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Emmanuel Rivière, vous venez d'entendre Manuel Bompard, qui est le coordinateur national de la France Insoumise. On a l'impression que la France Insoumise souhaite parler désormais programme. Ils ont développé un programme depuis de nombreuses années, notamment depuis la campagne de 2017. C'est une bonne chose qu'on parle enfin de fond, qu'on parle enfin d'éléments programmatiques dans cette campagne à six mois du premier tour
?
C'est une
bonne chose et c'était déjà une bonne chose avérée parce que de fait les mouvements sociaux dont on parlait à l'instant font faire irruption à des formes de réalité de fond. et notamment de long terme. Après, c'est effectivement, quand on écoute ce que disent les citoyens, qui ont assisté à ce début de pré-campagne interminable, c'est-à-dire toute cette partie au printemps, on ne parlait que casting, que modalité de choix des candidats, et qui allait avoir la plus belle affiche. C'était extrêmement lassant. Et donc, c'est ce que disaient les gens. Donc là, on rentre un peu dans le dur, ça y est ? On rentre progressivement dans le fond, et avec de la part de la France Insoumise, d'ailleurs, le Paris, une forme de continuité, puisque l'avenir en commun, c'est le nom du programme de la France Insoumise depuis déjà deux élections, et d'une certaine manière, on pourrait dire un... un point fort de la France Insoumise, parce que beaucoup des mesures qui sont proposées dans ce programme ont été testées dans des enquêtes par la France Insoumise elle-même, mais par des instituts sérieux, et suscitent une adhésion majoritaire pour, pas tout, mais beaucoup d'entre elles, et sont assez fédératrices à gauche. C'est aussi la force d'avoir un programme quand, pour l'instant, certains candidats peuvent donner le sentiment de n'en pas avoir.
Voilà Kerman, j'aimerais avoir votre regard de journaliste, mais peut-être de journaliste suisse aussi, sur ces nouvelles propositions de la France insoumise, à savoir, j'en parlais à l'instant, ce statut, la mise en place d'un statut pour les familles monoparentales, si Jean-Luc Mélenchon était élu président de la République, et aussi le fait de vouloir, je cite, intégrer la santé environnementale dans toutes les politiques publiques, donc aussi en cas d'élection de Jean-Luc Mélenchon. Vous en pensez quoi ? Déjà, est-ce que c'est réalisable ? Est-ce que surtout c'est novateur comme proposition ?
Alors, je ne me prononcerai pas sur le cœur de ces propositions, de savoir s'elles sont réalisables, pas, jamais vues ou pas. Alors ça, ce n'est pas une réponse de Suisse, c'est une réponse de Normand. Mais ce qu'elles illustrent bien, c'est que... Il y a une volonté d'arriver sur des choses très concrètes, sur des thématiques. On voit l'écologie, peut-être pour aussi se défaire de cette image un peu communautariste qu'il y a eu, en tout cas des polémiques communautaristes qu'il y a pu avoir autour de la France insoumise. D'ailleurs, le sous-titre de ce programme, c'est le programme de la Nouvelle France, une expression qui a été... beaucoup discuté sur cet aspect communautariste. Là, on voit qu'il l'applique à plein d'autres choses. C'est peut-être ça la Nouvelle
-France aussi, c'est peut-être plus large.
C'est beaucoup plus large, c'est tout le programme visiblement. Et finalement, dans toutes les mesures dont on parle, il n'y a pas grand chose, voire presque rien, sur toutes ces thématiques qui ont beaucoup marqué l'image des Insoumis ces dernières années.
En Suisse, comment on voit Jean-Luc Mélenchon ? Comment on voit ce candidat depuis la Suisse ?
