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Sur ce constat, sur ces 36 milliards d'euros pour vous Jean-Michel Jacques, ils sont nécessaires aujourd'hui face à une menace qui s'accroît ?
une menace qui s'accroît et qui change de forme et aussi des ruptures technologiques qui sont vraiment présentes, qui changent finalement le champ de bataille. On le voit bien en Ukraine par exemple, la robotisation du champ de bataille fait que nous sommes obligés de revoir finalement cette loi de programmation militaire. Pas pour la changer fondamentalement, mais en tout cas pour la mettre à jour sur le plan des technologies et lui donner une certaine épaisseur dans certains domaines. Je pense entre autres aux munitions, mais aussi à la dronisation. Pour s'adapter aux nouvelles formes de conflit. Bastien
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Lachaud, sur cette mise à jour, cet épaississement de notre force armée, 36 milliards d'euros, est-ce qu'ils sont nécessaires aujourd'hui ?
36 milliards d'euros, c'est ce que le gouvernement n'avait pas mis il y a deux ans et demi. Parce que si on regarde ce qui est produit en plus... On ne voit vraiment pas la différence par rapport à il y a deux ans et demi. Les projets à effet majeur qui coûtent le plus cher, comme le SCAF, l'avion du futur, comme le char du futur, comme la constellation Iris satellitaire, sont reportés au-delà des échéances de cette LPM. C'est-à-dire qu'il y a 36 milliards de plus, mais il n'y a pas grand-chose en plus. C'est juste, d'une certaine manière, la mise en adaptation, en corrélation de ce que le gouvernement voulait faire il y a deux ans et demi et qu'il n'avait pas... suffisamment budgétés. Nous avions dit à l'époque que la LPM était sous-budgétée. Nous avons raison. Aujourd'hui, cette LPM ne tire pas les leçons réellement des évolutions. Il faudrait bouleverser notre structure de défense. Le gouvernement ne le fait pas. Il prépare d'une certaine manière la guerre d'hier, mais avec toujours plus d'argent.
Jean-Michel Jacques, vous disiez justement que c'est une adaptation. On voit qu'il y a quand même 8 milliards d'euros de plus pour l'effort sur les munitions, 2 milliards de plus sur les drones. Pourquoi cette question des munitions ? Elle est centrale aujourd'hui la France. Elle utilise énormément de munitions dans le cadre de coopération avec certains états.
Elle est centrale parce qu'au regard des menaces, et je pense particulièrement à la menace russe, d'ailleurs qui n'est souvent pas citée ni par la France insoumise ni par le Rassemblement national, mais par rapport à cette menace, il faut que la France soit en possibilité de décourager toute veilleté de la Russie. Entre autres, mais il n'y a pas que ça. On le voit bien aussi en Iran en ce moment, par exemple, où on a un partenariat avec un certain nombre de pays du Moyen-Orient. Les Emirats
Arabes Unis notamment.
Exactement, que l'on honneure et que l'on défend conformément aux accords de défense que nous avons. Et donc c'est de la dépense de munitions. C'est 8 milliards d'euros en plus, mais en tout sur la loi de programmation militaire, c'est 26 milliards pour les munitions. Alors munitions de petit calibre, de moyenne. dimensions pour les obus, les chars si vous préférez, mais aussi les munitions complexes, ce qu'on appelle les missiles. Pour toute cette gamme de munitions, c'est beaucoup d'argent et c'est beaucoup d'emplois à la clé parce que les munitions se font essentiellement en France.
Et c'est vrai qu'on dit beaucoup, Bastien Lachaud, que ces munitions, c'est un peu le nerf de la guerre. Effectivement, il y a des alertes sur les stocks de munitions. On met 8 milliards en plus. Est-ce qu'avec ça, on va être un peu plus à l'aise sur cette question ?
Un million pour acheter un missile qui va permettre de détruire un drone qui coûte 20 000 euros. Oui, en effet, il va falloir consommer des munitions. Vous pensez qu'il y a une
inadaptation entre les munitions qu'on utilise et les technologies utilisées sur les drones notamment ?
