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Bonsoir à toutes et à tous, très heureux de vous accueillir pour une nouvelle soirée dans la résidence d'été de 28 minutes. Et eux, ils ont pris la formule all inclusive, à savoir la belle équipe tout autour de la table. Bonsoir à vous chers amis. Et l'actualité, c'est cette cyberattaque qui a touché les services du fisc. Cet été, les données de près de 700 000 contribuables auraient été dérobées et désormais planent l'angoisse.
premier risque, c'est un risque de tentative d'arnaque. Et puis aussi, on l'a vu avec d'autres fuites de données, potentiellement des personnes qui vont se présenter au domicile pour pouvoir faire des tentatives de cambriolage, se présenter peut-être en tant qu'agent des impôts et vouloir extorquer des fonds aux personnes.
Transcription automatique (Whisper + diarisation) — des erreurs d'attribution ou de transcription sont possibles. Vérifiez toujours avec la vidéo source horodatée.
Alors comment l'attaque contre le fisc a-t-elle pu se produire aussi facilement ? La France, particulièrement touchée par les cyberattaques, est-elle sous-protégée ? Y a-t-il un manque de culture de la protection numérique dans notre pays ? Nous en débattrons. En fin d'émission, nous retrouverons ce... qui malgré la baisse des températures nous font dire qu'est calore, à savoir Marjorie Adelson et Théophile Cossa au programme ce soir.
va parler d'assurance pour lutter contre le dérèglement climatique. Certaines ONG souscrivent une police d'assurance pour des récifs coralliens. Alors comment est-ce qu'on rembourse un récif ? Je vous dirai ça tout à l'heure. C
'est une question. Et vous Théophile ? L'astronaute française Sophia Deneau est en ce moment même dans le vide intersidéral, hors de la Station Spatiale Internationale pour sa première mission. extravéhiculaire, c'est une première pour une française. Alors comment ça se passe, Sophie de Youcopy ? Les sorties extravéhiculaire. Il y a un budget de cette chronique incroyable,
merci tout à l'heure. Car avant cela, si je vous parle de dépendance à un produit, alors on imagine tout de suite la cocaïne ou l'alcool, moins les écrans, les films pornographiques ou les tickets à gratter, et pourtant tous répondent au même mécanisme, celui... de l'addiction, un trouble psychique qui touche de très nombreux Français. Et la psychiatre Camille Charvet en a fait son principal sujet d'étude, mais également celui de son livre Les Assoiffés. Elle est notre invitée tout de suite dans 28 minutes. Bonsoir Camille Charvet.
Bonsoir.
Alors vous êtes psychiatre, addictologue, votre livre Les Assoiffés est paru aux éditions Grasset. Je vous présente l'équipe de 28 minutes, Marion Lourd, Julia Vanneste. Bonsoir. Alors Camille Charvet, juste au début, est-ce que vous pourriez nous dire en quelques mots, vraiment, qu'est-ce que c'est qu'une addiction
addiction, c'est ce moment où, pour faire simple, on ne consomme plus pour se faire plaisir, mais plutôt pour ne pas aller mal. Après, il y a des caractéristiques qu'on va rechercher, par exemple, le fait de continuer de consommer, même si ça porte préjudice, par exemple, à la vie sociale, à la vie professionnelle. Le fait d'avoir besoin de plus pour le même effet, ça s'appelle l'effet de tolérance, on le voit très bien avec l'alcool, par exemple. Le fait aussi de se sentir mal quand on arrête, ça s'appelle le sevrage. Et tout ça ayant un impact délétère, évidemment, sur le reste de la vie. Et
bien voilà, on va en parler d'ailleurs plus en détail dans un instant, puisque c'est le sujet de votre livre et aussi de votre travail. Et avançant, on va voir pourquoi vous avez le profil idéal pour nous parler justement de ces addictions. Et c'est Olivier Boucreux qui nous explique tout ça.
Camille Charvet, vous êtes psychiatre et addictologue. Dans Les Assoiffés, vous racontez ce que nos dépendances disent de nous et d'une époque qui veut tout, tout de suite. Pour écouter ce qui se cache derrière nos addictions, vous avez le profil idéal.
naissons dans une situation de dépendance absolue en tant qu'être humain. Une dépendance inaugurale et probablement comprendre cette dépendance pour l'accepter et en même temps sans s'y perdre, je crois que c'est un des grands enjeux qui fait énormément écho avec ma pratique.
d'athlète de haut niveau. Vous passez une partie de votre enfance à New York dans les années 90. Vous rêvez de devenir critique gastronomique, ce sera la philosophie. Pendant vos études, vous travaillez sur notre rapport au temps, mais vous voulez surtout confronter ces questions au contact de patients. Vous bifurquiez vers la médecine, puis la psychiatrie et la dictologie. Pendant le Covid, vous arrivez à l'hôpital Marmottan à Paris et vous vous sentez enfin à votre place. Dans Les Assoiffés, votre premier livre, vous ouvrez la porte de vos consultations. Cocaïne, alcool, crack, porno, jeu d'argent.
Maintenant, des personnes qui avant n'auraient peut-être pas eu accès à des produits y ont accès. Il y a de plus en plus de femmes, il y a de plus en plus de personnes qui ont des vies vraiment comme tout un chacun. Et il a fallu renouveler la façon de tisser du lien.
L'addiction touche tous les milieux, mais hommes et femmes ne la montrent pas de la même façon. Près de 75% des patients dans les centres d'addictologie sont des hommes, quand les femmes sont majoritaires chez les psychologues et les psychiatres. Vous voyez des amateurs de sensations fortes, des anxieux sous-substances, des victimes de violences, parfois des... Personne qui consomme pour survivre. Vous parlez d'une énergie des survivants. Pas de portrait robot, mais une pathologie du lien aux produits, aux autres, au travail, à l'amour.
Si on parle de maladie psychique, il faut aussi comprendre qu'il faut s'intéresser aux déterminants sociaux, à l'environnement, parce qu'on ne peut pas faire sans.
drogue n'est plus seulement une transgression, elle sert aussi à tenir, travailler plus, rester performant. Vous décrivez une époque saturée d'écrans de vitesse et de plaisirs immédiats qui laissent peu de place au manque, à l'attente ou au désir. Une société qui, dites-vous, semble taillée pour l'addiction.
Voilà, Camille Charvet. Alors dans votre livre, Les Assoiffés, on se rend compte que la drogue, l'usage de drogue, c'est extrêmement banalisé finalement en France. Mais pourquoi on se drogue ? Est-ce que c'est par plaisir, pour être plus compétitif, pour vaincre l'ennui ? Est-ce qu'il y a une raison, véritablement
y a bien souvent une raison, mais elle diffère en fonction des gens. En revanche, ce qu'on peut voir, c'est qu'il peut y avoir des raisons plus massives en fonction des époques, en fonction des situations aussi. Et je crois que ce qui est très notable aujourd'hui, c'est la consommation de stimulants. De stimulants en tout genre, mais la cocaïne est le stimulant qu'on connaît le mieux. Ensuite, il y en a d'autres, notamment avec tous les nouveaux produits de synthèse, les nouvelles drogues qui sont faites dans des laboratoires, contrairement à la cocaïne. Et donc, cela répond probablement à une demande particulière, celle en effet d'être... plus performant, d'être plus en forme, d'être plus concentré, d'être plus focus. Beaucoup de patients disent ça. Mais il faut toujours aller chercher plus loin. Il y a toujours des raisons aussi plus personnelles, on va dire.