Disons qu'en Suisse, je dirais que Le concernant, on oublie peut-être moins vite que les Français, où on ne reste que sur les grandes étapes. Et donc, on est resté sur ces grandes étapes qu'il y a pu y avoir, notamment autour des dérapages antisémites. Et on est assez étonné, en fait, de l'oubli, la vitesse à laquelle on se souvient, il y a six mois... Il y avait un rejet de Jean-Luc Mélenchon. On se disait jamais il réussirait à convaincre la gauche modérée, etc. Et puis maintenant, on le présente vraiment comme le vote utile. On ne parle plus de ces questions communautaires. On ne parle plus que d'écologie, d'économie. C'est l'adversaire politique
qui
en parle encore quand même. Oui, mais ça n'imprime plus. D'ailleurs, on voit, il y avait eu aussi ces polémiques autour de la jeune garde, etc. On voit, le lendemain, je me rappelle, le lendemain du 17 octobre, on disait, oh là là, ça, ça va être vraiment, ça va poser problème à Jean-Luc Mélenchon. Mélenchon, il a augmenté dans les sondages depuis ce mouvement social, même les violences, même les liens qu'il y a pu y avoir entre la France insoumise et des groupuscules violents, n'entachent
pas sa popularité. On va en parler d'ailleurs des sondages, Isabelle Thys-Saint-Jean, sur les propositions... économique de Jean-Luc Mélenchon, parce que finalement, on s'intéresse peu aux propositions économiques du candidat insoumis. On a fait le reproche à Marine Le Pen de ne pas être tout à fait au niveau. On a vu sa prestation notamment au MEDEF. Rappelez-vous, c'était juste à la rentrée au mois d'août. Elle a visiblement pas convaincu, en tout cas, le panel qui était présent. Vous, vous avez potassé le programme, cet après-midi d'ailleurs, vous m'avez dit, de Jean-Luc Mélenchon sur ce volet économique. Qu'est-ce qu'il en ressort ?
Alors, en fait, c'est dans la continuité de ce qu'ils avaient présenté au moment du contre-budget. D'abord, ce qui est frappant, je trouve, d'abord, effectivement, il y a... quelque chose, et quelque chose de travaillé. Donc ça, je crois que c'est du propositionnel, et ça, je pense que c'est effectivement extrêmement important qu'on revienne à de la confrontation propositionnelle, et que, bon, ça c'est la première chose. La deuxième chose, c'est que c'est un budget qui se caractérise par le fait que ça déplace. C'est-à-dire que c'est pas, ils essayent vraiment de lever le fameux TINA, there is no alternative, et donc il y a vraiment quelque chose, il déplace, c'est vraiment une volonté. transformatrice extrêmement forte avec une politique alors que certains, il y avait un papier d'Olivier Blanchard dans Le Monde, une interview aujourd'hui dans Le Monde, qualifie de dangereux et terrifiant pour les milieux d'affaires, qui est une politique extrêmement ambitieuse, on va jouer sur la réduction du déficit, mais avec une fiscalité extrêmement forte. Donc ça adresse quand même la question, qui est une question majeure aujourd'hui, on l'a vu tout à l'heure, celle des inégalités et de l'inadaptation de l'instrument fiscal, aujourd'hui, à la réalité socio-économique du pays. Donc ça, ils le font.
Une taxation extrêmement forte, mais notamment des plus riches, c'est ça.
Alors, des plus riches, il y a deux points. Il y a à la fois les inégalités entre les individus, les ménages, mais il y a aussi la problématique de la fiscalité des entreprises elles-mêmes, entre les grands groupes et les PME. Les études de l'INSEE qui montrent que les grands groupes, en termes d'impôts ou de fiscalité sur les profits, les grands groupes payent moins. que les PME. Donc, il y a vraiment l'instrument fiscal aujourd'hui n'est plus adapté. Ils essayent de l'adresser. Et puis, ils essayent aussi, c'est là où c'est aussi transformateur, ils essayent d'adresser la question de la jeunesse. dont on n'a pas parlé dans la mobilisation d'avant, mais qui est centrale aujourd'hui.
C'est le candidat des jeunes ou pas Jean-Luc Mélenchon ? C'est lui ?
En tous les cas, il a des propositions, donc ça c'est sûr. Et la question de l'investissement, notamment dans la transition. Il y a un gros impensé quand même, qui est la question de la dette et la question européenne. Et c'est là-dessus que se fera le débat. Mais en tous les cas, je trouve que ça a vraiment le mérite. dans ce moment de crise politique absolument majeure dans laquelle on est, de mettre sur la table le fait qu'il y a des solutions. C'est peut-être pas celle-là, elle pose sûrement des tas de problèmes, mais au moins il y a de la proposition, il y a de la possibilité d'ouverture d'horizon, et je crois que tous collectivement dans le pays, on a besoin, là je parle en tant que citoyenne, on a besoin d'un débouché où, oui, il y a quelque chose qui est encore faisable collectivement. Et donc, bon, c'est d'une certaine manière une réponse.
Isabelle, on va donner la parole à votre voisin, Franck de Dieu, qui lui aussi apparemment est un... collab sur les questions économiques. En tout cas, vous avez travaillé cet après-midi là-dessus.
Qu'est-ce qui en ressort, alors
?
