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Bonjour Camille. Bonjour Benjamin. Et bonjour François Ruffin. Bonjour à vous. Député de la Somme, candidat de votre mouvement Debout à l'élection présidentielle, vous sortez un livre, Au boulot, c'est son titre, avec un point d'exclamation aux éditions Les liens qui libèrent, qui n'est pas un programme, dites-vous, qui ressemble un peu quand même, on va en parler au cours de cet entretien. D'abord la mobilisation sociale, hier à nouveau à l'appel des syndicats et ce succès aux yeux des syndicats. 600 000 personnes selon le ministère de l'Intérieur, plus d'un million et demi selon la CGT dans tout le pays. Une conférence sociale annoncée par le... Premier ministre pour lundi pour parler des salaires. Vous dites quoi ce matin François Ruffin ? Il faut continuer les manifestations dans la rue tant que la réponse du gouvernement n'est pas à la hauteur selon les syndicats. Moi je reste à ma place
de politique, ce sont les syndicats qui décident des mobilisations, de leur modalité, ainsi de suite. En revanche, pourquoi on a un million de personnes qui sont dans la rue hier ? Parce qu'aujourd'hui, on a un tiers des Français qui sont sous l'eau, un tiers des Français qui peinent à se chauffer, un tiers des Français qui peinent à s'alimenter. Moi j'entends des salariés. Des gens qui se lèvent tôt le matin, qui font des boulots de charistes et qui sautent des repas. Voilà ce qui arrive dans la France à Macron. La France est le pays d'Europe qui a le moins augmenté le SMIC ces 10 dernières années. Sur 10 ans, on est à plus. 36% d'augmentation du SMIC. Tandis qu'en Allemagne, pour prendre un pays comparable, on est à plus 62%. En Espagne, on est à plus 86%. Donc on a là des gens qui se lèvent tôt le matin, qui vont au boulot et qui peinent à vivre de leur travail.
Alors justement, la hausse du SMIC, c'est une des solutions envisagées par le gouvernement désormais. Le ministre du Travail, Jean-Pierre Farandou, le confirme ce matin. Il dit qu'il faut, j'aimerais en tout cas, dit-il, que le SMIC passe la barre symbolique des 1 500 euros net. Aujourd'hui, on est à 1 470. 18 euros environ. Vous dites quoi, cette proposition du gouvernement, c'est un bon premier pas ?
Vous savez, moi, c'est une augmentation de 22 euros, plus 1,5%. Moi, j'aimerais bien, ça ne lui fait même pas son repas du midi à Jean-Pierre Farandou, je suis sûr. Moi, j'aimerais bien que ces gens-là, à un moment, ils passent un mois au SMIC. Je discutais avec l'une de vos salariés ici, qui dit, voilà, mes factures de gaz, en deux ans, elles sont passées de 100 euros à 200 euros par mois, et pourtant, je mets mon chauffage à 16 degrés. Donc voilà, tout le monde sait qu'aujourd'hui, vivre avec 1500 euros, c'est très compliqué. Donc il faut aller au-delà de ça. Et je dis, il faut aller au-delà de ça, il faut penser à ceux qui sont au-dessus du SMIC aussi. Moi, je suis pour l'indexation des salaires sur l'inflation. Quand l'inflation augmente de 3%, tous les salaires augmentent de 3% et les gens ne sont pas condamnés à se serrer la ceinture.
Alors justement, François Ruffin, la question de la hausse des salaires, et pas forcément uniquement du SMIC comme vous venez de le dire, c'était au cœur de la mobilisation hier. Sophie Binet, la secrétaire générale de la CGT, demande elle aussi une hausse du SMIC et une hausse des salaires.
revendications sont claires. Il faut augmenter tous les salaires. Il faut augmenter le SMIC de 10%. Il faut augmenter le point d'indice des fonctionnaires. Il faut augmenter les pensions des retraités. La question qui est posée aujourd'hui, c'est combien va-t-on gagner ? Car nous savons déjà que nous allons gagner. Nous avons déjà commencé à gagner. Sophie
Binet, comme d'autres syndicats d'ailleurs, demande un électrochoc sur la hausse du SMIC. C'est ce que vous demandez ? Bien sûr.
