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Oui tout à fait, je vais d'abord saluer les débatteurs avant d'évoquer Mayotte, Michel Fayat. Bonjour, comment allez-vous ? Ça va et vous ? Bah écoutez parfaitement, Sébastien Ligné, bonjour. Bonjour ! Ça fait quelques semaines qu'on ne vous a pas vu. Un peu de repos, le teint
légèrement allé, un peu moins que vous. Est-ce que vous arrivez à avoir le teint allé tout en travaillant ? Toute
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l'année effectivement, c'est l'avantage d'avoir une tomate. C'est un grand temps. Tout à fait. Marlène Duret. C'est la
réunion aussi peut-être. Oui
effectivement. Vous êtes
originaire de là-bas, précisons-le.
Voilà, alors j'y ai vécu quelques... Vous aussi Marlène, vous arborez un joli teint toute l'année. C'est le
bronzage italien. Sébastien est en costume comme moi, vous avez vu.
Effectivement, merci pour l'effort, j'ai peu honte d'être en t-shirt. Pardonnez-moi, effectivement, je ne vous fais pas honneur. Géralement, vous
dites qu'il n'y a que moi qui suis en costume, mais Sébastien...
Ça ne rigole pas. Alors, on ne rigole pas non plus avec Mayotte, parce que Mayotte, pour rappel, 101ème département français depuis 2011, situé dans l'océan Indien, près des Comores. Edouard Philippe s'y déplace aujourd'hui et demain dans le cadre de sa campagne présidentielle. Thème principal de la visite, l'immigration. Le candidat dit vouloir totalement fermer les vannes et suspendre le droit du sol. L'ancien Premier ministre indique aussi que l'enregistrement des demandes d'asile à Mayotte sera suspendu s'il est élu durant la durée de son quinquennat, s'il arrive bien sûr à l'Elysée. J'accueille pour en discuter Safina Soula. Bonjour Safina Soula.
Bonjour à tous.
Bonjour, vous êtes présidente du collectif Les Citoyens de Mayotte. Alors, sujet très tabou à Mayotte, cela concerne la population. A cause de cette immigration clandestine, personne n'est d'accord sur la question des chiffres officiels sur le nombre d'habitants à Mayotte. L'INSEE, il y a un mois, a donc estimé le nombre d'habitants à 323 000 sur l'île de Mayotte, l'archipel plutôt. Est-ce que vous y croyez, Safi Nassoula ?
Alors, je ne sais pas s'il faut le croire ou pas, mais nous sommes dans une réalité que depuis des années, nous dénonçons cette hypocrisie de déni d'à chaque fois, comment sous-estimer cette population qui vit, qui arrive en masse et qui vient mettre des enfants au monde à Mayotte. Et donc, regardez juste les chiffres que nous avons pour la rentrée scolaire. Cette année, l'année dernière, nous étions à 200 000, 100 000 enfants qui devaient faire la rentrée scolaire. Donc, 100 000 enfants de l'année dernière. Cette année, on sera à combien ? Et puis, parler aussi des adultes qui ne sont pas forcément dedans. Donc, 350 000 personnes, 400 000 personnes. Moi, je n'en crois pas du tout. Et ça, c'est le constat de la population mahoraise de manière générale.
Alors, vous êtes militante associative Safi Nasula, c'est-à-dire que vous êtes basée à Mayotte, vous connaissez le territoire comme personne. Sans faire une estimation aux doigts mouillés, qu'est-ce qui se dit à Mayotte sur le nombre d'habitants réels sur l'archipel ? Combien, selon vous ?
Alors, écoutez, selon moi, les gens sont fatigués de vouloir absolument nier la réalité. Et ça, c'est fatigant, c'est usant à chaque fois qu'on donne un chiffre qui est faux. Il faut dire la réalité. Ce chiffre, nous la contestons réellement. Donc, il faut se rendre compte de la géographie. une toute petite île de la densité aussi, et puis aussi du nombre de gens que vous voyez autour de vous. Donc les Mahorais pensent que ce n'est pas du tout la réalité. Il y a quelque chose qui cloche. Est-ce qu'on veut absolument nous mentir pour ne pas justement investir concernant les dotations ? Parce qu'il faut savoir que cela coûte cher, l'immigration, la scolarisation. La santé, l'environnement, tout est à construire, monsieur. Donc aujourd'hui...
