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Jean -Noël Barraud, vous êtes le ministre de l 'Europe, le ministre des Affaires étrangères. Merci d 'être avec nous ce soir dans cet avou. Vous avez entendu, Yael Gauze, la voix de la France est -elle vraiment encore audite dans cette guerre ?
Je crois qu 'elle l 'est. Et quand je me retourne sur l 'année et demie que j 'ai passée dans mes fonctions, je m 'aperçois qu 'il y a peu de pays qui aient apporté autant de solutions et qui agit de manière aussi positive sur le Moyen et le Proche -Orient. Il y a un peu plus d 'un an, on a obtenu un cessez -le -feu entre Israël et le Hezbollah qui plongeait le Liban au bord du gouffre. Il y a un peu moins longtemps, on a réussi sur Gaza à rassembler l 'ensemble de la communauté internationale autour d 'une déclaration de principe qui à la fois condamne le Hamas et appelle à son désarmement et à la fois appelle au respect du droit des Palestiniens. Et c 'était la première fois depuis 30 ans, depuis les accords d 'Oslo, qu 'on avait un tel assentiment de la communauté internationale sur la solution à trouver. Mais
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pourtant Emmanuel Macron
n
'a ni été prévenu ni informé. Et
plus récemment en Syrie. C 'est encore la France qui a facilité un accord entre les Kurdes syriens et le nouveau gouvernement syrien. Et donc, nous sommes en capacité d 'agir. Maintenant, évidemment, le monde a changé et la France n 'est plus comme... C 'était le cas il
y
a 50 ans, il y a 80 ans. L 'une des cinq grandes puissances du monde, d 'autres puissances ont émergé. Et c 'est pour ça que la citation d 'Hubert Védrine, qui en réalité, je crois, est une situation de Valéry Giscard d 'Estaing... Et si nous voulons peser à l 'extérieur dans les années, les décennies qui viennent,
il
faut que nous soyons forts à l 'intérieur et que nous ayons de la force économique, diplomatique, militaire, mais aussi de la force morale. Et c 'est pourquoi les décisions que nous prenons pour nous -mêmes et pour notre pays auront dans les décennies à venir un impact ou une influence sur notre capacité à peser sur le cours du monde.
Jean -Noël Barron, on a de nombreuses questions aujourd 'hui, des questions aussi que se posent les Français qui sont inquiets au vu de la situation internationale. Le 8e jour de guerre au Moyen -Orient, Donald Trump annonce que l 'Iran... va être très durement frappé aujourd 'hui. Il a dit ce samedi, des avions B -52 sont en route vers la zone. L 'armée israélienne continue de pilonner le Liban. On va y revenir. Mais une question très importante sur les rapatriements. À l 'heure où on se parle, combien de Français ont été rapatriés ? Et surtout, est -ce que vous savez combien de Français attendent de l 'être ?
D 'abord, nous avons affrété des vols, 6 depuis le début de la guerre, pour que nos compatriotes les plus vulnérables puissent rentrer en France. C 'est ainsi 800... ressortissants français qui ont bénéficié de ces vols affrétés et nous nous apprêtons d 'ici mardi prochain à en affrêter 5 de plus. En parallèle, ce que nous avons exigé de la part des autorités des Émirats Arabes Unis, c 'est qu 'ils augmentent le nombre de vols à destination de la France et de Paris en particulier. Nous sommes passés de 1 vol jeudi, ce qui était insuffisant, à 5 vols. hier et 5 vols aujourd 'hui.
Et
c 'est en tout 3500 personnes qui ont pu repartir par ces vols commerciaux vers Paris. Demain, nous aurons 6 vols au départ des Émirats et lundi aussi.
En parallèle, certaines compagnies aériennes profitent de la situation pour proposer des prix. à des prix exorbitants. Est -ce que ça vous choque ?
Avec les compagnies émiriennes, dont je viens de dire que nous avons obtenu d 'elles qu 'elles augmentent le nombre de vols pour que les Français qui le peuvent et qui le souhaitent puissent partir, nous avons engagé une discussion très franche pour que les tarifs soient les plus abordables possibles. On
sait dire à peu près combien ? Mais
enfin, ce sont des compagnies qui ne dépendent pas directement de nous. Avec les compagnies françaises et en particulier Air France, c 'est mon collègue, ministre des Transports, qui se charge d 'obtenir que les tarifs soient les plus abordables possibles. Et qui se charge aussi de pouvoir donner les autorisations le cas échéant avec les services compétents pour que les vols Air France puissent aussi retourner dans la région.