En gros, il y a une socialisation de l'économie, davantage. C'est-à-dire qu'il y a plus d'impôts, 100 milliards, plus de dépenses publiques, 80 milliards. Donc, effectivement, il y a, ce que Isabelle disait, une rupture, un renversement de table économique, l'idée d'aller au-delà de « il n'y a pas d'alternative ». Est-ce que c'est pour autant, parce qu'on l'entend ici ou là, est-ce que c'est pour autant un programme, je dirais une sorte de bolchevisation de l'économie ? Je ne crois pas. Moi, je me suis amusé à un petit jeu d'esprit. J'ai regardé par rapport à Mitterrand 81. Parce que ce qu'on entend aujourd'hui... Mitterrand
81 quand les chars soviétiques devaient débarquer dans Paris.
Sur le plan strictement économique, ce qu'on entend aujourd'hui rappelle un peu ce qu'on attendait en 1981 à propos de Mitterrand. J'ai regardé ce que propose LFI, je ne vais pas vous assommer de chiffres, c'est 3,3% du PIB en prélèvement obligatoire supplémentaire. 81, si vous ajoutez les hausses d'impôts, l'ISF par exemple, et les nationalisations, vous aviez 4,5%. Donc, quelque part, l'effort fiscal, le choc fiscal de 81 est à peu près comparable à celui d'aujourd'hui. C'est déjà quelque chose. Là où, effectivement, il y a un problème, c'est qu'à l'époque de Mitterrand, on avait une dette sur le PIB qui était de 22%. 22%, aujourd'hui c'est presque 122%. C'est pas pareil. D'autre part, il y avait quand même l'instrument monétaire qui permettait de gagner en compétitivité lorsque les entreprises tiraient la langue avec les impôts, la fiscalité, on pouvait agir sur la monnaie. Là, c'est plus le cas. C'est pour ça que le point aveugle de cette histoire, c'est pas véritablement le renversement de table fiscale ou sociale, c'est celui de savoir dans quel cadre ça s'inscrit. Si ça s'inscrit dans un cadre européen, qui est celui du libre-échange, de la concurrence, de la liberté de circulation des capitaux, où on se fait tous concurrence, là, ça peut poser problème.
Mais Isabelle, quand il dit, Jean-Luc Mélenchon, je vais congeler la dette, vous vous rappelez de cette expression ? C'était d'ailleurs lors de sa rentrée politique au mois d'août, c'était ce meeting de Valence dans la Drôme. Ça, c'est quoi ? C'est faisable ? C'est une petite phrase ?
Il y a des Français
qui sont séduits par ça ou pas ?
C'est extrêmement
technique.
Oui, c'est extrêmement technique. C'est extrêmement technique. Et en fait, il y a une très grande ambiguïté sur quelle est réellement l'ambition. Et il y a deux options. Il y a une première option qui est, on arrive à négocier avec nos partenaires européens, dans le cadre européen, qui est... Et donc ça s'annonce extrêmement compliqué, parce que, même si on peut convaincre un certain nombre de nos partenaires, les pays du nord de l'Europe, et en particulier l'Allemagne, n'accepteront pas. Donc du coup... Du coup, il y a une autre option, mais qui n'est pas clairement dite, et qui est à ce moment-là une option de sortie. Et honnêtement, c'est là où moi je peux avoir peut-être une divergence forte. On est dans un moment où il faut prendre du recul. On n'est plus effectivement dans l'époque Mitterrand. Mondialisation plus financiarisation du monde, c'est bon. Et puis, irruption de la Chine d'un côté, les États-Unis de Trump. Alors là, la bonne nouvelle, c'est que ça peut changer, mais on voit bien qu'il y a des espèces de blocs économiques absolument majeurs et que je ne crois pas qu'au niveau purement français, on ait la taille critique et que donc ça se joue. au niveau européen avec cette Europe qui a probablement plein de défauts de ce
que propose Jean-Luc Mélenchon. Alors après, on peut s'en satisfaire en disant ça sera un frein ou on peut le regretter en disant ça sera pas conforme s'il est élu au suffrage universel français, mais c'est une réalité, indépassable.