En effet, il y a une inadaptation des munitions. Mais en effet, l'essentiel de l'argent part sur des munitions qu'on a déjà consommées. Et surtout, sur la menace. Les menaces qui frappent notre pays. Le président a parlé de la menace russe. Mais la menace russe, elle est... aujourd'hui, sur le territoire national, par des moyens de guerre hybride, etc. Il n'y a pas que la menace russe. Les Etats-Unis aussi, d'une certaine manière, agissent sur notre territoire. Et là-dessus, il n'y a rien. Quand on voit que les données des Français sont volées et que le gouvernement dit « Allez, on va mettre 200 millions d'euros pour améliorer la sécurité des serveurs, etc. » C'est dramatique. C'est évidemment que sur le numérique, tout ça fait avec Jean-Luc Mélenchon, depuis 2017, on dit qu'il faut investir sur cette technologie de rupture, le numérique, aujourd'hui. Nous n'avons aucun data center souverain, nous n'avons pas de cloud souverain pour protéger les données des Français. Comment expliquer que l'ANTS qui gère les données de l'ensemble des Français... Des titres
de sécurité, vous savez, quand on reçoit les amendes, ce genre de choses.
Même la fabrication des cartes d'identité. Des cartes grises, des cartes d'identité. Tout ça a été piraté. Comment cela est possible ?
Réponse à cette question, c'est vrai qu'on voit que les munitions ça coûte très très cher. Parfois les armes utilisées, des drones notamment maintenant, sont fabriquées pour quelques milliers d'euros. Est-ce que c'est bien adapté d'utiliser des missiles qui comptent si cher contre des armes finalement qui maintenant coûtent beaucoup moins ?
Alors quand on parle de munitions, en réalité on parle de toutes sortes de munitions. Il y a les missiles mais il y a aussi ces fameux drones, ces munitions téléopérées. C'est des drones qui... Finalement c'est des munitions qui vont se diriger et servir. Et donc c'est toutes ces technologies que l'on développe. aussi bien des munitions, à plus des 26 milliards pour les munitions, il y a 8 milliards pour la dronisation. Et donc c'est indispensable parce que le champ de bataille effectivement se dronise et se robotise et donc ça demande beaucoup de moyens. Il y a aussi 10 milliards dans la recherche. Je pense particulièrement aux quantiques et à l'intelligence artificielle. Ces 10 milliards d'euros vont irriguer aussi toutes les formes d'armement. Mais on peut voir que
cette question des... Je vous propose de faire un détour par la salle des quatre colonnes pour retrouver le député du Rassemblement National, Laurent Jacobelli.
M. Jacobelli, alors en commission, votre groupe, le Rassemblement National, s'était abstenu de voter ce texte de programmation militaire. Là, le texte a évolué depuis les débats dans l'hémicycle. Quelle va être la position de votre groupe lors de ce vote solennel ?
Nous sommes toujours très peu enthousiastes par rapport à ce texte qui est un petit texte d'experts comptables. On attendrait un texte de stratège. Mais nous avons obtenu un certain nombre de choses, notamment l'idée de la priorité nationale pour la commande publique d'armement. Le fait, par exemple, que le point d'indice des anciens combattants soit... Et donc dans la mesure où un certain nombre de nos demandes ont été entendues, où la priorité nationale prend le pas sur la défense européenne, un vieux mythe cher au gouvernement, plus rien ne s'oppose à ce que nous votions favorablement à cette actualisation de la loi de programmation militaire, même si on pense que c'est un tout petit chemin. Mais ça va dans la bonne direction.
