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Il est 8h23, Jean-Noël Barraud, ministre de l'Europe et des Affaires étrangères et l'invité d'Amélie Carwer. Bonjour !
Bonjour Jean-Baptiste, bonjour à tous, bonjour Jean-Noël Barraud. Merci beaucoup d'avoir accepté l'invitation ce matin. Je vais vous montrer des images qui nous arrivent maintenant quotidiennement le matin. Là on est à Frontignan, c'est le dépôt pétrolier qui est à nouveau bloqué par des pêcheurs. On va percevoir dans quelques instants des images du Gros du Roi, on voit même des pêcheurs qui suspendent une sorte de poupée. On le voit derrière le monsieur là, pour dire que les pêcheurs sont étranglés, c'est très fort ce qui est en train de se passer. Que comptez-vous faire de plus pour aider ces Français ? Oui, on l'a entendu, les aides sont prolongées jusqu'au 31 décembre. Oui, 10 centimes de plus pour les pêcheurs, mais vous le voyez, ça n'aurait pas du tout la colère. Vous avez un séminaire gouvernemental cet après-midi. Qu'allez-vous faire de plus pour aider les Français
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2,30 euros le gasoil à la pompe, c'est évidemment, vous l'avez dit, un étranglement. Ça concerne bien sûr les pêcheurs, les agriculteurs, les aides-soignantes qui utilisent leurs voitures quotidiennement, mais aussi des millions de Français qui dépendent très largement du carburant et qui voient leur pouvoir d'achat. Et c'est pourquoi depuis le début de cette crise, de cette guerre en Iran, qui n'est pas la nôtre, à laquelle nous n'avons pas participé, le gouvernement a pris des mesures d'urgence. Le Premier ministre a dit hier qu'elles seraient prolongées jusqu'au 31 décembre et que s'agissant des pêcheurs, elles seraient relevées au niveau maximal qu'autorise l'Union Européenne. Il faut aller plus loin, Jean-Noël
Barraud. Il faut aller plus loin. Vous êtes aussi par ailleurs vice-président du Modem. Vous avez aussi une responsabilité politique. Ce sera
au cœur des discussions du séminaire que réunit le Premier ministre aujourd'hui. Mais ça ne suffit pas, les aides d'urgence. Il faut aller... le problème à la racine. C'est pourquoi nous nous déployons, président de la République, ministère des Affaires étrangères, toute notre diplomatie, d'abord pour que le calme revienne dans la région, pour que la circulation maritime puisse reprendre et au-delà, pour qu'on se défasse de nos dépendances aux hydrocarbures qui nous empoisonnent la vie et pour qu'on diversifie nos routes commerciales.
Alors on va rentrer vraiment dans chacun de ces points. Effectivement, notre sort dépend en grande partie de la situation géopolitique. Sans paix, dit même le patron de la coopérative U qui était à votre place il y a quelques... heures, quelques jours seulement, les prix resteront tendus. Vous avez la lecture et la charge de cette situation géopolitique aujourd'hui. Vous pouvez dire aux Français, effectivement, préparez-vous, ça va durer, on n'est pas sortis, on est encore dans le dur dans cette situation géopolitique. Nous avons
la charge de tout faire pour que plus jamais à l'avenir, nous nous retrouvions. c'est-à-dire nous retrouvions victimes à payer le prix de guerre que nous n'avons pas choisi. Ce qui est clair, c'est que nous ne savons pas jusqu'à quand cette tension dans le détroit d'Ormouz et désormais en mer Rouge va durer. Et donc nous devons, nous mettons tout en œuvre pour que le calme revienne. pour faire passer les messages, pour exercer des pressions sur les parties prenantes, pour qu'elles parviennent par la négociation à trouver des accords. Nous, nous sommes mis en ordre de marche avec nos moyens militaires pour que, dans le détroit d'Hormuz, Comme en Mer Rouge, nous puissions le moment venu faciliter la circulation des navires avec des escorts,
du déminage. La question c'est effectivement le moment venu. Quand vous annoncez au gouvernement des aides jusqu'au mois de décembre, est-ce à dire que vous actez que la situation géopolitique ne sera pas débloquée avant la fin de l'année ?