C'est là où il y a une espèce d'ambiguïté quand même dans ce qu'il dit, c'est-à-dire il y a désobéissance, mais désobéissance, qu'est-ce que ça veut dire ? ont désobéi un certain nombre de
textes. Et
donc, du coup, jusqu'où ils vont, c'est là où c'est... C
'est une partie assez délicate à jouer, parce que quand on regarde les attitudes à l'égard de l'Union européenne, souvent on est sous le prisme, on est pour ou contre l'Union européenne, qui est un prisme simplificateur un peu dépassé. En fait, il y a effectivement des gens qui voudraient qu'on sorte de l'Union européenne, c'est plutôt l'électorat de Marine Le Pen, ça. L'électorat de Jean-Luc Mélenchon est plutôt... projet européen et le cadre européen, c'est probablement le cadre utile. Mais il faut changer les règles. Ce n'est pas tout à fait la même attitude et qui peut être, de ce point de vue-là, une petite fragilité sur le positionnement exact vis-à-vis de cette perspective de sortie douce. On avait entendu sortie des traités, je crois que c'était dans sa campagne de 2017.
Paul Ackermann, si on revient en France, si on reparle de ces mobilisations, de cette colère sociale, est-ce qu'elle profite à Jean-Luc Mélenchon ? Quand on voit les récents sondages... C'est visiblement, selon les sondages encore une fois, c'est une photographie à l'instant T, peut-être que ça ne sera pas le cas dans six mois, en tout cas on n'aura peut-être pas ce résultat-là, mais en tout cas il est le deuxième homme, il arrive à 18% à peu près, très loin derrière Marine Le Pen, mais quand même devant Raphaël Glucksmann à environ 10%, et Edouard Philippe qui est encore en dessous, qui est désormais le quatrième homme. Est-ce que cette mobilisation et ces manifestations massives dans le pays profitent à Jean-Luc Mélenchon ?
Alors, dans les derniers sondages, je laisserai après Emmanuel rebondir dessus, il progresse, alors qu'on aurait pu croire qu'il coulerait suite à notamment cette journée du 17 octobre. Au-delà des sondages, moi ce que j'ai constaté sur place, en allant à chaque manifestation, en le croisant à plusieurs reprises, et c'est marrant parce que je l'ai vu... Dans les premières manifs de lycéens, plus tard dans les manifs de plus en plus syndicales, et puis avant ça je l'avais vu à la Gap Ride à Paris. Et à chaque fois, mais c'est une rockstar, c'est une rockstar, alors quand on voit... que Raphaël Glucksmann, le candidat qui représente quand même le Parti Socialiste, lui ne peut pas venir et se fait huer dans une manifestation de gauche. Il a même été exfiltré de la manifestation
hier.
Et donc, à ce niveau-là, que ce soit dans la jeunesse, ça je crois que c'est montré par les sondages, il a pris une ampleur quand même qui n'était pas celle des dernières élections présidentielles, je crois. Et puis plus largement. Et ce mouvement-là, je pense aussi qu'il y a quelque chose, par exemple, une différence avec le mouvement des Gilets jaunes. Ce mouvement, c'est un mouvement de gauche. Et donc, il est la star des défilés de gauche, largement. Pas gauche radicale, pas gilet jaune où on ne sait pas trop où ça se situe. C'est vraiment un mouvement de gauche. Et il devient le candidat, non seulement vote utile, mais vote raisonnable. C'est-à-dire qu'on sent qu'il convainc de plus en plus de gauche modérée qui, comme je le disais avant, on pensait qu'elle était perdue pour lui.
Emmanuel Rivière, vous êtes d'accord ? Cette fronde sociale, elle profite là, Jean-Luc Mélenchon ? Oui,
d'ailleurs, il a été un peu aidé par le gouvernement. Le gouvernement qui a dit au début d'un mouvement, en croyant le décrédibiliser, c'est un peu le mouvement de LFI. Il se trouve que ce mouvement est très populaire à gauche, et que ce gouvernement, qui lui est très impopulaire, a dit qu'il
faut choisir son camp. Ils sont même allés plus loin. L'entourage de Sébastien Lecornu a parlé de LFI et de ses proxys de l'ultra-gauche. Rappelez-vous au tout début devant les lycées, donc le vocabulaire était aussi fort. Et c'est vrai que le fait
que Jean-Luc Mélenchon soit aussi populaire chez les jeunes, le fait apparaître comme celui qui a mieux capté le mouvement, peut soupçonner que le fait qu'il ait cette exclusive, notamment par rapport à Raphaël Glucksmann, n'est pas innocent. Je pense que Raphaël Glucksmann est suivi par des gens qui, effectivement, font en sorte qu'il soit un peu interdit de manif. Et du coup, Jean-Luc Mélenchon se trouve effectivement à sa deuxième place. Alors, attention, en dessous de 20%, il n'est pas du tout sa place assurée au second tour, comme Marine Le Pen l'a. Mais le paradoxe, c'est que sur les sondages, sur son image, sur ce que représente Jean-Luc Mélenchon dans le paysage politique, Pas tellement de progrès, en fait. C'est de ce point de vue-là, les Français qui ne l'aiment pas n'ont pas tant que ça oublié. Quand on regarde le sondage Elab qui est paru, le baromètre, c'est la personnalité dont les deux tiers des Français disent qu'ils en ont une très mauvaise image. Marine Le Pen, c'est un peu plus de 40%. Jean-Luc Mélenchon, c'est 65%. Il y a un
vrai rejet de la personne de Jean-Luc Mélenchon. Pas forcément de la France insoumise, peut-être, mais du candidat.