Et cet article 21 qui a fait polémique sur la création d'un état d'alerte de sécurité nationale, qu'est-ce que vous en pensez ? Pour vous, c'était nécessaire
Oui, c'est-à-dire que si vraiment il y a un grave risque, on peut permettre par exemple à des entreprises de créer un nouvel hangar de fabrication d'armement, même s'il y a une grenouille rouge, vous voyez, c'est ce genre de choses. Mais la gauche évidemment a poussé des cris d'orfraie. Je ne sais pas si c'est le mot sécurité ou le mot national qui leur déplaît le plus, mais moi je trouve que ce sont deux mots très importants dans la vie politique française.
vous, ces 36 milliards de hausse, c'est quand même un bon pas quand même ? Est-ce qu'il faudrait encore augmenter de combien dans les prochaines années ?
L'idéal, et c'est l'actuel Premier ministre qui l'a dit lorsqu'il était aux affaires de la défense, c'est 100 milliards par an. Nous n'y sommes pas. C'est 36 milliards en fait, c'est pas 36 milliards, c'est un peu moins. C'est surtout des effets comptables où on répare des erreurs du passé, des dépenses non budgétées, des dépenses qui ont été retardées. C'est pas vraiment 36 milliards. Mais je vais vous dire, même si c'est 10, 15 milliards réels, ça va une fois encore dans le bon sens puisque nos armées ont besoin d'être... soutenues, elles ont besoin de refaire des stocks parce que oui bien sûr aujourd'hui il existe une menace, une menace plurielle par les sources de menaces et par les types de menaces.
Merci beaucoup monsieur Jacobelli.
Merci beaucoup Dario Borgogno. On reviendra sur cet article 21 dont vous avez aussi beaucoup parlé dans l'hémicycle. Sur l'état de la menace, vous en parliez Jean-Michel Jacques et c'est Fabien Mandon, le chef d'état-major des armées, qui pointe la possibilité d'une guerre ouverte avec la Russie. C'est la préoccupation première. On parle de se préparer à un conflit de haute intensité. Vous faites l'un comme l'autre beaucoup d'auditions dans la commission défense. C'est ça le principal risque et c'est pourquoi on a besoin de 36 milliards supplémentaires ?
Oui, c'est un des risques principaux. Ce n'est pas le seul, hélas, parce qu'on peut aussi voir les VLT de la Chine, on peut voir ce qui se passe aussi au Moyen-Orient, et puis la politique complètement instable des Etats-Unis. Donc ces différentes déstabilisations et menaces font qu'on est obligé d'augmenter notre budget de la défense, mais effectivement la menace russe est documentée, et tous les services de renseignement, vous savez que j'ai été président de la délégation parlementaire au renseignement, donc je suis tout de même informé, mais au-delà des... Les services français, tous les services de renseignement sont convergents. La menace russe est vraiment là, réelle. Ils ont cette intention. Si on regarde dans le rétroviseur, on voit bien qu'ils ont toujours fait ce qu'ils ont dit. Le seul moyen d'éviter qu'ils le fassent, qu'ils aillent plus loin, c'est de les décourager. Et c'est spécifiquement ce que ne dit pas les insoumis et ce que ne disent pas aussi le Rassemblement national. Est-ce
que vous sous-estimez cette menace russe ? Bastien Lachaud, cette loi de programmation militaire, elle est finalement pour être en capacité de s'engager dans un conflit ouvert, un engagement majeur à haute intensité. Qu'est-ce que ça veut dire
Ce que cela veut dire, c'est qu'aujourd'hui, ce que nous propose le gouvernement, c'est de préparer la guerre. Et on le voit dans l'histoire. A chaque fois qu'on a préparé la guerre, on a obtenu la guerre. Donc la question est, est-ce que vous voulez la guerre ? Nous, nous ne voulons pas la guerre. Et donc il faut mettre en place... Après,
la guerre s'impose parfois à nous sans qu'on la veuille. Et il vaut mieux être bien
préparé, Bastien Lachaud. Tout à fait. Mais pour autant, il faut aussi préparer la paix. Et aujourd'hui, quand on voit que ceux qui ne respectent pas le droit international... Il y a évidemment les Russes qui ont envahi l'Ukraine, mais il y a également les Etats-Unis qui ont attaqué l'Iran en dépit du droit international. Nous, l'enjeu pour la France, c'est de défendre le droit international. Et quand on voit que Gabriel Attal, qui est le président du groupe de M. Jacques, explique que le droit international c'est fini, que ce qui compte aujourd'hui c'est le rapport de force entre les nations, moi je suis très inquiet. Est-ce que la France, qui n'est pas la plus forte dans le monde, c'est sûr. Donc la France, elle a besoin du droit international et de cette protection.