C'est surtout pour donner un peu de visibilité à ceux qui dépendent très largement pour leur activité professionnelle, pour leur vie quotidienne du prix des carburants. Et le gouvernement continuera, sous l'autorité du Premier ministre, à adapter les dispositions. d'aide pour qu'ils puissent bénéficier à ceux qui en ont le plus besoin mais gardons à l'esprit c'était le le début de votre question qu'effectivement nous entrons dans une période de préparation du budget et que jamais une discussion budgétaire n'aura été autant sous pression de notre environnement international. Je
prends un instant pour dire à nos téléspectateurs qu'ils ont le QR code qui est à leur disposition. Ils peuvent scanner, flasher et vous poser des questions. Mais je peux vous dire déjà, monsieur le ministre, qu'elles sont nombreuses, les questions des Français qui vous sont adressés ce matin. Je vais aller plus loin, on continue. Est-ce qu'on peut même craindre une aggravation de la situation ? Vous l'avez effleurée il y a quelques instants. De quoi parle-t-on ? L'Arabie Saoudite a informé ses clients européens, ça s'est passé ces dernières heures, que certaines cargaisons de pétrole brut prévues, pourtant fin septembre, là. seront annulés après la fermeture d'un oléoduc est-ouest à la suite d'une attaque. La situation peut s'aggraver et les prix à la pompe également.
D'abord, la situation peut s'aggraver. Pourquoi ? Si on dézoome quelques instants avant de revenir à la question qui est la vôtre. D'abord parce que les conséquences dévastatrices du dérèglement climatique se font de plus en plus pressantes. On se souvient des incendies monstres cet été et de la canicule avec toutes les conséquences que ça a pour le monde agricole qui est aujourd'hui en crise. On a parlé du prix des hydrocarbures liés aux tensions dans le détroit d'Hormuz et dans la mer Rouge. Mais on peut ajouter à ça le niveau des taux d'intérêt qui, partout dans le monde et singulièrement en France, alourdit la charge du remboursement. Bref, tout ça crée pour nous des contraintes extrêmement fortes et réduit nos margements. Et pour les Français qui regardent
ces panneaux le long des autoroutes et quand on voit les prix exploser, mais regardez, 2,80 en bas pour le diesel, vraiment cette question c'est est-ce que suite à la situation... qui s'est aggravée encore ces dernières heures, du côté des outils notamment, ça va s'aggraver ici sur ces panneaux français.
situation, elle est déjà insoutenable. Et il est hors de question qu'elle s'aggrave encore, puisqu'une nouvelle fois, elle est due directement et exclusivement à une guerre contre laquelle, ou en tout cas à laquelle nous n'avons pas participé, que nous n'avons en aucun cas soutenu. Mais est-ce qu
'on est dans l'extension du domaine de la guerre ?
Ce qui est clair, c'est que nous sommes entrés dans un monde où ce type de catastrophes, de crises et de conflits sont amenés à se multiplier. Et donc bien sûr qu'il y a une réponse d'urgence à amener. Bien sûr qu'il faut alléger la dureté de ce que tout cela provoque dans le quotidien des Français. Mais il faut aussi... se projeter sur l'avenir et nous prémunir durablement contre ce type d'événements qui vont se multiplier. Aucune parenthèse ne va venir se refermer ni sur la COVID-19, ni sur les catastrophes naturelles liées au dérèglement climatique, ni sur les conflits tout autour du monde. Mais malgré tout, quelle
prise avons-nous ? Avez-vous, monsieur le ministre, sur les conflits ? Je reste sur les outils parce que c'est vraiment ce qui nous inquiète. Ces dernières heures, on a appris par les médias américains que Donald Trump refuse de frapper les outils. Est-ce que la France va avoir un rôle à jouer ? Allez-vous intervenir en somme ?
Nous intervenons déjà.
De quelle manière ? Très concrètement. Quel type d'opération ? Depuis
deux ans. Nous sommes en mer Rouge pour protéger la circulation des navires contre les attaques des outils. Puisque les outils, ça fait un moment maintenant qu'ils menacent les bateaux qui circulent dans la mer Rouge.
