine en succès ? C'est évidemment l'enjeu. C'est leur reprise en main. C'est important aussi pour le gouvernement parce que... Aujourd'hui, on saura si le gouvernement pourra parler à un interlocuteur qui est institutionnel. Les syndicats, c'est dans le cadre quelque part. Ils connaissent et donc il pourrait y avoir peut-être un débouché politique et syndical au terme de cette journée.
La nuit dernière, le projet de loi de budget a été rejeté vraiment dans la nuit en première lecture à l'Assemblée. Est-ce que ça met les manifestants en position de force ?
ce n'est pas une surprise dans le sens où ce texte est devenu n'importe quoi. C'est-à-dire qu'au fil de la discussion à l'Assemblée... Comme tous les députés savent qu'à la fin, il ne sera pas voté, que ce sera soit le 49-3, soit les ordonnances, donc dans tous les cas un passage en force du gouvernement, chacun se fait plaisir en mettant ce qu'il veut et en défendant ses positions dans le texte. Ça souligne la faiblesse du gouvernement, il n'a pas de majorité, il ne peut pas faire passer les textes qu'il veut, on le savait, on ne le découvre pas. Non, la question elle est financière, c'est si le gouvernement veut répondre à des attentes des syndicats et notamment l'augmentation du SMIC. Quelle marge de manœuvre financière va-t-il pouvoir trouver ? Et comment l'inscrit-il dans ce budget, sachant qu'il a trouvé des économies ? Et que deuxièmement, la situation économique se tend, la croissance ralentit, l'inflation reprend. Bref, l'équation n'est évidemment pas simple.
On va y revenir juste simplement sur l'enjeu pour les syndicats. C'est quoi ? C'est de transformer le mouvement en mouvement plus durable ? On sait que la CGT veut durcir, la CFDT veut entrer dans des négociations. C'est ça l'idée ? Oui,
déjà il y a le monde qui aura dans la rue. Même le gouvernement attend beaucoup de monde, donc il devrait y avoir une mobilisation assez suivie. statistiquement, c'est le nombre de grévistes dans les secteurs qui sont appelés à faire la grève. Et ça, ça nous donnera effectivement une idée de la puissance des syndicats, de la façon dont ils peuvent remettre la patte dans ce mouvement. Ce qui caractérise aussi ce mouvement, c'est quand même sa durée, c'est-à-dire que de mobilisation lycéenne en semaine, en blocus, de samedi de mobilisation des gilets jaunes en maintenant des journées plus classiques comme aujourd'hui, qui est un jeudi de mobilisation avec des cortèges, donc plus classiques menés par les syndicaux. On a quand même depuis plusieurs semaines un mouvement qui, sous différentes formes, et ce qui pourra encore perdurer sous l'impulsion des syndicats, c'est évidemment de ça que dépendra l'ampleur de la réponse du gouvernement. Il y aura une réponse politique, c'est inévitable.
Alors justement, deuxième grande question, quelle réponse, quelle concession l'exécutif peut-il faire à ce stade ? Vous avez évoqué le SMIC, c'est une piste ? Oui, tout à
fait, c'est une piste. D'ailleurs, le ministre du Travail, Jean-Pierre Farandou, en a parlé. Le gouvernement est officiellement ouvert à un coup de pouce sur le SMIC, ce qui n'est pas arrivé depuis le quinquennat de François Hollande. Donc ça n'est pas rien. Et puis de manière générale... Je sens bien qu'il y a la question des salaires qui cristallise tout. C'est un mouvement qui part de la lutte contre la vie chère. Et quels que soient les secteurs professionnels, que ce soit des gens qui sont au SMIC, que ce soit les cadres dont les salaires augmentent assez peu, tout le monde aujourd'hui a un problème de pouvoir d'achat. On a aussi la crise des carburants qui s'ajoute évidemment à cela. Donc tout va se cristalliser autour de cette question des salaires. Le gouvernement, quelque part, si la journée d'aujourd'hui est un succès, je ne dis pas que ça l'arrange, mais quelque part il aura un interlocuteur qui est institutionnel en face. Il pourra, sa stratégie, ce dont on est juste en ce moment dans les ministères et à l'Elysée, c'est de dire, il faut... que la réponse politique soit adressée à des gens qui ne soient pas violents. C'est-à-dire que le gouvernement ne veut pas donner l'impression que c'est parce qu'il a eu de la casse et des pillages qu'il cède aux rééducations, comme Emmanuel Macron avait cédé en 2018 après des journées d'émeutes dans le mouvement des Gilets jaunes. Il avait lâché 10 milliards d'un coup lors d'une allocution présidentielle. Il ne veut surtout pas répéter ce précédent et il veut d'abord légitimer des manifestants non violents, donc les syndicats. C'est à ce moment-là que s'ouvrira la discussion sur le débouché politique et donc os du SMIC ou pas, voire d'autres mesures.
Justement, vous aviez suivi les Gilets jaunes, vous, à l'époque, et la manière dont Emmanuel Macron avait géré cette situation, ou pas, n'avait pas forcément estimé, apprécié la grogne. Est-ce que l'Elysée a retenu les leçons des Gilets jaunes ?
En tout cas, la journée du 17 octobre, on a un peu revu la même peur panique qui s'était emparée du pouvoir au moment des Gilets jaunes. Parce que les Gilets jaunes, c'était un mouvement... complètement gazeux. Il n'était tenu par aucun mouvement syndical ou autre. Ça venait vraiment du terrain et de personnes que l'exécutif n'avait pas l'habitude de voir se mobiliser. Donc il y a eu une vraie peur à l'époque du pouvoir et c'est aussi pour ça qu'Emmanuel Macron avait cédé. Et ça passait pour une réponse en réaction directe à la violence qui s'était abattue notamment dans les rues de Paris. Le 17 octobre, on a retrouvé cette sidération, pour des raisons un peu différentes, mais les images de violence, évidemment, elles ont tétanisé tout le monde et le gouvernement a dit plus jamais ça, d'où l'importante mobilisation de police. Aujourd'hui, vous avez toujours beaucoup de policiers mobilisés sur le cortège des manifestations. Devant les lycées, il y a quand même une importante réponse policière de l'exécutif. Mais il y a aussi cette volonté de trouver un débouché et qui ne soit pas, comme à l'époque des Gilets jaunes, qui ne passe pas pour une réaction directe à la violence. Il y a une volonté. à la fois des syndicats, mais surtout de la part du gouvernement, d'institutionnaliser un peu le débat, de trouver un canal de discussion à un moment où le mouvement est débordé un petit peu de partout, par les casseurs, par les personnes violentes, et aussi par des gens qui se mobilisent hors de tout cadre syndical. Le retour des gilets jaunes, ça manifeste ça, évidemment.
Merci beaucoup, le président d'être venu sur ce plateau ce matin.
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