Jean-Michel Jacques, les déclarations de Gabriel Attal qui avait dit effectivement qu'on est un petit peu naïf avec cette question de droit international. Est-ce qu'on prépare la guerre puisqu'il marche plus droit international et c'est que le rapport de force qui fonctionne ? Non, le
droit international doit être notre boussole. Mais pour pouvoir le faire respecter, il faut se faire respecter. Et pour ça, il faut être craint. Alors, il ne faut pas être craint pour faire du mal à qui que ce soit, car ce n'est pas du tout ni les valeurs françaises ni les valeurs européennes. Mais en tout cas... pour qu'elle soit forte, il faut qu'elle s'appuie. non seulement sur l'économie, mais aussi sur une puissance militaire. Et c'est la convergence de cela qui fait que l'on pourra obliger les belligérants à calmer le jeu et à revenir sur la table du droit international.
Est-ce qu'il faut, pour être respecté, être craint ? Souvent, les insoumis, vous dites qu'on est déjà craint parce qu'on est une puissance nucléaire et finalement, ça suffit pour être craint par les autres pays. Je
suis tout à fait d'accord avec vous. Je citais les insoumis,
donc vous ne pouvez pas être en désaccord. Exactement, mais la
France est une puissance nucléaire. D'ailleurs, ça nous coûte plusieurs milliards tous les ans. Donc, ou on nous explique que la dissuasion nucléaire ne sert plus à rien. Et donc, on économise ces milliards. Ou la dissuasion nucléaire est quelque chose qui sert, et dans ces cas-là, on les dépense. Nous, nous pensons que la dissuasion nucléaire, aujourd'hui, elle fonctionne encore. Et d'ailleurs, qui menace le territoire national français ? Personne, d'ailleurs. Ce que monsieur Jacques omet de dire quand on parle d'un conflit à échéance 2030, ce n'est pas un conflit sur le territoire national, c'est un conflit aux frontières est de l'Europe, dans le cadre de l'OTAN. Et dans le cadre de l'OTAN, nous... Où la France
pourra être amenée à agir dans le cadre des différents traités d'OTAN. D'ailleurs, le modèle d'armée
qui est défendu, c'est un modèle d'armée. au sein de l'OTAN. Et nous, nous sommes pour quitter l'OTAN. Nous sommes pour quitter l'OTAN parce que l'OTAN ne défend que les intérêts des Etats-Unis. Or, nous n'avons pas besoin de défendre les intérêts des Etats-Unis. Jean-Michel Jacques,
est-ce que la dissuasion nucléaire ne suffit plus ? On est obligé de mettre 36 milliards d'euros, bien qu'on ait l'arme nucléaire ?
Cela a toujours été, en fait. La dissuasion nucléaire est pour préserver et protéger nos intérêts vitaux. Mais vous imaginez bien que dans un cadre de droit international ou de diplomatie ou d'un... à faire avec un adversaire, on ne peut pas utiliser la bombe atomique directement. C'est la dissuasion nucléaire est adossée à une force conventionnelle qui doit être de qualité et c'est tout l'objet finalement de cette loi de programmation militaire, c'est de faire en sorte que non seulement notre dissuasion nucléaire soit la plus pointue possible, donc ce qui fait sa force, sa robustesse, mais en plus qu'elle soit adossée à une armée de qualité avec du personnel entraîné. Et il y a notamment un objectif de
275 000 équivalentes en plein à 2030. Un mot sur cette question, parce que je voudrais après parler des algorithmes.