Jean -Noël Barraud,
je
le disais, un autre front s 'est ouvert dans cette guerre au Moyen -Orient. L 'armée israélienne frappe le Liban. Selon les autorités libanaises, plus de 300 personnes ont perdu la vie depuis lundi. Des Français sont -ils présents dans la zone ? de beyrouth sud où les frappes sont massives actuellement
Il y a beaucoup de Français ou de Franco -Libanais aujourd 'hui au Liban. C 'est une communauté qui est vaste et qui est à l 'image de la relation entre la France et le Liban qui est ancienne et qui est très étroite. Je ne peux pas vous garantir qu 'aucun Français ou Franco -Libanais était sur place au moment des évacuations. Ce que je peux vous dire, c 'est que notre ambassade est pleinement mobilisée, là encore pour faciliter le retour en France de celles et ceux qui le souhaitent parce qu 'ils n
'ont
pas leur vie au Liban. été y voir des proches ou de la famille et qui souhaitent rentrer.
Et
donc, dès demain, nous aurons un deuxième vol au départ de Beyrouth qui sera opéré par la compagnie aérienne libanaise et qui permettra ainsi de faire partir notamment les Français les plus vulnérables et de rentrer en France.
Je vais vous poser la même question exactement qu 'Alain Juppé hier. Peut -être plus une réponse de citoyen avec le cœur que celle d 'un politique. Alain Juppé disait hier qu 'il craignait un désastre humanitaire terrible et qu 'il était très attaché au Liban. Souvent voyager au Liban, est -ce que vous utiliseriez les mêmes mots ? Est -ce que c 'est votre crainte ? Est -ce que vous utiliseriez les mots de désastre humanitaire qui attend le Liban ?
Vous savez, à l 'automne 2024, on a connu ce type d 'escalade et on a vu des milliers de morts, des dizaines de milliers de blessés et plus d 'un million de personnes déplacées qui ont dû trouver refuge ailleurs au Liban dans des conditions extrêmement précaires. Et on a vu des tensions intercommunautaires se développer. On a vu des épidémies commencer à se propager et on a eu très peur, nous qui sommes si proches du Liban, pays frère et pays ami, qu 'il s 'effondre sur lui -même. Et donc aujourd 'hui, il faut que le Hezbollah arrête de tirer sur Israël. Il faut qu 'Israël s 'abstienne évidemment de rentrer sur le territoire libanais, de cibler les infrastructures, de viser les civils et qu 'on parvienne au plus vite. C 'est le feu qui évite. qui nous évite de nous retrouver une nouvelle fois dans une situation catastrophique sur le plan humanitaire. Mais sans attendre qu 'elle s 'aggrave, nous avons déjà décidé de faire parvenir aux Libanais de l 'aide humanitaire, du matériel, des abris, des couvertures, des tapis, parce qu 'on en est déjà là. Ça arrivera quand ? Ça arrivera en début de... Je dirais les premières livraisons arriveront en début de semaine prochaine.
Hier, trois casques bleus guenéens ont été gravement blessés dans une attaque contre une position de la finule, la force intérimaire des Nations Unies au Liban. Emmanuel Macron a parlé d 'une attaque inacceptable. Sait -on, Jean -Noël Barraud, d 'où provenait l 'attaque ?
On ne le sait pas. À ce stade, les responsabilités doivent être établies. C 'est inacceptable et c 'est illégal de tirer sur des casques bleus, des soldats de la paix. C 'est absolument inacceptable d 'où que viennent les tirs. Et nous avons condamné fermement cette attaque sur des bâtiments des casques bleus. Et lorsque les responsabilités seront établies, nous condamnerons ceux qui en sont leurs auteurs.
Vous êtes au Quai d 'Orsay depuis septembre 2024. Et c 'est justement au Liban que vous aviez effectué votre premier déplacement en tant que ministre. Vous avez participé à la négociation du cessez -le -feu. Rabhi Chahir, ambassadeur du Liban en France, a un message pour vous Jean -Noël Barraud.
Il y a des ministres israéliens qui ont menacé de transformer la banlieue sud du Liban en Khan Yunes. Vous imaginez ce que ça veut dire ? On a une crise humanitaire grave. Quand je regarde ces images -là, ils me font mal au cœur. Je vois ma population dans les rues. Les centres d 'hébergement n 'arrivent pas à contenir tous les gens. La sécurité de la France dépend aussi de la sécurité du Liban. Donc il faut cesser le feu le plus vite possible.
Vous répondez quoi, Rabhi Cheher, qui a entendu les mots de Bezalel Smotrich, ministre israélien d 'extrême droite, qui a tout simplement dit qu 'il allait faire de certains quartiers du Liban Hanunès à Gaza, comparer ça à Gaza ?