Ce qui est intéressant, c'est que ça a commencé en 2022, en fait. C'est vrai que depuis le 7 octobre, la question du simitisme, mais cette théorie, cette manifestation du durcissement de la manière de faire de la politique, cette polémisation permanente, ça a été plutôt rejeté. L'image de LFI s'est beaucoup dégradée entre les initiatives de 2022, dont ils avaient pris un peu le lead, et la rentrée 2022. Et du coup, je termine juste là-dessus, il y a des analyses très intéressantes de l'Institut Cluster 17 qui montrent ça. Jean-Luc Mélenchon est un des candidats qui réalise le mieux son potentiel. C'est-à-dire que quasiment tous ceux qui pourraient voter pour lui, qui disent qu'ils pourraient l'envisager, quand on leur pose la question aujourd'hui pour qui vous voulez voter, disent plutôt Jean-Luc Mélenchon. Mais il a très peu de marge de progression de cette-là. La plupart des autres excluent la dynamique des votes utiles. est déjà faite effectivement à ce stade pour lui, ses marges de progression en revanche sont plus faibles.
Isabelle Thyssen-Jean, est-ce que dans le monde économique, dans le milieu économique, il y a aussi ce rejet de la personne de Jean-Luc Mélenchon, comme il peut l'être dans d'autres domaines ? On voit des Français, en effet, Emmanuel Rivière citait ce sondage-là, où il y a un vrai rejet de la personne de Jean-Luc Mélenchon, du candidat. Est-ce que c'est le cas dans le monde économique, chez les acteurs économiques
ils ne sont pas homogènes, les acteurs économiques, quand vous avez des toutes petites entreprises, c'est aussi... le monde économique. Et d'ailleurs, on a une difficulté. Quelle est la voie du monde économique aujourd'hui ? C'est vraiment une difficulté, je trouve, dans notre pays. Mais oui, il y a une partie du monde économique, et en particulier autour du MEDEF, pour qui Jean-Luc Mélenchon... C'est le diable, quoi. Oui, oui, tout à fait. Il y a un rejet très très fort. Ça s'est vu au moment du MEDEF. quand il a proposé une augmentation du SMIC, où il y a eu ce fou rire général, qui était quand même très malvenu quand on sait qu'il y a des gens qui souffrent. Parce qu'au final, on va peut
-être avoir une augmentation du SMIC.
Voilà, donc en plus, évidemment. Donc oui, mais je ne suis pas sûre. Est-ce que ça veut dire que tout le monde patronal est sur cette ligne-là ? C'est probablement non.
Franck Dedieu, juste avant de vous donner la parole, je voudrais qu'on regarde ensemble cette nouvelle affiche de campagne de Jean-Luc Mélenchon. Nouvelle affiche dévoilée aujourd'hui même. C'est la nouvelle affiche de sa campagne. Regardez ce qu'il y a inscrit sur cette affiche. Liberté, égalité, solidarité. Franck Dedieu, est-ce que... Ça veut dire quoi ? Que si Jean-Luc Mélenchon est élu sur les frontons des mairies, on aura cette nouvelle devise républicaine ?
J'ai fait une comparaison très économique avec Mitterrand. Et là, on retrouve un peu cette force tranquille. Et puis quelque part, je dirais, la trilogie républicaine, ça n'éloigne très peu. Parce que remplacer fraternité par solidarité... C'est pratiquement un synonyme. Donc, je crois, pour en revenir à ce que disait Emmanuel, que là, il est à la croisée des chemins. C'est-à-dire qu'il va nous faire peut-être le coup qu'il avait déjà fait en 2022. C'est-à-dire qu'au milieu de la campagne, il y a un moment donné où il faut arrêter de polariser, il faut arrêter de polémiquer et de rassembler le maximum. Donc, il va y avoir un discours peut-être plus républicain de rassemblement pour rallier le maximum, je dirais, de la gauche de gouvernement ou de la gauche modérée. Et puis, Je pense que c'est absolument manifeste. Et puis, il y a cette idée de se dire, est-ce qu'il va ou non ? être à son plafond de verre, parce qu'il y a quand même, de la part de beaucoup de personnes, l'image d'un Mélenchon qui est encore un épouvantail.
