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Il est 7h38 sur RCF Notre-Dame. Nathanael de Rincsant, ce matin vous recevez François Cornu-Gentil, ancien député Les Républicains et élu local de Saint-Dizier.
Oui, bonjour François Cornu-Gentil. Alors vous êtes aussi l'auteur d'un nouvel art de gouverner aux éditions Le Condottier. On va en parler dans un instant, mais d'abord cette question sur la mobilisation contre la vie chère, observée hier, la rue, les grèves. Est-ce que vous comprenez ? La colère des Français qui manifeste.
Vu l'ampleur du mouvement, ça signifie quelque chose. Après, on voit bien qu'on est dans un système de l'immédiateté et que je pense que sur ces questions très sérieuses, en réalité, il n'y a pas de réponse immédiate. La politique, c'est construire des réponses dans le temps. Et on est sortis de cette spirale et donc on est dans une spirale de surenchère
qui n'est pas bonne pour la République. Alors c'est intéressant parce que votre livre accompagne l'actualité sociale et politique que nous vivons. Et votre constat est plutôt sévère. Vous dénoncez un système politique et législatif qui ne fonctionne plus. Concrètement, est-ce qu'on va dans le mur
est dans le mur, donc la question c'est de savoir quand est-ce qu'on va vraiment en prendre conscience et surtout est-ce qu'on dégage un chemin, une manière d'en sortir, de repartir. Pour le moment on n'est pas tout à fait là, mais il n'est pas interdit de préparer l'avenir.
Vous expliquez assez bien que cette situation s'accélère en 2024 avec la dissolution d'Emmanuel Macron. Beaucoup pensent que cette parenthèse chaotique prendra fin après la présidentielle. Et vous vous en doutez ?
Vu le chaos qu'on a sous les yeux tous les jours, on a tendance à chercher des coupables. Pour certains, c'est Macron, pour d'autres c'est Mélenchon, pour d'autres c'est Marine Le Pen, etc. Où on se dit, c'est simplement qu'on n'a pas de majorité. Je crois que les causes du désordre sont beaucoup plus profondes et qu'elles remontent à il y a 25 ou 30 ans en réalité. On ne sait pas, dans un monde qui bouge très vite, les gouvernements n'arrivent pas à transformer l'État pour répondre aux attentes des Français.
Selon vous, le général De Gaulle lui-même savait que la Ve République était perfectible et devrait évoluer.
Et on ne l'a pas fait. Je crois que les... Si on l'a fait, mais sur un certain nombre de choses qui n'ont pas apporté beaucoup au fonctionnement de la démocratie. Le quinquennat, les questions prioritaires de... priorité, des choses comme ça, ça n'a pas apporté grand-chose. En revanche, ce que voulait De Gaulle, c'est effectivement que les Français comprennent où on les emmène, et c'est ça qui est aujourd'hui impossible. On voit bien qu'on a des gouvernements... raisonnable, si je peux dire, le bloc central qui est au pouvoir depuis 30 ans. Bon, c'est des gens très sérieux, c'est des gens qui ont fait l'ENA, mais on ne sait pas où ils les emmènent. Et c'est un peu angoissant parce que le monde bouge. Ils sont déconnectés de la réalité ? Ce n'est pas qu'ils sont déconnectés, c'est qu'ils gèrent très gentiment, très sérieusement leurs procédures. On est bien obligé de constater aujourd'hui que le constat n'est pas formidable. Donc il y a une peur de ces gens d'être là pour bien gérer, pour rassurer et finissent par inquiéter parce que plus personne ne sait où on en est. De l'autre côté, ça a suscité la vague populiste, mais qui est une fabrication des technocrates. C'est une conséquence. C'est une conséquence. Les gens veulent avoir un horizon. Et donc, quand il n'y a plus d'horizon... On finit par préférer le saut d'un inconnu à rien. On va reparler dans un instant de votre saut dans l
'inconnu. J'aimerais d'abord qu'on s'intéresse à certains exemples parmi les plus frappants que vous donnez pour expliquer la situation actuelle. Cet exemple concerne l'activité législative. Vous dites les lois sont mauvaises et on le sait depuis plus de 30 ans. C'est stupéfiant de voir comme nous nous sommes accommodés de ce... dysfonctionnement, comment, quand on est député, et vous avez été député pendant années, excusez-moi, comment est-ce qu'on peut voter des lois dont on sait qu'elles sont mauvaises ? Eh bien,