Je pose le principe simple. Les Français, tous les habitants de notre pays, doivent vivre de leur travail, bien en vivre, non pas en survivre. Or, aujourd'hui, moi je suis une boîte idée logistique, sous-traitant de Amazon. 72 milliards de dollars de bénéfices l'année dernière. Et les salariés, les caristes sont là, à 1500 euros. Et ils expliquent clairement qu'ils sautent des repas. Il y a 10 ans, j'entendais ça, c'était exceptionnel. Et c'était des gens qui étaient au RSA. Là, aujourd'hui, je l'entends quasiment toutes les semaines. On a une précarisation des travailleurs. On a des dépenses contraintes qui se sont élevées. Il faudrait parler du logement. Pour moi, il y a deux solutions pour résoudre le souci des Français sur le pouvoir d'achat. Il y a la première solution. On relève les salaires, oui, et je mesure que ça va être difficile dans certaines entreprises. Mais la deuxième solution, c'est de baisser le coût du logement. Le coût du logement, c'est la dépense contrainte qui a le plus augmenté ces 40 dernières années. Avec également
aussi celle sur l'énergie. On va parler de ces dépenses contraintes, mais pour revenir sur la hausse du SMIC et la hausse des salaires, vous concrètement, vous demandez combien ? 1700 euros net pour le SMIC
? 1700 euros, le SMIC à 1700 euros. C'est la même demande que Jean-Luc Mélenchon ? Et l'indexation des salaires sur l'inflation. Ça
représente tout de même une hausse de... 14% du SMIC, et vous venez de le dire, comment les patrons vont pouvoir suivre ? Parce que vous l'écrivez dans votre livre, vous parlez des requins, mais vous dites aussi qu'il y a des sardines, en parlant des petits patrons.
Je mesure très bien que quand on dit patron, ça ne veut rien dire, que c'est comme les poissons, à l'intérieur il y a des requins et il y a des sardines. Bon, et donc, simplement, aujourd'hui, les requins... sont en train de manger les sardines. On a des entreprises à deux vitesses. Quand vous voyez, c'est l'une des échos de mon ami Bernard Arnault, qui annonce la France championne d'Europe des dividendes, ça veut dire qu'on a des très grosses entreprises qui en vérité captent la plus-value, sucent. les profits, les fonds relever à la tête et qu'il ne reste plus rien pour les sous-traitants. Oui, mais François Ruffin, ma question, c
'est justement, et vous le dites, vous le confirmez, il n'y a pas que des grands patrons, il n'y a pas que des grandes entreprises qui distribuent des dividendes. Qu'est-ce que vous raconte ? Je
dis qu'il faut procéder aujourd'hui à un grand rééquilibrage. On a un État qui pense par le haut et par les gros.
C'est-à-dire ? Il
pense par le CAC 40. Et on n'a pas un État qui pense pour les PME, pour les ETI. Et donc maintenant, qu'est-ce qui... qui s'est passé depuis 10 ans en vérité. Les grandes entreprises, ce sont celles qui ont capté le plus d'aide, ce sont celles qui payent le moins d'impôt. Vous
parlez d'un état subvention.
Je parle d'un état subvention. Vous savez, c'est ces chèques qu'on m'a remis hier en manifestation.
Pour les auditeurs de la radio, vous avez dans les mains un chèque avec écrit 211 milliards.
211 milliards d'euros, c'est le total des subventions délivrées aux entreprises. Moi, je ne dis pas qu'il ne faut pas de subvention aux entreprises. Je veux dire qu'en revanche, il faut les cibler plutôt que de faire un arrosage généralisé. Et là, on a des grandes entreprises qui, à la fois... capté le plus d'aides, qui payent moins d'impôts que le boucher du coin et qui pourtant ont détruit 100 000 emplois en 10 ans. Et de l'autre côté, vous avez des PME et des TPE qui, elles, payent plus d'impôts en proportion, qui touchent beaucoup moins d'aides et qui... On crée un million d'emplois. Donc il
faut faire contribuer plus les grandes entreprises pour permettre aux plus petites d'augmenter plus facilement leur salaire sur la question des salaires. Il est évident
que dans les rapports de force à l'intérieur des entreprises, à l'intérieur du monde des entreprises, il faut un rééquilibrage entre les plus grosses et les TPE, PME, les ETI. Et on doit avoir un État qui pense par le bas. et par le petit. Moi, je suis très attaché à l'industrie. C'est mon cœur de métier. Je pense qu'on ne peut pas être un grand pays sans avoir une grande industrie. Le potentiel de développement de l'industrie, ce n'est pas les gigafactories comme nous les a vendus Emmanuel Macron. Ce n'est pas du méga, mais c'est... le petit qu'on aide à devenir plus gros. Mais François Ruffin, ce
rééquilibrage, vous le savez bien, ça va prendre du temps. Et là, la question, elle est aujourd'hui dans l'urgence et elle est prioritaire. Je voudrais vous faire écouter Marine Le Pen qui hier a pris la parole et elle, elle s'est dite opposée à une augmentation contrainte des salaires et elle préfère encourager les entreprises.