Je les ai entendus, moi aussi, et ils m 'ont profondément indigné. C 'est pourquoi, lors de mon dernier échange avec mon homologue israélien, j 'ai vivement protesté contre ces propos. J 'ai indiqué que l 'intérêt d 'Israël, c 'est d 'avoir à sa frontière nord... un Liban fort, disposant d 'un État contrôlant les armes, capable d 'assurer la sécurité de toutes les communautés au sein du Liban et de vivre en paix et en sécurité avec son voisinage. Et que, alors même que la responsabilité première de cette situation dramatique au Liban revient évidemment au Hezbollah qui a commis là une lourde faute, il ne faudrait pas que par la prolongation de ces opérations militaires, Israël vienne fragiliser le Liban qui était pourtant... vous le savez, sur la voie du redressement. Un nouvel espoir s 'était levé, que nous accompagnions avec des réformes financières, avec le désarmement du Hezbollah. Une conférence devait se tenir jeudi dernier à Paris pour le renforcement de l 'armée libanaise, qui a dû évidemment être annulée. Donc nous étions en train progressivement de faire renaître ou de voir renaître le Liban. Il ne faut pas que par la prolongation des opérations militaires, Israël vienne étouffer cet espoir. C 'est un risque, est
-ce
que vous avez ?
C 'est
évidemment un risque. l 'ai vu et je le sais la guerre entraîne la guerre et on ne sait jamais quand ça peut s 'arrêter
est ce que vous dites qu 'israël a une action disproportionnée aujourd 'hui dans le sud liban
Israël a été attaqué par le Hezbollah, comme ça avait été le cas dès le lendemain du 7 octobre. Israël souhaite écarter la menace, menace que les Libanais eux aussi veulent écarter, puisque le gouvernement avait déjà pris des décisions courageuses, celles de mettre en place un plan de désarmement du Hezbollah, décision courageuse qui date de l 'été dernier, mais auxquelles se sont ajoutées des décisions récentes, qui consistent à déclarer illégales. toute la branche armée et sécuritaire du Hezbollah. La décision aussi d 'imposer des visas aux ressortissants iraniens, puisqu 'on sait l 'influence que l 'Iran a sur le Hezbollah, mais aussi de demander le départ des conseillers militaires iraniens présents au Liban. Évidemment, c 'est un État qui est fragilisé par des années. d 'incertitude et de crise politique.
Et
donc, dans ce moment, il faut qu 'on puisse le renforcer pour qu 'il puisse prendre ses responsabilités, c 'est -à -dire le monopole des armes, comme on dit.
Avant le Liban, Israël, avec les États -Unis, s 'était attaqué à l 'Iran après la mort de l 'Ayatollah Khamenei. Aujourd 'hui, Donald Trump a annoncé que l 'Iran va être très durement frappé. Des avions B -52 ont été envoyés. Jean -Noël Barraud, est -ce que vous connaissez la stratégie, l 'objectif de Donald Trump ? Et surtout, est -ce qu 'il y en a un vraiment ?
Est -ce que vous l 'avez identifiée ? Je ne sais pas et c 'est la raison pour laquelle nous n 'avons pas approuvé ces opérations militaires américano -israéliennes qui n 'avaient pas de but clairement défini, qui étaient conduites en dehors du droit international, on pourra revenir sur ce débat si vous le souhaitez, et qui emportent avec elles le risque d 'un embrasement régional. des risques et des dangers qui sont sans doute supérieurs aux solutions que les Israéliens et les Américains entendent apporter à un problème auquel nous sommes directement confrontés, qui est le caractère déstabilisateur et lui aussi dangereux du régime iranien en place.
Vous en parlez, donc on va y revenir maintenant. Une voix dissonante en Europe, celle du Premier ministre espagnol Pedro Sanchez. Il rappelle inlassablement son nom à la guerre et le respect du droit international. Hier, il a même déclaré que la guerre en Iran était une erreur. extraordinaire je le cite le suivisme aveugle et servile n 'est pas une façon de diriger il semble assez clair la pedro sanchez il semble nous viser nous français britanniques et allemands vous vous en faites vous en tirez la même le même regard que moi
Ce que nous avons dénoncé, ce que je ne peux que condamner, c 'est que ces déclarations du Premier ministre espagnol aient fait l 'objet ensuite d 'intimidation quant à la conduite de la guerre. Ensuite, on nous reproche parfois... d 'invoquer le droit international. Mais ce n 'est pas parce que l 'Iran a violé le droit international en développant un programme nucléaire que l 'Iran a violé les droits de l 'homme en tournant ses armes contre son propre peuple dans des répressions sanglantes qui nous ont toutes et tous choqués ces dernières semaines. Ce n 'est pas parce que les Etats -Unis et Israël violent le droit international que nous, les Européens, qui avons été au fond, à l 'origine de ces règles, devons nous taire. Nous devons rappeler lorsque le droit international est violé, parce qu 'au fond, notre projet à nous, notre civilisation, notre empire à nous, il s 'est construit sur ces règles -là, qui nous ont permis d 'ailleurs de mettre fin à un cycle infini de violence sur
le continent européen.