Quelle est la place de l'interdit là-dedans ? Parce que la tendance est plutôt à durcir les sanctions à l'égard des consommateurs. Il y a un projet de loi qui va dans ce sens. Finalement, est-ce que c'est une solution ou une incitation
la place... C'est-à-dire que... On a plutôt commencé par des interdits dans le rapport aux consommateurs et le rapport aux drogues, mais c'est la grande loi de 70 qui va pénaliser justement l'usage. Elle va aussi ouvrir la possibilité aux soins. Et donc là, l'addicto va pouvoir vraiment se développer telle qu'elle est maintenant, avec une culture notamment de la réduction des risques, où on va se dire, en fait, interdire, ce n'est pas tellement utile, parce que ça met les gens plutôt dans des endroits où ils vont se cacher, où ils vont faire les choses de façon même plus dangereuse. Et ce qu'il faut faire, c'est plutôt ouvrir. le champ pour laisser les gens arriver aux soins. Après, il y a quelque chose d'un peu délicat là-dedans, c'est qu'on se rend compte évidemment que quand les produits sont plus accessibles, il y a aussi plus d'usages et donc plus de risques d'usages à risque. Donc c'est quand même quelque chose de très délicat. Ce qui est sûr, c'est qu'on n'aide jamais les usagers en les punissant, on les aide plutôt en ouvrant un peu le champ à la parole.
beaucoup de drogue, mais on voit que l'addiction touche énormément de domaines. Pourtant, on se pose toujours la question, est-ce que c'est la même chose ? Quelqu'un qui est accro à la cocaïne, quelqu'un qui est accro au jeu à gratter, est-ce que finalement c'est le même phénomène d'addiction
tout cas, d'un point de vue médical, le jeu à gratter est... totalement considéré comme une addiction au même titre que l'addiction de l'alcool donc les jeux d'argent de façon générale sont médicalement de vraies addictions entre guillemets et ce qu'on constate en effet dans les études qu'on peut faire qu'est ce qui se passe dans le cerveau c'est toujours après les modifications du circuit de la récompense donc on touche les mêmes endroits après c'est pas forcément les mêmes profils de gens encore que ça peut se recouper un alcool et jeux d'argent c'est quand même assez assez fréquent mais il peut y avoir des profils un petit peu différents des sociologies en fonction des produits. Mais le jeu d'argent est une vraie addiction, ça ne fait aucun doute. La
maison mère de Facebook et d'Instagram est en ce moment en procès pour avoir poussé à l'addiction des jeunes. Est-ce que vous regrettez que le Conseil constitutionnel en France ait retoqué l'interdiction des réseaux sociaux au moins de 15 ans ? Ils l'ont retoqué pour des
raisons surtout juridiques. Après, je ne suis pas juriste, mais le point, c'est surtout comment améliorer la loi pour qu'elle puisse vraiment correspondre. Ça aurait été efficace en termes d'empêcher l'addiction pour les jeunes ? Les addictologues ne sont pas d'accord sur ce sujet. Pour l'instant, on ne considère pas, en tout cas, mais on a toujours un cran de retard dans les sociétés savantes, et c'est tant mieux, parce qu'en fait, on cherche à faire des études très longtemps avant d'affirmer quelque chose, donc c'est pour ça qu'il y a cette espèce de prudence. Ce qu'on voit, c'est qu'en tout cas, il y a un effet. délétère sur la santé des jeunes gens. Après, de là à dire que c'est une addiction, je crois qu'il faut faire la différence, parce que les écrans, c'est un peu tout. On n'est pas addict à l'encyclopédie universaliste, par exemple.
C'est assez rare.
– Probablement, en tout cas, il y a quelque chose à faire pour ces personnes qui sont vulnérables, au sens où ils sont mineurs, et donc que les cerveaux ne sont pas matures, et de la même façon qu'on considère qu'il ne faut pas boire de l'alcool quand on est trop jeune, ou pas prendre des drogues quand on est trop jeune non plus, parce que ça va avoir plus de dommages, et bien l'usage intensif d'écran semble avoir un effet. Après, le Conseil constitutionnel prend son temps, probablement, et ça c'est pas forcément le débat, le débat du Conseil constitutionnel n'est pas un débat médical, c'est un débat juridique.
– Alors, on va le voir avec vous, on l'a vu avec vous. justement que là on parlait des plus jeunes, mais que les risques d'addiction touchent toutes les classes d'âge, Julia, et y compris les personnes âgées.
Oui, les plus de 65 ans sont particulièrement exposés, notamment au benzodiazépine. Vous savez, ces psychotropes utilisés pour calmer les angoisses ou l'insomnie, comme le Xanax ou l'exomile. Une étude récente montre que la France se positionne au deuxième rang des pays les plus consommateurs en Europe, juste derrière l'Espagne. Et les personnes âgées, en fait, plus elles vieillissent, plus elles en prennent ces psychotropes. Avec un moment charnière, en fait, l'entrée en EHPAD, la prise de psychotropes, augmente alors soudainement. de 10 points. Le problème, c'est que les personnes âgées, en règle générale, ignorent souvent les risques et notamment le risque de dépendance si la prise continue sur le long terme. C'est pour ça que les autorités de santé alertent sur ce risque et préconisent une prise de 3 mois maximum. Est-ce que vous avez suivi ce type de patients dans votre cabinet des personnes
âgées addictes comme ça aux anxiolytiques ? Alors pas dans mon cabinet, enfin pas à l'hôpital où je fais de l'addictologie, mais en revanche j'en ai vu tout un tas parce qu'en effet c'est extrêmement fréquent. C'est pas des personnes qui vont ensuite aller dans des cabinets d'addictologie. On va plutôt les trouver pour d'autres raisons, par exemple pour des angoisses qui vont se majorer. Parce que le problème de l'addiction à ces médicaments-là, les benzodiazépines, c'est qu'elles calment très très bien l'angoisse. Mais en fait, comme elles sont addictives... assez vite, il y a ce phénomène de tolérance dont j'ai parlé, et en fait ça ne marche plus, il va falloir augmenter les doses, et même paradoxalement on peut avoir plus d'angoisse qui arrive. Et donc on va voir des personnes âgées qui vont justement plutôt avoir des attaques de panique, ou comme ça des variations de l'humeur, et c'est plutôt comme ça qu'on va rencontrer ces personnes-là.
on voit le phénomène d'addiction, on a l'impression d'être plus en plus présent, où on en parle davantage, peut-être que ça l'était tout autant auparavant, mais on en parlait un peu moins. Est-ce que ça veut dire, Camille Charvet, qu'on peut en sortir tout de même de l'addiction
on peut sortir de l'addiction. Je le répète à chaque fois, c'est important de le savoir. C'est vrai qu'on n'aime pas utiliser le mot guérison parce qu'il y a ce risque de rechute qui existe. Après, il y a aussi des gens qui ne rechutent jamais. Il y a des gens qui en sortent et qui ne rechutent pas. Il y a des personnes qui en sortent et qui rechutent à un moment et qui en sortent à nouveau. C'est vrai que bien souvent, on entend parler des pires situations, mais je peux vous dire que je vois tout un tas de personnes qui s'en sortent. Donc oui, c'est possible.