– Safina Soula, je passe la parole dans quelques minutes et quelques secondes même à Sébastien Ligné et Michel Fayad. Juste avant, quelles conséquences, cette immigration dont parle Edouard Philippe et dont nous parlons à Mayotte depuis des années, quelles conséquences sur la vie quotidienne des Mahorais ?
Mais écoutez, Edouard Philippe s'est réveillé un petit peu tardif, parce que nous savons très bien, parce qu'il est en campagne présidentielle, qu'il cherche justement à séduire l'opinion publique maorais, mais aussi de la nation entière. Quelles conséquences sur la
vie des maorais ? Quelles conséquences concrètes ?
Les conséquences concrètes, c'est que cette immigration frêle le développement économique de notre territoire. Nous voulons absolument avoir une éducation digne, former nos jeunes pour qu'enfin demain, l'île se dote. des arsenales effectivement de jeunes et de femmes et d'hommes compétents pour pouvoir prendre des responsabilités, nous n'en aurons pas. En termes de sécurité,
en termes de sécurité, Safine Assoula.
Alors, les conséquences sont visibles, monsieur. En termes sécuritaires, eh bien, aujourd'hui, nous sommes tous cloîtrés, nous sommes emprisonnés chez nous. Donc, vous avez cette population qui sort sur les routes, qui nous caillasse nos véhicules, qui vont nous harceler, même nous chasser dans nos champs. Vous avez des habitations, comment dirais-je, formelles, des habitations informelles de bidonville un peu partout. Vous avez une scolarisation qui est remplie d'enfants qui arrivent tous les matins. Par quoi ça ? Et qu'il faut scolariser la santé. Quand vous voulez vous soigner, vous ne pouvez pas parce que finalement, tout est rempli. Il n'y a plus de médecins. Les enseignants aussi sont en train de partir. Donc il n'y a rien qui va. Nos ressources ne suffisent plus. L'eau n'arrive plus à arriver dans nos robinets. Voilà, ça c'est effectivement le problème de l'eau. Il ne pleut plus. Exactement. Donc il n'y a rien qui va. Tout est à refaire.
Sébastien Ligné, et je précise, vous dites, Safine Assoula, que les enseignants sont en train de partir. alors que pourtant ils ont une sur-rémunération de 30 à 35%. Voilà, ça dit beaucoup de choses.
Sébastien Ligné. mais cette visite d'Edouard Philippe, elle est très intéressante parce que c'est toujours la même histoire dans ce genre de cas. C'est le verre à moitié vide ou le verre à moitié plein. On peut, d'une certaine manière, se féliciter de cette visite et du fait qu'un ancien Premier ministre et qu'un membre actif du Bloc central se réveille enfin sur la question de Mayotte et sur la question de l'immigration et des conséquences néfastes à la fois sur l'insécurité, à la fois sur l'économie, à la fois sur la santé d'une immigration massive incontrôlée. On peut s'en féliciter. Après, il y a le verre à moitié vide. Et je fais plutôt partie des pessimistes par nature qui considèrent qu'on est face à une visite d'une très grande hypocrisie et surtout face à une visite qui est élu. un réveil extrêmement tardif, enfin pardon, mais pendant des décennies, les décennies où Edouard Philippe était au pouvoir, quand on osait mentionner le cas de Mayotte, quand on osait mentionner le cas de la submersion migratoire dans une île ou près d'un... Une personne sur deux est étrangère et n'est pas née sur place. Quand on parle de submersion, je me rappelle de cette image hallucinante de Jean-Marie Le Pen en 2018 face à Gérald Darmanin dans une émission sur France 2 où Jean-Marie Le Pen est l'un des premiers, en 2018 ça remonte, un des premiers à parler de Mayotte. Et en face de lui on a un homme, et je ne jette pas forcément la pierre à Gérald Darmanin, mais a tout un système derrière, qui ne veut pas voir ce qui se passe quand Jean-Marie Le Pen lui dit « Demain c'est peut-être ce qui arrivera en France cette submersion-là ». On a mis tellement d'années à s'en relever.