Quelle est notre présence effective aujourd'hui ? Plusieurs
bâtiments militaires depuis deux ans qui assurent cette sécurisation. Et ça marche, puisque plusieurs centaines de navires ont été littéralement escortés par des moyens militaires français. Et aucun d'entre eux n'a eu à subir des pertes ou des dommages liés aux attaques. pourtant très régulière et très fréquente des outils. Et donc on va continuer sur place à assurer la sécurisation de cette circulation. Sur
l'Arabie Saoudite, est-ce que vous dites aux Français qui sont sur place « partez » ? Partez, repoussez vos voyages bien évidemment, mais on a vu l'ambassade des Etats-Unis qui a recommandé mercredi aux ressortissants américains d'éviter de voyager dans la région, en tout cas dans le royaume. Est-ce que vous dites aux ressortissants, ils sont 6000 français ? Partez.
D'abord nous sommes en contact étroit avec les autorités d'Arabie Saoudite avec lesquelles nous avons des liens très étroits, que nous avons soutenues, y compris lorsqu'elles étaient prises pour cible, soit par l'Iran, soit par les milices qui sont les soutiens de l'Iran. Et quant aux français qui sont sur place, je les invite à consulter. le plus régulièrement possible le site du ministère des affaires étrangères pour qu'ils puissent y trouver toutes les réponses à leurs questions
il faut qu'on parle de la Russie vous avez beaucoup fait réfléchir et réagir avec cette phrase cette semaine nous sommes la cible prioritaire de Vladimir Poutine
pourtant c'est pas nouveau
oui effectivement on le sait mais parfois quand c'est verbalisé et surtout compte tenu du contexte on va y venir très précisément qui se tend ça fait un peu plus réfléchir mais c'est le fait d'être aujourd'hui cible prioritaire de Vladimir Poutine Comment ça se concrétise ? Là encore, soyons concrets pour nos spectateurs, ça passe par quel type d'action contre nous
Alors d'abord, qu'est-ce que ça veut dire très concrètement ? Ça veut dire qu'on se prépare à parer à toute menace, toute agression d'où qu'elle vienne. Si nous avons doublé le budget de nos armées, nos dépenses militaires en 10 ans, malgré toutes les contraintes budgétaires qui s'exercent sur nous, c'est pas pour le plaisir. C'est précisément pour nous protéger contre la menace et même pour la dissuader.
Mais maintenant, nous sommes donc cible prioritaire. En quoi, vous le voyez concrètement, est-ce qu'on ne somme déjà agressés, attaqués d'une certaine manière aujourd
'hui en France ? Bien sûr, nous sommes agressés régulièrement par la Russie de Vladimir Poutine. Et pas depuis cet été, depuis cinq ans. Pourquoi ? Parce que nous soutenons l'Ukraine. Comment ? Par des campagnes de désinformation, des tentatives d'attaques cyber. Nous avons eu, souvenez-vous, en 2024, une tentative d'incendie provoquée par un ressortissant russo-ukrainien. Bref, nous avons nous aussi... peut-être un peu moins que d'autres pays européens, subit ces manœuvres d'intimidation par lesquelles, en réalité, Vladimir Poutine cherche à atteindre la détermination et l'unité des Européens.
Vous parlez des voisins européens qui ont été mis sous pression. Effectivement, ces 24 dernières heures, il s'est passé beaucoup de choses. Je me permets une petite liste pour expliquer. Danemark, une frégate russe tire des fusées éclairantes sur un hélicoptère au large du pays. Lituanie, un drone abattu par l'OTAN. Allemagne, un drone s'était grassé à seulement 1 km d'une base aérienne. La dernière en date, elle est lourde celle-là. Ce vol de deux bombardiers stratégiques russes, 5 heures au-dessus des mers de Barents et de la Norvège. Et en plus décomplexer les Russes, ils partagent la vidéo. La provocation va jusqu'au bout, je crois que vous étiez dans la région. J'étais même
en Norvège au moment où les bombardiers russes ont été escortés vers leur espace aérien par les forces de l'OTAN.
C'est un message qui nous était adressé du coup ?
Ce que je retiens surtout, c'est que s'agissant de ce drone qui a été détruit en Lituanie ou de ces bombardiers russes, l'OTAN, c'est-à-dire l'alliance de sécurité qui nous défend et à laquelle nous participons, a réagi instantanément et a... Est-ce
que c'est votre présence qui était ciblée par ce passage de bombardier ? Est-ce qu'il y a un lien de cause ?