Le grand propos de votre livre, Les Assoiffés, c'est quand même de dire que ce n'est pas forcément un problème individuel. c'est aussi un problème de société l'addiction vous présidente quelle réforme vous feriez pour juguler ce problème on
m'a jamais posé cette question là moi
serait tombe vous savez peut-être c'est le moment c'est dans huit mois en
fait il ya quelque chose qui a été très positif c'est qu'on a fait tout un tas de campagnes pour déstigmatiser la maladie mentale en général et l'addiction aussi et en fait en traitant ça comme une maladie ce qui est bien on a permis à des gens de se dire bon bah c'est pas de l'or faute, c'est une maladie, j'ai besoin de soins. Mais le côté négatif que j'y vois, c'est qu'on en oublie les déterminants sociaux. Et en effet, parce que quand on entend maladie, on a l'impression que ça vient juste du cerveau et qu'il n'y aurait pas d'impact de l'environnement. Ce qui est absurde, parce que par exemple, je ne sais pas, un cancer, ça peut aussi être lié, je ne sais pas, à la pollution. Mais donc, il va falloir, quand on se bat contre le cancer, se battre aussi contre, par exemple, ce qui va polluer les sols. C'est un peu pareil pour l'addiction, c'est-à-dire que d'un côté, il faut progresser dans le champ de la... recherche et du soin mais il faut aussi progresser dans le champ des déterminants sociaux et de tout ce qui va rendre particulièrement vulnérable à ce phénomène là
Voilà, et pour progresser, il faut commencer par lire votre livre. On peut lire ça comme ça, Camille Charvet, Les Assoiffés, Paris Chez Grasset. Merci beaucoup d'être passé ce soir par le plateau de 28 minutes. Allez, passons maintenant à notre débat. S'agit-il de la plus grave cyberattaque de l'histoire de notre pays ? L'opposition cible le gouvernement accusé de négligence après la révélation du pillage des données de 700 000 contribuables. Une attaque revendiquée par un groupe de hackers français. Alors la France serait le deuxième pays au monde subissant le... plus de cyberattaques ? S'agit-il d'un manque de moyens ou d'un désintérêt pour la cybersécurité de la part des autorités ? Nous en débattons juste après la mise au point d'Amira Suilem.
Le coup près tombe. Depuis hier, les services du fisc mais aussi des journalistes prennent contact avec les contribuables concernés par le piratage des données des impôts. C'est le cas de cette femme qui déclare avec son mari près de 250 000 euros de revenus par an.
C'est ma vie privée quand même. Ça reste une propriété de rien. C'est comme si j'étais un livre ouvert et on pouvait dire tout ce qu'on voulait.
Comme elle, ce sont près de 700 000 particuliers et entreprises qui ont vu leurs informations fiscales subtilisées. Nom, prénom, revenu fiscal, taux de prélèvement à la source ou encore caution familiale, les risques de cette fuite sont nombreux.
premier risque, c'est un risque de tentative d'arnaque. Et puis aussi, on l'a vu avec d'autres fuites de données, potentiellement des personnes qui vont se présenter au domicile pour pouvoir faire des tentatives de cambriolage, se présenter peut-être en tant qu'agent des impôts et vouloir extorquer des fonds aux personnes.
Une opération de piratage qui a eu lieu en juin et qui n'a été rendue publique que la semaine dernière. Est-ce à dire que les autorités ont eu l'information ou qu'elles n'ont décelé l'ampleur du piratage que tardivement ? Bercy est désormais sommée de faire la lumière sur cette affaire, d'autant que les opérations de ce genre se sont multipliées ces dernières années. France Travail, l'assurance maladie ou encore Parcoursup, la préoccupation de l'ANSI, l'agence publique en charge de la lutte contre les cyberattaques est grandissante.
est vraiment sur des entreprises criminelles avec une forme de spécialisation, des groupes criminels qui se spécialisent dans l'exploitation des données, d'autres dans l'accès initial et des logiques de franchise qui ressemblent presque au McDonald's de la cybersécurité avec des gens qui fournissent des outils d'attaque à des franchisés qui ensuite font leurs affaires.
Face à ces menaces grandissantes, le gouvernement a lancé un plan dit de sécurisation des systèmes d'information de l'État en avril dernier. Est-ce bien suffisant ? Face aux cyberattaques, la France est-elle suffisamment armée
en débattre ce soir, nous recevons Clément Domingo. Bonsoir. Vous êtes expert en cybersécurité. Vous êtes aussi hacker éthique. Qu'est-ce que ça veut dire ? Une
personne qui va détecter ses failles de cybersécurité, aider à les corriger avant que l'on ait des cybercriminels qui les volent. et les diffuse
sur le dark web. Voilà, comme on a eu là, en effet, avec cette attaque. Alors selon vous, justement, ce piratage du fisc est la cyberattaque la plus grave de l'histoire du pays. Ça l'est d'autant plus, dites-vous, que l'administration et les Français ne l'ont découvert que lorsque les cybercriminels ont revendiqué leur attaque. Ça pose énormément de questions. À vos côtés, Jean-Baptiste Souffron, bonsoir.
Bonsoir.
Vous êtes avocat en droit du numérique, vous avez été secrétaire général du Conseil national du numérique. Selon vous, cette cyberattaque contre le fisc n'est pas forcément... plus grave que les précédentes, mais en touchant au... coffre-fort de l'État français. Cela met à jour un laissé-aller général sur la protection des données, justement, des Français. Et puis, Raina Stambouliska, bonsoir. Bonsoir. Vous êtes experte en diplomatie numérique. Votre livre, La face cachée d'Internet, est paru aux éditions Larousse. Selon vous, il y a une recrudescence des cyberattaques, mais la France n'est pas la seule concernée. Il est faux de dire que c'est une passoire numérique. Cela laisse entendre une incapacité à protéger les données, ce qui n'est pas vrai. C'est ce que vous dites, en tout cas. Et pour entamer ce débat, c'est avec vous. Marion est, vous n'avez pas coutume, les pirates du jour.
Oui, le duo français Zero Bytes, des pirates sans visage, deux Français qui ont de l'expérience puisqu'ils ont déjà fait intrusion dans les données des magasins intermarchés et de la Fédération française de handball. Ces deux hackers se disent sans motivation précise, si ce n'est l'argent. Alors Zero Bytes revendique l'attaque. Vous avez été en contact avec eux, Clément Domingo, mais est-ce qu'on peut être 100% sûr que ce sont eux ?
sûrs que sont eux parce que déjà ils ont besoin de revendiquer et c'est d'ailleurs en revendiquant et en ayant toute cette lumière sur eux qui continue d'ailleurs leur méfait donc là on est quasi sûr que c'est même pas quasi sûr c'est à 200% eux.