entreprises sont dans une situation trop fragile pour leur imposer en quelque sorte de manière autoritaire une augmentation du SMIC de 10%. On va assister à une vague de licenciements. Je rappelle que nous avons fait une autre proposition qui consistait à dire aux entreprises si vous augmentez les salaires de 10%, durant 5 ans, vous serez exonéré des charges afférentes, des salaires d'ailleurs, pas que le SMIC.
incitative mais pas coercitive, est-ce que ça pourrait être une piste
J'entends Marine Le Pen qui nous dit si on oblige les entreprises à augmenter les salaires, on rentre dans l'URSS. Oui, elle dit c
'est un changement de régime.
Je voudrais rappeler à Marine Le Pen que l'URSS c'est le goulag, l'URSS c'est des millions de déportations et l'URSS c'est pas les salaires qui sont relevés. comme ça s'est fait traditionnellement dans notre pays, en effet, par une décision des gouvernements. Mais
on revient sur cette question, imposer une hausse de 10% de salaire peut mettre certaines entreprises en difficulté. Est-ce que cette piste, qu'elle avance, de ne pas être... Dans une obligation, mais une incitation, peut-être une bonne piste.
Aujourd'hui, ma question, c'est est-ce que tous les salariés de notre pays vont pouvoir vivre de leur travail ? Si on attend que les entreprises le fassent une par une, chacun dans leur coin, ça ne va pas marcher. Donc il faut un rattrapage des salaires. Vous savez, quand j'entends le Rassemblement National, là, on a un million de personnes dans la rue. Et ce qu'on va faire, c'est peut-être des mesures incitatives. Ça veut dire quoi ? Ça veut dire que ce qu'ils proposent de faire, c'est du Macron après Macron. C'est-à-dire ? On va faire des mesures incitatives, peut-être qu'il y aura des dégrèvements. Et finalement, il n'y aura rien, c'est ce que vous dites, ça ne fonctionne pas ? Mais non, il n'y a rien. Depuis 10 ans, je vous le dis, en France, depuis 10 ans, on est le pays où le SMIC... a le moins augmenté. Il
était plus haut aussi que nos voisins européens. Pourtant, pendant le
même temps, on a fait le crédit impôt compétitivité emploi, 20 milliards d'euros, on a fait des allègements fiscaux, on a fait une baisse des impôts de production, on a fait tout ça. Donc là, aujourd'hui, il faut que... Regardez, je comprends que les patrons sont en dépression, 10 ans de Macron. C'est ce qu'ils disent cette
semaine en une du Parisien, déprimés comme jamais, 92% d'entre eux se disent pessimistes pour les 6 prochains mois.
en dépression 10 ans de macron un banquier d'affaires pro business le chouchou des medef applaudi par le fmi et que je comprends leur gigantesque déception aujourd'hui 10 ans de
macron mais dans six mois c'est terminé oui mais maintenant c'est 10 ans de macron on
en est où Les défaillances dans les entreprises, c'est un taux record aujourd'hui. La dette, c'est plus 50% en 10 ans. La production par habitant est passée sous la moyenne européenne. Donc vous voyez bien que cette politique économique-là... Cette politique dite de l'offre, elle subit un échec et elle met notre pays dans le trou à un moment où il faut le remettre debout. Donc de toute façon, il faut un changement d'orientation. Un dernier point,
François Ruffin, sur cette augmentation du SMIC et potentiellement de tous les salaires, ce que répond le patronat et aussi le gouvernement. Jean-Pierre Farandou, le ministre du Travail, l'a dit. Le risque, c'est la destruction d'emplois. S'il y a une obligation d'augmentation des salaires, il pourrait y avoir jusqu'à 250 000 emplois supprimés. Vous êtes prêts à prendre ce risque ?
où elle nous a menés. Elle nous mène dans le trou.
