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Catherine Pégard, bonjour. Bonjour. Merci beaucoup d'être en direct sur France Culture pour mener cet entretien. Mais écoutez, j'ai demandé à Jean-Lémarie de m'accompagner. Bonjour.
Bonjour à toutes et à tous.
Vous êtes éditorialiste, on écoute tous les matins votre billet politique sur France Culture. Et vous, Madame la Ministre, est-ce que vous écoutez la radio ? Est-ce que vous êtes une auditrice
? Ah oui, j'écoute la radio. J'allais dire, c'est presque générationnel. J'ai toujours écouté la radio et j'ai aussi adoré faire un petit peu de radio quand j'étais moi-même journaliste.
Vous en faisiez où ? Comment ça s'était passé ? De la radio politique ?
Comme vous le savez, j'étais journaliste politique et très longtemps au journal Le Point, 25 ans. Mais par exemple, je participais à la création de Radio Classique.
je vous posais cette question madame la ministre car on vous l'avait dit, on le sait peut-être, vous avez été journaliste politique, conseillère de Nicolas Sarkozy à l'Elysée, puis présidente du château de Versailles avant de devenir ministre de la culture. On connaît votre parcours mais finalement assez peu votre rapport personnel à la culture. Alors je vous propose en fait de commencer cet entretien par là. Quelle culture vous êtes-vous engagée à défendre en acceptant de devenir la ministre de la culture d'Emmanuel Macron
c'est très difficile comme question parce que la culture c'est ce qui accompagne nos vies et c'est aussi vrai pour les artistes et le public. Et je crois que c'est ça qui est important, c'est de voir comment aujourd'hui la culture peut habiter nos vies tous les jours. On a beaucoup progressé dans l'accès de tous à la culture, ça a été évidemment la base de la création de ce ministère par André Malraux. Mais maintenant, aujourd'hui, c'est plutôt comment on fait pour continuer à expliquer aux jeunes, notamment. que la culture, justement, ça ne doit pas être une série de définitions plus ou moins prestigieuses, mais ça doit être un goût qu'on y acquiert et puis qui va transformer votre vie. Moi, je pense que la culture a agrandi ma vie. J'étais une petite fille au Havre et mon père, tous les ans, souhaitait que je visite une région différente. Et avec mes parents, nous partions visiter une région. pendant quelques jours. Et on visitait les châteaux, on visitait les restaurants aussi, on regardait les paysages. Et je crois que c'est comme ça qu'on apprend la culture. On apprend à ouvrir les yeux, on apprend à écouter, on apprend à lire. Et puis, on apprend à être curieux. Et je pense qu'il y a un lien très fort entre le journalisme et l'envie de défendre la culture. Et ce lien, c'est justement cette curiosité qui, moi, m'a sans doute habité toute ma vie et qui peut-être explique un peu ce parcours qu'on pourrait dire baroque si on était à Versailles et qui m'a conduit jusqu'au ministère de la Culture aujourd'hui.
Vous avez dit devant les députés que la culture était un sport de combat. Contre quoi faut-il se battre aujourd'hui, Catherine Pégard ?
Je pense qu'il faut se battre contre beaucoup de choses, contre beaucoup d'a priori, contre beaucoup de fausses certitudes, contre beaucoup d'approximations. Et puis encore plus, contre cette violence qui tout d'un coup nous recouvre. Et je crois que vous y avez fait allusion à l'instant. C'est la chose la plus importante dans la période que nous traversons.
quelle violence vous voulez parler ?
Je veux parler de cette violence qui s'en prend à la création, qui s'en prend à la presse, qui s'en prend... et puis qui se banalise. Moi ce qui me fait le plus peur aujourd'hui c'est qu'on s'y habitue. C'est qu'on s'y habitue à ce qu'il y ait des altercations entre politiques et journalistes, entre journalistes de médias différents. dans des théâtres, et que justement dans des lieux qui sont faits pour le dialogue et qui sont faits pour l'expression d'un débat, et d'ailleurs on peut débattre et ne pas être d'accord, mais dans ces lieux qui seraient normalement l'expression d'un débat, l'expression de conversations qui font avancer les choses, je pense qu'on est dans une vraie régression, dans une régression très inquiétante, parce qu'on sait bien que si on jette l'anathème et si on se nourrit d'invectives... on ne défend plus tout à fait la dignité humaine, on ne défend plus tout à fait la liberté, et on commence encore une fois à... Oui, je pense à confondre beaucoup de choses et pas dans le bon sens.