Alors Rana Stamboulis, en fait on s'étonne toujours parce qu'on est assez fasciné de savoir comment ces personnes ont déjoué justement les failles de ces services du fisc. Est-ce que c'est une négligence de la part du fisc ou alors ça veut dire qu'eux-mêmes et bien avaient trouvé un coup de génie de leur part de trouver une faille ?
Alors, le coup de génie...
Je
pense qu'on se lève tous les jours et on trouve quand même de moins en moins de gens qui sont géniaux comme ça de nulle part. Non, non, là, en l'occurrence, sur ce cas en particulier, il s'agit plutôt de ce qui a l'air d'être d'une négligence, ou en tout cas d'une compromission des accès d'une personne des services de l'État et d'un tiers assermenté. Ça veut dire quoi ? un sous-traitant qui a le contrat et les permissions qui vont bien pour accéder à ce système d'information-là.
Donc
il y a eu quelque part un glitch dans la matrice, comme on dit, il y a eu quelque part un problème qui a fait que les accès n'ont pas été suffisamment protégés et en tout cas ont pu être mobilisés à mauvais escient par les personnes problématiques dont on vient de parler.
Mais Jean-Baptiste Souffron, il y a déjà eu des attaques plus importantes en termes de nombre de personnes touchées. Donc de quoi en parler ? Est-ce qu'on parle d'une attaque particulièrement sophistiquée ? C'est pour ça qu'elle nous fait en parler
Particulièrement sophistiquée, on ne peut pas dire ça. Justement, c'est ça qui est inquiétant, c'est qu'elle n'est pas particulièrement sophistiquée. Elle n'est même pas du tout sophistiquée et elle va frapper un symbole de l'État français. Merci. Là, c'est Bercy qui se fait pirater. Et alors même que les contribuables ont reçu leur feuille d'imposition, ils apprennent qu'ils vont peut-être avoir une deuxième contribution dans les 6 mois, dans les 12 mois qui viennent, en se faisant pirater par quelqu'un qui va se présenter comme un inspecteur des impôts et qui va les convaincre de faire un nouveau virement vers un compte bancaire dans un pays étranger. Et ils auront perdu 5 000 euros, 10 000 euros, 20 000 euros, peut-être plus pour certains qu'ils ne reverront jamais. Et ça, ça sera la faute de l
'État. Pourtant, Clément Domingo, ce qui nous étonne, quand vous dites en effet que ce n'est pas sophistiqué, ça veut dire quoi ? Ça veut dire que n'importe qui aurait pu la faire ? Ce ne sont pas des hackers particulièrement perfectionnés ? C'est bien ça qui est
totalement terrible. Peut-être pour expliquer ce qui s'est passé, ils ont simplement trouvé des comptes, comme on en trouve beaucoup. Et d'ailleurs, ces comptes-là, aujourd'hui, vous pouvez les acheter à quelques centimes, voire à quelques euros. Et donc là, quand on parle de comptes, ce sont des identifiants avec votre nom, votre nom d'utilisateur, un mot de passe, une URL. Et lorsqu'ils se connectent, ils usurent votre identité, à ce moment-là, ils ont... tous les droits que vous avez. Et là, c'est exactement ce qui s'est passé avec le fisc. C'est aussi ce qui s'était passé avec la NTS, l'Agence Nationale des Titres Sécurisés. Il y a eu aussi le ministère de l'Intérieur. Qui
fait les cartes d'identité.
Exactement. Et donc là, ce que je veux dire, c'est qu'on retrouve à chaque fois la même chose. Et donc, aujourd'hui, de se dire qu'on découvre ça, en fait, stop, il faut arrêter. Ce n'est pas comme si c'était nouveau. Et depuis deux ans, on est en train de dire, en effet, attention, attention, attention. Et pourtant... Rien ne change. Et c'est peut-être un peu ce qui choque. Jean
-Baptiste Souffron, vous êtes aussi avocat. Qu'est-ce qui risque ces hackers s'ils se font attraper ? Parce qu'il y a une enquête qui a été ouverte par le parquet. Ce sont des
choses très graves. Ce sont des infractions qui sont très graves, qui sont punies de peine de prison, etc. La question n'est pas là. La difficulté, c'est comment les retrouver ? Ce n'est pas si simple. Parfois, on y arrive. Il faut aussi se dire que les services d'enquête ont les moyens de pouvoir identifier les gens. Ils y arrivent.
Il y a eu plusieurs arrestations, y compris d'ailleurs le jeune de 15 ans qui a piraté la NTS, l'Agence Nationale des Titres Sécurisés. Il y a aussi eu un Vendéen de 21 ans, Exdex. Il y a aussi eu encore un autre groupe, un collectif de 7. Mais heureusement, d'ailleurs, on parvient à mettre la main sur ces cybercriminels. Juste un mot, Clément Domingo, rapidement. Ça arrive souvent qu'il se revendique comme ça, qu'il parle même à l'agence France Presse, des hackers ? Par contre, dans ce cas-là, jamais ça n'était encore arrivé. Limite, il est même en train d'humilier, il est vraiment en train de... narguer le gouvernement, et ça, c'est une première. Dans la mesure qu'il a aussi un compte, il réagit aux tweets de la direction, il réagit aussi aux différentes informations du ministre, avec quand même un décalage qu'on n'avait pas encore
vu jusqu'ici. Il faut bien comprendre un truc, c'est que là, vous avez quelqu'un qui se revendique, d'accord ? Mais en fait, il y a des tas, visiblement, de piratages. Si c'était si simple que ça, c'est qu'il y en a dont personne ne s'est revendiqué. Donc là, vous avez l'exemple d'un fichier qui circule, mais quels sont les fichiers qui ne circulent pas ? Et ce qui est terrifiant, c'est qu'on a l'impression que Bercy a appris le piratage parce que le pirate en a parlé. Alors,
on va voir avec vous, Julia, que... Autre problème maintenant, c'est l'intelligence artificielle, que les attaques deviennent de plus en plus sophistiquées.