Oui, mais ce fait-là, très précisément, si vous augmentez les salaires avec des entreprises qui font face à une croissance à tonnes, le risque de suppression des salaires. Écoutez, moi,
je suis prêt à mettre sur la table le budget de la nation et de nos protections. Comment on fait pour financer nos protections ? Comment on fait pour financer le budget de la nation ? Qu'il y ait des états généraux de ça et qu'on se pose la question. Mais maintenant, le minimum, c'est que des gens... Moi, je suis là pour qui ? suis pour des gens qui se lèvent tôt, qui vont au boulot, qui se cassent le dos, qui aujourd'hui tiennent le pays debout. Parce que le pays ne tient pas debout par Jean-Pierre Farandou, par l'Assemblée, par les ministères ou par l'Elysée. Vous
défendez un pays qui souffre. Ma question se risque en prenant certaines décisions qu'il y ait des mauvaises conséquences par ailleurs.
Le minimum, c'est que les Français qui tiennent les écoles, les hôpitaux... qui tiennent les bureaux, qui tiennent les usines, ils puissent vivre de leur travail. Aujourd'hui, ils ne vivent pas de leur travail. Ils ne peuvent pas se payer un McDo. Ils ne peuvent pas aller faire un resto. C'est impensable. Ils ne partent pas en vacances. Mais ce n'est pas seulement ça. C'est maintenant sur leurs dépenses de santé. C'est sur le chauffage qui se prive. Voilà dans quel état on a mis notre pays. Aujourd'hui, la pauvreté est record dans notre pays et on est passé au-dessus de la moyenne européenne. Les inégalités sont passées au-dessus de la moyenne européenne. Tout ça serait acceptable qu'on se serre la ceinture si c'était le même cas pour tout le monde. Qu'est-ce qu'on voit à l'autre bout ? Je vous le dis, des dividendes records. Des profits qui n'ont jamais été gigantesques. Les échos qui applaudissent et qui sont super contents. Les deux tiers des profits des entreprises qui vont aux actionnaires. Il
n'y a pas que ça dans les échos. Il y a aussi les patrons qui sont en difficulté. Et comme vous le disiez tout à l'heure, tous les patrons ne sont pas exactement les mêmes.
Mais oui, mais là, on a aujourd'hui une France d'en haut qui se gave, pendant qu'on a une France d'en bas qui se rationne. Et je vois la solidarité avec les plus gros qui se gavent. La solidarité de Marine Le Pen jusqu'à Jean-Pierre Farandou, en passant évidemment par le Medef. Le Medef qui n'est pas... plus l'organisation de tous les patrons, et j'entends qu'il y a des patrons qui s'ouvrent, mais qui est devenu l'organisation du CAC 40.
On va continuer à évoquer tous ces sujets, François Ruffin, et vos propositions notamment qui figurent dans votre livre que vous avez sorti cette semaine, juste après l'info en une minute. 8h47, c'est avec Antoine Jeffin.
Les inondations font deux morts en Corse du Sud. Les pompiers ont retrouvé ce matin les corps d'un couple dans sa voiture entre Bonifacio et Porto Vecchio, dit la préfecture à ICI-RCFM. Une personne secourue et hospitalisée. Sur France Info, le maire de Porto Vecchio décrit des dégâts effroyables. La vigilance orange-pluie, inondation est désormais levée en Haute-Corse, maintenue jusqu'à midi en Corse du Sud. Il est important d'essayer de faire passer le SMIC au-dessus de 1500... 11 euros net, dit ce matin le ministre du Travail. Augmenter le salaire minimal, faire un geste sur le chèque énergie, quelques pistes sur le bureau de Sébastien Lecornu. Au lendemain de cette journée de mobilisation pour le pouvoir d'achat, le Premier ministre reçoit les organisations patronales aujourd'hui, qui le reverra lundi avec les syndicats pour une conférence sociale. Plus économique, plus écologique, plus confortable, la SNCF met ce matin en service ses nouvelles rames de TGVM. Entre Paris et Marseille, il consommera ce train. 20% de moins et embarquera 20% de passagers en plus en roulant à la même vitesse. Première victoire de l'Olympique de Marseille hier soir en Ligue Europa 1 à 0 chez le Bayard Leverkusen. Un partout entre Lyon et la Real Sociedad.