Je n'ose l'imaginer parce que dans les échanges que nous avons eus avec nos partenaires norvégiens, ce qu'ils nous ont dit en réaction à ce qui était en train de se passer, c'est que la Russie régulièrement... signale, teste, montre ses muscles, et ce que nous faisons en réponse, c'est de montrer les nôtres. En envoyant, comme ça a été le cas, les avions de chasse de l'OTAN qui escortent très simplement les avions bombardiers russes vers leur espace aérien.
On a l'impression que quelque chose est en train de se tendre un tout petit peu plus, c'est tendu depuis longtemps, on le sait, mais peut-être une montée d'un cran. D'ailleurs Emmanuel Macron, sauf frère de ma part, a réuni un conseil de défense consacré à ces attaques hybrides. en Europe imputée à la Russie, il y a-t-il une claire montée en tension, une campagne organisée en ce moment et plus intense que par le passé ? Il
y a une accélération d'un phénomène qui, je le disais, a commencé... Il y a à peu près 5 ans, une accélération qu'on prend très au sérieux et les services de l'Etat sont pleinement mobilisés dans toutes les dimensions de leurs activités. Mais nous ne nous laissons pas intimider parce que qui va mal aujourd'hui ? C'est la Russie. Les pénuries de carburant, c'est en Russie. Le mécontentement, c'est en Russie. L'échec militaire... C'est en Russie. Et c'est précisément parce qu'il est en échec et parce qu'il a des élections dans quelques jours que Vladimir Poutine veut tenter par des intimidations vis-à-vis de l'Europe de nous décourager, de nous désunir parce qu'au fond, et chacun le sait, ce qui est visé, ce n'est pas le Danemark ou la Lituanie ou la France. Ce qui est visé, c'est l'Europe. Parce que quand nous sommes... Tous ensemble, nous sommes forts et nous sommes incontournés. Alors là,
vous pensez particulièrement à cette initiative française visant à étendre, j'imagine, notre dissuasion nucléaire à plusieurs pays européens. Ça fonctionne plutôt pas mal. On est au dixième pays qui nous rejoint, c'est la Finlande, ce qui irrite particulièrement la Russie, parce que la Finlande, c'est toute une histoire. Et c'est une présence géographique que la Russie estime être provocante. D'ailleurs, elle nous menace. Elle qualifie la situation de dangereuse, d'irresponsable. Elle dit qu'elle va adapter sa stratégie militaire. Que crainte derrière les maux de la Russie ? Et est-ce que c'est de nature à déstabiliser certains de nos partenaires et à dire ok ? Maintenant, on n'y va plus, on arrête, on prend peur.
Pas du tout, puisque depuis le début de cette guerre d'agression, de cette invasion, ce que la Russie a réussi à provoquer, c'est une unité plus grande des Européens. On parlait de la Finlande, on pourrait parler de la Suède aussi, de pays qui étaient neutres et qui sont rentrés dans l'OTAN à cause de l'attitude de Vladimir Poutine. Échec diplomatique de Vladimir Poutine. Et s'agissant de la dissuasion avancée, c'est-à-dire cette européanisation de la dimension... européenne, en tout cas opérationnalisation de la dimension européenne, de nos intérêts vitaux, pardon pour ce jargon de diplomate, mais quand on parle de dissuasion, on essaye d'utiliser des mots précis.
Justement
pour éviter de faire ce que la Russie a tendance à faire régulièrement, c'est-à-dire de l'intimidation nucléaire avec une rhétorique dangereuse et irresponsable s'agissant d'un membre permanent du Conseil de sécurité des Nations Unies qui est supposé parler de ces sujets avec toutes les précautions nécessaires. Notre dissuasion nucléaire, elle est strictement défensive, elle est strictement responsable et elle le restera. Quoi qu'en pense, Vladimir Poulos ? Si
l'un de ces pays est attaqué, on répond ? De quelle manière ?
La décision d'emploi. de l'arme nucléaire, l'exercice de la dissuasion française. Elle repose sur l'analyse de l'atteinte portée aux intérêts vitaux de la France et elle revient exclusivement au chef de l'État.