Oui, avec l'IA, les attaques sont plus massives, plus rapides et plus destructrices. Il fallait auparavant des semaines aux hackers pour trouver une faille. Aujourd'hui, en quelques minutes seulement, l'IA scanne un logiciel entier, trouve la brèche et génère le code sur mesure pour le pirater. Mais le vrai tournant, Jean-Mathieu, c'est qu'il n'y a même plus besoin de cerveau humain pour piloter une attaque à grande échelle. Au mois de juillet, par exemple, des pirates chinois ont utilisé... l'intelligence artificielle pour cibler des agences du gouvernement. taïwanais et pour la toute première fois des agents IA ont mené cette opération de façon 100% autonome c'est à dire et bien sans la moindre intervention humaine c'est l'IA toute seule qui a réfléchi à la meilleure stratégie d'intrusion autre piratage qui a fait grand bruit cet été souvenez-vous deux intelligences artificielles d'OpenAI ont réussi à s'échapper d'un environnement théoriquement confiné avant de se connecter à internet pour s'attaquer à plusieurs entreprises alors face à ces cyber attaques en pilote Les autorités tirent la sonnette d'alarme. La Banque centrale européenne, notamment, vient de sommer les plus grandes banques de la zone euro, de trouver d'urgence une solution pour lutter contre ces opérations qui sont menées par les intelligences artificielles. Je me tourne vers vous, Reina Samboliska. Est-ce que ces opérations sont particulièrement difficiles
à déjouer ? Alors, je vais les faire en trois temps. Le premier temps, c'est nous, sur le terrain, les gens qui faisons de la cyber. On n'a jamais vu ça arriver, ce que vous avez décrit.
En fait,
c'est de la fiction. Ils ne se
servent pas de l'IA encore. C'est nous,
ce n'est pas ce qu'on voit. Ça dépend de ce que vous appelez se servir de l'IA. Si ce que vous voulez faire, c'est envoyer 10 000 mails qui ont l'air plausibles par jour, là c'est super.
Ce qui arrive pour bloquer en effet des communications.
Si vous voulez faire arrêter une éolienne de tourner, là j'attends toujours de voir. Ou alors vous avez un hobby de voir ce que les pales tournent à l'envers. Donc ça... Et là, je suis désolée, deuxième sujet, je vais être un peu désagréable avec vous tous et toutes, journalistes, parce que souvent, en fait, jouez le jeu. de ce genre de choses. Le capital social de cyberméchant, il est fait aussi par toute l'exposition qu'on leur donne. Ce n'est pas une première... C'est une information,
donc c'est normal qu'on la transmet.
Bien sûr, mais c'est très souvent, vous, ce n'est pas nécessairement vous le cas, mais le nombre de fois où on voit des médias, des grands quotidiens nationaux qui ont pourtant des journalistes numériques, qui reprennent des revendications sur des forums du dark web, en fait, qui donnent crédit complet. au cyber méchant, enfin je veux dire enfin laisser nous travailler. Troisième chose, il faut vraiment se concentrer sur les conséquences sur les gens. Jean-Baptiste a entamé un peu tout à l'heure sur la ponction bis. Ça c'est quelque chose qu'en France on ne fait jamais. On ne fait jamais le suivi des impacts différés. Donc les fraudes qui vont arriver dans quelques semaines, quelques mois. Pour
l'instant on voit qu'en effet le gouvernement essaie de se dépêtrer de cette affaire. On a vu aujourd'hui une conférence de presse et donc il y a David Amiel qui est le ministre de l'Action et des Comptes Publics et donc il s'est excusé en effet. Voilà en effet le ministre qui se dit que c'est insupportable en effet pour les Français ce type d'attaque. Est-ce qu'il y a ce risque aussi Jean-Baptiste Souffron de voir qu'en attaquant ces données de l'Etat ? C'est aussi... la confiance des administrés envers leurs institutions ? Non, mais je pense que les
gens qui vont se faire ponctionner de 10 000 ou 25 000 euros en 2027 parce qu'ils vont se faire hacker à cause des données qui n'ont pas été protégées par les services de David Amiel, ils n'en ont peut-être un peu rien à faire de ces excuses. Surtout que ça vient après une série de tweets qui étaient particulièrement arrogants et agressifs. D'ailleurs, même Aurore Laluc, qui connaît bien le sujet et qui n'est pas la plus difficile des politiques, a appelé à la démission de David Amiel, si vous voulez. On a l'impression qu'ici, il n'y a pas de démission. Pas de démission, ça veut dire qu'il n'y a pas de responsabilité. Ça veut dire qu'il n'y a pas de responsable. Et c'est ça le fond du sujet. C'est qu'actuellement, il n'y a pas de pilote dans l'avion du numérique en France. Ça fait dix ans. Ce que vous voyez aujourd'hui, on a passé les trois derniers mois à discuter de l'interdiction des réseaux sociaux au moins de 15 ans. Mais pour que, pour permettre... au gouvernement d'avoir un bilan numérique après 10 ans, parce qu'ils voulaient être les premiers à l'avoir fait en Europe. Mais le vrai bilan numérique des 10 ans, vous l'avez là, c'est qu'on n'est même pas capable de défendre Bercy contre des cyberattaques les plus simples qu'elles soient. Et du coup, quand on réfléchit à qu'est-ce que ça va être dans 3 ans, dans 4 ans, dans 5 ans, quand ils vont vraiment commencer à utiliser l'IA, ça va être la passoire. C'est ça la difficulté. Comme il n'y a pas de pilote, comme il n'y a pas de stratégie, pas de vision, pas d'arbitrage, il y a même une loi actuellement sur la double authentification qui aurait dû... être passé déjà depuis 2024. Eh bien, l'administration n'est pas d'accord avec la rédaction. Ils sont sur des débats des années 90 en disant qu'il faudrait du chiffrement, pas du chiffrement, des trucs un peu techniques. Résultat, il n'y a pas un politique qui est arrivé en tapant du poing sur la table en disant « Ah mais si, vous savez, maintenant, il va falloir que les fonctionnaires de Bercy… » Et une double authentification ? Bah non, personne. Alors que vous-même, pour vos mails perso, comme vos téléspectateurs, vous avez déjà une double authentification. Vos mails sont mieux sécurisés que Bercy.
Les représentants de la nation, ils voient l'importance du sujet, puisque les sénateurs notamment réclament une commission d'enquête parlementaire. Et parmi les plus remontées sur le sujet, il y a la centriste Nathalie Goulet.
C'est France Passoir, comme je l'ai dénoncé plusieurs fois au Sénat. C'est-à-dire qu'en réalité, nos données personnelles sont en pâture pour tous les criminels. Des gens peuvent ouvrir un compte bancaire à votre nom, ils peuvent vendre votre maison sans que vous le sachiez, ou presque. Ils peuvent évidemment contracter des emprunts
sans que vous le sachiez. Et c'est vrai que le nombre d'attaques sur les administrations publiques, d'attaques réussies sur les administrations publiques, augmente Clément Domingo. Alors est-ce qu'on peut prononcer ce mot que Jean-Baptiste Sofran disait tout à l'heure de « passoire numérique »
Au regard des faits, la France est une passoire numérique depuis deux ans et quand vous regardez qu'on est… Bon, en France, c'est que sur le papier, on ne l'est pas du tout. Aujourd'hui, on a un peu cette place de premier, en tout cas bonnet d'âne en Europe, numéro 2 dans le monde. C'est le cas. Et surtout, ce qui est terrible, c'est qu'il faut aujourd'hui vous dire qu'avec toutes ces bases de données-là, mises de manière unitaire, on peut se dire très bien qu'on ne peut pas en faire grand-chose. Mais ce qui devient terrible, c'est qu'aujourd'hui, on peut croiser les données. Et donc, lorsqu'on a une base fiscale, lorsqu'on a une base médicale, lorsqu'on a une base de fédération française, on met nos enfants. C'est là où ça devient hyper... hyper dangereux parce qu'on a finalement tout de vous. Et derrière, il y a aussi bien les arnaques classiques, mais il y a aussi peut-être ce qui manquait aussi dans le mail de communication de la DGFIP à tous les contribuables, c'est qu'il y a ce risque aujourd'hui que l'on connaît au niveau de la Fédération française de tir où des gens ont été combriolés au niveau des crypto-monnaies. Et donc aujourd'hui, avec vraiment le fisc d'avoir un peu tous ces niveaux, des gens vont potentiellement être soit kidnappés, soit séquestrés, soit combriolés. parce qu'on a toutes ces informations d'eux.