que vous posez en fait et que je pose à Safina Soula pour le collectif des citoyens de Mayotte lorsque Safina, Edouard Philippe promet une immigration zéro chez vous à Mayotte. Est-ce que c'est réaliste ou pas
'est tout à fait réaliste. Il suffit de le vouloir pour pouvoir le faire. Vous savez que Edouard Philippe, ce n'est pas n'importe qui. Il était au pouvoir. Il connaît effectivement aussi le territoire de plus en plus. Il y a des hommes politiques maorais qui se sont engagés à ses côtés. Donc il sait pourquoi il est venu. Parce que tout simplement, c'est un terrain conquis de Marine Le Pen et tout son staff. Donc aujourd'hui, il veut faire barrage à cela. Mais nous sommes attentifs. Nous n'avons pas à nous chamailler sur ça. Mais quand il promet de faire de l'immigration en champ de bataille, son premier projet pour Mayotte, c'est tardif, malheureusement, le mal est fait. Alors, moi, je veux bien y croire. Moi, je me bats pour mon territoire, pour qu'il aille mieux. Mais j'ai une question à lui dire. Tous ces enfants qui sont nés depuis des années, jusqu'à maintenant, comme ce monsieur le disait, depuis des décennies, ils vont devenir quoi ? Dans 5, 10 ans, quand ils vont devenir majeurs, ils voudront travailler. Il n'y a pas d'emploi. C'est une île. Nous n'avons pas d'industrie ici. Nous n'avons que le tourisme. Vous comprenez ? Et puis, ça va peser sur le budget de Mayotte. Quand on parle de plus en plus que la caisse n'a... de l'Etat est vide. Comment on va pouvoir s'en sortir avec tous ces enfants qui arrivent ? L'aide médicale de l'Etat pour soigner aussi les enfants. Quand vous avez dit que les enseignants sont en train de partir, parce qu'un enseignant quand il est dans un territoire français, il aspire à avoir les mêmes droits qu'à Paris, qu'à Marseille, qu'à Nantes, qu'à Arras, vous comprenez ? Donc moi je veux bien le croire. – Safine
Assoula, afin de faire tourner la parole, je passe la parole justement à Michel Fayad.
Oui, vous dites qu'en fait, quand il veut, il peut, et enfin, c'est ce qu'on aimerait tous, mais on va vous dire que la Cour européenne des droits de l'homme, le droit d'asile, tout ça va soi-disant empêcher finalement ces mesures d'avoir le jour. Je suis un peu comme Sébastien, un peu pessimiste sur le fait qu'Edouard Philippe aille jusqu'au bout. de ces idées-là, même s'il est élu. Et il a même proposé, j'ai entendu, le fait qu'il y ait cette hub. en Afrique de l'Est, qui accueilleraient les OQTF renvoyés de Mayotte. Enfin, tout ça, on l'a réclamé pour Mayotte et pour la France, mais il ne l'a jamais fait. Donc, là encore, il va se dire que finalement, une fois au pouvoir, écoutez, d'un point de vue juridique, d'un point de vue européen, je ne peux pas. Moi, je pense que ce qu'il faudrait probablement faire, c'est plutôt un véritable référendum pour qu'il y ait ces mesures qu'il propose, mais appliquées non seulement à Mayotte, mais appliquées à l'ensemble de la France. c'est-à-dire la fin du droit du sol, c'est-à-dire la fin de Schengen, c'est-à-dire la fin des portes ouvertes à l'immigration. Je veux dire, il y avait 150 000 personnes qui rentraient en France il y a 20 ans, aujourd'hui il y en a 500 000, et si on ne fait rien, il y aura demain 600, 700, 800 ou 1 million. Safi Nassoula, je vous en prie Michel Fayad. C'est que Mayotte, en réalité, c'est Ceuta, parce que tout le monde nous parle de Ceuta, mais en réalité Mayotte c'est au quotidien. Safi Nassoula, vous répondez.
Alors, c'est Ceuta, mais aussi avant Ceuta, il y avait quoi ? Il y a l'Italie, il y a le Lampedusa. Vous comprenez ? Mais ce que je voulais dire, c'est que Mayotte, c'est
Ceuta tous les jours.