C'est un peu l'éléphant dans la pièce. Vous savez très bien que beaucoup de Français s'interrogent sur ce qui s'est passé à Caen, le déraillement d'un crin, d'un train. Il y a eu beaucoup de mises en perspective avec ce qui s'est passé aux Pays-Bas, sur le réseau ferroviaire, en partie paralysé. Ça a été assez spectaculaire. Il n'y a pas de preuve que ce soit la Russie, mais le soupçon est toujours là. Est-ce que l'inquiétude est ? Est-ce que le soupçon est toujours présent ? Est-ce que vous avez écarté tout soupçon d'intervention russe ?
Il faut que les enquêtes dispersent tout soupçon. Mais je le redis, attention à ne pas tomber dans le piège dans lequel Vladimir Poutine voudrait que nous nous trouvions. C'est-à-dire que nous ayons peur, que nous soyons intimidés, que nous acceptions que la Russie de Vladimir Poutine subjugue l'Ukraine et que nous soyons interdits d'apporter. notre soutien à la résistance ukrainienne héroïque qui défend sa sécurité et au passage la sécurité de l'Europe. Jean
-Noël Barraud, monsieur le ministre, est-ce qu'on peut encore parler de guerre hybride aujourd'hui ? C'est Jean-Maurice Riper qui est une grande voix quand même. C'est un ancien secrétaire général adjoint de l'ONU, ancien ambassadeur de France en Russie qui sur ce plateau hier disait il faut arrêter de parler de guerre hybride. C'est la guerre tout court qui nous est déclarée. Il faut le regarder en face et l'assumer
nouveau, je pense que les phénomènes que nous voyons ne sont pas nouveaux, ils s'accélèrent. Si vous m'interrogez sur le terme d'hybride, je suis un peu d'accord avec ceux qui considèrent que ça ne décrit pas tout à fait la situation. Il s'agit d'agressions, elles ne franchissent pas le seuil de l'agression armée, de l'agression militaire, mais ce sont des agressions que nous devons prendre au sérieux, face auxquelles nous devons prendre les mesures qui s'imposent. pour que nous nous fassions respecter, qu'il faut parer, comme l'OTAN l'a fait, avec les drones, avec les bombardiers russes.
Est-ce qu'on peut dire guerre ? Est-ce que la guerre nous est déclarée
ne sommes pas en paix, mais nous ne sommes pas en guerre avec la Russie. Il ne faut pas se laisser entraîner dans cette escalade dans laquelle Vladimir Poutine serait si content de voir les Européens s'engouffrer. Nous ne sommes pas en situation de paix, mais nous ne sommes pas en guerre avec la Russie, mais rien. ne nous fera dévier de notre stratégie de soutien à la résistance ukrainienne, de pression sur la Russie de Vladimir Poutine et de préparation de la paix. Et la préparation de la paix, ce n'est pas sur des plateaux de télévision d'annoncer une grande conférence sur la paix comme Mme Le Pen l'a fait hier à la télévision, pardonnez-moi, mais ça serait risible si ce n'est pas un peu triste d'entendre un responsable français s'exprimer avec une telle naïveté.
Vous aurez l'occasion de reparler de Marine Le Pen puisque des questions de français vous sont adressées sur la question de l'aide à l'Ukraine. Donc je pense que tout ça se... se rallier dans quelques instants, les termes de guerre froide sont utilisés régulièrement sur ce plateau, sur mon plateau. Guerre froide, vous le reprenez ?
Mon rôle n'est pas de commenter ou de définir des terminologies, mon rôle est d'agir. Vous avez dit il y a quelques
instants que les mots avaient une importance particulière. Non, j'ai simplement dit
qu'effectivement, guerre hybride, c'est un terme qui recouvre une réalité qui peut être difficile à toucher du doigt. La réalité, c'est qu'il y a de l'agression dans le champ de l'information, ce qui est un problème majeur. pour nos démocraties, dans le champ cyber, dans le champ du sabotage, et que c'est face à toutes ces menaces qu'on doit prendre au sérieux, qu'on doit se préparer.