Je sais que vous n'êtes pas d'accord sur le terme de passoire.
J'avoue, ça me met très mal à l'aise, parce qu'en fait, une passoire, ça veut dire que ça laisse tout passer. Or, c'est pas vrai. Là, en l'occurrence, avec le fisc, on a littéralement le cas contraire. Parce que là, c'est un problème de contrôle d'accès. C'est comme si vous aviez perdu votre badge, je l'ai trouvé, je suis entrée avec. Arte, c'est une passoire ? Je
ne
crois pas. Non, non, mais c'est vraiment ce qui s'est passé, en fait. Et bon, vu comment... Eh bien, ça
reste une passoire. Attends, je finis. Oui, mais attends, mais ça reste en fait une passoire quand je n'ai pas capable de détecter. Je finis de m'exprimer. Très bien.
Donc, les images que vous aviez montrées, c'est quelque chose, la source Surfshark, je la connais assez bien, parce qu'en fait, ce qu'elle compte... et c'est un problème de compte et donc de qualification de ce qui est compté. Ce qui est le compte, c'est le nombre d'identifiants uniques compromis. Ici, nous sommes 6. Je pense qu'à nous, 6, il y a à peu près 1000 comptes individuels. Donc si là, dans ces données-là, je compte 1000 comptes individuels pour 6 personnes, du coup, c'est sûr que ça explose. Après, la volumétrie... 'est pas la même chose que la conséquence. Et mon propos est de dire que dès qu'on commence à s'égosiller sur des passoires, pas passoires, ça déplace le sujet. Le sujet est la conséquence, y compris, et Jean-Baptiste a commencé à en parler tout à l'heure, la responsabilité. À quel moment on a vu un non-fonctionnaire se faire
sanctionner ? On va revoir ce tableau qui montre les pays les plus touchés par les cyberattaques. Les Etats-Unis sont en premier et la France apparaît en deuxième. La France qui est donc le pays européen le plus touché par les cyberattaques. Qu'est-ce que ça veut dire ? Que les autres, nos voisins, se défendent mieux ? Déjà, les
hackers, les pirates, savent quels sont les pays qui sont plus ou moins sérieux. Les Etats-Unis, c'est peut-être un cas un peu particulier parce que c'est le pays le plus riche. Mais ce qui est le plus choquant, si vous voulez, ce n'est pas la violence de l'attaque, c'est surtout le manque de... l'activité et l'incapacité à réagir correctement. Il a fallu quasiment plus de 50 jours à l'administration pour prévenir les contribuables qu'ils avaient été piratés pour envoyer un simple mail d'information. Et soit ils ne l'avaient pas détecté, et dans ce cas c'est un problème de compétences, soit ils l'ont détecté. Ils ont détecté la compromission mais pas l'exfiltration. Et même en partant du jour où ils ont appris le pirate en a parlé, ça fait 7 semaines. Donc en fait, si vous voulez, on est dans une difficulté, c'est-à-dire qu'on voit bien qu'il y a un manque de réactivité. Quand on est le deuxième pays le plus visé par les cyberattaques, quand on se targue d'être une puissance numérique, quand on a des sous-marins, quand on a l'arme nucléaire, etc., et qu'on a des bons ingénieurs, peut-être en fait, on pourrait éviter de faire en sorte que le ministre du numérique soit à trois rangs
en dessous du premier coup. Pourquoi votre avis c'est comme ça aussi, Clément Domingue ? Vous l'avez dit tout à l'heure, Jean-Baptiste Souffron, vous avez dit qu'il y a des politiques qui étaient un peu vieux sur le sujet. Est-ce que c'est vraiment que ça ? C'est-à-dire qu'on est pénalisé par un manque de culture autour de la cyber
Je dirais qu'il y a un triptyque. Manque de vision. Donc tant qu'on n'aura pas une vision et surtout à l'orée des élections présidentielles, je pense que ça ne passera pas. D'ailleurs pour les futurs candidats à la présidentielle, comme on a eu les prémices en 2017 puis en 2022 par rapport au climat, s'ils n'ont pas quelque chose de consistant par rapport au numérique, je pense que ça va énormément bloquer. La deuxième chose... tant qu'il n'y a pas une culture, tant qu'il n'y a pas une acculturation de la formation, là encore, c'est exactement ce qui s'est passé. Au niveau de la DGFIP, au niveau de la NTS, au niveau du ministère de l'Intérieur, je peux comme ça vous faire une litanie quand vous avez un système qui est hyper sécurisé et que vous ne prenez pas le temps de sensibiliser, de former vos utilisateurs, mais c'est eux qui viennent faire effondrer votre château. Et surtout, la troisième, le nerf de la guerre, tant qu'il n'y a pas assez d'argent sur la table... On ne peut pas non plus venir un peu rivaliser. Lorsque vous prenez les Etats-Unis, aujourd'hui, les Etats-Unis, leur budget, ils montent jusqu'à 10% de leur PIB. Pour se protéger. Pour se protéger. Et une bonne partie là-dessus. Et puis en fait, en France, on fait quoi ?
Et pourtant, il existe premier. Exactement.
Vous êtes
la seule à dire que la
France n'est pas si mal protégée de ça, en réalité. Nous, ce qu'on fait dans le quotidien, ce qu'on regarde, ce n'est pas... Est-ce que, en fait, rien ne m'arrivera ? Ça, personne ne peut vous le garantir. Vous sortez dans la rue. Non, mais si on investit, on a moins de choses. La question, en fait, elle est que administration n'est pas comparable à votre environnement, vous. Je veux dire, la DGFIP, si on prend que la DGFIP,
le
fisc, ça gère 760 milliards en flux financier par an. Ça paye les salaires de plus de 1,5 million d'employés. Je veux dire... Vous avez combien de trucs chez vous, sur votre ordinateur ? On s'attendrait quand même à ce qu'ils soient très bien protégés. Mais ils le sont. Donc là, mon propos est celui-là. Il est de dire que là, ce qui s'est passé... 'est qu'il y a eu un problème d'accès. D'accès,
c'est ça.
Et donc tout le sujet est là.