Justement, toute la question est à quoi sert notre armée ? Est-ce que notre armée est là pour défendre nos concitoyens et notre territoire ? Ce que nous croyons à la France insoumise. Ou alors est-ce que notre armée est là pour être le supplétif des intérêts des Etats-Unis au sein de l'OTAN ? Ce que croit M. Jacques. Et donc en effet, dans le cadre de l'OTAN, il faut pouvoir être en capacité de... En un mot, sur l
'OTAN, c'est vrai qu'on a beaucoup dit que l'OTAN finalement... Notre
grande France, bien entendu, a une armée... forte pour se défendre, mais aussi pour faire valoir ses valeurs, ses intérêts et la liberté.
On va parler de l'article 21, mais juste avant ça, puisque Bastien Lachaud, vous parliez aussi de s'adapter aux menaces, il y a la question des algorithmes, d'autoriser ou non à utiliser ces algorithmes. Vous savez, c'est un peu comme une pompe aspirante où on peut un peu observer beaucoup de choses qui se passent sur Internet, j'essaye de vulgariser. Est-ce que vous y êtes favorable ou pas ? Est-ce que ça va trop loin ? Ou est-ce que l'état de la menace fait qu'il faut surveiller ce qui se passe sur Internet ? Parce que la menace, elle est en partie... Ça
va trop loin et ça va trop vite. Les algorithmes, ça a été refusé par le Conseil constitutionnel il y a peu.
Dans le cadre de la loi contre le narcotrafic
? Tout à fait, parce que le Conseil constitutionnel a jugé que c'était disproportionné. Là, on se retrouve avec cet article qui arrive dans la LPM. qui nous parle de crimes organisés dans la LPM, on voit bien qu'il y a une inadéquation. Donc en quoi le gouvernement essaye de faire repasser par la fenêtre quelque chose qui avait été rejeté par le Conseil constitutionnel garant de nos libertés publiques ? Sur cette question des
algorithmes ?
On le voit bien que finalement notre Assemblée a voté cela et que finalement la plupart des députés, mis à part la France insoumise essentiellement, veulent protéger finalement les Français de ces menaces dans le monde immatériel qui sont de plus en plus pesants. Mais le Conseil constitutionnel
lui-même dit attention, cette question des algorithmes, elle doit être gérée avec parcimonie. Il faut trouver le point d
'équilibre, ce qui est le cas. Et nous devons avancer pour protéger les Français. C'est ce que les Français attendent des élus. Et c'est important d'être au rendez-vous pour protéger
nos concitoyens. Allez, en un mot, parce qu'après on parle
de l'état d'alerte.
Vous n'êtes même pas capable de protéger les données des Français. Nous, ce qu'on vous demande, c'est de protéger la liberté des Français. abandonner ses libertés au profit d'une pseudo-sécurité qui ne fonctionnera pas. On le sait, ce qu'ils font, ils pompent des choses qui ne serviront pas. C'est le même principe qui vous amène à désarmer
la police, la police que vous n'aimez pas, d'ailleurs que vous dites de vous-même que la police tue, alors ce n'est pas du tout le cas. On reste aux militaires et l'article 21. Le dépolicier
tue, c'est factuel.
L'article 21 a fait polémique dans cette loi de programmation militaire, mais on voit qu'il y a d'autres sujets qui ont fait polémique. Stéphanie Despierre, quel est ce fameux article ?
Cet article crée un état d'alerte de sécurité nationale. L'objectif est de faire face aux menaces hybrides, par exemple une attaque d'une puissance étrangère sur le réseau d'énergie ou sur les infrastructures numériques et dans un contexte lui aussi hybride, ni un temps de paix ni vraiment un temps de guerre selon la ministre des Armées. C'est en fait un nouveau régime juridique d'exception, différent de l'état d'urgence qui existe déjà dans la Constitution et qui a été utilisé par exemple pendant le Covid ou après les attentats de 2015. serait activé en cas de menace grave pour la sécurité nationale par décret en Conseil des ministres pour deux mois. Il pourrait être en vigueur partout en France ou sur une partie du territoire seulement. Il permet en fait de déroger à certaines règles en matière d'urbanisme, d'environnement ou d'administration pour réagir plus vite.