Peut-être deux exemples concrets sur cette liberté de création qui est attaquée, que vous évoquez. À Castres, le maire RN a déprogrammé Passport, c'est une pièce de théâtre d'Alexis Michalik sur l'exil. À Besançon, la nouvelle municipalité LR a décidé de rebaptiser une exposition qui s'appelait « Ni Dieu ni Maître ». Ils ont trouvé le titre trop politique. Ce ne sont que deux exemples parmi de nombreux cas d'intervention politique dans la programmation culturelle. Ces cas augmentent drastiquement depuis les municipales, c'est ce que rapportent le Syndéac et le CESE notamment. En avril, vous avez annoncé un plan pour protéger la liberté de création. Alors qu'en est-il aujourd'hui ? Et pensez-vous que le gouvernement protège suffisamment les artistes ?
il y a deux questions dans votre question. Il y a la question de la liberté de création. La liberté de création est inscrite dans la loi. Cette loi qui fête ses dix ans au début de l'année prochaine, qu'on appelle la loi El Cap. Et cette loi qui montre dans son premier article que la liberté de création, qui obéit à trois principes, la création, la diffusion et la programmation, doit être intangible. Elle ne doit donc pas être discutée. Et cette liberté de création, partout où elle est attaquée, on doit s'en offusquer bien évidemment et le combattre. Après, cette liberté de création, quand elle est mise à mal par le choix d'une municipalité ou d'un maire, c'est son choix, c'est le choix de la programmation d'un maire qui a été élu par des électeurs. Moi, je ne peux que condamner le fait qu'on déprogramme. à un artiste comme Michalik, par exemple. Je ne peux guère faire autre chose, puisque le maire, encore une fois, a été élu, et qu'à partir du moment où le choix qu'il fait n'est pas dicté par des considérations... Autre que ses choix, c'est très très difficile. Mais c'est difficile à
assumer cette phrase-là.
Mais simplement, je pense que c'est très dangereux pour les maires eux-mêmes de déprogrammer des créations. Il faut faire une différence entre la programmation et la politique culturelle. L'État est là pour défendre une politique culturelle et pour l'appliquer. Les municipalités peuvent avoir des programmations différentes. Mais à chaque fois qu'on déprogramme un artiste, on atrophie la culture. Et moi, je crois que c'est ça qu'il faut souligner. C'est que si vous supprimez des pièces, si vous déprogrammez un artiste, et bien peu à peu... On diminue l'offre culturelle. Et cette offre culturelle, elle doit s'adresser à tous. Bien sûr à ceux qui vous ont élus, mais aussi à ceux qui ne l'ont pas fait. Et aussi on peut avoir élu un maire et avoir envie de voir la pièce de Michalik. Ça n'a strictement rien à voir. C'est bien pour ça qu'on appelle ça la liberté de création et de diffusion.
Une autre liberté est de plus en plus attaquée. Vous avez commencé à l'évoquer, c'est la liberté des journalistes. Nous sommes à quelques mois de l'élection présidentielle. Et les exemples deviennent légion, y compris ici, à Radio France. Il y a quelques jours, sur France Info, l'eurodéputée Sarah Knafo a mis en cause deux journalistes, Simon Lebarron et Audrey Tison. Elle l'a fait à l'antenne et plus tard sur les réseaux sociaux avec des termes violents. Elle les accuse notamment d'être partiaux, d'être, je cite, des militants d'extrême gauche. Comment allez-vous défendre ces journalistes ?