oui, parce qu'on espère être ministre, parce qu'on espère se valoriser, oui. Les gens voient le désordre à l'Assemblée, qui n'échappe plus à personne, mais les gens ne voient pas le désordre qui règne au sein des gouvernements. Ils pensent que les gouvernements qui réfléchissent à une loi... ont la possibilité, effectivement, d'analyser la situation, de regarder les choses. En réalité, ils sont dans une lessiveuse. Et donc, on leur demande de faire un travail sérieux, qui est d'essayer de comprendre ce qui nous arrive en matière d'immigration, en matière d'échauffement. Ça ne serait pas sur un coin d'une table, c'est un boulot un peu sérieux. Et en fait, on demanderait au gouvernement de faire ça, et on ne comprend pas qu'ils sont dans une sorte de lessiveuse qui les empêche de réfléchir. Et on vit avec l'idée que sous la Ve République, l'exécutif est fort. Moi, ce que j'observe depuis 30 ans, c'est peut-être vrai pour les constitutionnalistes, mais la réalité, ce n'est pas le droit. Le rapport de force réelle, c'est un... exécutif faible, qui n'a plus les moyens de comprendre ce qui se passe et de l'expliquer aux citoyens, et qui a simplement, du coup, qui essaie de prolonger son contrat. Alors, on fait des lois depuis 30 ans ou 40 ans qui ne gèrent plus le réel, mais qui sont, d'une part, des signes envoyés aux électeurs. Vous parlez d'outils de communication. Mais la loi, c'est pas fait. Nos lois depuis 30 ans sont faites, en gros... pour envoyer des signes encourageants aux amis et pour rassurer les fonctionnaires qui souffrent. Les policiers souffrent, les enseignants souffrent, donc on essaye à court terme de calmer leur colère ou leur inquiétude. Mais ça n'aide pas à gérer le réel. Et donc on sait, il y a eu une suractivité législative et une déconnexion. Vous voyez, le paradoxe, c'est la déconnexion vient du fait qu'on cherche à faire plaisir à tout le monde. La politique, c'est d'abord un mouvement de retrait pour essayer de comprendre ce qui se passe, de l'expliquer et de le gérer. Ce n'est pas fait depuis 30 ans.
J'aimerais faire appel à votre souvenir d'ancien député qui a légiféré. Est-ce que vous avez justement souvenir d'une loi que vous avez votée et dont vous vous dites aujourd'hui, nous avions mal posé le problème ?
Je n'ai pas arrêté de voter des mauvaises lois dans la majorité comme dans l'opposition. Non, je donne pas mal dans le bouquin l'exemple de toutes les lois. sur l'immigration. Le Rassemblement national nous explique qu'il y a un déni, qu'on peut voir le sujet. En réalité, comme je le montre dans le livre, il n'y a pas de sujet sur lequel on a le plus légiféré. Mais comme je l'ai dit tout à l'heure, dans l'urgence, on essayait de rassurer les fonctionnaires inquiets, on essayait de faire deux, trois sites pour montrer qu'on avait pris conscience et on n'avait pas de texte qui permette de gérer la complexité du réel, les contradictions qu'on a à gérer. Donc moi, j'ai voté ces textes, il y a toujours un petit mieux, donc je n'ai pas voté tout à fait n'importe quoi. Mais le résultat global, c'est bien n'importe quoi.
Alors avant d'écouter votre solution concrète, une question, à qui incombe la responsabilité de cette situation ? Vous pointez clairement du doigt Emmanuel Macron. Non,
je crois qu'on n'est pas en maternelle sur toutes les radios et les télés. On essaie de voir qui est le grand méchant, qui est le gentil. La vie est un peu plus triste que ça. Il n'y a pas de gentil, il n'y a pas de méchant. Il y a des gens qui sont un peu paumés, qui font des bêtises. Je crois qu'il faut arrêter de chercher les responsables. Il faut essayer de comprendre. Pourquoi on ne comprend plus rien ? Et comment ça s'est déglingué ? Ça me paraît beaucoup plus important de savoir si... Il
y a quand même un exemple que vous donnez lorsque Michel Barnier est arrivé à Matignon. Il n'est pas resté très longtemps. Vous avez été un de ses proches collaborateurs. Selon vous, il a été victime de l'ego du RN déstabilisé par l'affaire des parlementaires européens et par Emmanuel Macron, soucieux d'avoir un Premier ministre reconnu par des partenaires européens. Je vous cite. Ça veut dire quoi ? Barnier était trop compétent pour Emmanuel Macron ?