Voilà, Carmen, elle vous surprend cette nouvelle affiche, Jacques Mélenchon ? Oui,
oui. Liberté, égalité, solidarité. Sur le solidarité, je ne trouve pas que ce soit exactement la même chose. C'est-à-dire que solidarité, ça intéresse ceux avec qui on est solidaires. La fraternité, c'est pour tout le monde. Et il n'y a plus de fraternité. C'est un état d'esprit, là. Je trouve qu'en termes de... on va dire pacification du débat, retirer la fraternité, ce n'est pas très réjouissant. Et puis, il y a ce côté campagnard derrière, effectivement assez à la Mitterrand, qui n'est pas dans les habitudes de Jean-Luc Mélenchon ces dernières années, plus le côté bleu-blanc-rouge, donc on voit bien qu'il veut jouer. Là, on est dans une presque stratégie de deuxième tour. J'ajoute,
Paul, excusez-moi, juste, c'est qu'il y a aussi un élément qui fait son apparition, qui refait son apparition, c'est l'idée de la conscription. On reste quand même dans cette idée républicaine de se dire, attention, le... à la Macron, le service civil, militaire, n'a pas fonctionné, lui propose quelque chose qui, quelque part, renouvelle l'idée de la citoyenneté et de la conscription. On ne veut pas dire forcément militaire, il y a aussi une intervention civile, mais ça témoigne la volonté de renouer avec, je dirais, les attributs républicains plus classiques. Voilà,
justement, cette normalisation, si on veut, c'est des termes qu'on utilisait pour le Rassemblement National, et là, elle se fait... fait de manière expresse, ça ne date pas de cette affiche ou de cette semaine, ça fait quand même plusieurs semaines. que maintenant on n'entend plus, on n'entend plus trop parler d'Israël, des quartiers, la Nouvelle-France. Est-ce qu'il ne fait pas toujours ça en
campagne ? Là, il le fait quand même très tôt. Il devient un peu plus modéré, non ? Mais il
l'a fait en 2022.
Emmanuel Rivière, on nous dit du côté de la France Insoumise, demain, qu'il y aura entre 10 000 et 20 000 personnes. Sans doute, à peu près, si on coupe la part en deux, on serait à 15 000. C'est le seul candidat à faire des démonstrations de force comme ça, Jean-Luc Mélenchon ? Vous en voyez d'autres qui rassemblent autant de monde ou pas ?
Non, non, c'est vrai que la France Insoumise cumule et croise deux atouts de ce point de vue-là. D'abord, il y a vraiment un très fort soutien. C'est-à-dire, quand on regarde, que ce soit d'ailleurs sur les intentions de vote ou les sondages sur l'image et personnalité, voilà, la part des gens qui ont une opinion. positifs de Jean-Luc Mélenchon et qui en ont une opinion très positive ou qui le soutiennent, le ratio est un des plus élevés. C'est vrai aussi pour Marine Le Pen et Jordan Bardella. Sauf que ce qu'ont moins les leaders du Rassemblement National, c'est que leur soutien ne sont pas... tellement des militants, en fait. C'est quelque chose qu'on néglige un peu. L'électeur du Rassemblement national est beaucoup moins mobilisable, on l'avait vu d'ailleurs au moment du premier procès Le Pen, alors qu'au contraire, le corps social qui vote pour Jean-Luc Mélenchon est très facilement mobilisable. Il y a un réseau militant derrière qui permet de remplir les salles.
Chers informés, merci beaucoup. Franck Dedieu, merci d'avoir été avec nous, rédacteur en chef à Marianne, la une de Marianne, cette semaine. Les chers, les vrais coupables. Et vous sortez aussi ce livre que je monte à l'antenne, Nous, les Français, raconter la France comme les politiques ne le... feront jamais. Isabelle Tissain-Jean, merci d'avoir été avec nous aussi. Économiste et professeur à Sorbonne, Paris Nord. Paul Ackermann, merci d'avoir été avec nous.
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