Oui, mais sauf qu'Amélie Berger, là, il y a quand même en fait trois cyberattaques. Donc finalement, ce n'est pas vraiment... Donc
là, le sujet, si on regarde que la DGFIP, il y a aussi des sujets qui ne se résolvent pas qu'en balançant de la thune, excusez la familiarité, sur les gens. Il y a... dedans, des milliers d'applications qui datent des années 80. Je n'étais pas née. Il y a des modèles mathématiques, même Cédric Villani, je ne suis pas sûr qu'il les comprenne. Il y a aussi une complexité de métiers qui ne se résout pas magiquement en disant je vais mettre de l'argent et puis je vais acheter d'autres outils. Donc là, on arrive sur des sujets liés... à la sous-traitance, on arrive sur des sujets liés au marché public. Ça fait combien d'années qu'on demande à l'UGAP, qui est l'organisme de marché public, d'inclure des critères de cybersécurité dans le marché ? Alors un mot tout de même,
Jean-Baptiste Souffron, sur peut-être une solution. Est-ce qu'aujourd'hui, alors que... On est dans un monde totalement numérisé. On nous dit d'ouvrir des coffres forts numériques en permanence. C'est ce qu'il faut dénumériser. Au contraire, on pense à cette feuille d'impôt, vous savez, à l'ancienne. Est-ce que c'est
vers
là qu 'il
faut
aller
? Ça, c'est très simple et ça fait partie des recommandations de base. C'est que quand vous avez quelque chose qui doit rester secret, simplement, vous ne le mettez pas dans un environnement numérique tout court. Le papier, ça existe. Mais bien sûr, quand vous travaillez sur des brevets, des choses comme ça, vous pouvez. Bien sûr, mais si vous voulez que ça soit vraiment secret, vous regardez les choses vraiment secrètes. C'est la première règle. Vous faites la différence entre le secret et le discret, par exemple. Et puis, la solution ? Non. Il n'y a pas une serrure magique, en fait. Mais regardez l'annonce qui a été faite du plan en avril. 200 millions. Vous savez combien coûte un logiciel à Bercy ? Non. C'est plusieurs centaines, voire plusieurs milliards. Donc 200 millions pour cybersécuriser l'administration française. Vous voyez bien que c'est du saupoudrage et que c'est totalement sous-mesuré. Et il ne s'agit pas de trouver la serrure magique qui va protéger à tout prix, mais je le répète, à l'impossible d'une détenue des cyberattaques, il y en aura tout le temps. Et plus on numérise, plus on en aura. Mais il faut adopter une stratégie de transparence
absolue. Transparence, très bien. Mais Clément Domingo, ça veut dire qu'aujourd'hui... Attendez, je termine ma question. Sur le coffre-fort numérique, aujourd'hui, on nous dit d'aller en permanence. Tout le monde en fait. Est-ce que ça veut dire qu'aujourd'hui, tout le monde est menacé sur son coffre-fort numérique
? De facto, tout le monde est menacé. Tout va dépendre après de ce qu'on y met et surtout de tous les petits... Vous savez un peu, je prendrai un peu l'image de la ceinturée bretelle. D'accord. Voilà, ça parle à tout le monde. Si la bretelle, elle saute, il y a la ceinture qui est là, et vice-versa. Donc, il faudrait un peu qu'on aille vers ce type de modèle. D'accord,
ce type de modèle, en tout cas.
Et regardez,
au pair, une phrase. Je vous attends une phrase.
Obéis pas, obéis
pas, temps de réaction, six jours. Voilà, c'est ça la différence. Eh bien écoutez, on espère que ça sera entendu. Merci en tout cas pour ce débat, qui n'était pas des plus rassurants en tout cas, mais merci en tout cas d'être venu ce soir sur le plateau de 28 minutes. Allez, à suivre les chroniques de Marc-Joan Adelson et Théophile Cossa et nous verrons que pour protéger la planète, il faudra peut-être bientôt assurer les coraux. C'est en tout cas désormais possible. Avant de nous intéresser à la première sortie dans l'espace d'une française, les sorties extravéhiculaires, nous verrons comment ça marche. Mais tout de suite, rejoignons l'homme qui a la culture G aussi impeccable que sa couple. de cheveux, à savoir Victor de Quiver. Et ce soir, dans Voudine, Raymond Bête, il aborde le sujet qui passionne tous les fatigués du cocorico au petit jour. Un coq peut-il justifier de ses actes ?
coq peut-il justifier de ses actes ? La question vous paraît farfelue et pourtant. Au Moyen-Âge, les animaux comparaissent devant les tribunaux. Cochons, chevaux, vaches, quand ils tuent accidentellement un être humain, ils sont pendus ou brûlés. Les chenilles et les souris qui ravagent les récoltes, excommuniées par l'église. Pourquoi ? Parce qu'au Moyen-Âge, l'Église octroie une conscience morale aux animaux. Ce sont des créatures de Dieu. Ils ont une âme. Ils peuvent distinguer le bien du mal. Ils sont donc responsables de leurs actes. Un cochon qui tue un enfant, c'est un criminel qui doit être jugé comme un humain. Ces procès sont monnaie courante entre le XIIIe et le XVIe siècle. L'animal a droit à un avocat, à des témoins, à un vrai procès. Mais le summum de ce qui nous semble absurde aujourd'hui se passe à Bal en 1474. La Suisse est alors en pleine chasse aux sorcières. En trois siècles, 3500 personnes sont brûlées vives, dont 60 à 70% de femmes. C'est dans ce climat de terreur que le tribunal balois se réunit pour juger un coq. L'accusation acte contre nature. Le pauvre volatile a pondu un œuf. Oui, vous avez bien entendu, un coq et non une poule qui pond. Le problème, selon une légende médiévale, un œuf de coq couvé peut donner naissance à une créature au regard mortel qui tue d'un seul coup d'œil. Le danger est immense. Le coq a droit à un avocat. Celui-ci plaide. Son client n'a pas fait de pacte avec le diable. C'est un accident involontaire. Mais les juges ne sont pas convaincus. Verdict, le coq est habité par Satan. Août 1474, colline de Kulenberg, devant des dizaines de badauds, l'exécuteur attache le coq à un poteau. Il place l'œuf à ses côtés et il met le feu. Le coq et sa progéniture brûlent ensemble. Ces procès prennent fin au XVIIe siècle. Des cartes changent tout. Les animaux deviennent des machines biologiques. Sans conscience, on ne juge plus les machines. Ironie de l'histoire, en 2015, le code civil français reconnaît les animaux comme être doué de sensibilité. Le Moyen-Âge n'avait peut-être pas de faux. Voilà, vous dînerez moins bête.
'est en effet une belle morale, merci beaucoup Victor de Kiver. Allez, il est temps de les retrouver pour terminer cette émission, à savoir Marjorie Adelson et Théophile Caussat pour leur chronique. On va commencer avec vous, Marjorie, comme tous les soirs en fait, et on va parler de biodiversité ce soir. Désormais, on peut, vous le dites, assurer les récifs de coraux contre le dérèglement climatique.