Déjà, je vais les défendre. Aujourd'hui même, en leur apportant tout mon soutien. Vous pouvez imaginer que je suis scandalisée quand on s'en prend aux journalistes. Je le suis comme ministre de la Culture, et c'est mon rôle, mais je le suis en tant qu'ancienne journaliste, et comme la consœur que j'ai été de beaucoup de journalistes pendant des années. Et donc je suis absolument choquée, voire même un peu... Traumatiser quand on s'en prend aux journalistes de cette façon, ne pas respecter leur métier me semble totalement inconséquent, d'où que viennent les critiques. Et je pense que la première des libertés d'un journaliste... Si on parle encore de liberté, c'est de pouvoir exercer son métier en toute sécurité. Et je pense que là aussi, c'est une liberté qui est intangible. Après, on peut avoir des désaccueurs et on peut mener des discussions qui peuvent être vives et qui peuvent être complexes. Bien sûr, et heureusement, on n'est pas dans un monde uniforme. Mais je pense que la liberté des journalistes doit être évidemment défendue et que la loi... évidemment, est là pour le faire. La loi proscrit évidemment tout propos haineux, proscrit toute incitation à l'antisémitisme, au raciste. Et tout ça procède de la même chose. Et donc, je pense que ce dont il faut se prémunir, c'est d'une banalisation de notre indignation. Je crois qu'il faut être indigné aujourd'hui, il faut être indigné quand la violence recouvre les propos des journalistes. Quand parfois les journalistes confondent de ce fait ou pas la politique et leur métier, ça aussi, il faut garder sa place. La place dans le débat, c'est d'être journaliste et d'interroger des politiques, c'est pas d'inverser les rôles. À qui pensez-vous ? Ah non, je ne pense à personne en particulier, mais je pense que c'est la règle pour les journalistes, c'est leur responsabilité. Et c'est la responsabilité de chacun d'être à sa place, pour les politiques comme pour les journalistes. Après, on peut avoir des opinions, et puis après, on a aussi des chaînes d'information, et quand on est là pour informer, on informe.
Alors les attaques contre les journalistes se multiplient, et pas seulement d'ailleurs pour les journalistes des chaînes publiques, elles viennent de l'extrême droite, de la France insoumise, parfois aussi du bloc central. Qu'est-ce que vous allez faire très concrètement pour les défendre ? Je viens d'entendre votre soutien auprès de ces journalistes-là, mais qu'est-ce qu'on peut faire en fait ?
Comme vous le savez, vous faites peut-être allusion à ce qui s'est passé autour de CNews, alors là il y a un débat parlementaire qui est engagé.
Peut-être faut-il rappeler rapidement d'un mot une pétition appelant à la fermeture de CNews, en cette chaîne de médias de propagande, plus de 925 000 signatures. La dernière fois que j'ai regardé mon écran, c'est un débat central qui anime d'ailleurs aussi l'Assemblée nationale. Vous, très concrètement, Madame la Ministre, est-ce que vous souhaitez la fermeture de ces news ?
Non, parce que pour l'instant, c'est un débat qui relève de l'Assemblée nationale. Et ce débat aura lieu la semaine prochaine. Je ne sais pas d'ailleurs sous quel périmètre. Ça n'est pas encore décidé si ce périmètre concerne simplement CNews ou l'ensemble du pluralisme de la presse. Ce débat aura lieu, je pense qu'il est nécessaire qu'il ait lieu. Et donc je m'en remets aux parlementaires pour que ce débat puisse se dérouler dans la sérénité qui convient également à un débat d'une telle importance. Pour ce qui est des règles à faire respecter, il y a l'ARCOM pour cela. Il y a des juges pour cela. Et là aussi, je m'en remets à l'autorité des juges, à l'autorité indépendante de l'ARCOM. Et puis, comme vous le savez, il y aura bientôt un nouveau projet de loi de cohésion républicaine pour la lutte contre le racisme et l'antisémitisme. Tout ça se recoupe malheureusement un peu. Et il y a un article de ce projet de loi que je voudrais vraiment mentionner avec une certaine solennité qui... qui induira l'alourdissement de la responsabilité des personnes morales pour les délits de presse haineux, et plus seulement des personnes physiques. Et donc je pense que c'est une manière de durcir cette loi, et que c'est aussi une réponse à ces débordements dont nous parlons.