Jean-Noël Barraud, quel niveau de réponse, quand même, vont envisager dans les prochaines heures ? Je pense par exemple à Leipzig, les drones en Allemagne. Le résultat, c'est que l'Allemagne a fermé des centres culturels et de représentations russes sur son sol. Nous, je prends un exemple, on a le centre spirituel et culturel orthodoxe russe, qui est ici, je crois que c'est vraiment juste du côté de la Seine. Vous envisagez la fermeture de tel centre russe sur notre territoire
lors que nous serions à notre tour... pris pour cible par la Russie de Vladimir Poutine, à la manière dont l'aéroport de Leipzig a été pris pour cible, nous n'écartons aucune mesure de représailles. Dans le cas précis, ce que je retiens pour l'Allemagne, c'est que la solidarité européenne a joué à plein. Tous les pays européens ont condamné immédiatement, tous ont convoqué les ambassadeurs pour protester vignement contre ce qui s'était passé. Et aucun pays européen... ne s'est dit, tiens, peut-être que je vais ralentir, ou peut-être que je vais lever le pied sur la pression contre la Russie. Et nous allons continuer à empiler des sanctions de plus en plus lourdes, comme les États-Unis en ont décidé hier, puisqu'un texte majeur de pression sur la Russie a été adopté par le Congrès américain, pour que Vladimir Poutine change de calcul.
Alors, nous on change de thème. Est-ce que vous dites ce matin, bienvenue au Canada, Jean-Noël Barraud, puisque la chef de l'Union Européenne, Ursula von der Leyen, propose au Canada de devenir notre premier membre associé. Vous signez, la France signe ?
Nous avons vocation à créer des liens toujours plus étroits avec le Canada. D'ailleurs, c'est à Saint-Pierre-et-Miquelon, premier territoire libéré de la France libre, que le président de la République retrouvera le Premier ministre canadien dimanche. Ensuite, sur le terme exact, comme souvent, lorsque la Commission... Fait une proposition, il faudra que ce soit débattu, décortiqué, analysé avant que nous puissions prendre position. Vous ne reprenez pas forcément premier
membre associé ? C'est ça que vous nous dites sur les mots ? On va
examiner ce que ça recouvre et puis ensuite on prendra position. Et puis il faudra en dialoguer, il faudra en discuter aussi avec les autorités canadiens, avec lesquelles on travaille extrêmement bien.
Et peut-être en parler avec Trump, je ne sais pas si c'est jouable, mais il a menacé la nuit dernière sur ce sujet, il n'a pas du tout aimé le président américain. Il dit que ce serait un acte très hostile, je le cite, et une menace d'arrêter les échanges commerciaux avec l'Union européenne en cas d'association avec le Canada. Que répondez-vous à la diplomatie américaine, à Donald Trump d'ailleurs ?
Que la souveraineté, c'est comme les frontières, c'est comme la démocratie, ça n'est pas négociable. Peu
importe les risques.
n'est pas négociable, c'est le choix souverain des États qui décident de lier leur destin entre eux.
Jean-Noël Barraud, nous sommes-nous humiliés auprès des États-Unis ? Pour débloquer la nomination du nouvel ambassadeur français à Washington, Aurélien Lechevalier, la mission française auprès de l'ONU s'est fendue d'un message de regret pour tenter de calmer la colère des Américains suite à un message précédent qui les avait ulcérés. Ce sont des excuses qui visiblement passent mal. On lit dans le Figaro ce matin un ministre qui dit « c'est scandaleux, la France n'a pas à s'excuser auprès des ministres ». Et il précise ce ministre qu'il n'est pas du tout emballé à l'idée d'avoir à assumer cette position en cas de question sur un plateau de télévision. Bon, vous êtes ministre des Affaires étrangères, vous êtes sur mon plateau de télévision, je vous pose la question, nous sommes-nous humiliés, regrettez-vous ce geste, faut-il le regretter ?
Et moi je vous pose la question, est-ce que c'est une question qui intéresse les Français ? Et je vous donne la réponse, non. Ceci étant dit, il y a un message qui effectivement a été publié au cœur de l'été, qui... porter une critique très forte d'une position qui avait été prise par les Etats-Unis. Une position de regret, non pas d'excuse ou d'humiliation ou d'autoflagellation a été publiée comme un correctif, comme ça arrive très régulièrement. L'affaire est désormais classée et je dirais que la relation, et heureusement, entre les Etats-Unis et la France, qui parfois... passe par des moments de confrontation, d'idées, des désaccords, elle va bien au-delà de ce micro-épisode.