Merci beaucoup Stéphanie Despierre. Jean-Michel Jacques, pourquoi d'après vous il faut un nouvel état d'alerte de sécurité nationale ? Ça manque dans l'arsenal d'après vous ?
Oui parce qu'on est dans un nouvel ère. En fait nous ne sommes pas en guerre mais nous ne sommes pas en guerre. plus vraiment en paix. Et c'est cette ambiguïté qui est très difficile à gérer maintenant pour les autorités publiques qui ont comme devoir de protéger la population, de protéger les Français. Et donc il était nécessaire d'avoir un outil qui puisse permettre d'être réactif face à une menace et d'être efficace.
Bastien Lachaud, vous avez dénoncé ce nouvel état d'alerte de sécurité nationale. Mais est-ce qu'il ne faut pas parfois prendre des décisions un peu vite en cas d'un conflit qui s'annoncerait dans le pays ? Est-ce qu'on peut le faire dans l'état dans lequel nous trouvons
? Mais bien sûr qu'il faut réagir vite lorsqu'il y a un conflit. D'ailleurs, ça s'appelle l'état de guerre ou ça s'appelle l'état de siège. Ce sont des choses qui existent déjà là. Est
-ce qu'il ne fallait pas quelque chose d'un peu intermédiaire, comme dit Jean-Michel Jacques, entre les deux ?
On peut envisager quelque chose d'intermédiaire, mais dans ces cas-là, il faut un certain nombre de garde-fous qui n'existent pas. Là, on est sur quelque chose de très flou. Une menace grave, une attaque sur des réseaux cyber, etc. Là, tous les jours, la France subit des attaques cyber. Pendant les Jeux Olympiques, la SNCF a subi une attaque qui a coupé son réseau. Est-ce que cela peut entraîner la mise en place de cet état d'alerte ? Nous pensons que ça ne devrait pas être le cas, mais dans le texte, tout cela est très flou. Et c'est quand même un état d'alerte qui entraîne des privations de liberté pour un certain nombre de concitoyens. Et cela n'est pas possible dans de telles conditions.
Est-ce que les contours sont trop flous ? Puisque Bastien Lachaud dit qu'il n'est pas défavorable à réfléchir à un nouvel état. Mais là, ça semble trop flou. Est-ce qu'effectivement, ça manque de précision, d'après vous, cet article 21 ?
Non, les preuves, c'est qu'il a été voté. Alors bien entendu, Bastien Lachaud... Alors
après, on verra ce qu'en dit le Sénat et le Conseil constitutionnel, Jean-Michel Lachaud. J'ai
totalement confiance. en sénateurs qui ont aussi ce souci de protéger les Français. Et s'ils peuvent améliorer le texte, ce n'est que mieux. Mais il est structurellement bien fait et nécessaire pour protéger nos concitoyens des menaces actuelles. Qu'est
-ce qui pourrait permettre demain ? Laurent Jacobelli disait que ça peut permettre des ouvertures de hangars pour stocker des avions militaires. Mais on s'imagine qu'il n'y a pas que ça. Il ferait moins débat si c'était qu'une question de construction de hangars, Jean-Michel Jacques.
Oui, bien sûr, il peut y avoir différentes situations où on peut être amené à accueillir par exemple des alliés qui ont besoin de passer sur le territoire national pour remplir des missions communes que nous souhaitons. À titre d'exemple, mais nous le voyons bien, dans le monde cyber, il se passe beaucoup de choses et à tout moment, nous devons parfois changer les choses. Il peut y avoir aussi des attaques bactériologiques qui peuvent venir. Vous savez, c'est des menaces qui existent. Dans ce cadre-là, on peut imaginer devoir déployer des moyens spécifiques dans des endroits particuliers et que là, on aura besoin d'être efficace et rapide. C'était un des arguments
de la ministre, je crois, de pouvoir accueillir. aussi des forces étrangères ?