Mais tous les jours, aujourd'hui, nous avons effectivement un autre visage de l'immigration qui vient des Grands Lacs. Moi, je veux bien, parce qu'Edon Philippe parle effectivement de l'Afrique de l'Est, parce qu'il veut faire effectivement une zone... de tampons au niveau de l'Afrique de l'Est pour que cette immigration puisse être rapatriée. Là-bas, moi je veux effectivement le croire, un pont aérien, pourquoi pas, mais comme vous l'avez aussi bien dit, nous avons aussi notre législation qui nous empêche à chaque fois que nous voulons faire quelque chose ici. Vous avez la loi, vous avez la justice, vous avez l'opération Mbouchu qui avait été initiée par Gérard Armana, qui n'avait pas été accompagnée par ses collègues, il était seul, il était solo, et malgré cela... j'ai mobilisé Mayotte pour que l'opinion publique française puisse le suivre. Et il était quand même bien parti, il avait une très bonne note. Aujourd'hui ce n'est pas le cas, donc nous on n'y croit plus. On est vigilant. En
direct de Mayotte effectivement, présidente du collectif des citoyens de Mayotte, on sent beaucoup d'émotion dans les mots de Safine Assoula. J'aimerais que nous poursuivions la discussion, Michel Fayad, Sébastien Ligné, et que nous écoutions Estelle. Youssoufa, député de Mayotte, député Lyot, qui parle de l'abandon de l'État, l'abandon de la part de l'État envers Mayotte. On l'écoute.
a voté il y a quelques semaines la nouvelle version de la loi de programmation militaire. Nous, les élus de Mayotte, on demande une base de la marine nationale pour protéger nos eaux territoriales. Aucun investissement pour construire une base militaire de la marine nationale à Mayotte. Augmenter les jours de la marine nationale dans nos eaux territoriales. Rien. Refus du gouvernement. Mayotte, c'est quand même le seul territoire français habité revendiqué par une puissance étrangère, les Comores, qui instrumentalisent les flux migratoires pour déstabiliser notre département. C'est une situation migratoire gravissime qui est... semblable à celle de Ceuta et Melilla, puisque Mayotte c'est une porte d'entrée vers la France et l'Europe, qui est à 500 km de l'Afrique.
Voilà, alors Estelle Youssoufa, députée de Mayotte, députée Lyotte, et c'est vrai que ce que dit bien sûr Estelle Youssoufa, elle parle aussi, même si elle n'en parle pas directement, ce qu'on comprend c'est que c'est un territoire abandonné depuis quasiment 2011, la date de la départementalisation comme on dit, et c'est vrai que... Safine Assoula en parlait également un petit peu plus tôt. Sébastien Ligné, que reste-t-il de cette opération Wambouchou ? En 2023, rappelez-vous de l'opération Wambouchou, elle avait été menée à l'époque par le ministre de l'Intérieur, Gérald Darmanin, et l'objectif était le suivant, détruire les bidonvilles, appelées des bangas là-bas, afin de chasser notamment ces populations issues des flux migratoires. Qu'en reste-t-il de cette opération, sachant que malheureusement l'immigration est toujours en cours à Maïa ?
grand chose, hélas, parce que l'idée c'est pas de critiquer l'opération en tant que telle, c'est de critiquer le fait que cette opération ne s'inscrivait que dans un one shot, comme disaient les anglais, c'est-à-dire que ce n'était pas une politique globale. C'était ponctuel. C'était ponctuel, c'est l'idée, on détruit en effet les infrastructures en pensant que ça va suffire à entraver les flux migratoires, mais c'est pas comme cela que ça fonctionne. La seule manière de faire une réelle politique contre l'immigration, c'est une politique totale, et donc ça passe évidemment par un volet sécuritaire, un volet de santé publique, mais surtout, et on en parle... parler, un volet judiciaire. Vous pouvez détruire les bidonvilles 50 fois si vous ne changez pas la loi, si vous ne changez pas la juridiction migratoire de ce pays et la juridiction européenne migratoire, mais les bidonvilles, ils se reconstruiront 50 fois. C'est normal. Croire que détruire par une opération ponctuelle, militaire ou sécuritaire, va entraver des flux migratoires, c'est totalement impensable. Mais d'une certaine manière, c'est un petit peu une maladie française. C'est exactement la même logique qu'on voit dans dans le narcotrafic, par exemple. C'est de croire toujours qu'une opération ponctuelle, la fameuse opération place nette, une opération ponctuelle de coup de filet contre les narcotrafiquants, notamment les petits narcotrafiquants, va suffire. Mais hélas, ce n'est pas comme ça que ça fonctionne.