François Ruffin, député de la Somme et candidat à l'élection présidentielle, vous êtes notre invité ce matin du 8.30 France Info et vous publiez un nouveau livre au boulot à partir de vos entretiens d'embauche, comme vous les appelez, ces rencontres que vous avez faites partout en France, sur des parkings d'usines, dans des fermes, à la rencontre justement de ces Français qui souffrent, comme vous venez de nous l'expliquer. Et vous avez 40 chantiers, je le cite, pour remettre le pays debout. Au boulot, ça pourrait être le manifeste d'un homme de droite, une France qui se retrousse les manches.
On ne travaille pas assez ? Non, on a besoin d'une France qui se retrousse les manches. Qu'est-ce qui se passe ? Ce n'est pas déjà le cas. Là, aujourd'hui, la France, c'est comme on devrait être en reconstruction. Comme si c'est passé dans l'après-guerre, au moment où on avait les usines, les routes, les maisons qui étaient détruites. Votre modèle, c'est l'après
-seconde guerre mondiale. Voilà.
Et là, on nous a mis notre pays dans le trou. Donc oui, il y a besoin de le redresser quand on a une dette publique qui est gigantesque, quand on a des pompiers qui sont envoyés au feu avec des cagoules qui ne sont même pas filtrantes, quand face aux défis climatiques, on mettait couverture de survie sur nos EHPAD ou nos hôpitaux. Et quand on a des grands défis à affronter, le défi démographique avec de plus en plus de personnes âgées dont il faut s'occuper, le défi climatique qui suppose d'à peu près tout transformer, logement, déplacement, énergie, industrie. Donc on a besoin d'une France qui se retrousse les manches. l'après-guerre, on avait su le faire, de l'ingénieur à l'ouvrier. Du ministre aux paysans, tout le pays s'était retroussé les manches pour le remettre sur pied. Et avec fierté, on avait retrouvé notre souveraineté.
Justement, François Réflin, vous parlez de souveraineté. L'une des clés de votre programme économique, c'est le protectionnisme. Finalement, vous proposez un By French Act sur 100 produits qu'il faudrait fabriquer en France et protéger de la compétition internationale. Vous dites aussi que le déficit commercial devrait être un indicateur plus important que notre déficit public. On a les chiffres là à l'instant pour le moins. Il s'est encore creusé à 7,3 milliards d'euros. Dans ce By French Act qui concernerait 100 produits, François Ruffin, qu'est-ce qu'il faudrait protéger en priorité ? C
'est à la démocratie, à l'Assemblée, aux discussions avec les Français d'en décider. Mais moi, je préconise que les aliments, les médicaments, les technologies qui sont liées à l'environnement, l'armement, évidemment, soient des choses sur lesquelles on cherche en priorité à retrouver notre souveraineté. Et on arrête d 'emporter. Là-dessus, on essaye d'importer le moins possible. Alors qu'on est dans un monde avec des
accords commerciaux aussi très importants.
On ne sera jamais une île avec une notarcie.
On n'est pas libre aujourd'hui en France de décider de faire ce qu'on veut et d'être dans ce contexte.