Et c'était le sens, effectivement, de ma question, parce que je pense que ce qui intéresse en revanche les Français, c'est de savoir quel est l'état de nos relations avec les États-Unis. C'est très simple.
Avec les États-Unis, nous sommes alliés, et notamment au sein de l'OTAN, mais nous ne sommes pas alignés. Nous sommes alliés, mais nous ne sommes pas des vassaux. Maintenant, il y a 250... années d'amitié entre nos deux pays qui sont à la fondation même de la démocratie, qui se sont battus l'un pour l'autre au service de la liberté. Tout ça, ça compte aussi dans notre histoire.
C'est l'heure de prendre les questions de français Jean-Noël Barraud et je vais en découvrir quelques-unes en direct avec vous. C'est Fatima Aix-en-Provence qui vous dit pourquoi ne pas négocier avec d'autres pays pétroliers pour nous fournir du carburant.
Mais Fatima a absolument raison et lorsque le président de la République s'est entretenu lundi avec le premier ministre irakien au jour avec le roi de Jordanie, dans quelques jours avec le président de la Syrie. Et lorsque je me déplace moi-même dans la région, c'est exactement pour ça. Pour trouver de nouvelles voies ? Des nouvelles routes, mais aussi des nouvelles sources d'approvisionnement en hydrocarbio. Et vous êtes
optimiste sur ce point ? Oui. Et rapidement ?
Alors rapidement, tout ça, ça prend le temps que ça doit prendre. Mais comme je l'ai dit tout à l'heure, l'objectif c'est de sécuriser à la fois l'approvisionnement et les routes d'approvisionnement. Et puis au-delà, c'est de nous défaire de cette dépendance aux hydrocarbures, parce que je le redis, aucune parenthèse ne va venir refermer ces épisodes de tension. proche et au Moyen-Orient, à brève échéance.
Une autre question nous attend. Allez, on la découvre ensemble. C'est Joseph Maison Lafitte. Bonjour à vous, Joseph. A-t-on vraiment les moyens d'envoyer encore des milliards à l'Ukraine ? Alors, effectivement, la question, elle monte et c'est l'occasion de reparler peut-être de Marine Le Pen. Nous ne pouvons plus l'aider autant qu'avant l'Ukraine. C'est ce qu'a redit Marine Le Pen sur LCI. C'était hier. Elle assume ce tour de vis. Elle a assuré que sa position n'est pas un acte d'hostilité. Et voilà ces propos. On ne peut pas dire d'un côté... Ce n'est pas un acte d
'hostilité. Vous plaisantez. Ce que ça signifie, c'est que si Marine Le Pen avait été élue en 2022, l'Ukraine aurait sans doute été contrainte de capituler et nous aurions une Russie surarmée et menaçante à nos frontières. Voilà ce que ça veut dire. Et donc, a-t-on vraiment les moyens d'envoyer encore des milliards à l'Ukraine ? D'abord, vous avez vu que ce sont par des mécanismes européens, principalement, que nous avons soutenus financièrement l'Ukraine. Et d'autre part, ne pas le faire aujourd'hui, ce serait prendre le risque de payer beaucoup plus cher.
On ne peut pas dire d'un côté qu'il n'y a pas un euro pour indexer les retraites, mais en revanche, il y a des milliards pour la contribution nette à l'Union européenne.
on change de sujet, la contribution nette à l'Union Européenne c'est notre ticket d'entrée. Ticket d'entrée à quoi ? Eh bien à l'appartenance à un groupe qui nous permet d'être fort, qui nous permet de nous protéger, de n'être pas le jouet de ces superpuissances et surtout qui nous enrichit. Regardez ce qui s'est passé au Royaume-Uni quand les Anglais sont sortis de l'Union Européenne, ils se sont appauvris. Ils ont perdu 15% de leur pouvoir d'achat, 3000 euros. par tête, a été perdu par les Britanniques quand ils sont sortis de l'Union Européenne. Donc, quand on refuse de payer le ticket d'entrée, soit on sort... soit on sort, soit on dit qu'on fait baisser le budget commun de l'Union européenne, et si on fait baisser le budget commun, qui est-ce qui en pâtit ? C'est les agriculteurs et les pêcheurs.