C'est terrifiant, c'est-à-dire que par décret, c'est-à-dire que le gouvernement a refusé que, c'est un de nos amendements, que cet état d'alerte soit mis en oeuvre par une loi, ce qui est faisable, on sait faire des lois en 48 heures. C'est
aussi que c'est parfois difficile de les voter dans cette assemblée, Bastien Lachaud.
Oui, mais s'il y avait vraiment une menace grave, cela n'existe pas. Regardez, lors de la Covid, tous les textes de loi ont été votés en 48 heures, il n'y a eu aucun souci. Là, c
'est deux mois avant de devoir passer devant le Parlement pour être prolongé.
On parle d'un conflit à l'est de l'Europe, on parle de soldats américains avec leurs tanks qui arriveraient à Brest ou au Havre et qui traverseraient le territoire national sans que le Parlement ne puisse... Les exemples cités sont des exemples
caricaturaux. Non, c'est vous qui avez parlé d'alliés qui traverseraient le territoire. Il peut y avoir de petits événements qui ne mériment pas de passer forcément en hémicycle et d'encombrer... Oui, mais est-ce que le texte le dit si clairement
que ça, Jean-Michel Jacques ? Je suis
désolé, c'est vous qui avez parlé d'alliés qui traverseraient le territoire, donc ce n'est pas caricatural. Je reprends le vôtre, donc où vous étiez caricaturel, ou alors acceptez que je reprends votre exemple et expliquez-moi comment vous pouvez penser et accepter que la France laisse traverser son territoire par des alliés pour aller faire une guerre sans que le Parlement ne le vote.
Cette question du Parlement, il faudra attendre deux mois avant que le Parlement soit consulté. Est-ce que ce délai est trop long
Tout dépend de l'objet. Et je suis persuadé que si la cause est vraiment importante, vraiment caricaturale, mais bien entendu tous les députés d'emblée nous nous exprimeront et nous aurons tout de suite des débats qui se mettront en route dans l'espace public. Sauf que nous n'aurons pas le droit de se réunir pour tout. Il y a tellement de choses qui se passent continuellement et monsieur Lachaud l'a encore rappelé, on a des menaces actuelles qui se font tous les jours et donc on a besoin d'une certaine souplesse. d'agilité pour protéger les Français. Donc vous confirmez la demande des
Français. Cet équilibre, liberté, sécurité, il va trop loin d'après vous dans cette affiche.
On voit bien que c'est très flou. Le président Jacques dit si jamais c'est très grave, évidemment que le Parlement sera saisi. C'est faux, c'est pas dans le texte. Et de la même manière, il dit on est attaqués tous les jours, donc tous les jours quasiment le gouvernement pourrait mettre en place cet état d'alerte. On voit bien que c'est flou. On voit bien que c'est dangereux. On verra ce que dit le Sénat
et le Conseil constitutionnel sur cette question. On va finir sur cette question de l'armée. C'est un budget sanctuarisé dans votre camp, Jean-Michel Jacques. Est-ce que vous pensez qu'il continuera à l'être ? On sait que la loi de programmation militaire allait voter jusqu'à 2030, mais chaque mois, on peut la corriger. Pour vous, lors de la campagne présidentielle de 2027, par exemple, il y aura la question de savoir si on maintient ou pas ce degré d'investissement dans nos armées ? Ça
doit être fondamental. Dans la campagne électorale, nous devons en parler clairement aux Français. Nous savons à l'heure actuelle que les insoumis ne votent jamais l'augmentation du budget des armées. ainsi que le Parti communiste, pour des raisons différentes. Le Parti communiste, c'est très clair, ils sont contre la dissuasion nucléaire. Pour les Insoumis, c'est beaucoup plus flou. Mais tous les autres partis, eux, sont pour augmenter, parce qu'on est conscient des menaces. Et donc, il faut que ça rentre dans le débat public. Et je suis persuadé qu'on trouvera des majorités, même dans l'avenir, pour que l'augmentation de ce budget se fasse, car c'est une nécessité pour la force. De
la campagne présidentielle, Bastien Lachaud, qu'est-ce que diront les... insoumis sur ce budget de l'armée, qu'il faut le maintenir, qu'il faut le baisser ?