C'est-à-dire sur la responsabilité engagée davantage des chaînes. Lorsque des propos incitant à la haine ou à la discrimination ?
Renforcer notre arsenal juridique, c'est un élément pour effectivement condamner d'une manière plus marquée les débordements haineux qui peuvent... arriver dans une
chaîne ou dans une autre. Je vous pose la question parce que Seigneault, précisément, a reçu de la part de l'ARCOM une vingtaine de sanctions et de mises en demeure, en particulier pour incitation à la haine ou la discrimination, donc des faits extrêmement graves. Avec des amendes. Est-ce que ça a changé quoi que ce soit ?
tous les cas, il faut que ça se change, parce que sinon l'ARCOM reprendra des mesures et sanctionnera la chaîne. C'est à l'ARCOM, encore une fois, de le faire. Ce n'est pas à moi de me substituer au juge.
Est-ce que l'ARCOM remplit
son rôle
?
L'ARCOM remplit tout à fait son rôle. On peut évidemment toujours regretter qu'une autorité indépendante n'en fasse pas plus, mais je crois que ce serait prendre une mauvaise voie. Je crois que l'ARCOM remplit son rôle, je crois que l'ARCOM peut étudier des mesures peut-être d'instruction des dossiers qui pourraient être plus rapides, mais là je ne veux en rien me substituer à l'ARCOM en disant cela. Je veux simplement dire que... L'augmentation de ces dérives que nous constatons doit peut-être inviter l'ARCOM à durcir elle-même ses positions, mais là encore, ça appartient à cette autorité indépendante qu'est l'ARCOM. Elle a été nommée pour cela.
-delà du KC News, Madame la ministre, il y a aussi une question de fond, celle des règles qui doivent garantir le pluralisme dans les médias. On demande aux chaînes de télévision et aux stations de radio de respecter ce pluralisme. Quelle est votre définition de ce mot ?
Quelle est ma définition du pluralisme ? C'est d'être capable d'entendre toutes les opinions, de débattre de toutes les opinions, tant qu'elles n'incitent pas justement à la haine, et tant qu'elles ne sont pas imprégnées de contenus raciaux qui pourraient effectivement valoir condamnation. Pour le reste, je suis un petit peu étonnée qu'on ait besoin de rappeler cela. Nous sommes sur le service public aujourd'hui. Je suis très heureuse d'avoir accepté votre invitation pour pouvoir aussi répéter que notre bien commun... c'est ce pluralisme que notre bien commun c'est qu'il ya un service public pour le défendre et que donc aujourd'hui le l'intérêt général c'est de rester sur cette position alors ça n'est pas toujours facile c'est une position de nuance où on se dit que ce qui compte c'est d'informer c'est d'éduquer c'est de donner le sens critique C'est de rassembler les Français plutôt que de les diviser. C'est de les rassembler autour de contenus d'informations. Et c'est d'essayer de défendre cette information au mieux.
21 octobre, vous avez publié un décret imposant notamment aux médias publics une charte éditoriale et une évaluation annuelle de leur impartialité. Est-ce que vous considérez que France Télévisions et Radio France manquent aujourd'hui d'impartialité ?
ne rentrerai pas dans ce débat parce que c'est un débat impressionniste. Et beaucoup de gens se laissent aller trop à leurs impressions. Comme je vous l'ai dit, le service public est là pour défendre cette impartialité. C'est une information fiable, une information rigoureuse. Et de mon point de vue, je trouve que j'écoute avec plaisir les chaînes du service public, et je continuerai à le faire. Mon rôle, c'est d'entendre tout le monde, et mon rôle, c'est de faire respecter la règle, de faire respecter la loi. C'est pas d'émettre des avis à l'emporte-pièce, c'est pas d'avoir un goût pour telle ou telle chaîne, pour telle ou telle télévision. Ça n'est pas mon problème.
Vous avez hérité également d'un projet de réforme très contesté, celui qui était porté en particulier par Rachida Dati, le rapprochement de France Télévisions, Radio France et Lina, une holding commune. Cette réforme a été mise de côté. Est-elle toujours d'actualité ? Est-ce qu'elle a un avenir encore ? Est-ce qu'un jour elle aura lieu ?