Vous venez de dire faire le jeu de ses puissances, vous pensez que Marine Le Pen fait le jeu de ses puissances ? Je vais vous citer aussi quelques expressions très très fortes de ces derniers jours. Elle a été qualifiée de cheval de Troie de la Russie, en tout cas le Rassemblement national, le parti de l'étranger, de patriote de Pacotie. Ce sont des termes que vous pourriez reprendre
? Sans trop de difficultés, oui, parce que ça n'est pas nouveau, que les relations entre... Vladimir Poutine, Marine Le Pen et le Rassemblement National sont étroites, que les déclarations récentes sur le soutien à l'Ukraine font tomber les masques. Au fond, c'est non à l'Union Européenne, même si on ne le dit pas comme ça, parce que ça n'est pas très à la mode, et oui à la relation avec les grandes puissances. Ce que Marine Le Pen a dit hier, c'est que la France doit se situer à équidistance, comme si elle mettait un signe égal entre la Russie et l'Ukraine. C'est totalement irresponsable et c'est confondre. C'est méconnaître ce qui a garanti à l'Europe 8 décennies de paix et de prospérité depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale, c'est-à-dire la construction d'une Europe unie, souveraine et démocratique.
Voilà votre réponse à Marine Le Pen et c'est Christophe Barbier qui vient de nous rejoindre. Je vous en prie Christophe, vous êtes face au ministre des Affaires étrangères.
Mais on va parler quand même des affaires nationales et de politique nationale. Vous êtes vice-président du Modem. Edouard Philippe veut tenir une réunion début novembre pour constituer, on a l'impression, une espèce de majorité future. enjambe la présidentielle pour s'occuper des législatives ? Est-ce que c'est une bonne idée
? Alors ce qui est sûr, c'est que le prochain président ou la prochaine présidente n'aura pas de majorité parlementaire spontanée. Vous l'avez même dit à l'instant, Christian Barbier. Je suis d'accord avec vous. Qu'est-ce que ça veut dire ? Ça veut dire que si... Si nous voulons répondre à tous les défis qu'on vient d'évoquer, bien sûr que cette élection présidentielle est importante. Mais il faudra revenir peut-être à une pratique nouvelle des institutions. Le président, garant des institutions, traite notamment des sujets de son domaine réservé, assure le rassemblement des Français. Et c'est le gouvernement qui conduit la politique de la nation sur quel socle politique, puisqu'il n'y a pas de majorité spontanée, sur une coalition. Et une coalition... Ce n'est pas l'effacement des différences, c'est un travail qui permet à des partis se présentent sous des couleurs différentes aux élections de trouver les compromis nécessaires pour que la France puisse être gouvernée. Dans toutes
les démocraties européennes. Les Républicains n'en veulent pas pour l'instant de cette discussion. Vous les soupçonnez de vouloir aller vers l'union des droites avec le RN
? C'est à eux qu'il faut poser la question. La question de ne pas savoir si on en veut ou si on n'en veut pas, la question est de savoir si la France peut être gouvernée. Pour qu'elle soit gouvernée, il faut se résoudre à la constitution de coalition où des gens qui ne pensent pas la même chose vont devoir faire des compromis. Alors je sais que ça n'est là encore pas très à la mode dans un pays où depuis 60 ans c'est l'alternance un peu brutale d'un camp à l'autre qui a dicté la manière dont la politique est faite dans ce pays. Mais ça n'est pas la manière dont c'est fait dans les autres pays européens et c'est ce... C'est cette habitude-là à laquelle nous devons nous préparer, y compris avant l'élection présidentielle.
Boalem Sansal veut retourner en Algérie. Il veut un vrai procès, un vrai acquittement. La grâce ne lui suffit pas. Vous lui déconseillez ?
Je lui déconseille plus tôt.
Il y a Christophe Glaze. Christophe Glaze
que nous n'oublions pas. Évidemment, nous mobilisons pour obtenir sa libération. Nous l'avons rencontré plusieurs fois cet été. Il va bien. Il est admirable dans l'épreuve qu'il traverse. Et nous ne lâcherons rien jusqu'à obtenir sa délibération définitive.
Merci beaucoup, monsieur le ministre Jean-Noël Barraud, d'avoir accepté l'invitation ce matin. Merci à vous, Christophe.