– On a l 'impression, Jean -Noël
Barraud, que notre dernier rôle, nous, européens, c 'est de dire des deux côtés, c 'est pas bien, c 'est pas bien. –
Non, pas du
tout. –
On est où
? C 'est pas bien le régime des Mola, on est tous d 'accord, mais c 'est pas bien d 'attaquer le régime des Mola, et c 'est pas bien de ne pas respecter le droit international. –
Pas du tout, et… – Vous savez, la France a été l 'un des pays les plus durs vis -à -vis du régime iranien l 'année dernière. À trois reprises, nous avons obtenu que des sanctions européennes et internationales soient prises contre l 'Iran. Et si aujourd 'hui l 'Iran est affaibli, c 'est notamment du fait de ces sanctions. – Mais si
on
est concret aujourd
'hui,
l
'Espagne dit non pour les avions américains, les bombardiers pour se recharger sur leur base espagnole, nous on dit quoi les Français ?
Nous, nous avons fixé une ligne qui est que lorsque des opérations de routine... comme celles dont nous avons l 'habitude dans le cadre des accords qui nous lient aux Etats -Unis, au sein de l 'OTAN, sont conduites, elles peuvent l 'être à condition, étant donné le contexte, qu 'en aucun cas les moyens utilisés n
'aient
pour destination les opérations militaires des Etats -Unis en Iran. Et donc vous triez
les avions en ce moment pour savoir qui atterrit sur les bases françaises, si c 'est un avion qui va bombarder ou pas ?
Nous accordons les autorisations en fonction de la mission. qui nous est présentée. Et ces garanties, nous les avons demandées pour que des moyens américains puissent se poser à Istres et nous les avons obtenues. Nous avons obtenu ces garanties que les moyens bénéficiant de l 'accueil sur nos bases ne soient en aucun cas utilisés pour des opérations militaires en Iran.
Jean -Noël Barraud, Cécile Collère et Jacques Paris, ancien otage en Iran, sont actuellement à l 'ambassade de France à Téhéran avec l 'interdiction de quitter le territoire. Est -ce qu 'ils vont bien ? Est -ce que l 'on peut espérer un retour rapide de nos deux concitoyens ?
Je me suis entretenu aujourd 'hui avec eux. Ils traversent une épreuve très difficile et ils font preuve, comme depuis bientôt 4 ans, d 'un courage extraordinaire. Nous allons continuer de tout faire pour obtenir leur retour en France immédiat et leur libération définitive. C 'est en ce sens que j 'ai passé des messages à mon homologue iranien.
Plusieurs pays ont fermé leur ambassade. à Téhéran et rapatrie leur personnel.
Est
-ce que vous envisagez,
vous
aussi Jean -Noël Barraud, la fermeture de notre ambassade à Téhéran et le rapatriement de nos concitoyens, de votre personnel diplomatique ?
Personnel diplomatique présent à Téhéran mène sa mission dans un contexte très dégradé, là encore en faisant preuve de beaucoup de dévouement. Et une partie de la mission,
c
'est précisément d 'assurer la sécurité de Cécile Colleur et Jacques Paris.
Donc ils y resteront le
temps voulu. Donc ils continueront d 'appliquer leur mission, c 'est leur honneur.
Jean -Noël Barraud, le porte -avions Charles de Gaulle est arrivé hier en Méditerranée. Un porte -hélicoptère amphibie a également pris la route de la zone. Le président de la République le répète depuis plusieurs jours. La France n 'est pas en guerre, il s 'agit uniquement de stratégies défensives pour soutenir nos partenaires dans la région. N 'y a -t -il pas néanmoins un risque d 'être entraîné dans cette guerre ? avec ce Charles de Gaulle en Méditerranée ?
Non, ce n 'est pas notre guerre.
Et
comme je l 'évoquais, nous considérons que ces opérations militaires emportent avec elles des risques et des dangers qui sont sans doute, l 'histoire le dira, supérieurs aux solutions qu 'elles peuvent apporter aux problèmes que nous avions pourtant. identifiés et auxquels nous travaillions. Notre responsabilité, celle du président de la République, c 'est d 'assurer la sécurité de nos compatriotes, de nos emprises, qui sont évidemment très exposées. C 'est d 'assurer la sécurité de nos partenaires dans la région avec lesquels nous sommes liés par des accords de défense. C 'est aussi de limiter l 'impact de cet embrasement régional sur l 'économie mondiale et donc in fine sur nos entreprises et sur le pouvoir d 'achat des Françaises et des Français. Et puis d 'œuvrer parce que c 'est une responsabilité particulière de la France à la stabilité, la sécurité et la paix dans le monde.