Il est évident qu'il y aura une nouvelle LPM en 2028, une fois que Jean-Luc Mélenchon aura été élu à l'élection présidentielle. S'il l
'est.
Oui, mais de toute manière, n'importe quel autre président refera une LPM. Mais vous, elle ira dans
quel sens ? Augmentation, maintien ou baisse des budgets ?
La question n'est pas le budget, la question est qu'est-ce qu'on finance avec ? Nous, ce que nous mettrons en oeuvre, c'est une conscription. Ce que nous mettrons en oeuvre, c'est des développements dans les domaines de rupture qui sont aujourd'hui là où se passent les menaces. c'est-à-dire le cyber, c'est-à-dire l'espace, c'est-à-dire les fonds marins. Il y a dans cette LPM des choses sur le
spatial.
Ils retardent plutôt les programmes. Mais nous mettrons l'argent là où c'est réellement utile pour assurer la sécurité des Français. 6 milliards d'euros pour l 'espace,
par exemple.
Oui, 6 milliards d'euros. Et la constellation Iris est repoussée. La constellation Iris Carré, elle aussi, est repoussée. C'est-à-dire que nous n'aurons plus de compétences optiques pour surveiller et nous n'aurons plus de compétences de communication sécurisée. Voilà votre bilan. Franchement, on pourrait faire mieux. Ce
qui va s'entrechoquer sur le vote de la loi de programmation militaire qui va très certainement être adoptée. On entend le Rassemblement national qui votera pour. Jeudi, le Premier ministre va faire des annonces sur les carburants, certainement, en disant qu'elles restent ciblées, et on sait que notamment c'est parce que l'Etat n'a plus d'argent. Est-ce que dans votre circonscription, Jean-Michel Jacques, ou parmi les Français que vous croisez, ils comprennent qu'on mette 36 milliards dans l'armée, et qu'on dise « mais on ne peut pas vous aider dans le quotidien pour payer votre essence ? » Oui, ils le
comprennent, et ils en font même un lien. Ils savent très bien que la situation internationale, que ça a été la guerre, l'agression russe en Ukraine, mais ce qui se passe en Iran aussi, jouent un flux sur leur quotidien et sur la pompe à essence. Et donc, du coup, ils sont d'accord pour l'augmentation de ce budget. Par contre, il faut absolument aider tous ceux qui produisent, qui travaillent et qui ont cette nécessité de se déplacer et donc de carburant. Et donc, il faut faire des aides ciblées. Parce que, hélas, on est obligé de cibler parce que l'argent ne tombe pas du ciel. L'argent public, c'est les impôts des Français, les impôts des entreprises. Et il faut faire attention de garder un certain équilibre. Donc, aider, oui, mais de façon ciblée. Pour
finir sur cette question, Bastien Lachaud, est-ce que vous, vous mettez en regard justement ce budget qu'on alloue à l'armée et en même temps qu'on n'a plus d'argent pour les aides au carburant ? 60
% des Français refusent l'augmentation des budgets militaires tant que nous n'augmenterons pas également le budget des autres services publics. Il y a de l'argent dans ce pays, on peut tout financer. Pour la question des carburants, le plus simple, c'est de faire payer ceux qui s'enrichissent, ceux qui font des milliards de bénéfices. Je pense notamment à Total. Il faut faire un blocage des prix. C'est ce que propose la France Insoumise et c'est ce qui réglerait concrètement le problème pour nos concitoyens à la pompe.
Merci Alain comme à l'autre Jean-Michel Jacques Bastien. Je rappelle que la loi de programmation militaire, son actualisation sera votée ou non par les députés. Mais on a entendu comme le Rassemblement National semble favorable. Ça devrait passer juste après cette séance des questions au gouvernement. On va passer tout de suite au focus dans cette émission.