Vous voyez bien que non, puisque pour l'instant on est en train de parler du budget du service public et de France Télévisions.
Est-ce qu'il faut l'enterrer définitivement
Je crois que jusque à l'élection présidentielle, nous ne reparlerons plus de cette réforme. Et je suis là pour défendre, encore une fois, France Télévisions, là aussi, France Télévisions, dans ce que le gouvernement lui a demandé depuis le printemps dernier. Donc on lui a demandé des efforts, des efforts de réforme, de réforme de structure, de réforme financière, et pour le reste, de continuer. à délivrer une information fiable et de
qualité. Et le sujet, c'est précisément le budget, le débat budgétaire en ce moment, et les économies demandées aux différentes entités publiques, France Télévisions, Radio France, pour donner un ordre de grandeur, je le rappelle, l'audiovisuel public, 4 milliards d'euros, et les économies demandées à l'ensemble de ces entités, 50 millions environ, c'était votre projet initial, est-ce qu'il a changé ? Allez-vous demander des économies supplémentaires aux uns et aux autres ?
Nous n'avons pas demandé d'économies supplémentaires aux uns et aux autres, puisque cette trajectoire financière a été fixée par le Premier ministre lui-même au printemps dernier. Il est difficile de la respecter, il faut la respecter. On est en train de travailler sur les COM, les fameux contrats d'orientation pour le service public, pour les chaînes. Et donc, je crois que c'est comme vont être remis d'ici quelques jours, puis transmis au Parlement. C'est la suite logique des débats que j'ai eus avec les directions de chacune de ces entités. Donc, rien
n'est changé de ce côté-là. Avant la présidentielle, rapidement, un autre sujet qui là concerne toutes les radios. Le Sénat veut imposer la présence des autoradios dans toutes les voitures neuves. Ce n'est plus une évidence sur les nouveaux modèles. Vous soutenez cette nouvelle obligation ? Quand cette proposition de loi sera-t-elle examinée à l'Assemblée, Madame la Ministre ?
J'espère qu'elle va l'être le plus rapidement possible, parce qu'elle est très attendue, cette proposition de loi. Elle est très attendue, puisqu'elle comporte aussi ce transport de fréquence, ce qui fait qu'évidemment, on aura besoin du DAB+, dont nous soutenons effectivement l'implantation. Sur la totalité du territoire, là nous en sommes arrivés je crois à 90%, il faut aller plus loin, et les autoratures dans les automobiles procèdent de la même chose, et pour une raison beaucoup plus sérieuse qu'on ne croit. C'est que quand on a eu les crises de cet été, quand on a eu la canicule, quand on a eu des inondations, et puis on s'est aperçu que dans les territoires ruraux... il n'y avait plus de téléphone, il n'y avait plus de wifi et que les habitants de ces lieux étaient très heureux de pouvoir écouter un autoradio dans leur voiture pour savoir ne serait-ce que ce qui se passait 20 kilomètres plus loin.
Une adoption avant la fin de la session ? Je
l'espère, oui.
Les économies demandées à l'audiovisuel public ne sont qu'une partie des restrictions budgétaires qui touchent aujourd'hui la culture. Mardi, devant les sénateurs, vous avez défendu un budget en baisse, particulièrement pour la création artistique. Je rappelle, baisse globale du budget de la culture limitée à 0,6%, mais les crédits consacrés à la création diminuent, eux, de 3,5%. Pourquoi est-ce la création artistique qui supporte une partie importante de l'effort budgétaire, madame la ministre ?