Il y a deux choses. D'une part, il y a des choses qu'on peut faire. Le By French Act, ça veut dire de la commande publique française. Quand je vois qu'Emmanuel Macron a donné des dizaines de millions d'euros de subventions pour créer des usines de masques et que finalement, elles ont toutes fermé derrière. Parce que 99,9%, ce n'est pas un chiffre en l'air, c'est la réalité. 99,9% de nos masques sont importés de Chine. Il peut y avoir au moins de la commande publique, des pompiers, de l'hôpital, des lycées, pour que sur un certain nombre de produits, on décide que la commande publique se dessine vers la France. Et ensuite, je veux voir à Bruxelles une France qui combat. Je n'ai jamais vu ça. Je n'ai jamais vu des dirigeants français qui vont monter à Bruxelles pour défendre les intérêts français. Pas pour défendre les intérêts allemands, pas pour défendre les intérêts américains, même pas pour défendre les intérêts européens, mais pour défendre les intérêts français, rien que les intérêts français, qui le plus souvent... coïncident avec ceux de nos voisins. – Parce que
ce protectionnisme peut passer par un protectionnisme européen, un deuil Européa Acte. – Mais je le souhaite,
je le souhaite, je souhaite que l'Europe, à la place de signer des traités avec le Mercosur ou ce qui est à mon sens encore pire avec l'Inde, elle décide. sur quels produits on veut retrouver notre autonomie, comment on négocie avec la Chine, et qu'il y ait un vrai changement, et que la politique commerciale ne soit pas automatiquement le libre-échange, que ça puisse être discuté. Et il y a un deuxième volet pour diminuer notre déficit commercial. Il y a un volet qui est de produire ici, il y a un deuxième volet qui est de se demander comment on peut réparer, recycler par exemple un téléphone portable. Le réusage. Oui, on ne va pas produire demain du téléphone portable en France. Mais en revanche, on doit avoir comme objectif d'en acheter le moins possible. Parce que tout achat d'un téléphone portable, c'est du déficit
commercial. Et c'est expliqué dans votre livre « Au boulot » qui est sorti cette semaine, François Ruffin. Un autre livre sort aujourd'hui, c'est le programme de la France Insoumise. L'avenir en commun, c'est à vendre un peu moins de 5 euros. en librairie. Là, c'est un programme assumé, contrairement à vous. Il y a des divergences avec ce que vous proposez, mais il y a aussi beaucoup de points communs, comme sur le SMIC, on le disait avec Camille tout à l'heure, que vous proposez à 1 700 euros, comme Jean-Luc Mélenchon. Vous êtes candidat toujours à la présidentielle, François Ruffin. Est-ce que vous allez... finir par rejoindre le mouvement insoumis, vous qui en venez d
'ailleurs. – Écoutez, je suis là comme candidat, et si je ne suis pas là comme ici devant vous, pour parler des 100 000 personnes qui chaque année sont broyées physiquement ou psychiquement par le travail, burn-out ou troubles musculétiques, il n'y aura aucun candidat pour le faire. – Il n'en parle pas
Jean-Luc Mélenchon ?
De
la France qui souffre ? –
Je vous dis ce chiffre-là par exemple, mais si je ne suis pas là pour parler assistante maternelle, auxiliaire de vie, accompagnante d'enfants en situation de handicap et ainsi de suite, on n'en parlera pas. Donc je sais quel est mon rôle de candidat.
Vous ne pourriez pas le faire dans le cadre d'une campagne ou d'un rassemblement avec un autre candidat ? Je
suis ici comme candidat. Ne me demandez pas à qui je vais me rallier alors que je suis ici pour porter des sujets. La question qu'on vous pose, François Ruffin, c'est jusqu'à quand ? Vous êtes candidat,
jusqu'à quand ? Je
suis candidat. Aujourd'hui, je suis candidat. Maintenant, s'il y a une solution qui se dégage, que les choses soient claires, s'il y a une solution qui se dégage pour battre Marine Le Pen au deuxième tour, je serai pour. À vos yeux, c'est quoi la solution ? Je ne la vois pas, aujourd'hui. Je ne vois pas de solution pour battre Marine Le Pen au deuxième tour. Pourquoi
ce ne serait pas Jean-Luc Mélenchon
Écoutez, les sondages de deuxième tour, vous les regardez mieux que moi. Bon, j'ai une expérience en la matière, sur mon territoire, j'ai pu voir ce que ça donnait. C'est peut-être
plus ça que les sondages dont on ne sait pas forcément ce qu'ils donneront dans six mois.
Vous aviez
dit que Jean-Luc Mélenchon était un boulet lors de la campagne des législatives en 2024, vous continuez à le penser ? Un boulet pour la gauche ?
Je ne retire rien de ce que j'ai écrit ces dernières années sur aujourd'hui la grande difficulté à sortir des métropoles avec un programme comme celui des insoumis.
A parler à la France des bourgs, la France de la ruralité, c'est ce qui n'est toujours pas suffisamment.