Barnier essayait de faire les choses sans céder au chantage. On essayait de restituer un rôle à la France au niveau européen. Et bon, ça gênait un peu les uns les autres. Mais ça, c'est de la politique normale, si je puis dire. Alors,
votre livre aborde aussi les conséquences et on va parler des solutions. Si rien ne change votre solution, il faut une réforme d'ampleur qui passe par un changement et notamment un changement du rôle du Sénat.
Oui, je pense que... On est confronté à des enjeux gigantesques sur l'immigration, sur l'énergie, sur l'intelligence artificielle. Et la façon désordonnée dans l'urgence de travailler les gouvernements ne peut pas aller. Donc il faut imaginer un travail en amont. avant le travail gouvernemental pour bien poser le problème. Ce que j'explique, c'est que les gouvernements sont tellement faibles qu'ils ne peuvent pas dire la vérité. Il ne faut pas leur reprocher, ils sont dans un truc où c'est impossible. Donc il faut créer une nouvelle institution politique capable de décrire le monde tel qu'il est et non pas tel que nos slogans politiques le réduisent. Donc cette nouvelle instance, c'est le Sénat. que je transforme fondamentalement. Qui ne voterait plus des lois ? Alors, il n'y a pas besoin d'une lecture sénatoriale. En revanche, il y a besoin d'un travail préalable pour cadrer le débat politique qui aujourd'hui n'est pas au niveau qui convient. On demande quoi aux sénateurs ? On leur demande un diagnostic. C'est-à-dire non pas s'ils préfèrent par exemple le nucléaire ou l'éolien, mais quels sont les enjeux climatiques ? Les avantages du nucléaire, les avantages de l'éolien. Et après, le diagnostic sur les contradictions qu'on a à gérer. On veut à la fois de l'énergie pas trop chère, propre et être souverain. Donc le diagnostic sur l'ambition, le défi, la complexité. Et puis après, de décrire les conditions de faisabilité des différents... options. Voilà, si on fait du nucléaire, ça veut dire que ça coûtera tant, ça veut dire qu'on sera dépendant. Si on fait de l'éolien, voilà ce que ça donne. Si on veut faire du mix, et donc de décrire, de poser les bases d'un débat rigoureux. Et pour cela, les sénateurs ne le font pas. On ne leur demande pas leur avis, on leur demande de décrire les options. Et pour s'assurer qu'ils ne prennent pas leur désir pour des réalités... ils sont appuyés par la Cour des comptes. Donc il y a une expertise
technique derrière leur travail. Alors justement, Christophe Barbier fait partie des chroniqueurs de cette radio, et il avait une question précise à vous poser.
François Cornu-Gentil, votre livre sur un nouvel art de gouverner est absolument passionnant. Vous proposez beaucoup de solutions, appuyé sur le diagnostic, mais pourquoi ne pas aller jusqu'à proposer une sixième république ? Qu'on puisse graver dans le marbre une nouvelle constitution.
une sixième
république, on
casse la cinquième
et on reconstruit quelque chose. Écoutez, il y a beaucoup de gens qui cassent, donc je préfère plutôt construire, pour ma part, même si on est un peu minoritaire. On peut mettre l'accent soit sur la rupture, soit sur la continuité. La rupture, elle est évidente, puisque l'exécutif de mon système n'est plus jupitérien, selon l'expression donnée. Et donc, c'est un changement véritablement fort. En revanche, on peut aussi mettre l'accent sur la continuité. qui est finalement qu'on redonne au président de la République un rôle tel que le concevait De Gaulle. Maintenant, c'est une sorte de super premier ministre, le président, ce n'est plus un vrai président. Donc, mon système redonne un rôle au-dessus des partis au président. Et puis, l'esprit est quand même très cinquième République. Il s'agit de construire, reconstruire l'État comme ciment de l'unité nationale et de l'intérêt général. Je crois que ce n'est pas le propre de toutes les constitutions d'avoir cet objectif. Après, on peut mettre l'accent soit sur la continuité, on dit cinquième bis, soit sur le rupture, on parle d'une sixième.
Voilà, François Cornu, gentil, avec ce rôle différent offert au Sénat pour, pourquoi pas, construire ce qui ressemblerait à une sixième république. Merci à vous. Je rappelle le titre de votre ouvrage, Un nouvel art de gouverner, aux éditions La Condotière.
Merci à vous Nathanael de Rincsant pour cet invité politique à retrouver bien sûr comme tous les autres sur notre site rcfnotredame.fr.
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