Oui, un récif n'a pas de compte en banque, pas de carte grise, pas de domicile fiscal, mais... Il peut avoir une assurance. Et oui, comme on protège sa maison ou encore sa voiture, on peut dorénavant faire de même pour les coraux dans la mer. Ça s'appelle l'assurance paramétrique et c'est une méthode un petit peu déroutante qui est proposée par des assurances privées. Alors les pays qui ont une barrière de corail s'en servent de plus en plus. C'est le cas par exemple des sites Fidji, du Mexique ou encore de Hawaï. Alors la question qui se pose, c'est comment est-ce qu'on rembourse un récif ? C'est une bonne question. En tout cas, l'objectif, c'est surtout de protéger ces coraux en les restaurant après un événement climatique, comme par exemple un cyclone. Or, à la différence d'une voiture, personne ne possède de coraux. Enfin, normalement. Ce sont donc des associations, des ONG qui, couplées avec du mécénat, payent une police d'assurance. La toute première de ce type, elle a été souscrite au Mexique. C'était en 2020. Une organisation de défense de l'environnement a voulu protéger une portion du littoral de 160 km de long avant le passage de l'ouragan Delta. Bilan, moins d'une semaine après le passage de ce cyclone, 800 000 dollars ont été débloqués. Ce montant a donc été réinvesti, ça a permis que des plongeurs puissent aller rattacher et donc sauver 1200 coraux.
Alors c'est comme une sorte d'assurance anti-catastrophe naturelle.
Oui, sauf que c'est un petit peu plus rapide, car lors d'une catastrophe, vous le savez, il faut envoyer les factures, il y a une expertise, bref, ça prend du temps. Ici, le paiement se déclenche automatiquement en fonction d'un paramètre, le vent dans le cas d'un ouragan, dès qu'il dépasse par exemple un seuil de 250 km heure. Et c'est pour ça qu'on appelle assurance paramétrique. On estime d'ailleurs que d'ici 2033, ce marché devrait peser 30 milliards de dollars.
Et pourtant, malgré le dérèglement climatique, ce genre d'assurance ne te font pas vraiment... Consensus,
non, parce que pour l'instant, en fait, il y a un seul paramètre qui fonctionne et c'est justement le vent. Or, ce qui tue massivement les coraux, on le sait, c'est la chaleur, le réchauffement de l'eau qui crée un phénomène de blanchissement. On estime d'ailleurs que ces dernières années, plus de 85% des récifs coralliens ont été touchés par ce phénomène. Alors évidemment, il y en a certains qui crient à l'entourloupe, mais... Le système peut quand même évoluer. L'Indonésie, par exemple, qui abrite la plus grande diversité de coraux au monde, réfléchit à une température au-delà de laquelle cette assurance pourrait tout de même s'appliquer. Alors dans tout ça... Il y a quand même un autre problème. Et c'est le prix. Eh oui, car des écolos proposent que ce genre d'assurance soit intégré dans les budgets publics des États ou alors financé par une taxe dans le tourisme, car les coros amènent aussi beaucoup de touristes, beaucoup de curieux. Alors après, c'est vrai que la nature, elle ne demande pas vraiment à être remboursée. Elle veut peut-être juste qu'on la laisse tranquille. C'est
vrai, c'est pas faux. Merci beaucoup, Marjorie. Allez, avec vous, Théophile, on va parler d'une femme qui a passé une partie de sa journée. Dans le vide intersidéral, c'est l'astronaute Sophie Adnaud. C'est la toute première française de l'histoire à réaliser une sortie hors de la Station Spatiale Internationale. Justement, les sorties extravéhiculaires. C'est comme ça qu'on dit comment ça marche. C'est fou, rendez-vous compte.
À 400 km au-dessus de la Terre, Sophie Adnaud, 44 ans, est tranquillou dans son gros scaphandre. Peut-être dans le vide le plus complet, peut-être à admirer la Terre ou l'immensité de l'université. Tout ça à l'extérieur de l'ISS, la Station Spatiale Internationale. Alors jeudi. Tranquillou, mais attention, ce n'est pas du tourisme. On ne sort pas comme ça dans l'espace pour le plaisir. Nom de la mission, Spacewalk 97. Déjà, ça sonne bien. Objectif, changer une antenne en panne qui permet de transmettre à la Terre des communications au débit. Sophie et son binôme, l'américain Anil Menon, sont sortis de la station vers 14h30, heure française. La mission devait durer 6h30 ce n'était pas une promenade de santé. Alors
pourquoi ça justement ?
Déjà, il a fallu enfiler le scaphandre. C'est tellement lourd, 145 kilos, que ça ne se fait pas tout seul. Ils ont été aidés par les autres astronautes à bord. Ensuite, il faut sortir via le SAS qui est petit à petit dépressurisé. Puis il faut rejoindre la zone où se trouve l'antenne défectueuse. Donc imaginez, dans la combi, à progresser comme ça, au ralenti, sur les parois de la station. Et ce n'est pas fini. Il faut atteindre l'antenne. Pour ça, l'astronaute américain, qui était le chef de mission, s'est accroché au Canadarm, une sorte de gros bras articulé, contrôlé par les astronautes restés à bord. C'est ce bras qui l'a transporté jusqu'à l'antenne. Puis il a fallu la démonter. Elle fait 2 mètres de diamètre. Elle pèse 90 kilos sur Terre. remonter la nouvelle, la connecter, vérifier que tout marche, retourner jusqu'au SAS, tout ça est très éprouvant pour le corps, dans un environnement super hostile où le moindre pépin peut devenir très problématique et ça arrive parfois. En 2013, l'astronaute italien Luca Parmitano effectue une sortie extravéhiculaire au bout de 45 minutes. Tiens, j'ai de l'eau qui coule dans mon casque, ça se remplit, ça se remplit, ça coupe ses communications, il ne voit. Plus rien. Il a dû revenir comme ça en tirant sur sa ligne de vie. Il a réussi à rentrer. Mais vous imaginez ? Le stress, c'était un défaut du scaphandre. Le liquide de refroidissement avait coulé accidentellement dans son casque. C'est une vraie angoisse,
une scène de chine. Alors heureusement, les
astro
-reuses sont entraînées
pour ça. Oui, avant de partir dans l'ISS, Sophia Deneau s'est entraînée plus de 150 heures en piscine sur des maquettes grandeur nature de la station, à répéter les mouvements, les procédures d'urgence. Pareil ces derniers jours dans le SAS. Vérifier les combis, il ne faudrait pas qu'il lui arrive la même chose qu'à l'italien. Les outils, réviser les étapes de la mission encore et encore, indispensables pour pouvoir vivre, comme dit Thomas Pesquet, le rêve dans le rêve que représentent ces sorties. En tout cas, chapeau Sophie, tu
nous fais rêver. Oui, vraiment, on peut dire ça. Merci beaucoup Théophile. Merci mes amis à suivre votre série animée Putain de chat avant de retrouver votre doc ce soir. Focus sur les espions de Poutine. C'est assez glaçant et pas toujours glamour. Bref, c'est passionnant. Nous, on se retrouve bien sûr demain pour un nouveau numéro de 28 minutes. Tchuss