Vous savez, je suis là pour porter ma candidature. Je suis là pour porter ma candidature et pour porter les questions de la centralité du travail. Dire qu'aujourd'hui, on doit être dans un pays qui se retrousse les manches, qui remet le pays debout, et que ça passera par le travail de tous. Aujourd'hui, je vous le dis, 100 personnes broyées physiquement ou psychiquement par le travail, mais c'est aussi les jeunes qui entrent sur le marché du travail avec 2-3 années de retard pour y être stabilisés parce qu'ils passent par des trajets... Et un chômage des jeunes
qui est aujourd'hui très important en France. Et
de l'autre côté, les seniors qui en sont exclus avant l'âge. vous avez un gigantique gâchis du travail aujourd'hui dans notre pays. Donc cette centralité de la question du travail, je
la
porte.
Vous disiez il y a un instant que vous ne voyez pas encore de solution pour battre Marine Le Pen au second tour de la présidentielle. On sait qu'à gauche, le rassemblement est difficile. Une image l'illustre encore hier dans la manifestation parisienne. Raphaël Glucksmann, candidat place publique et pour le parti socialiste à la présidentielle, a dû quitter le cortège parisien pour des raisons de sécurité. Il a été chahuté par des manifestants. C'est une image de plus qui montre que les gauches, en effet, ne peuvent pas cohabiter, manifester en tout cas ensemble sur le terrain.
D'abord, il y a eu un choix des deux. En l'occurrence, c'est le choix des deux gauches, non pas irréconcilables, mais qui ne veulent pas se réconcilier en se disant « on va se partager des parts de marché ». En refusant
la primaire que vous aviez, par exemple, portée et proposée. Une primaire de tout
ou à Hollande pour rassembler le plus largement possible, que ce soit les gens, le peuple de gauche, qui fasse ces choix. Mais François
Ruffin, on arrive à une situation maintenant où les gauches ne peuvent plus manifester côte à côte.
En tout cas, moi, je souhaite que tout le monde soit le bienvenu dans les manifestations, que quand on a pour objectif d'être majoritaire dans le pays… d'être populaire, on ne peut pas être sectaire. Il s'agisse d'aller manifester contre le racisme ou de manifester pour le pouvoir d'achat, il faut qu'on puisse ouvrir ses bras. Moi, je crois qu'on gagne en embrassant. En abrassant le plus largement possible, je dirais qu'on gagne plus par l'amour que par la haine. C'est compliqué l'amour à gauche. Je suis un partisan de l'amour néanmoins. Et je le dirais la même chose, vous savez, j'avais un t-shirt « I love Bernard » quand je faisais mon film sur Bernard Arnault. Donc voilà, l'amour, il va pour tout le monde. Vous entend
ce matin, vous n'êtes qu'amour, mais dans votre livre vous posez une question fondamentale, c'est comment faire France ensemble ? Comment partager cet amour ensemble dans un pays ? est de plus en plus divisée et on vous écoute tout au long de cette interview, c'est ce qui ressort.
Pourquoi le pays est divisé ? Vous savez, je crois que parmi toutes les faillites, il y a une faillite de nos élites, il y a la faillite spirituelle. Qu'est-ce qu'on fait ensemble ? C'est-à-dire, l'idéal est proposé au pays depuis 40 ans. marché, compétitivité, croissance, concurrence. Qui a envie de se lever pour ça ? Qui a envie de se retrousser les manches pour ça ? C'est pour ça que je pose les défis qu'on a à remplir ensemble. Le grand défi climatique qui pourrait faire qu'on a un horizon commun. Toujours en parlant d'amour, je cite Antoine de Saint-Exupéry qui était une assiette en porcelaine chez mes grands-parents sur laquelle il était écrit « S'aimer, ce n'est pas se regarder l'un de l'autre, c'est regarder ensemble dans la même direction. » propose aucune direction. Qu'est-ce qui se passe dans un couple quand il n'y a pas l'idée d'acheter un pavillon, d'avoir des enfants ensemble, de partir en vacances ? On se bouge le nez, il y a de la jalousie, il y a de la haine. C'est pareil pour une nation. On s'arrête sur cette
comparaison entre le pays et le couple avec vous. Merci François Ruffin, candidat à la présidentielle, député debout de Picardie. L'info continue sur France Info, reste avec nous.
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