Cet effort budgétaire, il est demandé à tous, tous les ministères en sont tributaires, dans une période qui est particulièrement difficile. Comme j'ai pu le dire aux sénateurs, on ne pouvait pas prévoir cet amoncelainement de crises les unes par-dessus les autres depuis quelques mois. Et aux crises internationales se sont ajoutées des crises intérieures, puis la canicule, ce qui est... n'est pas sans conséquences pour mon ministère, puisqu'on parlera peut-être des festivals qui ont dû en pâtir énormément. Et donc, on est tous comptables de l'effort que nous faisons aujourd'hui, et je crois que... Le faire aujourd'hui, c'est s'éviter de grands déboires de main. C'est que la responsabilité qu'on prend aujourd'hui nous évitera des sacrifices plus grands. Bien sûr, c'est difficile à comprendre. Bien sûr, quand je répète que le budget du ministère de la Culture a augmenté de 23% dans les dix dernières années... Personne ne l'entend plus parce que la difficulté est d'aujourd'hui. Donc moi je suis comptable des difficultés d'aujourd'hui et je le comprends parfaitement. Mais il n'empêche que ces difficultés elles existent, il faut donc faire des choix. Moi mon choix ça a été de préserver ce qui pouvait l'être de tout ce qui attaquait ou entamait la dynamique culturelle qui est la nôtre, globalement. C'est-à-dire que l'exception culturelle française est admirée dans le monde entier. On n'y reviendra pas. Peut-être le rayonnement de la culture au-delà de nos frontières n'est souvent pas compris aussi bien par les Français que par les étrangers eux-mêmes. Et nous sommes tributaires de notre propre histoire pour éviter les catastrophes, si je peux être aussi caricatural. Et cela veut dire qu'il faut effectivement faire des efforts, faire des choix parfois, mais ne pas entamer ou ne pas... casser le travail de ceux qui sont en difficulté plus que d'autres. Cela veut dire qu'au lieu de faire une espèce de baisse uniforme, j'ai décidé d'essayer de travailler au cas par cas. C'est aussi vrai d'ailleurs pour le patrimoine que pour la création. C'est aussi vrai que de voir ville par ville comment on peut... essayer d'éviter qu'un bâtiment se détériore davantage, que d'éviter que la programmation d'un théâtre soit amputée de quelques représentations, de trop de représentations, parce qu'on aurait voulu diminuer à l'excès son budget. C'est très difficile, parce qu'il est beaucoup plus difficile évidemment de dire qu'on fait une baisse constante pour tout le monde. Mais je crois qu'il faut s'y atteler, il faut s'y atteler avec les collectivités territoriales. J'ai commencé à le faire, je rencontre les maires des grandes villes, on travaille ensemble. Vous savez, quand on rencontre un maire, on comprend dans les 5 minutes ce à quoi il est attaché dans sa ville plus que tout. Et en général, il ne se trompe pas. Pas beaucoup. Il ne se trompe pas beaucoup parce qu'il connaît ses électeurs, bien sûr, et puis il connaît la vitalité des maisons de musique ou des théâtres de sa ville. Et donc il ne se trompe pas beaucoup quand il dit là... On va frôler la catastrophe si on se désengage ensemble. Donc il faut travailler ensemble pour ne pas le faire. Et il faut aussi peut-être associer des mécènes. Donc le secteur privé ? Bien sûr, parce que les mécènes contribuent pour très large part à maintenir. par exemple notre grand patrimoine, à maintenir nos lieux de création. Et c'est pas honteux, c'est pas honteux de travailler avec des mécènes. Moi je l'ai fait beaucoup au château de Versailles, et je pense que c'est une part de notre avenir. Une part de notre avenir, c'est de ne pas réfléchir chacun dans son coin. D'ailleurs même pas chacun dans l'un des départements de mon ministère, parce que cette vie en silo nous condamne. Et essayer de voir comment... dans une période de difficulté, on s'associe pour garder le meilleur de nous-mêmes.
À Avignon, cet été, pendant le festival, il y a un certain nombre de présidentiables qui sont venus présenter leur programme culturel. S'ils étaient présidents de la République, tous ont appelé au 1% budgétaire de la culture quand on voit que le budget de la culture est drastiquement baissé au fur et à mesure du temps. Qu'est-ce que vous leur dire ? Est-ce que ce 1% est un vœu pieux ?
moi je suis d'accord avec eux parce que pendant des années j'ai défendu l'idée du 1% pour la culture qui ne le ferait pas et 1% c'est très peu au fond on est resté dans ce symbole des 1% pour les on n'y est pas là on n'y est pas bien sûr qu'on n'y est pas et je vais pas dire le contraire et donc il faut faire avec cette situation complexe je n'ai pas de chance c'est en ce moment que ça se passe et donc je je j'assume parfaitement de dire que nous avons des difficultés et que nous allons peut-être en avoir davantage bien sûr qu'il faut tendre vers l'idée qu'un jour peut-être on pourra retrouver ce 1% de notre budget. Et encore une fois... Je pense aussi qu'il faut arrêter de raisonner par des tableaux Excel. D'abord, c'est profondément ennuyeux. Et il faut penser aux projets. Les artistes ont des projets. Les Français qui vont voir un spectacle, c'est un projet. Et donc, il faut travailler sur nos projets. Et j'ai un peu la faiblesse de croire que si on travaille bien sur nos projets, on trouvera des idées et puis on trouvera des moyens. Et je constate que, par exemple, tous nos... Peut-être les plus jeunes d'entre nous le comprennent plus parce qu'ils ont été davantage confrontés à des difficultés, donc ils ont peut-être retrouvé cette période que moi j'ai connue où on faisait un peu les choses avec des bouts de ficelle. Je ne dis pas que c'est la panacée les bouts de ficelle, mais ça veut dire essayer de changer de paradigme, essayer de se dire que ce n'est pas forcément la subvention que l'on va avoir qui va nous protéger, mais c'est peut-être aussi le travail que l'on va faire pour mettre ensemble. plusieurs activités. Par exemple, vous parliez à l'instant du théâtre de Rennes. Et d'ailleurs, je rends hommage à Arthur Nozissiel puisque l'occasion m'en est donnée. Arthur Nozissiel, dans son théâtre, il a fait des choses extraordinaires pour l'accès à la culture. Il a fait des choses extraordinaires pour relier, par exemple, une visite du musée et puis après, une pièce de théâtre qui va évoquer cette visite du musée. C'est fantastique. Et ça, on ne le dit pas. On ne dit pas assez tout ce qui est fait. Encore une fois, pour mutualiser nos idées et faire en sorte qu'évidemment on réduit de fait les coûts puisque les jeunes que vous emmenez en même temps au musée puis par exemple le soir au théâtre et bien c'est pas deux sorties c'est la même mais c'est la même qui leur apporte tellement plus et on peut faire on peut dupliquer ce raisonnement dans Dans beaucoup d'endroits, par exemple, je suis très attachée au maillage territorial. Alors, maillage territorial, c'est un petit peu une tarte à la crème. On a un très beau maillage
territorial. On a un très
beau maillage territorial et on dit qu'il faut le sauver de... des déserts culturels qui pourraient renaître. Mais le maillage territorial, ça consiste à sauver la petite église du village qui va être visitée par ceux qui passent dans ce village et qui va donc apporter une attractivité touristique au lieu. Et c'est ajouté... Librairie indépendante qui a de grandes difficultés à subsister et qu'il faut aider également. Et puis peut-être c'est se dire que la bibliothèque, il faut qu'elle fasse autre chose que simplement distribuer des livres, mais peut-être être un lieu de rencontre pour que les jeunes s'y retrouvent. Et puis ça veut dire aussi que ce village va pouvoir accueillir, si on est en Rhône-Alpes, l'Opéra de Lyon qui aujourd'hui se démultiplie dans la région Rhône-Alpes. Et c'est merveilleux pour apporter la musique de ville en ville. C'est tout cela qu'il faut mettre ensemble et je pense que c'est beaucoup plus intéressant que de se dire « est-ce que je vais raboter tout le monde de 2% ?
Merci beaucoup, on finira sur ces beaux. Merci Catherine Pégard et merci Jean-Lémarie, merci aussi à toute l'équipe pour la préparation de cette émission. Boris Pinault, Lise Ripoche, Aurélie Marseille, Françoise Lefloc à la réalisation et Minita Djawara à la technique.
Transcription automatique (Whisper + diarisation) — des erreurs d'attribution ou de transcription sont possibles. Vérifiez toujours avec la vidéo source horodatée.